Une paroisse urbaine
(M.C.)
Témoignages et orientations
Michel Clémencin
Un livre de « Pascal Thomas » paru en 1996 titrait : Que devient la paroisse ? » et en sous titre « Mort annoncée ou nouveau visage ? 13 ans plus tard la mort annoncée atteint de nombreuses communautés, notamment rurales. Quant aux nouveaux visages, on les cherche ! Certes, on trouve parfois de belles réformes, avec même quelques audaces du côté des communautés nouvelles. Mais dans l’ensemble les restructurations cachent une grande misère. On est davantage dans la restauration que dans la résurrection !
Pensées, construites et organisées sur un modèle rural, dès le Ve siècle, quand des communautés se créent loin du siège épiscopal, les paroisses vont acquérir une définition et un statut après la Révolution française, qui vont perdurer jusqu’à nous. Elles conservent encore une véritable mission comme lieu d’unité pour ceux qui ne « bougent » guère, en raison de l’âge ou de facteurs culturels ou financiers. Mais elles deviennent simple repère d’actes religieux ponctuels pour l’immense majorité de nos contemporains. La pratique est faible. On y vient pour les grandes fêtes comme Noël ou la Toussaint ; pour faire baptiser les enfants ou célébrer des funérailles. On y vient au mieux pour un ressourcement paisible dans le tourbillon des activités du siècle ; au pire par réveil d’une mémoire plus déiste que chrétienne, davantage poussé par un désir de sacré archaïque que par l’Evangile du Christ.
Après 30 ans comme aumônier de lycée et d’étudiants, puis comme enseignant en théologie sacramentaire au séminaire Saint Irénée, je savais ce qui m’attendait en acceptant un ministère paroissial ! Avec les diacres « en insertion pastorale » nous pouvions vérifier ce que la sociologie religieuse analysait : l’érosion constante de l’identité et de la visibilité chrétiennes. Depuis le livre de Godin et Daniel « France pays de mission » (1943) on sait lire cette réalité, ce qui devrait quand même éviter à certains de tout mettre sur le dos du Concile Vatican II ou de mai 68. On sait la clairvoyance de nombreux pasteurs et théologiens, dont Henri Bourgeois, Henri Denis, Claude Geffré et bien d’autres, pris au sérieux jusqu’à la fin des années 90, puis devenus brusquement responsables, avec la plupart des pasteurs de leur génération, du déclin annoncé .
Je pense au contraire qu’Henri Bourgeois avait beaucoup d’avance sur son temps. Des analyses, constats et perspectives arrivent aujourd’hui, alors qu’on les trouve déjà sous la plume d’Henri, par exemple dans l’ouvrage : « Quel rapport à l’Eglise ? » (2000). De même pour la question des ministères : Henri formulait des propositions dès 1973. (cf. article dans Prêtres diocésains de janvier 1973) :
Henri note :
Nourri à la théologie d’Henri, l’écoute de la réalité était pour moi une évidence. Lorsque nous échangions sur la pastorale universitaire, je ne percevais même pas que cette évidence puisse faire débat. Or aujourd’hui, quand la sécularisation est dénoncée comme source des errances ecclésiales, le retour aux catéchismes s’impose comme remède miracle !
1 - CONTEXTE :
Le dialogue pastoral subordonné au recentrage dogmatique
Henri écrivait :
Cette évidence qui m’a constamment servi pour les ministères auprès des lycéens et étudiants reste évidemment pertinente pour une paroisse. Une des réalités incontournables aujourd’hui est la disparition du clergé, alors que toute la pastorale reposait sur lui. Malgré la reprise par le Concile Vatican II de l’intuition évangélique selon laquelle chaque baptisé est invité à prendre sa part de la charge pastorale, le magistère traîne les pieds pour instituer (à défaut d’ordonner) des laïcs pour l’organisation et l’animation des communautés.
En effet :
- 1 – Non seulement on n’y est pas encouragé par la hiérarchie, mais on vous démontre que c’est dangereux. (ex : Les filles ne peuvent pas être « servants d’autel » au même titre que les garçons, parce qu’elles prendraient « le virus du ministère » ! Puisque cette hypothèse n’est pas recevable, elles seront donc « servantes d’assemblée » et resteront à distance de l’autel.)
- 2 – Mais encore, comme aucune directive, ni formation, ni structure n’est en place, la plupart des curés n’envisagent pas de « partager » la charge curiale, même s’ils ne peuvent plus faire face aux multiples nominations, en raison de l’âge, des distances, ou de la fatigue.
- 3 – Enfin, de nombreux baptisés, indisponibles en raison d’agendas surchargés, en refusent eux-mêmes la mise en œuvre, donnant ainsi à la hiérarchie de bonnes raisons d’en abandonner l’idée.
Conclusion : Hiérarchie inflexible – Curés patrons – Baptisés débordés : La subsidiarité est en panne.
11 - Désillusions ?
Même si une autre configuration plus collégiale existe, on n’est pas sorti du schéma ecclésial selon lequel la communication se fait toujours de haut et bas. Tout ce qui vient d’autres sources est suspecté de relativisme, d’hérésie, de fantaisie… Vatican II permettait au discours ecclésial de sortir de la pure répétition. La collégialité devait ouvrir bien des dialogues. On s’apercevait, bien après les protestants, que l’attitude et la manière de parler de Jésus pouvaient être un repère décisif pour la mission. Jésus parle en paraboles ; il n’emploie que rarement un vocabulaire de rabbin ; il sait se faire proche de tous. Il appelle à sa suite disciples, apôtres, amis, femmes, enfants, avec sans doute une incitation exigeante pour le service, mais lavée de toute hiérarchie de pouvoir. (Marc 9, 30 : « Si quelqu’un veut être le premier qu’il soit le serviteur de tous ».Voir encore Luc 22, 27 : « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert ».
Cette évidence, que l’Incarnation dévoile, le Magistère semble la ranger dans la case « sécularisation » parce que « ça ne fait plus très sérieux ». Or le souci de théologiens comme Henri est d’avoir placé l’Evangile et la liberté du Christ au centre de la pastorale. Henri pouvait employer quand il le fallait un vocabulaire spécialisé, fourbir des armes spéculatives, manier des concepts complexes, mais son souci était de tenir un discours audible, sensible à l’attention des plus pauvres, et aux attentes des re-commençants. La charge d’un curé ne peut en rester à la célébration d’un culte normalisé.
Comment aider les croyants à se situer davantage dans l’accueil du sens que dans l’obsession de la forme ? Comment les aider à être moins curieux du « comment on fait » que du « pourquoi on le fait » ? À passer d’une pratique relativement formaliste et convenue, à des questions existentielles, par exemple la réconciliation (Taizé), l’unité, la paix, la lutte contre les injustices et l’esclavage. Sur tous ces sujets profondément évangéliques, l’Eglise a presque toujours été à la remorque de prophètes qui n’étaient pas tous chrétiens. Qui a intérêt à faire du christianise un système clos, avec son langage et ses codes, de plus en plus inaccessible au plus grand nombre ?
12 - La voie ouverte par les théologiens comme Henri fait naître une confiance pour le monde, aimé de Dieu, plus qu’une méfiance d’être absorbé par lui.
Michel Barlow écrit dans le Courrier AHB n° 12, mai 2008 : « Pour Henri, la nouvelle culture serait un appel et un défi lancé aux chrétiens pour qu’ils se remettent en quête d’une foi plus évangélisée, d’une foi qui, à l’image d’un amour fidèle, soit vécue à chaque instant comme nouvelle, tendre, joyeuse et non dépourvue d’humour. » C’est assez facile avec la plupart des jeunes chrétiens. Mais le paradoxe de l’histoire, c’est que la « reprise en main traditionaliste » est entretenue et même désirée par les clercs les plus jeunes qui n’ont pourtant jamais connu l’Eglise du XIXe siècle, et par ceux qui s’appellent eux-mêmes « croyants non pratiquants ». Il faut donc de l’énergie pour dialoguer avec eux, pour qu’ils « bougent » un peu du côté de la théologie « pratique » ou « pastorale », qu’ils accueillent favorablement une démarche « catéchuménale ». Là où se pratique encore une théologie pastorale, les chrétiens s’investissent et s’organisent mieux, même s’ils souffrent d’une Eglise qui leur parait nostalgique des éclats du passé ou se crispe sur les conclusions du Concile de Trente. « Quand le christianisme n’est plus collectivement évident, il faut qu’il devienne intelligent ». (Mgr. G.Defois)
13 – L’apport de l’histoire et des sciences humaines.
La théologie doit tenir compte des parasitages institutionnels et humains : ces influences constantes qui infléchissent une pensée ; le poids d’institutions qui servent de puissants intérêts ; la fausse conviction d’une pensée unique qui ferait l’unité ; les groupes de pression et leur cortège de conflits de pouvoirs. Comment garder soi-disant pure la pensée théologique issue de la contre-réforme catholique, quand on sait le poids des rivalités de tous ordres, et souvent politiques, qui en faisaient le lit ? On sait aujourd’hui le poids des personnalités souvent complexes qui ont façonné l’histoire de l’Eglise. (Souvenons nous de Michel Cérulaire, patriarche de Constantinople, et Humbert de Moyenmoutier, à la naissance du schisme d’Orient). On sait le contexte des écrits de St Augustin, comme ceux de Jean-Paul II. Tout ceci ne relativise pas leurs discours, mais les situe, et permet d’en nuancer les affirmations ou les condamnations. Quand on entend dire depuis Rome que le dossier de l’ordination d’hommes mariés (ou celui de l’ordination des femmes) est clos, on est en droit de s’interroger, non seulement à partir de ce qu’est aujourd’hui l’environnement d’un pape âgé, mais aussi et peut être surtout au regard de la fidélité à l’histoire, et bien entendu de la fidélité à la pensée évangélique.
Paradoxalement c’est à l’heure de la mondialisation (le mot entre dans le dictionnaire en 1981) - processus qui prend en compte les mouvements de la planète entière et dont l’Eglise, par le Christ, porte depuis toujours la vocation et l’ambition universelle de fraternité - que l’on assiste à une forme de repli ecclésial.
Certes, la stature mondiale qu’a prise Jean-Paul II répondait à cette vocation, avec des voyages sur tous les continents et des signes étonnants comme l’assemblée d’Assise (1986). Mais Rome a capitulé devant le refus d’un seul homme : Mgr. Lefebvre. Le schisme de 1988 aurait dû laisser l’aventure ecclésiale universelle se poursuivre, mais la blessure de l’unité, la peur de l’avenir, l’âge des responsables ont eu raison de cette ouverture.
Ce qui pour moi a le plus plaidé pour suivre Henri dans cette voie de la théologie pratique, c’est qu’elle parie sur l’Espérance. Elle ouvre et libère ; elle semble découler des paroles du Christ qui est liberté et libération, jamais enfermé, jamais enfermant, toujours vivant. Elle est cette part d’utopie du discours ecclésial qui permet d’en tirer toujours du neuf. Cette première partie visait à montrer qu’adopter et conduire une pastorale de paroisse dans la logique de la théologie pratique, n’est pas impossible, mais nullement encouragé. Cette voie est plutôt suspectée de relativisme doctrinal et de fantaisies liturgiques et canoniques. Bien sûr, les paroisses en général restent des lieux de dialogue où le « croire est partagé ». Internet vient relayer ce qui n’aurait aucune chance de se lire ailleurs que dans un cercle restreint, avec le risque de mélanger le pire et le meilleur. Il reste qu’avec l’effondrement de nombreux acteurs ecclésiaux (Mission Etudiante – laïcs en responsabilité), le Magistère s’avance bien seul pour exprimer ce qu’il faut croire, dire et penser.
2 . DANS LA PAROISSE
Dès mon arrivée dans ma charge de curé, encouragé par l’équipe d’animation pastorale et le conseil pastoral, j’ai ajouté une instance de dialogue supplémentaire avec la création de référents. Ce « laboratoire » marche bien, même s’il était prévu pour un ensemble plus vaste. Il visait à ne pas laisser le curé décider seul de tout, et orienter à lui seul l’exercice des 3 « munera »
21 – Le premier référent a pour tâche de veiller à ce que l’action pastorale ait toujours une assise claire : l’accueil du Don de Dieu manifesté en Jésus-Christ et attesté dans le monde et l’Eglise.
L’intention théologique d’Henri était de mieux comprendre l’aujourd’hui de Dieu. C’est un rendez-vous entre le Logos qui se donne et ceux qui le cherchent. Homme respectueux de tous, Henri avait une sorte de sûreté théologique et pastorale greffée sur l’Evangile. On sent le disciple de celui qui « parlait avec autorité », non pas autoritarisme, mais comme l’auteur de la vérité : Jésus.
Le premier engagement d’une paroisse est de permettre un espace de dialogue et de célébration avec le Dieu de Jésus-Christ. Pour qu’un recommençant puisse avoir part à la vie paroissiale, il doit se trouver bien dans la communauté. Il doit pouvoir parler, être écouté, et lui-même entendre. La catéchèse, les divers groupes mis en œuvre ont cet objectif premier : Écouter et comprendre la Parole de Dieu.
Concrètement c’est à partir de petites choses qu’on en vient à parler du Croire ! En arrivant dans notre paroisse, certains séminaristes que j’avais en stage, étaient d’abord préoccupés par le manque de chasubles, ou la place du tabernacle. Dans notre église, l’autel est au centre de l’édifice et le tabernacle dans une chapelle. Ainsi toute une partie de l’assemblée tourne le dos au tabernacle. Et ces questions semblaient plus graves que les souffrances des paroissiens, chômage compris ! L’hostie devenue Pain vivant et reçue par les fidèles n’est-elle pas le premier lieu de la présence du Christ, en nous ? La tâche de la théologie est de nous renseigner sur l’Incarnation du Fils, qui se donne au cœur des personnes, et non pas d’abord dans des choses, fussent-elles sacrées.
. Ce fut mon souci dès le début. Roland Lacroix résume dans une admirable page la confiance qu’Henri donnait aux gens, les invitant à parler, à communiquer : « Un maître qui savait rendre intelligentes les personnes qui travaillaient avec lui… Il savait encourager, solliciter et invitait toujours à se lancer ! » Voilà un secret de la pastorale. Voilà un terme qui jaillit de la pastorale du Christ : « Lève toi et marche ! ». « Jamais homme n’a respecté les autres comme lui (Jésus) ». Henri aussi, savait tirer une leçon théologique majeure de l’attitude du Christ envers les autres, envers ses détracteurs, comme envers ses amis. L’écoute attentive de la Parole « touche » les gens … pour leur donner la parole, un peu comme Jésus touche la langue du sourd-muet, avec la salive qui accompagnait sa parole.
22 – Le second référent veille à ce qu’un chemin catéchuménal soit proposé à ceux qui demandent les sacrements ou se forment en liturgie.
C’est un objectif clair. Et c’est pour moi un impératif absolu en paroisse que les gens comprennent les rites. Les retours post-baptêmes ou mariages en témoignent. Un des mérites d’Henri Bourgeois était de dire de manière audible le discours de la foi. Le risque de l’élitisme chrétien est de vibrer à un discours clinquant, mais ésotérique et …on ajoute : « Il nous a nourris ! » même si on n’a rien compris ! Bien sûr, dans un colloque de théologiens, il est sans doute nécessaire d’utiliser le langage spécialisé, où chaque mot porte une nuance. Mais le pasteur rate son objectif si la Parole ne joue plus son rôle de ferment, de bouillonnement des cœurs et des consciences. N’est-ce pas une tentation un peu gnostique que de vouloir prendre la Prière Eucharistique n° 1 tous les jours de la semaine, au prétexte que c’est la plus traditionnelle ?
Autre exemple pour l’âge de la Confirmation, objet de soupçon. On a accusé Henri d’utiliser la Confirmation à des fins pastorales ! Comme si les sacrements n’avaient aucun but pastoral ! Il fallait selon la théorie classique, revenir aux fondements de l’unicité des sacrements d’initiation. Par principe. En étudiant de près la manière dont la Confirmation était donnée aux jeunes enfants, on voyait bien qu’il y avait là une sorte de fonctionnement mécanique d’un sacrement qui « opère envers et contre tout ». L’écoute attentive des jeunes arrivant à l’âge de la maturité, encourageait un chemin d’intelligence pour les sacrements d’initiation, et justement, la Confirmation de leur Baptême !
Voilà qui est de nature à poser un acte pastoral, dans l’esprit même de l’appel que Jésus pouvait adresser à de jeunes adultes, en toute liberté : « Venez et voyez. » Loin d’un style formel qui « donne » les sacrements sans adhésion de foi, la pensée d’Henri a fait évoluer les mentalités.
23 – Le troisième référent veille à ce que s’exerce la diaconie.
Que la Parole soit proclamée et la communion réalisée, voilà bien le travail d’un curé. Mais ce n’est que le tiers d’une mission où l’exercice de la charité, où l’esprit de service doivent être vus de tous, pour reprendre les accents de la lettre de Jacques. Le Christ « parle » aujourd’hui dans le contexte plutôt riche de notre paroisse, pour des gens ayant besoin de ressourcement, de conforter le sens qu’ils donnent à leur vie professionnelle et familiale, y compris en période de crise économique. Non pas une pastorale pour les nantis, mais pour des gens qui sont bien souvent décideurs, acteurs essentiels de l’économie, et donc invités par leur foi à placer le partage, la justice et la solidarité au cœur de l’entreprise.
Que nous soyons soucieux de la beauté liturgique est bien nécessaire, mais sans oublier la priorité de notre service pastoral : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’on vous reconnaîtra pour mes disciples. »
Michel Barlow dans un article de mai 2008, écrivait qu’une réflexion sur le temps et l’aujourd’hui de Dieu est sans doute un fil rouge de la pensée d’Henri Bourgeois. Il note que le rapport spécifique au temps caractérise la nouvelle culture et se présente comme une façon de vivre : désintérêt pour le futur, délectation de l’instant qui passe, du plaisir et du jeu, même quand ceux-ci impliquent des risques inconsidérés (drogue, sports extrêmes). Comment ignorer tout cela et le reste quand on est curé de paroisse ?
Avec mes Conseils pastoraux, nous avons repéré 4 handicaps majeurs qui anesthésient plus ou moins la mission aujourd’hui :
- Nivellement médiatique des repères spirituels et moraux, qui banalise l’originalité de la foi chrétienne et jette le soupçon sur toutes les religions.
- Laïcisme qui s’est renforcé avec une nouvelle visibilité de l’Islam. Loin d’une laïcité ouverte et respectueuse des religions, des gens refusent informations et expressions de la foi.
- Une image de l’Eglise globalement détériorée, avec ses problèmes internes graves concernant l’affectivité des prêtres, les séductions traditionalistes, les discours romains.
- Indisponibilité croissante de nos contemporains qui ont du mal à choisir et décider, au milieu d’une abondance marchande de biens ou de loisirs et des pressions professionnelles.
Un exemple paroissial d’écoute de la réalité : nous avons mis en route avec les jeunes les « soirées d’Eutyque » (du nom de l’adolescent qui s’endort aux discours de Paul. (cf. Actes 20, 7-12) C’est une sorte de parabole pour les jeunes qui finalement peuvent s’endormir dans nos assemblées. Pourquoi ? Fatigue de tous les excès qu’on leur propose ? Désintérêts, rêves ? Ils tombent. Comment à l’instar de Paul les réveiller pour qu’ils vivent et marchent ?
3. QUELQUES CONVICTIONS POUR UNE PASTORALE PAROISSIALE
31 – Écouter :
Dans une paroisse aujourd’hui on a besoin de développer la démarche catéchuménale qu’Henri s’est évertué toute sa vie à fonder et proposer. En effet, toutes les générations des moins de 50 ans, à quelques exceptions près, n’ont que de très vagues bases catéchétiques, et une notion très floue de la foi chrétienne. En questionnant un peu les fiancés pour les préparations au mariage et les familles qui présentent un enfant au Baptême, on voit qu’on est, au mieux dans un vague déisme, au pire dans une sorte d’intention piétiste ou protectionniste. De plus, les aspects de « communauté », de « communion » et de « fraternité » sont décisifs en christianisme pour l’équilibre même de la foi. Or on en voit peu de traces et surtout peu d’appétit ! Il faut donc beaucoup écouter et savoir s’appuyer sur les expériences de fraternité et de solidarité que ces gens repèrent et vivent déjà, comme le socle d’un salut.
32 – Instaurer une confiance mutuelle entre prêtres, diacres et laïcs.
Encore faut-il au préalable quitter l’esprit clérical et écarter le statut de mineurs dans lequel l’Eglise maintient les laïcs. « La pastorale est un art » disait parait-il Grégoire le Grand. Plus qu’être artiste, il convient d’être frère : faire confiance, mettre à l’aise, susciter, encourager. Comment serions-nous disciples de celui qui nous prend pour ses amis, en se croyant hiérarchiquement supérieur aux autres ? L’art est d’appeler chacun à mettre ses talents au service de tous. Il faut appeler avec discernement, en fonction des charismes et des disponibilités. Pour éviter que deux ou trois confisquent l’ensemble des tâches ou soient surchargés au détriment de leur famille ou de leur travail professionnel, nous avons ce mot d’ordre : « Demander peu, mais à beaucoup ». Ce qui est un acte de confiance, quand il faut accepter que près de quarante personnes aient la clef de la maison paroissiale.
33 – Partager la charge curiale et promouvoir le ministère baptismal.
Les « référents » ont entre 35 et 55 ans, hommes et femmes, pères et mères de famille. Ils sont nommés pour 3 ans, renouvelables une fois. Ils sont appelés avec des critères particuliers, dont le premier est que cette charge ne pénalise pas leur vie familiale et professionnelle, et le second qu’elle ne soit pas pour eux un lieu majeur de reconnaissance sociale. C’est un service qu’ils acceptent, apportant une série d’expériences humaines qu’un prêtre ne vit pas, avec un regard pastoral complémentaire. Ils coiffent les multiples activités en référence aux trois grandes missions de l’Eglise : marturia, leiturgia, diakonia. Par ailleurs la paroisse est prête à « instituer » des laïcs, hommes et femmes, avec l’intention de conforter la fidélité des mandats, leur efficacité, et leur identification claire aux yeux de tous.
34 – A l’instar d’Henri, il faut enfin de la patience et de l’humour.
Certains misent sur les intellectuels pour renouveler le dialogue de la foi avec le monde. Mais il peut rester confiné dans de petits cercles privilégiés. D’autres parient sur la culture populaire, avec ce qu’elle a de provocation démonstrative. Ainsi, la nouvelle évangélisation peut parfois prendre l’aspect d’une nouvelle croisade, avec le risque d’asséner une morale carrée par les moyens d’un monde médiatique pressé. Faut-il à nouveau conduire des « chemins de croix » dans les rues ? Spectacle, comme les processions des pénitents à Séville ? Témoignages de foi ? Pourquoi pas ? Reprendre à nouveau frais certaines pratiques ou envisager l’annonce de la foi en tenant compte de la nouveauté culturelle, passe toujours par le courage, le risque et un discernement, qu’il faut savoir réévaluer. La vie des hommes de ce temps, les espaces où s’expriment les jeunes, comme lieux théologiques, imposent un respect qui se défend de vouloir « appâter le client ». L’humour permet parfois de garder une certaine distance pour éviter à la fois de se laisser noyer dans ce que la culture véhicule d’infantilisant ou de démagogie, et en même temps de laisser croire que la théologie serait une gnose inaccessible au commun des croyants.
Le texte final du colloque de Théologie catéchuménale de 1993 notait avec justesse : « Il nous apparaît que le catéchuménat ne ne conduit pas à la conservation de l’Eglise, mais à son renouvellement local et universel. Dans la ligne de l’Incarnation, l’accompagnement des catéchumènes implique un effort spécial d’inculturation et, un grand respect des individus dans leurs liens culturels. » (On avait noté juste avant qu’il s’agit aussi des baptisés non catéchisés ou non confirmés ayant pris de la distance avec l’Évangile et l’Église)
L’Église vient opportunément de s’inscrire dans le débat et la réflexion sur l’écologie, le respect de la planète, la bioéthique, etc… preuve qu’elle est capable de théologie pratique. Pourquoi ne l’étendrait-elle pas davantage aux sacrements, ou à l’ecclésiologie elle-même ?
Le pessimiste sur le contexte ecclésial ne peut pas entamer l’espérance chrétienne.
L’épopée de François d’Assise et avant lui la révélation de la liberté du Christ, nous autorisent à ouvrir de nouvelles pages pour la mission.
Henri y a cru et nous a transmis sa foi. Poursuivons !
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