UN CERTAIN SENS DE L’ÉGLISE.
Quel lien entre l’Institution et l’Esprit ?
Les deux derniers articles publiés sur ce site à la mémoire d’Henri Bourgeois concernaient la pratique néocatéchuménale, ou plutôt ce qu’il faut bien appeler le « problème » ecclésial que provoque cette pratique en transférant le rituel élaboré pour l’accueil d’adultes non baptisés vers des baptisés sans initiation, et en l’appliquant de façon sectaire. Une sorte de confiscation….
On serait mal inspiré de croire que c’est là un problème purement disciplinaire, ou qu’il ne concerne finalement qu’un groupe marginal, fût-il important. Un des signes du « brouillage » actuel à propos de la manière de devenir chrétien, en catholicisme, est la difficulté de parler du catéchuménat des adultes institué, du moins en Occident. Il fut pourtant une des réalisations les plus significatives du dernier demi-siècle, mais on peut se demander pourquoi peu de voix théologiques aujourd’hui, se risquent à en manifester publiquement la portée et l’ampleur.
Nous avons revisité un livre paru en 1975, Seront-ils chrétiens ? , qui fut un « best-seller » du courant catéchuménal et contribua à former et rassembler bien des équipes diocésaines. Il était l’œuvre d’Henri Bourgeois et de Jean Vernette, du service national du catéchuménat. Puisqu’il y avait alors en France, et depuis 1964, un service national du catéchuménat.
Nous extrayons de ce livre quelques pages du dernier chapitre : « Un certain sens de l’Eglise ».
Pourquoi « un certain sens » ? Sans doute parce qu’il était et est encore inhabituel de parler de l’Eglise en termes de « résonance de la Parole » de Dieu rencontrant des humains. Trop souvent le sens de l’Eglise est confondu avec un statu quo de pratiques ou pire un conformisme. Or, dans l’accueil « en actes et en vérité », d’adultes qui ne sont pas « nés-chrétiens » et demandent comment ils pourraient le devenir, un inédit dérangeant se manifeste : le vent de l’Esprit appelle et convertit. L’« institution-Eglise » elle-même (son langage, ses manières d’être et de faire) s’en trouve, à son tour, « convoquée » à plus de vérité et de vie. Des « perspectives » nouvelles se dessinent. Ce fut le mérite de ces pionniers de les faire apparaître.
Voici donc comment le catéchuménat peut renouveler la question, elle aussi récurrente, du lien entre l’institution ecclésiale et l’Esprit.
Comment, au catéchuménat, se pose une telle question, assurément très fréquente dans l’Eglise aujourd’hui ?
Contentons-nous de dégager quelques grandes données :
1. Au catéchuménat, il est clair que l’Esprit Saint est avant l’institution.
Et cela, au sens tout à fait chronologique. L’Esprit de Dieu a éclairé quelqu’un et l’a sollicité avant de lui faire découvrir l’Eglise telle qu’elle existe effectivement, institutionnellement. Celui qui vient demander le baptême a souvent expérimenté plus profondément la présence de l’Esprit Saint que celle de l’Eglise.
2. De même, dans l’expérience catéchuménale, il est assez manifeste que l’institution est au service de l’Esprit.
Que se passe-t-il, en effet, quand un homme ou une femme veut devenir chrétien ? Sans être en mesure de l’exprimer, cet homme ou cette femme souhaite que les « moyens chrétiens », l’annonce de Jésus-Christ, les choses de l’Eglise, les réalités mises en œuvre dans l’Eglise, l’aident à vivre de l’Esprit. Une personne vivait déjà – très probablement – de l’Esprit Saint dans la vie de tous les jours. Et voici qu’elle trouve, dans l’Evangile, dans les frères chrétiens, des signes, des paroles qui renouvellent et approfondissent sa vie dans l’Esprit. Cette vie spirituelle devient alors, peu à peu, chrétienne. Elle se christianisme. Elle se développe désormais en fonction de l’Evangile et de l’Eglise.
L’institution chrétienne est donc au service de cette « évangélisation » de l’Esprit Saint. Devenir chrétien, c’est vivre de l’Esprit selon une nouveauté, celle des repères évangéliques et des responsabilités ecclésiales. Nouveauté que le Christ est venu présenter et révéler.
On le voit, l’institution n’est pas première. Mais elle n’est pas superflue. Car, à la suite du Christ qui est l’homme radicalement ouvert à l’Esprit Saint et qui est venu historiquement nous apprendre à vivre de l’Esprit de façon plus convertie, plus vraie, l’Eglise et ses institutions sont au service de ce même Esprit Saint pour qu’il trouve en notre temps un langage et des références évangéliques, une manifestation ecclésiale, etc. Par conséquent, l’institution est à la fois « expression » de l’Esprit et moyen pour lui de se dévoiler mieux. On peut donc dire que l’Esprit « pousse à instituer » ; il nous pousse à donner à sa présence des lieux et une forme d’Evangile et d’Eglise.
3. Si l’institution est au service de l’Esprit Saint, il ne suffit pas de l’affirmer théoriquement. Il faut en tirer les conséquences pratiques.
Or, en pratique, cela est exigeant.
Et d’abord il est sûr que les institutions ecclésiales ne sont pas toutes du même ordre ni de la même valeur spirituelle. Le catéchuménat, c’est un ensemble institutionnel (communauté, catéchèse, célébration) qui, sans cesse, doit se demander si l’institution n’est pas en train de devenir un « en soi », ne monte pas en graine, ne se durcit pas en routines, traditions pesantes, bureaucratie, slogans, etc.
En deuxième lieu, il y a forcément des priorités institutionnelles s’il s’agit d’être au service de l’Esprit. Ce qui est en effet primordial pour que l’Esprit Saint puisse trouver une signification « chrétienne », c’est d’une part l’Evangile, la Parole de Dieu (telle est bien l’institution n° 1 de l’Eglise) et c’est d’autre part la communauté chrétienne ouverte sur l’extérieur mais rassemblée dans le partage (qu’on songe à la Pentecôte). Parole de Dieu et communauté : avec cela, l’Eglise peut se mettre au service de l’Esprit Saint. Tout le reste (les formes de la catéchèse, les formes de la célébration, les sacrements, les ministères, etc.) est second et vient par surcroît.
En troisième lieu, l’Esprit Saint n’est bien servi par nos institutions que dans la mesure où ces dernières éveillent, stimulent et actualisent la liberté. L’Eglise, telle que l’expérimente le catéchuménat, c’est un espace d’accueil et de liberté où chacun peut être lui-même, peut avancer à son rythme, où les censures et les savoirs tout faits sont peu intéressants. « Là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté. » Cette liberté est interpellée par la Parole de Dieu, le témoignage de la communauté. Mais elle est aussi interpellante. Et les chrétiens des groupes de catéchuménat le savent bien qui se sentent remis en cause par les exigences, les audaces et la créativité de certains de leurs amis catéchumènes. L’Esprit est un Esprit de charismes qui souffle où il veut.
Enfin, l’institution ecclésiale n’est bien au service de l’Esprit que si elle en favorise en elle la nouveauté toujours possible. Et ici, les catéchumènes n’ont ni le poids de passé des vieux chrétiens, ni les rancunes qui nous hantent, ni les contentieux que nous traînons parfois. Ils sont, au moins par un aspect d’eux-mêmes, neufs. Même si parfois, ils apparaissent relativement « classiques ». L’Eglise qu’ils forment avec les anciens chrétiens se doit donc d’honorer cette nouveauté. Ce qui veut dire, institutionnellement, qu’elle « évacue » régulièrement ses déchets, c’est-à-dire les restes ou les traces de ce qui a été mais qui n’est plus vivant. Il y a des institutions, des réalisations qui ont fait leur temps, des formules qui jadis ont eu leur importance et qui aujourd’hui doivent disparaître. Laissons les morts enterrer les morts. Il y va de l’honneur de l’Esprit.
4. L’institution, dans l’expérience et la pratique catéchuménale, est donc jugée, critiquée, par l’Esprit. Elle ose, en même temps, concourir au discernement de l’Esprit. Elle prend part, avec ce qu’elle a d’objectif, à ce délicat travail de reconnaissance et de clarification.
Qu’est-ce à dire ?
Discerner, ce n’est pas juger, si l’on entend par « Jugement » l’acte d’élucidation ultime dont Dieu seul se réserve la responsabilité et la décision. « Ne jugez pas. » Et pourtant il faut « éprouver tout » (1 Thess 5, 21), c’est-à-dire vérifier, approfondir, manifester, clarifier, bref discerner.
Comment cela se peut-il ?
D’abord dans la mesure où l’institution en christianisme comprend le discernement de l’Esprit comme un service de ce même Esprit. Ce n’est donc ni violence faite à la nouveauté de Dieu, ni régulation prétentieuse, ni contrôle administratif, ni censure peureuse et hâtive. Le discernement est un acte de foi. On ne peut s’y risquer que si l’on accepte d’être soi-même discerné par Dieu. Ou, pour mieux dire, l’institution, en christianisme, n’est en mesure d’aider les hommes au discernement de l’Esprit que si elle a en elle la vérité spirituelle de l’Evangile, l’humanité dépouillée du service. On n’est pas spontanément en mesure d’aider les catéchumènes à discerner l’Esprit. Et d’ailleurs il s’agit moins d’aider que d’assurer dans les communautés une qualité d’ouverture et de relation apte à pousser chacun dans la difficile reconnaissance de ce que Dieu souhaite et propose.
En tout cas, le problème du discernement se pose souvent au catéchuménat.
D’abord dans les premières rencontres entre un non-baptisé ou un homme en mouvement spirituel et un ou plusieurs chrétiens :
° Qu’est-ce que ces nouveaux venus ont à dire de l’œuvre de l’Esprit Saint dans leur vie ?
° Comment en ont-ils déjà expérimenté la présence ?
° Comment peuvent-ils faire de leur vie passée une tradition vivante, unifiée par l’Esprit ?
° Et comment leur présence ou leurs réactions portent-elles une lumière nouvelle sur ce que font et sont les « vieux chrétiens » du catéchuménat ?
Et puis, il y a le discernement pendant la longue marche catéchuménale :
° Quelles décisions prendre à tel ou tel tournant de la vie ? ° Comment la décision d’entrer officiellement en Eglise ou de demander le baptême est-elle prise ? ° Pour quelles raisons ? ° Et comment la demande d’un sacrement est-elle symbolique (« sacramentelle » même) de beaucoup d’autres décisions qu’il a fallu et qu’il faudra prendre ?
Croire, c’est se décider.
Enfin il y a le discernement du néophytat :
° Comment vivre en Eglise ? ° De quelle manière concrète ? ° Comment n’être pas seulement bénéficiaire du christianisme mais aussi, un peu, responsable de son avenir et de sa vérité ?
Dans tous ces cas, il est clair que l’institution ecclésiale peut, en tant que telle, contribuer au discernement de l’Esprit. Comment ? En invitant au réalisme.
5. L’institution, telle qu’elle se présente au catéchuménat, est encore au service de l’Esprit dans la mesure où elle peut aider à accueillir les diverses manifestations de cet Esprit comme une totalité, comme un tout multiple et organique, sans majorer ni non plus minimiser telle ou telle d’entre elles.
Car l’Esprit qui souffle où il veut a bien des possibilités, bien des effets, bien des fruits. Personne, à soi seul, ne peut prétendre épuiser ni même expérimenter assez cette richesse. Aussi le christianisme est-il une invitation à vivre de l’Esprit en Eglise, en se mettant donc ensemble, au nom du Christ qui rassemble et « dans l’unité de l’Esprit ».
l’Esprit qui éclaire ou ouvre les cœurs et l’Esprit qui introduit nos prétentions à savoir et à connaître dans la mystérieuse nuit de la foi ; l’Esprit qui diversifie et l’Esprit qui unifie ; l’Esprit qui fait comprendre et l’Esprit qui fait réaliser concrètement ce que l’on a perçu ; l’Esprit des moments de joie et l’Esprit des temps d’épreuve ; l’Esprit des longues patiences ou des longs termes et l’Esprit des brusques irruptions et des seuils que l’on franchit.`
Au fond cette mise en commun ecclésiale des ressources spirituelles de chacun manifeste bien ce qu’est l’Eglise. Elle est un corps, un corps de résurrection, un ensemble vivant et organique que l’Esprit construit et fait exister. Ce qui arrive aux autres est pour chacun événement de sa propre vie. La vocation spirituelle de chacun des catéchumènes et des néophytes, comme celle de chacun des chrétiens de vieille date qui marchent avec eux, est une proposition unique de l’Esprit, une réalisation « sur mesure », originale. Mais c’est en même temps un don fait à tous et pour tous.
6. L’institution ecclésiale, dans son visage de catéchuménat, découvre encore son lien à l’Esprit dans un « exode », un chemin, un déplacement que beaucoup de groupes catéchuménaux vivent aujourd’hui.
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Nous l’avons dit, l’Esprit est avant l’institution. Cela, depuis ses débuts, le catéchuménat le sait et s’en émerveille. Mais il faut aller plus loin. L’Esprit est aussi hors de l’institution. Voilà qui n’est pas seulement déclaration théorique ou profession de foi.
Certes, les chrétiens qui vivent l’expérience du catéchuménat, savent avec Vatican II que « l’Esprit de Dieu offre à tous par les moyens qu’il connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal du Christ » (L’Eglise dans le monde de ce temps, n° 22, § 5). Mais cela est de plus en plus repérable dans la pratique.
Voici que des gens ne viennent plus demander quoi que ce soit à l’institution catéchuménale, mais se mettent à vivre un mouvement spirituel, et parfois une très réelle conversion, hors de tout lieu d’Eglise, dans la vie quotidienne, dans des groupes culturels, sociaux, amicaux, politiques, etc. Et voici que des gens du catéchuménat se déplacent. Au lieu de rester « chez eux », ils vont ailleurs, ils sont attentifs à ce qui se passe ailleurs, ils ouvrent les yeux sur ce qui se joue dans leur vie et ils découvrent que cela est souvent analogue à ce qui se passe dans le catéchuménat proprement dit. (Actes, 10).
Tout cela n’est-il pas une nouvelle occasion de saluer la présence de l’Esprit ? C’est l’expérience de Pierre face au centurion Corneille (Actes, 10).
Si l’Esprit est présent dans l’institution chrétienne, il est aussi à l’œuvre ailleurs. Et cette double action, qui exprime l’universalité dynamique du Christ Ressuscité, a un style qui est, en fin de compte, identique : l’Esprit pousse à la liberté, à la lumière, à l’unité, à la croissance, à l’espérance, à l’action, que ce soit dans l’Eglise ou que ce soit dans ce que nous appelons le monde.
7. Pour résumer ces quelques réflexions, peut-être est-il assez indiqué d’évoquer la confirmation.
C’est un sacrement. Donc un aspect de l’institution chrétienne. Et c’est un sacrement qui, traditionnellement, est mis en référence à l’Esprit Saint.
Certes la confirmation n’est pas le seul sacrement en ce cas. Si l’on se borne à énumérer les divers sacrements que les groupes de catéchuménat célèbrent à un titre ou à un autre, on voit que chacun d’eux est un signe et un acte de l’Esprit.
Le baptême, c’est le sacrement par lequel l’Eglise se constitue comme communauté spirituelle : elle fait passer quelqu’un d’une recherche spirituelle où le Christ n’a pas de place centrale à une adhésion motivée à l’Evangile de Jésus et au groupe des disciples évangéliques de Jésus.
L’eucharistie, c’est le sacrement des baptisés où l’on reçoit dans l’Esprit Saint la Pâque du Christ, c’est-à-dire l’identité chrétienne au long du temps. C’est la mise en œuvre et l’actualisation régulière de ce Mystère du Christ en lequel le baptême nous a introduits et dont nous sommes devenus les humbles témoins. Corps et sang du Christ sont donc des aliments pleins d’Esprit pour nourrir ces êtres spirituels que sont les baptisés.
De même la pénitence, sacrement où les baptisés et les communautés confessent que leur vie est en décalage par rapport au style évangélique, ecclésial et spirituel du baptême et de l’eucharistie et où ils reçoivent dans le pardon divin un signe nouveau et adapté de l’Esprit de résurrection.
Enfin le mariage, que célèbrent sacramentellement certains néophytes ou certains catéchumènes, est lui aussi sous le signe de l’Esprit. Les chrétiens qui reçoivent un signe sacramentel en leur amour se voient disqualifiés pour vivre leur union comme une expression effective du don et de la fidélité de Dieu. Cela, bien évidemment, se réfère à l’Esprit, qui est force d’espérance, énergie de résurrection, puissance d’approfondissement progressif et d’innovation constante.
Pourquoi alors parler ici de la confirmation en lui donnant un relief particulier ?
Parce que ce sacrement est, en son sens profond, une célébration de l’Esprit que l’on a déjà expérimenté au titre du baptême, de l’eucharistie, voire de la pénitence et du mariage. Si l’on en cherche l’originalité, on voit qu’il survient au bout d’un certain temps de vie chrétienne et sacramentelle, comme le don d’un « second souffle » au bout d’une première période du catéchuménat.
Il est bien connu que les nouveaux baptisés connaissent un temps de « décompression » qui n’est pas dû seulement à une éventuelle surchauffe pendant la marche catéchuménale et qui correspond surtout à une constance de l’expérience spirituelle : il faut re-démarrer, re-choisir, re-saisir les choses (c’est ce qu’exprimait autrefois la mystagogie, c’est-à-dire la catéchèse « après-coup », pour aider à vivre, à re-prendre, ce que l’on avait déjà vécu).
Précisons toutefois un peu plus le sens de la confirmation. Car ce sacrement ne se comprend pas seulement en référence à l’Esprit Saint ni seulement en référence à une certaine durée d’assimilation baptismale. Il fait intervenir, en Occident, l’évêque ou son délégué explicite. Et c’est l’évêque qui invoque sur les baptisés confirmables l’Esprit de leur baptême et de leur eucharistie.
Qu’est-ce à dire ?
Certes l’évêque, dans l’Eglise, a plusieurs significations.
Il peut signifier, en son ministère apostolique, le don de Dieu qui est toujours gratuit et que nul ne peut mériter ni moins encore, conquérir.
Il peut également attester, par son appartenance au collège des successeurs d’apôtres, le caractère universel, mondial, catholique, de toute vie chrétienne et donc, très particulièrement, celle des baptisés qui se présentent à la confirmation.
Tout cela est fort important et souligne la portée du don de l’Esprit quand on le reçoit en Eglise.
Mais il y a plus. Car l’évêque n’est pas seulement le signe du don divin et de son universalité ; il exprime aussi le caractère institué, historique et tangible de l’Eglise. L’évêque, c’est celui qui préside telle Eglise locale, en un temps et en un lieu donnés, en union avec d’autres évêques et d’autres Eglises dans la succession des âges. Ce n’est pas par hasard qu’en Occident, dans l’histoire du sacrement de confirmation, cet aspect institutionnel a été souligné. Un baptisé n’est bien chrétien que s’il est présenté à l’évêque. Donc s’il a découvert l’Eglise concrètement, comme une réalité visible, comme une institution.
Mais évidemment l’institution ne veut pas, ne doit pas dire ici bureaucratie ou appareil administratif plus ou moins anonyme. C’est la forme visible d’une vie commune, d’une communion de frères, unis par le même évangile et la même responsabilité ecclésiale. Ce qui la signifie, ce sont des personnes, non des papiers ; des vocations personnelles, non des règlements. Et parmi ces personnes il y a l’évêque qui offre à tous un service évangélique, celui de « présider » à l’unité et à la continuité.
C’est là un ministère indispensable, auquel celui qui l’exerce est ordonné, c’est-à-dire pour lequel il est qualifié jusque dans son être le plus profond. Ainsi donc l’institution ecclésiale apparaît comme une réalité vivante, organique, structurée parce qu’organique, organisée afin d’être plus vive et plus au service des personnes.
Et c’est là que les rites de la confirmation invitent à aller plus loin encore.
Car l’évêque intervient dans cette célébration en invoquant l’Esprit Saint sur les néophytes. Voilà qui est significatif. Au fond l’évêque, signe « présidentiel » de l’institution, de l’Eglise instituée, indique quelle est l’inspiration de l’institution.
Les néophytes ne sont tout à fait initiés, tout à fait formés à la vie chrétienne que lorsqu’ils ont découvert ces deux dimensions du christianisme : une foi en l’Esprit Saint et une adhésion réaliste à un corps social qui s’appelle l’Eglise. Deux dimensions indissociables mais parfois mal conjointes. Il faut avoir une certaine expérience baptismale, eucharistique et même pénitentielle pour en saisir le sens profond. Cette découverte, faite dans la lumière de Dieu, est une confirmation de tout ce qui a été vécu précédemment. Et elle est pour toute l’Eglise, le signe de son identité profonde et mystérieuse, en permanence.
en coll. avec Jean Vernette, éd. Chalet, 1975
Chapitre VI : Un certain sens de l’Eglise, § 4. p. 218-225
Article cité : Note sur le Néo-catéchuménat ;
Voir aussi : Le spirituel chrétien ; Où se manifeste l’Esprit ? ; L’Esprit est-il à l’heure aujourd’hui ? .
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