UNE NOUVELLE DONNE EN CATÉCHÈSE.
Voilà plusieurs années que la catéchèse, en France, est en recherche. Elle a fait l’objet de plusieurs assemblées des évêques et d’un travail important sur le terrain, dans les diocèses.
Ce chantier, qui a commencé il y a cinq ans, aboutit aujourd’hui à un texte, le Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France et Principes d’organisation. Un petit ouvrage de soixante pages qui marque une certaine nouveauté et sans doute un tournant dans l’exercice de la responsabilité catéchétique en France.
En fait, il s’agit de deux textes au statut différent :
Le Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France est le nouveau texte-référence de la conférence épiscopale qui s’impose à toute l’Eglise de France. Il a été approuvé par la Congrégation pour le clergé à Rome. Rappelons que le dernier texte publié avec ce statut était le Catéchisme pour adultes, en 1991.
Quant aux Principes d’organisation, ils n’ont pas été soumis à l’approbation de Rome et n’ont donc pas le même statut, chaque diocèse ayant aujourd’hui à s’en inspirer pour écrire son propre projet de catéchèse.
Le Texte National a fait et fait encore l’objet de nombreuses rencontres destinées à tous les acteurs de la pastorale. En une sorte d’apothéose, le congrès Ecclesia 2007, « congrès de la responsabilité catéchétique », avec pour thème « Ensemble servir la Parole de Dieu », a réuni sept mille acteurs de l’Eglise, dont une cinquantaine d’évêques, à Lourdes les 26, 27 et 28 octobre 2007. Un texte donc bien fêté, même si les diocèses français ont répondu de manière diversifiée à cette invitation.
L’enjeu est de passer d’une conception étriquée de la catéchèse (la catéchèse des 8-12 ans) à une catéchèse « au sens large », honorant le sens premier du terme, « faire résonner une parole à l’oreille d’un autre ». Ainsi, la responsabilité catéchétique de l’Eglise, faire résonner la parole de Dieu aux oreilles de nos contemporains, n’est plus laissée aux seules mains des catéchistes, mais se déploie dans la diversité des lieux de la pastorale, en direction de tous les âges de la vie.
Ce qui caractérise le TN, et qui nous intéresse particulièrement ici, c’est que l’initiation est au cœur des nouvelles orientations et que le catéchuménat baptismal est devenu le modèle inspirateur de toute démarche catéchétique 1. L’emploi du mot « initiation » a un sens à la fois pédagogique (le TN parle explicitement de « pédagogie d’initiation ») et théologique (« c’est Dieu, le premier qui vient nous chercher »).
Ainsi, l’action catéchétique n’est plus seulement comprise dans le modèle scolaire, enseignant, mais comme un itinéraire d’entrée dans la foi chrétienne qui fait plonger les catéchisés dans un « bain ecclésial », c’est-à-dire qui leur fait vivre une expérience chrétienne. Il s’agit donc de rejoindre les personnes là où elles sont, de respecter leur liberté, de les accueillir au moment où elles se présentent, de les accompagner sur des itinéraires de type catéchuménal. Tous les mots-clefs de l’initiation chrétienne sont devenus des mots usuels de la catéchèse : chemin, itinéraire, initiation, liberté, accompagnement…
Les praticiens du catéchuménat ont l’habitude de ce vocabulaire et ne peuvent que se réjouir que l’intuition catéchuménale inspire désormais toute action catéchétique de l’Eglise. Mais un certain nombre de questions demeurent :
. Comme le dirait M. de la Palisse, il n’y a pas de catéchuménat sans catéchumènes ! Or, le catéchuménat a aujourd’hui encore des difficultés à s’imposer et la mise en œuvre et le déploiement de l’initiation chrétienne en toutes ses périodes et étapes liturgiques n’est pas encore automatique dans les paroisses. Il serait dommageable que les catéchumènes fassent les frais d’une « catéchèse pour tous » dans laquelle ils ne trouveraient pas leur place de commençants. Car l’initiation est d’abord pour les commençants et il est primordial que l’itinéraire catéchuménal, avant d’être modèle, soit respecté comme tel. Les moyens des catéchuménats diocésains sont toujours précaires et le catéchuménat semble encore chercher sa place au sein de la nouvelle structure du Service national de la catéchèse et du catéchuménat
. Le risque de la dynamique actuelle est de « globaliser », de mettre tout le monde « dans le même sac », et paradoxalement, malgré l’ouverture affichée, de passer à côté de demandes qui n’entreraient pas dans le modèle proposé. Car il y a toujours du spécifique dans une demande. Rejoindre les nouveaux venus demande une attention aux signes des temps et aux demandes de celles et ceux qui s’approchent de l’Eglise et qui ne se retrouvent pas dans ses propositions habituelles. Or, ces propositions vont-elles changer pour accueillir le neuf que représenteront les « chercheurs de Dieu » de demain, qui ne ressembleront pas forcément à ceux d’aujourd’hui ? S’inspirera-t-on du catéchuménat pour créer des lieux d’accueil et de liberté. N’oublions pas qu’Henri Bourgeois a pu « repérer » les premiers recommençants dans l’entourage des catéchumènes, dans les groupes catéchuménaux.
. Les recommençants semblent être, justement, les « oubliés » de la période que nous traversons. Dans la dynamique du TN, le risque est de dire : « Tout le monde est recommençant ». Il ne suffit pas d’ouvrir les portes de la catéchèse à tous les âges de la vie pour que le respect des démarches aille de soi. Il y va d’une manière d’être qui n’a pas cours spontanément. Un certain nombre d’accompagnateurs de recommençants attendent aujourd’hui une aide pour poursuivre leur mission, mais ils sont assez dispersés, réussissant quand même un petit travail en réseau. Le temps semble bien loin où Henri Bourgeois demandait pour les recommençants une structure, même légère, au niveau national.
. Lors du congrès Ecclesia 2007, de nombreuses expériences pastorales en direction d’enfants, de jeunes et d’adultes de tous les coins de France, étaient présentées, témoignant d’un grand dynamisme des Eglises locales. Cet exercice présente bien sûr un danger : laisser penser qu’on en est encore à la recherche de recettes ou de stratégies-miracles qui rendraient plus facile l’annonce de la foi dans notre société.
Ce n’était sans doute pas le lieu, mais il eût fallu aussi dire les échecs et les déceptions qu’engendre la proposition de la foi à des contemporains pour lesquels le christianisme est devenu une véritable langue étrangère. Débattre aussi de l’inculturation et de cette question récurrente au catéchuménat et plus largement dans la pastorale : que deviennent les catéchisés ? L’Eglise aura-t-elle l’audace de se laisser transformer et de leur offrir par exemple, comme l’évoquait Henri Bourgeois, de l’ « ecclésial », une Eglise « allégée » qui parte d’eux ?
. Du point de vue catéchuménal, s’inspirer de l’expérience vécue dans l’accompagnement ne se résume pas à une pédagogie ou à des recettes pour un savoir-faire. Ce peut être un risque lorsqu’on évoque le modèle catéchuménal, de le réduire ainsi. Ce n’est pas tant d’un « modèle à suivre » que la catéchèse a besoin, mais d’un nouvel état d’esprit, d’une conversion des méthodes et des mentalités. Sans nul doute le TN va dans le sens de cette conversion nécessaire. Mais la tradition catéchuménale nous dit l’attention privilégiée à celles et ceux qui sont les plus éloignés de l’Eglise et de la foi. C’est sans doute de plus en plus difficile, aujourd’hui où l’on est tenté par le repli sur soi. Notamment sur le plan liturgique, si important dans l’initiation.
Il a fallu sans doute une certaine audace pour publier ce texte. Nous n’en sommes qu’au commencement de son application. Pour accompagner celle-ci, il est important que la réflexion autour de l’initiation chrétienne et de la réinitiation se poursuive. Car le catéchuménat, comme modèle, n’a pas dit son dernier mot.
dans Courrier AHB, n° 11, décembre 2007.
1. Même si le Synode des évêques en 1977 et le Directoire général de la catéchèse, en 1977, contenaient déjà cette affirmation.
UNE NOUVELLE DONNE EN CATÉCHÈSE.
Voilà plusieurs années que la catéchèse, en France, est en recherche. Elle a fait l’objet de plusieurs assemblées des évêques et d’un travail important sur le terrain, dans les diocèses.
Ce chantier, qui a commencé il y a cinq ans, aboutit aujourd’hui à un texte, le Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France et Principes d’organisation. Un petit ouvrage de soixante pages qui marque une certaine nouveauté et sans doute un tournant dans l’exercice de la responsabilité catéchétique en France.
En fait, il s’agit de deux textes au statut différent :
Le Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France est le nouveau texte-référence de la conférence épiscopale qui s’impose à toute l’Eglise de France. Il a été approuvé par la Congrégation pour le clergé à Rome. Rappelons que le dernier texte publié avec ce statut était le Catéchisme pour adultes, en 1991.
Quant aux Principes d’organisation, ils n’ont pas été soumis à l’approbation de Rome et n’ont donc pas le même statut, chaque diocèse ayant aujourd’hui à s’en inspirer pour écrire son propre projet de catéchèse.
Le Texte National a fait et fait encore l’objet de nombreuses rencontres destinées à tous les acteurs de la pastorale. En une sorte d’apothéose, le congrès Ecclesia 2007, « congrès de la responsabilité catéchétique », avec pour thème « Ensemble servir la Parole de Dieu », a réuni sept mille acteurs de l’Eglise, dont une cinquantaine d’évêques, à Lourdes les 26, 27 et 28 octobre 2007. Un texte donc bien fêté, même si les diocèses français ont répondu de manière diversifiée à cette invitation.
L’enjeu est de passer d’une conception étriquée de la catéchèse (la catéchèse des 8-12 ans) à une catéchèse « au sens large », honorant le sens premier du terme, « faire résonner une parole à l’oreille d’un autre ». Ainsi, la responsabilité catéchétique de l’Eglise, faire résonner la parole de Dieu aux oreilles de nos contemporains, n’est plus laissée aux seules mains des catéchistes, mais se déploie dans la diversité des lieux de la pastorale, en direction de tous les âges de la vie.
Ce qui caractérise le TN, et qui nous intéresse particulièrement ici, c’est que l’initiation est au cœur des nouvelles orientations et que le catéchuménat baptismal est devenu le modèle inspirateur de toute démarche catéchétique 1. L’emploi du mot « initiation » a un sens à la fois pédagogique (le TN parle explicitement de « pédagogie d’initiation ») et théologique (« c’est Dieu, le premier qui vient nous chercher »).
Ainsi, l’action catéchétique n’est plus seulement comprise dans le modèle scolaire, enseignant, mais comme un itinéraire d’entrée dans la foi chrétienne qui fait plonger les catéchisés dans un « bain ecclésial », c’est-à-dire qui leur fait vivre une expérience chrétienne. Il s’agit donc de rejoindre les personnes là où elles sont, de respecter leur liberté, de les accueillir au moment où elles se présentent, de les accompagner sur des itinéraires de type catéchuménal. Tous les mots-clefs de l’initiation chrétienne sont devenus des mots usuels de la catéchèse : chemin, itinéraire, initiation, liberté, accompagnement…
Les praticiens du catéchuménat ont l’habitude de ce vocabulaire et ne peuvent que se réjouir que l’intuition catéchuménale inspire désormais toute action catéchétique de l’Eglise. Mais un certain nombre de questions demeurent :
. Comme le dirait M. de la Palisse, il n’y a pas de catéchuménat sans catéchumènes ! Or, le catéchuménat a aujourd’hui encore des difficultés à s’imposer et la mise en œuvre et le déploiement de l’initiation chrétienne en toutes ses périodes et étapes liturgiques n’est pas encore automatique dans les paroisses. Il serait dommageable que les catéchumènes fassent les frais d’une « catéchèse pour tous » dans laquelle ils ne trouveraient pas leur place de commençants. Car l’initiation est d’abord pour les commençants et il est primordial que l’itinéraire catéchuménal, avant d’être modèle, soit respecté comme tel. Les moyens des catéchuménats diocésains sont toujours précaires et le catéchuménat semble encore chercher sa place au sein de la nouvelle structure du Service national de la catéchèse et du catéchuménat
. Le risque de la dynamique actuelle est de « globaliser », de mettre tout le monde « dans le même sac », et paradoxalement, malgré l’ouverture affichée, de passer à côté de demandes qui n’entreraient pas dans le modèle proposé. Car il y a toujours du spécifique dans une demande. Rejoindre les nouveaux venus demande une attention aux signes des temps et aux demandes de celles et ceux qui s’approchent de l’Eglise et qui ne se retrouvent pas dans ses propositions habituelles. Or, ces propositions vont-elles changer pour accueillir le neuf que représenteront les « chercheurs de Dieu » de demain, qui ne ressembleront pas forcément à ceux d’aujourd’hui ? S’inspirera-t-on du catéchuménat pour créer des lieux d’accueil et de liberté. N’oublions pas qu’Henri Bourgeois a pu « repérer » les premiers recommençants dans l’entourage des catéchumènes, dans les groupes catéchuménaux.
. Les recommençants semblent être, justement, les « oubliés » de la période que nous traversons. Dans la dynamique du TN, le risque est de dire : « Tout le monde est recommençant ». Il ne suffit pas d’ouvrir les portes de la catéchèse à tous les âges de la vie pour que le respect des démarches aille de soi. Il y va d’une manière d’être qui n’a pas cours spontanément. Un certain nombre d’accompagnateurs de recommençants attendent aujourd’hui une aide pour poursuivre leur mission, mais ils sont assez dispersés, réussissant quand même un petit travail en réseau. Le temps semble bien loin où Henri Bourgeois demandait pour les recommençants une structure, même légère, au niveau national.
. Lors du congrès Ecclesia 2007, de nombreuses expériences pastorales en direction d’enfants, de jeunes et d’adultes de tous les coins de France, étaient présentées, témoignant d’un grand dynamisme des Eglises locales. Cet exercice présente bien sûr un danger : laisser penser qu’on en est encore à la recherche de recettes ou de stratégies-miracles qui rendraient plus facile l’annonce de la foi dans notre société.
Ce n’était sans doute pas le lieu, mais il eût fallu aussi dire les échecs et les déceptions qu’engendre la proposition de la foi à des contemporains pour lesquels le christianisme est devenu une véritable langue étrangère. Débattre aussi de l’inculturation et de cette question récurrente au catéchuménat et plus largement dans la pastorale : que deviennent les catéchisés ? L’Eglise aura-t-elle l’audace de se laisser transformer et de leur offrir par exemple, comme l’évoquait Henri Bourgeois, de l’ « ecclésial », une Eglise « allégée » qui parte d’eux ?
. Du point de vue catéchuménal, s’inspirer de l’expérience vécue dans l’accompagnement ne se résume pas à une pédagogie ou à des recettes pour un savoir-faire. Ce peut être un risque lorsqu’on évoque le modèle catéchuménal, de le réduire ainsi. Ce n’est pas tant d’un « modèle à suivre » que la catéchèse a besoin, mais d’un nouvel état d’esprit, d’une conversion des méthodes et des mentalités. Sans nul doute le TN va dans le sens de cette conversion nécessaire. Mais la tradition catéchuménale nous dit l’attention privilégiée à celles et ceux qui sont les plus éloignés de l’Eglise et de la foi. C’est sans doute de plus en plus difficile, aujourd’hui où l’on est tenté par le repli sur soi. Notamment sur le plan liturgique, si important dans l’initiation.
Il a fallu sans doute une certaine audace pour publier ce texte. Nous n’en sommes qu’au commencement de son application. Pour accompagner celle-ci, il est important que la réflexion autour de l’initiation chrétienne et de la réinitiation se poursuive. Car le catéchuménat, comme modèle, n’a pas dit son dernier mot.
dans Courrier AHB, n° 11, décembre 2007.
1. Même si le Synode des évêques en 1977 et le Directoire général de la catéchèse, en 1977, contenaient déjà cette affirmation.
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