ROME 1987. Les laïcs dans l’Eglise et dans le monde.
Synode des évêques.
Point de vue d’un théologien-pasteur
C’est un texte d’Henri Bourgeois encore enfoui qui est aujourd’hui exhumé. Cinq pages qui achèvent un livre sur le thème du Synode qui se tenait alors à Rome, entre les évêques : Les laïcs dans l’Eglise et dans le monde (p. 271-276). Non répertorié dans la bibliographie éditée d’Henri Bourgeois, ce texte a en effet été découvert par hasard. Quelques mots sont nécessaires pour le situer. Il est en effet surprenant à plusieurs égards et pas seulement parce que sa découverte était improbable….
D’abord parce qu’il n’a pas de titre, sinon celui de « Annexe 2 »… Il vient après une « Annexe 1 » qui est une conclusion du cardinal Ratzinger (il n’était pas encore Benoît XVI) sur « l’état de préparation du catéchisme dans l’Eglise catholique ». Etrange rencontre, non seulement de deux théologiens, mais de leurs sujets… Le cardinal-théologien, qui dirige alors la congrégation pour la foi, parle de catéchisme et de doctrine (donc à enseigner à des laïcs), et le théologien-pasteur qui a déjà 15 ans de responsabilité du catéchuménat des adultes parle des « laïcs » eux-mêmes… Plutôt qu’une conclusion paradoxale ou en trompe-l’œil, le thème et la manière expriment sans doute, pour les auteurs du recueil qui ont sollicité ces deux conclusions, le sentiment d’être comme pris dans un enjeu difficile à manifester clairement.
Ensuite parce que l« avant propos » des éditeurs (p. 7) exprime clairement cette visée à double détente qu’exprime la double conclusion. Il a certes une portée informative. Le propos annoncé par le journaliste Jacques Pothin et la rédaction de la Documentation catholique, éditrice, est certes la publication de textes du dossier qu’ont eu entre leurs mains des évêques réunis dans le Synode qui s’achevait à Rome, et pour parler des Laïcs. Les « textes définissent clairement - précisent-ils - les questions nouvelles auxquelles l’Eglise est affrontée vingt ans après Vatican II ». Ils signalent « en particulier la place des femmes dans l’Eglise, les organisations apostoliques et les mouvements spirituels, les nouveaux ministères, la formation des adultes, l’engagement social et politique, la paroisse, etc.) ». S’appuyant sur des témoignages, ces textes, pensent-ils, « interrogent toute l’Eglise et désignent les défis à relever ». Car le propos est aussi d’« inciter la théologie à ne pas s’enliser dans un débat sans fin sur une définition abstraite des rapports entre clercs et laïcs ». Et c’est très précisément à Henri Bourgeois, et non au Cardinal Ratzinger, qu’il est demandé d’exprimer ce défi. Je cite :
« En annexe à ces documents, et pour bien distinguer les textes officiels et la réflexion théologiques, les éditeurs ont demandé à un théologien qui a suivi toute la préparation et le déroulement du Synode, de donner son point de vue sur cet événement. Nous le remercions de cette réaction écrite dans des conditions de temps chichement mesurées » (p. 7).
Henri Bourgeois avait en effet rédigé, de sa solitude théologique, une sorte de chronique théologique du Synode, et son livre allait paraître au début de 1988 : Ces chrétiens que l’on appelle laïcs. Sa parole « théologique » était sollicitée comme à l’arrachée, et par des laïcs, comme pour sauver une espérance…, quand la « théologie » leur paraissait s’enfermer dans une doctrine abstraite.
Sans l’avoir du tout cherché ni prévu, nous publions ce texte au moment où les médias saluent et commentent largement le décès de Vaclav Havel, rappelant le printemps de Prague (en 1968), et, en 1989, sous sa présidence, l’écroulement du « mur de Berlin », devenu comme sans objet. L’Europe n’a peut-être pas répondu entièrement à l’espérance née de l’itinéraire de cet intellectuel et artiste devenu révolutionnaire sans violence…. Un dictateur, à l’autre bout du monde, vient de disparaître lui aussi, aussitôt remplacé et sa disparition fait à peine bouger les lignes… De printemps annoncés, vécus, en printemps trahis et révolutions perdues, le monde va cahin-caha, mais l’aspiration à la liberté et à un vivre ensemble dans la liberté est irrépressible.
Quant aux laïcs dans l’Eglise, ils sont aujourd’hui plus conscients que jamais, à moins qu’ils n’appartiennent à une génération née dans l’oubli du Concile et de son histoire, mais les craintes qu’exprimaient le pasteur visionnaire qu’était Henri Bourgeois, sont devenues réalités. Comme s’il fallait, pour fortifier l’aspiration à la liberté, que rivière se gèle avant ne revienne le printemps.
La rencontre entre cet article que nous préparons depuis quelques jours, et la conjoncture européenne et mondiale du jour, nous invite à publier ici pour la première fois une photo d’Henri Bourgeois prise le 4 mai 1991, il y a donc guère plus de 20 ans lors d’un voyage à Praque, à Ceské Budĕjovice, dans une rencontre qu’il eut avec une équipe de Catéchuménat, au sud de la Tchécoslovaquie : des dissidents et surtout une dissidente, à peine sortis d’un monde clos. Henri est en train de leur offrir le petit livre des catéchumènes : Chemin de foi. Et ils découvrent, avec gravité et joie, après être, l’un ou l’autre, venus à Taizé, un autre écho de ce que vivait alors l’Eglise en Occident, avec le catéchuménat des adultes, en Occident, avec justement l’impulsion de la théologie catéchuménale. « Nous ne savions pas qu’il y avait un catéchuménat en Occident…. », disaient-ils, étonnés. Le leur était en effet à la fois florissant, tout juste sorti de la clandestinité.
La Parole de Dieu ne peut être enchaînée, même par les institutions ecclésiales. Et lorsqu’elle est vive, elle ne peut pas ne pas passer les frontières. (M.L. G., 19 déc. 2011).
Beaucoup reste à faire
Un synode épiscopal, c’est une réalité étrange. On le prépare plus ou moins dans les diocèses, il suscite plus ou moins l’intérêt. Et puis il s’achève en pointillés, sur des propositions transmises au pape et demeurant en principe secrètes. C’est une assemblée qui traite de questions importantes pour la vie des communautés chrétiennes. Mais finalement ce qui est exprimé puis ce qui est voté n’ont de valeur que consultative et les évêques qui ont pris part à l’assemblée se bornent à formuler « humblement » (le mot revient deux fois dans les propositions transmises à Jean-Paul II après le Synode d’octobre 1987) un voeu ou une demande, « offrant » au Pape « le fruit » de leurs travaux.
Je relève d’emblée ce caractère qu’a eu, comme les précédents synodes, celui qui a traité des laïcs. Comme pour les assemblées antérieures, les impressions des médias, de certains chrétiens informés et, parfois même, de certains évêques, sont mélangées. Le Synode de 1987 semble, en tout cas, ne pas devoir laisser un souvenir impérissable. A moins que la future exhortation apostolique de Jean-Paul II ne parvienne à soulever dans l’Eglise catholique une dynamique inattendue : mais je ne puis encore le dire.
Les évêques ont pris un « bain de catholicité »
Il est juste de dire pourtant que les évêques qui ont participé à ce Synode ont le sentiment d’avoir vécu un moment fort. Ce qu’un membre de secrétariat de l’épiscopat a traduit en parlant d’un « bain de catholicité ».
Travailler et vivre ensemble pendant un mois, découvrir très concrètement les dimensions internationales de l’Eglise catholique, accueillir dans l’assemblée (et pour la première fois) des laïcs dont certains ont pris la parole, voilà des expressions marquantes. Et l’on comprend que, revenus dans leurs Eglises particulières, les membres du Synode aient témoigné de tout ce que l’événement leur avait apporté.
Mais, bien entendu, un synode ne se réunit pas seulement pour la joie ou l’édification des évêques qui le constituent ! La question des laïcs est suffisamment importante pour que les catholiques, sans trop attendre de l’assemblée, aient du moins le désir de bénéficier de quelques orientations stimulantes. Or, quelle que soit la bonne volonté des participants, il faut bien reconnaître que le Synode de 1987 paraît avoir été bien peu à même de répondre à ce désir. Il a été un lieu d’échange et d’écoute, l’occasion de vérifier et d’approfondir la solidarité entre les Eglises, mais il n’a pas été en mesure de traiter quelques-unes des questions réelles qui se posent aujourd’hui aux laïcs. Il les a évoquées, en écho aux documents préparatoires, il ne les a pas fait réellement avancer.
D’où vient cette limite ? Elle a, selon moi, trois raisons. Tout d’abord le synode est une assemblée internationale dont les diversités manifestes appellent un consensus sur l’essentiel mais ne permettent pas facilement d’aller vers des solutions communes. Ensuite, le statut même de l’assemblée synodale, explicitement consultatif, ne porte guère vers des prises de position sortant de l’ordinaire. Enfin et peut-être surtout l’opinion publique des communautés catholiques n’est pas forcément prête aujourd’hui à appuyer des perspectives repensées et éventuellement novatrices. De fait, le sondage Sofrès publié fin septembre 1987 par le journal La Croix montrait, au moins pour ce qui est de la France, ce qu’un analyste nommait alors un « encéphalogramme plat ». Il ajoutait : « Il faudrait donc une parole forte de la part des Pères synodaux pour secouer une léthargie largement partagée. La tiendront-ils ? ». Il ne l’ont pas tenue.
Si donc un synode, comme l’expérience le montre, ne parvient pas à faire réellement progresser les questions qu’il étudie, deux solutions se présentent. Ou bien on se contente de l’institution telle qu’elle est ou peut être et l’on attend simplement de l’assemblée qu’elle renforce le sens international du catholicisme. Ou bien on envisage un autre type d’assemblée, pas seulement épiscopale et pas purement consultative. Le cardinal Daneels, au nom de la conférence épiscopale belge, a d’ailleurs fait cette suggestion, le 3 octobre 1987. Par continent ou par nation, en tenant compte des conditions locales, il serait sans doute possible de mener un travail plus efficace.
Les réalités du monde actuel
Pour en revenir aux travaux du Synode de 1987 sur les laïcs, on peut du moins inscrire au bilan de l’assemblée un souci constant du monde actuel. Droits de l’homme, violations de la liberté civile ou religieuse, problèmes politiques et économiques, enjeux de la paix internationale, mutations culturelles : autant d’aspects effectivement importants que le Synode a repérés dans le temps présent. Sans parler de la question des femmes qui restera probablement le thème marquant du Synode de 1987.
Au fond, on peut dire que l’assemblée, étant donné ce regard pastoral, a cautionné à nouveau Vatican II et son « ouverture » aux situations contemporaines. Pas plus que le Concile, le Synode n’a pas voulu traiter de doctrine sans d’abord analyser la conjoncture. Les laïcs dont a parler ce Synode sont gens du monde de ce temps. C’est dans les circonstances présentes qu’ils sont appelés à la sainteté et au témoignage.
Toutefois ce souci pastoral du synode n’est pas totalement convaincant. Voici, à mon sens pourquoi.
1. Tout d’abord le message final aux chrétiens du monde et plus encore les propositions transmises au pape donnent l’impression d’une table des matières, d’une liste où se pressent beaucoup de questions que l’on n’a ni le temps ni les moyens de traiter. D’une certaine manière, ce qu’a dit le Synode de 1987 est à la fois trop et trop peu. Que la sainteté ne puisse se vivre sans « engagement au service de la justice » ni « solidarité avec les pauvres et les opprimés », voilà qui évidemment s’impose. Mais, sans forcément y parvenir toujours, les laïcs catholiques sont, en général, avertis de cette exigence de principe. Le tout est de savoir ce qu’elle peut vouloir dire pratiquement. Or le Synode n’avait pas la possibilité d’entrer dans des précisions suffisantes. Résultat : il renvoie à l’acquis (ce qu’il appelle la doctrine sociale de l’Eglise) ou encore à des documents (comme ceux de la commission Justice et paix) ou bien il énumère brièvement des situations (et l’on passe de la terre pour les paysans à la drogue, des sectes aux handicapés, etc.)
Ensuite, toujours en lisant les textes issus du Synode, on a nettement l’impression que l’Assemblée a parlé effectivement du monde actuel et des laïcs, c’est-à-dire du monde actuel à propos des laïcs et, ce qui revient au même, des laïcs à propos de l’époque présente, mais sans que les deux points de vue soient assez intégrés. Ce qui le montre, c’est le ton moralisant très souvent adopté : « ils doivent se sanctifier dans leur vie professionnelle et sociale », ils « doivent découvrir les dimensions de l’incarnation », « la doctrine sociale doit être considérée comme une partie intégrante de la formation spirituelle » (extraits de la 5e proposition adressée au pape). Au fond, le monde dont il s’agit n’est plus le monde de Vatican II. C’est un univers rempli de problèmes et qui appelle une action pour corriger ses manques ou ses dérives. Voilà qui peut se dire, encore que ce soit unilatéral. Mais, si l’on ne dit que cela, on ne marque pas que le monde de ce temps déplace les chrétiens et les appelle non d’abord à appliquer leur doctrine mais à réinterpréter leur foi pour pouvoir témoigner réellement, dans les conditions actuelles de la vie. Le trait est particulièrement net lorsqu’il est questions des intellectuels (proposition n°43) : « On leur enseignera la nécessité de se convertir constamment au Christ, de purifier leurs intentions et de rechercher le bien commun, pour qu’ils dirigent leur vie et leur activité vers le service généreux du prochain. » Voilà qui semble s’adresser aux clercs et non directement aux laïcs. Voilà surtout qui est singulièrement schématique. Ce n’est pas, semble-t-il, de cette manière que les intéressés posent la question de leur foi et de leurs responsabilités.
Enfin j’ai l’impression que l’un des propos affichés du Synode consistant à envisager les groupes ou les personnes dont il était question comme des « protagonistes » ou des acteurs responsables et non comme des objets de préoccupation pour les évêques n’a pas toujours été réellement mis en pratique. On le perçoit clairement à la lecture du message final. Aux peuples « blessés » dans leur dignité, aux pauvres et aux marginaux, il est dit que l’Eglise est proche d’eux et qu’elle partage leur souffrance. Sous ce langage un peu conventionnel perce pour le lecteur une question toute simple. Et si par hasard certains des êtres dont s’agit étaient une part de l’Eglise ? Au vrai, l’Eglise qui se trouve ici désignée, c’est celle qui était réunie au Synode. Mais, les laïcs le savent bien (et désormais certains clercs), une assemblée de clercs n’est jamais toute l’Eglise : le point de vue d’une telle assemblée est évidemment particulier. Bref, le Synode a voulu parler au nom de l’Eglise catholique. Mais il n’a pas assez manifesté en l’occurrence que les laïcs dans le monde, dès lors qu’ils adhèrent à l’Evangile, vivent des sacrements et appartiennent à des réalités ecclésiales, sont aussi l’Eglise.
Les manques du Synode
Curieusement, le Synode de 1987 sur les laïcs aura passé en revue bien des questions mais n’aura pas ouvert des perspectives réelles pour avancer. C’est là sa limite grave.
On dira, il est vrai, que l’appel à la sainteté, l’insistance mise sur la responsabilité des laïcs dans la société, le souci de la communion ecclésiale et de l’articulation entre les mouvements ou communautés sont des éléments de grande importance. Certes. Mais la manière dont ces éléments sont présentés n’actualise pas les enjeux qu’ils recouvrent. Ce qui a été dit au Synode, on le savait déjà. Cela a déjà été dit et vécu, souvent de manière plus forte. Le Synode n’apporte pas du neuf pour aider à la réalisation évangélique, spirituelle et sociale de ces objectifs. Il s’est intéressé à beaucoup de « problèmes » mais ce sont les « problématiques » qui lui ont fait défaut.
Cela apparaît très clairement à propos de ce qui a été dit et écrit sur les femmes. Le Synode a beaucoup parlé d’elles, comme si les responsables catholiques découvraient en notre siècle le problème féminin, un problème qui ne les a pas toujours hantés de la même manière. Mais l’Assemblée synodale n’a pas pu dépasser les considérations générales ou encore les recommandations qui semblent élémentaires et aller de soi. Est-il vraiment considérable qu’au XXe siècle des évêques affirment « l’égale dignité de la femme et de l’homme » ? Bien entendu, ce principe n’est pas toujours appliqué. Mais ce sont les mises en œuvre qui aujourd’hui importent. Or, sur ce point, les propositions finalement transmises au pape et plus encore celles qui ont été éliminées des projets soumis aux votes montrent une incapacité à sortir des « vœux pieux ». Le problème sous-jacent est probablement le suivant. On peut se demander si les difficultés qui marquent la situation des femmes catholiques dans leur Eglise et tout particulièrement cette sorte de verrou que constitue leur inaptitude à l’ordination n’empêchent pas en fait les gens d’Eglise de comprendre suffisamment ce qui est en trains de se jouer à propos des femmes dans le monde actuel. Tout se passe en effet comme si un handicap intra-ecclésial avait pour conséquence une certaine méconnaissance extra-ecclésial de cette évolution.
Un autre manque affecte les textes issus du Synode. Il porte sur l’évangélisation. Non pas que l’Assemblée ait perdu de vue cette responsabilité chrétienne. Elle en a parlé soit à propos des organismes ecclésiaux (les anciens et les nouveaux mouvements) soit en fonction du monde actuel, mais sans repenser ce que pouvait être aujourd’hui, pour des laïcs notamment, le témoignage et l’annonce évangéliques. Les propos synodaux invitent par exemple à établir une « cohérence » entre la foi et la vie. Mais c’est précisément là qu’est le problème actuel. A quelle cohérence peut-on prétendre dans le temps présent ? Quel est le service effectif que peuvent rendre l’Evangile et les Eglises à nos contemporains ? Si l’on ne pose pas concrètement de telles questions, l’appel à témoigner reste incantatoire ou abstrait, voire marqué par une culture qui n’est plus la nôtre. De fait, « l’inculturation » du temps présent dans les propos synodaux semble avoir été très forte en ce qui concerne les multiples situations du monde actuel mais plus faible en ce qui concerne la compréhension des enjeux. Est-ce parce qu’il est difficile de parler unitairement du monde entier et de sa diversité ? En tout cas, si la question de la liberté a été relevée avec vigueur au Synode, celle de la vérité et de sa valeur à notre époque de pluralisme et de relativisme n’a guère été prise en compte. Quant aux médias, s’ils sont évoqués dans les propositions transmises au pape, ils sont envisagés d’une façon étroite, sous l’angle de la morale. Ce qui laisse assurément de côté d’autres dimensions considérables. Si bien que l’on peut rester songeur devant l’idée, émise à la fin du Synode sur les laïcs, qu’une future assemblée générale synodale aborde la question de la communication dans les sociétés actuelles. Il n’est pas sûr qu’un synode soit le bon lieu pour en débattre réellement. L’expérience rend prudent.
D’autres manquent du Synode sur les laïcs seraient encore à relever. Je les note brièvement : le problème des non-pratiquants (un sondage récent sur leur place en France donne à réfléchir), la question des laïcs divorcés et remariés, l’importance que prend aujourd’hui la conversion de jeunes et d’adultes (catéchuménat), le sens de la liberté dans l’Eglise, le néo-individualisme libéral, etc.
Les points à approfondir
Au-delà de ces points non abordés ou non étudiés, on peut finalement repérer quelques problèmes posés avant le Synode et qui demeurent ouverts après lui. Une liste quelque peu minutieuse serait longue. Par exemple, il faudra sûrement dans l’avenir reprendre la question des femmes, celle de l’évangélisation, celle des cultures présentes. Ou encore le problème des médias. Autrement dit, les manques que j’ai indiqués appellent une réflexion ecclésiale multiple et approfondie.
Je voudrais retenir plus particulièrement quatre points sensibles.
Le premier, c’est celui qu’il est convenu d’appeler la sécularité des laïcs, c’est-à-dire la caractérisation du laïcat par sa mission dans le monde. Une telle « définition » a une part de vérité. Il est exact que la responsabilité évangélique est grave et que les laïcs sont, de fait et souvent, bien placés pour témoigner de leur foi où ils vivent, travaillent et se rencontrent. Mais, en réalité, c’est toute l’Eglise, clercs y compris, qui a une responsabilité vis-à-vis de la société et en elle. La tendance de la théologie romaine et synodale à imputer ce fait au compte particulier des laïcs ne risque-t-elle pas d’aboutir à une dichotomie entre des laïcs dans le monde et des clercs qui auraient la haute main sur l’Eglise ? Le Synode a refusé ce dualisme, c’est vrai. Mais bien des indices donnent à penser qu’il ne suffit pas de les dénoncer verbalement. Ici encore, ce sont les pratiques qui permettent de comprendre ce que l’on veut dire exactement quand on dit ceci ou cela.
Deuxième point à approfondir : le rôle et la signification des clercs. On a bien senti, au Synode, y compris dans la suggestion de réviser le document Ministeria quaedam (ouvrant la porte à des « ministères » pour des laïcs), que beaucoup d’évêques tenaient à délimiter plus clairement le domaine des clercs et celui des laïcs. Est-ce la meilleure solution pour que soit mieux perçue la différence réelle et précieuse entre les uns et les autres ? Je n’en suis pas du tout sûr.
Troisième terrain à mieux explorer : celui de la formation. Le Synode a beaucoup parlé de la formation des laïcs, presque autant que des femmes. Ce thème et la pratique qu’il implique ont réalisé un consensus. Mais tout n’est pas clair pour autant. On peut se demander en effet si la formation, en développant la conscience chrétienne et ecclésiale, n’a pas et n’aura pas de plus en plus un aspect de liberté spirituelle dont les responsables d’Eglise auront à tenir compte, car il est un élément notable de la condition baptismale.
Enfin, il me semble que les années à venir vont demander une plus grande imagination et une précision accrue en ce qui concerne les relations entre les différentes formes que prend l’Eglise. Le synode de 1987 s’y est beaucoup intéressé. Il a parlé de la paroisse, des mouvements, des communautés de base, des associations diverses de laïcs. Mais, ici encore, les corrélatives effectives se négocient « sur le terrain », un terrain qui est en modification rapide. Des orientations de principe ont été dégagées mais les réalisations vont demander audace et lucidité. D’autant plus qu’il faudra sans doute mieux clarifier comment l’option que constitue la vie religieuse constitue pour des laïcs une signification originale qui ne les coupe pas du laïcat. Sur ce point aussi, le peuple chrétien est en quête d’approfondissement.
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