Accueil du site > Lectures > Analyses > Théologie catéchuménale. Au Ch. V : la (...)
logo

Théologie catéchuménale. Au Ch. V : la Tradition.

En lisant :

Théologie catéchuménale. Ch. V. La Tradition

Le livre d’Henri Bourgeois, Théologie catéchuménale, parfois un peu foisonnant et exigeant, apporte une lumière nouvelle sur la manière d’accueillir et d’accompagner les nouveaux venus à la foi, ce qu’on appelle dans le langage ecclésial, la pastorale catéchuménale.

Les chapitres V et VI de la réédition de 2007 apportent des réflexions restés inédites sur le thème de la tradition, au ch. V, et sur l’agir catéchuménal au ch. VI.

Il s’agit bien de théologie, mais de théologie à partir d’une pratique. L’auteur a justifié son propos dans un article de la revue Le point théologique, n° 57 (1993) : La pastorale catéchuménale catholique, lieu de théologie pratique.

Cet article présente le chapitre V.


Pourquoi se référer à la tradition catéchuménale ?

« Question omniprésente », dans cette pratique pastorale, dit H. Bourgeois. Au-delà de rappels historiques, dont on se contente trop souvent, il tente d’établir les raisons d’un dialogue actuel avec la tradition catéchuménale antique, même incertaine et obscure. Question d’autant plus urgente et délicate qu’aujourd’hui où le passé comme tel ne séduit plus, sinon au musée, et où chacun, dans l’Eglise comme dans la société, a à se réidentifier et voudrait parfois le faire à partir de lui seul.

Pour se saisir de cette question, H.B. en détaille 4 aspects :
- 1. que signifie, aujourd’hui, s’inspirer d’une méthode antique pour transmettre ?
- 2. que signifie le fait que ce n’est pas aujourd’hui le mode habituel d’entrée dans la foi ?
- 3. pourquoi faire confiance à cette tradition ?
- 4. n’est-ce pas un choix ambigu ?


⬔ 1- A la première question : pourquoi une méthode antique ? il répond en situant le catéchuménat dans une tradition plus large.

_D’abord, la « grande tradition », celle de la Parole de Dieu, parole venue dans le monde, révélée en Christ, et communiquée aux hommes, dont la responsabilité est de Dieu même et « dont l’Ecriture est la forme manifeste ».

_Puis la tradition ecclésiale, qui naît de la première, pour en offrir, dans l’histoire, le témoignage permanent, et parfois ambigu.

_Enfin la tradition catéchuménale. Il la définit comme la « transmission d’un savoir-faire éprouvé et proposable aux personnes demandant librement à devenir chrétiennes », et qui se rapporte à l’essentiel par une catéchèse, des expériences (spirituelle, ecclésiale, éthique) et un rituel. Il reconnaît qu’il pourrait y avoir là un risque de majorer le « procédé ». Mais il le réaffirme : pour lui, cette tradition est « relative » à la « grande tradition », elle n’a pas d’autre but que celui de « concourir à l’opération de la Parole de Dieu dans le monde ». Elle n’est donc pas un absolu, même si elle a l’autorité de l’histoire et précède tant d’autres traditions particulières en christianisme (pénitentielle, monastique et religieuses, et même cléricale).


⬕ 2. La deuxième question, sur la manière majoritaire de devenir chrétien aujourd’hui, vient d’une objection massive et fréquente : il y a, à cet égard, une grande différence entre l’Eglise antique et celle d’aujourd’hui.

D’une part, l’initiation a une double forme : enfants et adultes (avec prédominance de la première).

_D’autre part il y a – trop rarement sans doute encore – une re-initiation d’adultes baptisés qui ne l’ont pas reçue. De ce fait, le catéchuménat se trouve être une façon particulière de devenir chrétien, mais non la seule, ni même la première.

Constatant cependant les ressemblances entre les modes d’initiation actuels – là où elle se réalise effectivement – et l’initiation antique, H. Bourgeois perçoit là une question posée à l’Eglise.

Il se souvient que ce fut la décision du Concile Vatican II de rétablir le catéchuménat, et il regrette que les documents romains ultérieurs n’en parlent guère. Jean-Paul II, à l’occasion, parle plutôt de « forme catéchuménale de catéchèse post-baptismale », mais le courant de la « nouvelle évangélisation », devenu prépondérant, se déploie sans prendre beaucoup en compte la particularité de la tradition catéchuménale, pourtant plus adaptée à des commencements. Le néo-catéchuménat, en effet, qui a parfois la faveur des autorités, n’est pas le catéchuménat, répète-t-il. Et il s’en est souvent expliqué, en diverses occasions.

(lien avec une « brève » sur le néo-catéchuménat)


⬖ 3. La troisième question sur la tradition catéchuménale va plus loin. Pourquoi faire confiance à cette tradition, puisqu’elle s’était perdue du 6e au 16e siècle ? Par essoufflement peut-être, ou perte de son lieu propre : quand le baptême des nouveau-nés est généralisé, le baptême et la conversion d’adultes sont peu visibilisés.

Pourtant cette tradition a été re-découverte aux 16e, 17e et 19e siècles. Pourquoi ? À nouveau, la difficulé initiale se retourne en question pour nous. L’histoire montre en effet que cette redécouverte, plus ou moins effective, correspond à un effort particulier, à la fois théologique, historique et pastoral. Effort qui se produit lorsque la tradition ecclésiale entre dans des cultures et des mondes nouveaux : en Asie et Amérique latine, aux 16 et 17e s., en Afrique au 19e s., et dans l’Europe actuelle. Elle aussi devient une terre nouvelle à cause du brassage culturel qu’elle connaît, ce qui entraîne pour l’Eglise une autre perception d’elle-même et de son rapport à la société. Mais la reprise de cette tradition catéchuménale reste un choix, reconnaît-il : il fut celui du Concile Vatican II.


⬗ 4. Après avoir montré que les soupçons et questions viennent des obstacles mêmes au développement de l’initiation chrétienne en Occident, Henri Bourgeois s’arrête sur les constats que l’on peut faire, dans l’Eglise catholique et dans d’autres confessions, sur l’ambiguïté du choix de cette tradition, lorsqu’il est fait.

Que la tradition catéchuménale n’ait pas duré montre qu’elle ne peut être reprise comme une simple « organisation », « application de règles », ce qui reviendrait à la banaliser ou à la bureaucratiser.

Il s’agit plutôt, dit-il, de « se laisser travailler par elle », y compris dans sa dimension rituelle, en recherchant toujours son lien avec la confession de foi et la tradition biblique.

« On continue à recevoir ce qui est transmis en agissant pour que le donné antérieur à soi opère au-delà de soi ».

C’est cela qui est toujours ancien et nouveau. La pratique catéchuménale est toujours une traversée qu’on accomplit d’abord en soi-même. Et l’auteur de souligner l’apport de l’Afrique, en ce domaine.

Ce que propose H. Bourgeois en ce chapitre est donc une façon neuve d’aborder les questions posées par cette reviviscence de la tradition catéchuménale, et la manière de se l’approprier. Cela rend plus vives encore les raisons du choix fait par l’Eglise conciliaire, et cela appelle à passer d’une « volonté voulue à une volonté voulante ». Nul doute qu’il y a là, encore aujourd’hui, des éléments pour un dialogue nécessaire, à l’intérieur de l’Eglise catholique et entre Eglises.

MLG

Les chapitres III et IV n’ont pas encore fait l’objet d’un exposé.

Voir la présentation d’ensemble du livre : Théologie catéchuménale. À propos de la « nouvelle évangélisation » : vue d’ensemble ;

Et le Guide de lecture qui propose une fiche pour chaque chapitre : Guides ;

En particulier : TC-Fiche n° 5 : La tradition ;

Passer à l’article suivant : TC-Fiche n° 6 : L’agir catéchuménal ;

Lire aussi les travaux du colloque de théologie catéchuménale 1993, dans : Contributions ;

Revenir à l’introduction : Lectures ;

Retour à la page d’accueil : Bienvenue.



Mots-clés

Dans cette rubrique