Tradition catéchuménale
Citations
Les mots varient pour dire nos racines et notre avenir humain. Nous vivons d’un rapport à ce qui nous a précédés autant que d’un courage pour avancer sur nos chemins. Etre chrétien, c’est s’inscrire dans un temps long et un espace universel. Quelques pensées d’Henri Bourgeois peuvent nous aider à méditer. Quelques aspects, quelques formules, et peut-être l’une ou l’autre peut-elle nous aider au pas qui vient. (AHB)
La tradition catéchuménale redécouverte :
écho de la Parole de Dieu qui opère en ceux et celles qui la reçoivent.
« La Parole provocatrice de Dieu … porte en elle un ton, une vibration spirituelle, une modulation susceptible de toucher le cœur et d’y trouver du retentissement. » (p. 237)
« Elle prend peu à peu des formes institutionnelles, publiques et ecclésiales… (Et) ses pratiques sont en mesure d’influencer des réalités ecclésiales. » (237-238).
« La pratique catéchuménale conjoint un élément mystérieux (la Parole de Dieu), un élément personnel (conversion), un élément culturel (l’âge « adulte »), et un élément institutionnel (l’Eglise). » (238).
La restauration catéchuménale, à Vatican II, « est un acte de tradition, ce terme n’impliquant aucune fétichisation du passé mais désignant une situation et un travail, une volonté (il faut vouloir faire tradition), et un choix » (246).
« Ce ne sont pas des chercheurs du passé qui réengendrent la pratique catéchuménale, ce sont des praticiens de l’Evangile qui font appel au passé et donc (ce sont parfois les mêmes), aux historiens. » (p. 246).
« Le christianisme, parce que biblique et historique, se sent plus ou moins affecté par sa tradition. Il vit en étant en quelque sorte exposé à ce qui fut, à ce qui n’est plus mais qui continue à avoir un effet sur l’actualité. Il se sent précédé. » (p. 246).
« La redécouverte du catéchuménat n’est pas l’absolutisation d’une forme de pratique ecclésiale tenue pour indépassable et définitivement organisée. Elle est plutôt une façon pratique d’accomplir la responsabilité ecclésiale en mettant à la disposition de la Parole de Dieu des formes initiatiques ayant fait leurs preuves. » (247).
« Il se pourrait que la situation des diverses Eglises européennes, dans un monde où la foi chrétienne devient minoritaire et où elle n’est plus encadrée par la vie sociale, les conduise à faire une expérience analogue à celle faite jadis en pays de mission. Car l’enjeu est semblable : les chrétiens sont en train de se percevoir comme vivant dans un monde qui n’est pas chrétien et où la venue à l’Evangile demande maturation et épreuve. » (251).
Le processus catéchuménal « se donne comme une expérience où l’universel s’engendre dans une insurmontable particularité, dès lors que celle-ci se reconnaît telle et se constitue en dynamisme ouvert…. L’universalité se manifeste dans le jeu de deux perspectives, toujours particulières mais toujours susceptibles d’aller au-delà de leur réalisation du moment. La première est synchronique [rapport à d’autres, témoins et catéchumènes…]. La seconde est diachronique [un ordre de découverte et des répétitions] » (p. 254)
« Le catéchuménat met en œuvre deux dimensions clés de l’humain et de l’évangélique : la relation à autrui et la temporalité. Ces deux dimensions sont reliées enter elles : communication et durée sont imbriquées. Par ailleurs chacune de ces dimensions est construite autour de deux pôles, ce qui en assure la dynamique interne. La relation à autrui se « joue » dans l’interpersonnel et le global ou le collectif, tandis que la durée s’expérimente dans un ordre séquentiel et dans la possibilité de revenir sur ce qui a été vécu, de le répéter. » (255).
« C’est à la rencontre d’autrui et à la temporalité de l’Evangile qu’il faut être initié. De la sorte, la méthode catéchuménale personnalise : chacun est appelé par son nom à devenir être de communion et sujet d’histoire. Par là même, elle universalise : elle touche en chacun ce qui est le plus intime et le plus commun. » (256)
« Ce n’est pas tout groupe qui se trouve réellement apte à faire œuvre d’initiation, précisément parce que cet acte suppose que l’on sorte de ses particularités et que l’on adopte une perspective universelle. L’initiation ne consiste pas, en christianisme, à intégrer quelqu’un à une spiritualité déterminée ou à une sensibilité propre. Elle demande un point de vue plus fondamental, baptismal si l’on veut, en deçà de choix qui peuvent par ailleurs être tout à fait légitimes. On est initié au mystère de Dieu et non à telle forme d’expérience chrétienne. » (257)
S’exposer à la tradition catéchuménale
Entrer dans la tradition et la continuer suppose d’abord de « travailler le rituel et, par conséquent, de se laisser travailler par lui. Si le rituel est trace écrite de la tradition, il est pour une part en mesure de nous relier à elle et de faire de nous ses acteurs. Encore faut-il chercher à comprendre ce que signifie le livre en question, quelles en sont les lignes de force, quels choix il opère. » (258)
Un autre moyen « plus inattendu » : « écouter le récit des autres, celui qui vient d’autres expériences locales ou internationales, celui aussi qui vient des Eglises en leur diversité. A chaque fois, un écart se marque entre ce que l’on a soi-même expérimenté et ce que d’autres vivent et pensent…. Si l’on se laisse travailler par ces écarts, de manière à décloisonner sa propre tâche, ne peut-on pas penser que l’on acquiert de la sorte une disponibilité analogue à celle que requiert la tradition ? » (259)
« Se laisser travailler par la méthode catéchuménale telle qu’elle est transmise, c’est aussi la travailler pour lui faire dire ou la laisser dire ce qui est message pour aujourd’hui. » (260)
« Faire tradition, ce n’est pas masquer les décalages ou les discontinuités. C’est bien plutôt avouer ces écarts pour les rendre énergies actives et puissances éventuellement novatrices. » (260)
« Renoncer à l’illusion d’une immédiateté entre le présent et le passé n’a d’intérêt que si, positivement, s’opère une tâche sur les différences que l’on constate. C’est une opération de pensée cherchant à produire des significations nouvelles et pour le passé et pour le présent, grâce à l’intersection de l’un et de l’autre. » (261)
Le rituel comme livre de tradition
Selon la tradition, en ce qu’elle a de plus manifeste, c’est la dimension liturgique qui fait l’objet privilégié de la transmission…. Le fait n’est pas arbitraire. La liturgie, c’est la forme publique du mystère comme don de Dieu et comme action de grâce évangélique. Elle engage la foi et l’Eglise de manière pour ainsi dire officielle. » (261)
« Comment lire le rituel en tant que livre de tradition ? Ou encore comment se laisser soi-même lire et travailler par lui ? » (261)
« Le rituel liturgique du catéchuménat n’est bien lu que si on le relie à la profession de foi (le Credo) et à la délimitation biblique (la liste, l’ordre et l’autorité des livres bibliques) » (262).
« Le rituel liturgique du catéchuménat fait tradition… mais il indique aussi une initiative. Autrement dit, il rend possible une confession de foi et donne à cette prise de position de déployer sacramentellement et « mystagogiquement » ses conséquences. » (262)
La lecture du rituel est « lecture de lectures ». « Le rituel porte en lui des « lieux d’indétermination », des espaces indécis, des possibilités entre lesquelles il ne choisi pas d’avance. Précieuse incertitude qui permet de lire à nouveaux frais, d’âge en âge. Ensuite il présente toujours un excès de sens par rapport à ce que l’on retient de lui. » (264)
« Ce que l’on reçoit ne devient tout à fait nôtre qu’en se faisant en nous source et forme d’agir, quelles que soient d’ailleurs les modalités de cette action. La tradition, pour être lecture et écoute, en appelle à la pratique. » (265)
« La réalisation fait donc partie intégrante de la tradition. Elle en est un aspect constitutif et non simplement consécutif. Autrement dit, on continue à recevoir ce qui est transmis en agissant pour que le donné antérieur à soi opère au-delà de soi. » (266)
« Les effets produits ne consistent jamais en la reproduction pure et simple de ce que sont les évangélisateurs ni en l’accomplissement mécanique du modèle catéchuménal, il y a toujours un écart… Il est bon que le résultat ne soit pas totalement prévisible, sinon la tradition cesserait d’être vive. » (268)
« Petite » et « Grande tradition »
« Quand la pratique catéchuménale sent plus ou moins la tradition qui l’habite, elle se fait capable de comprendre la foi chrétienne dans son exercice d’ensemble comme une tradition plus fondamentale, celle de la parole de Dieu. » (268)
« En se plaçant là où la foi commence, là où elle prend forme, le catéchuménat perçoit donc un essentiel à l’état naissant. Essentiel qui, parfois, s’estompe sous l’effet de l’habitude ou dans les aléas de la vie. » (268)
« Cet essentiel n’a valeur de tradition que s’il est le lieu d’une écoute, d’une réalisation et d’une innovation. » …« La foi a également un rapport à établir entre ce qui est écrit et ce qui ne l’est pas, c’est-à-dire entre le livre, non seulement le rituel catéchuménal mais bien entendu le livre biblique, et ce qui se reçoit sans être toujours écrit, ce qui tient à l’époque et à la tradition ecclésiale. A ces deux conditions, accueillir en même temps que l’on fait, méditer l’Ecriture mais aussi les signes du temps présent, il y a chance que la foi développe sa capacité d’innovation et corresponde autant que possible à la nouveauté évangélique. » (268).
« La tradition catéchuménale s’inscrit dans un ensemble, celui de la tradition ecclésiale, et notamment elle va de pair avec la tradition de la confession de foi et celle du canon des Ecritures…. Le fait en question veut dire que la foi n’a chance d’être assez tradition que si elle conjoint plusieurs traditions, sans en idolâtrer aucune, et en inscrivant chacune dans un champ d’ensemble qui les tient en équilibre. » (269)
« Aujourd’hui la tradition fascine ou fait peur. Deux perceptions extrêmes qui, souvent, dispensent d’entrer dans le sens qu’elle peut avoir et dans la pratique concrète à laquelle elle appelle…. Le catéchuménat prend la tradition au mot et à l’acte. » (269)
« La foi chrétienne »… « est convaincue qu’il faut s’expliquer avec hier de manière claire, et que cette tâche évite pour une bonne part les naïvetés d’un rapport trop immédiat au présent et les facilités égarantes de l’utopie sans contrepoids. » (269).
« La tradition catéchuménale est seconde, mais il serait idéaliste d’en minimiser la portée. Car il n’est pas exact que la grande tradition, celle de la Parole de Dieu, se développe de manière isolée, sans le cortège et le concours de ces traditions annexes parmi lesquelles se place celle de la pratique catéchuménale. Le tout est que toute tradition, celle-ci comme les autres, et la tradition de la Parole de Dieu elle-même, soit mise en perspective universelle. Autrement dit qu’elle soit travaillée de telle manière que sa singularité aille en direction du Dieu qui est, qui était et qui vient, et d’une humanité qui fut, qui dure et qui sera. » (270)
Théologie catéchuménale,
Ed. du Cerf, 1993, 2007, ch. V, 233-270
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et la présentation du livre d’où ce texte est extrait : Théologie catéchuménale. À propos de la « nouvelle évangélisation »..
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