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« Resurgir ». 3 textes sur la résurrection

RESURGIR

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- Le premier texte : NOTES DE CATÉCHÈSE, est un article paru dans le bulletin du catéchuménat de Lyon

- Le deuxième texte : LE TOMBEAU OUVERT, est un extrait de ce livre, relu après une émission tardive, sur France 2, à une heure tardive : A la recherche du tombeau de Jésus.
- Si le lieu même du tombeau est contestable, qu’en est-il du témoignage de la tradition ?
- Si l’on retrouvait le tombeau de Jésus, que livrerait-il ? La découverte de ses restes ruinerait-elle la foi en son corps ressuscité ? La possibilité d’un ADN et de celui de sa famille ruinerait-elle la foi en sa nature divine ? « Chacun croit ce qu’il veut, ou ce qu’il peut », concluait l’émission… - Mais encore… ? Et si nous interrogions Henri Bourgeois…

- Le troisième texte est tiré de la LETTRE AUX CATÉCHUMÈNES pour leur assemblée mensuelle, à Pâques 1980.


I - À PROPOS DE LA RÉSURRECTION

Notes de catéchèse

« Voici un écho d’une rencontre d’animateurs-catéchistes du catéchuménat. Nous vous présentons ces quelques réflexions brèves dans l’espoir de stimuler les vôtres.

1) Le mot résurrection, pour la plupart des catéchumènes, n’est pas neutre. Même ceux qui n’ont aucune idée claire du christianisme donnent un certain sens à ce terme. En ce sens, c’est : ressusciter des morts, avoir une certaine vie après la mort.

2) La catéchèse a pour but d’élargir ce sens. En christianisme, le mot résurrection veut dire deux choses complémentaires : - l’au-delà de la mort ; - et aussi l’en-deçà : il y a déjà une certaine résurrection avant la mort.

Le problème, c’est de lier ces deux aspects. Ce qui veut dire : * on ne peut rien avancer au sujet de ce qui peut se passer après la mort sans prendre position sur ce qui se passe avant la mort. C’est à partir de la vie que la mort peut avoir du sens. Dis-toi comment tu vis et tu te diras comment tu mourras. * inversement le sens de notre vie quotidienne ne peut se construire sans tenir compte de la mort, en la mettant entre parenthèses, comme c’est souvent le cas aujourd’hui. Une vie sans mort n’est pas une vie réelle.

3) Comment tenir ensemble ces deux aspects de la résurrection : l’avant mort et l’après mort ? Nous avons deux façons de le faire :

* l’une qui consiste à partir de notre expérience. Par exemple en disant : vivre, c’est toujours mourir un peu, il y a de la mort chaque jour dans notre vie. Ou encore : il y a de la résurrection chaque jour dans le monde, dans mon groupe, dans mon existence. On en voit des signes.

* l’autre qui part de l’expérience de Jésus-Christ. Peut-être avons-nous tendance parfois à l’oublier ou à la minimiser ! Or c’est bien le Christ qui pose vigoureusement la question de la résurrection dans ses deux aspects : sa façon de vivre est déjà une résurrection ; sa façon de mourir est en accord avec sa façon de vivre. Au fond, le lien entre « la résurrection dans notre vie » (cf. saint Paul) et « la résurrection après la mort » est une bonne nouvelle que l’on peut sans doute pressentir mais que nous recevons de l’Évangile.

4) La question que nous nous posons aujourd’hui, c’est surtout la question d’après la mort. C’est cela qui est difficile à croire. D’une certaine manière, nous n’avons pas trop de peine à appeler « résurrection », « mystère pascal », les moments de passage, de libération, d’avancée, dans notre vie ou dans la vie des autres. Mais l’autre aspect, celui de la mort et de l’après-mort, nous paraît plus obscur. Si bien que, aujourd’hui, bien des chrétiens –et peut-être des catéchumènes– parlent de résurrection seulement pour indiquer une manière de ivre, mais sans regarder en face le problème de la mort. Nous réduisons la résurrection à un seul de ses aspects, nous ramenons le mystère pascal à une seule de ses faces.

5) Quelle foi pascale avons-nous au sujet de l’après-mort ? Quand nous y pensons ou quand nous en parlons, nous avons assez souvent un certain nombre d’attitudes assez communes actuellement :

* d’abord nous affirmons que c’est un mystère, donc que cela nous dépasse un peu ou plus exactement nous déborde (cf. Mc. 9,10 – Act. 17, 32).

* nous tenons que la résurrection du Christ dont témoignent les premiers chrétiens doit bien recouvrir une réalité : ce n’est pas qu’une formule, qu’une façon de dire ou de penser.

* nous ne voulons pas être trop matérialistes. Le corps du Ressuscité n’est pas n’importe quel corps. Jésus ressuscité est bien corporel mais il l’est d’une façon étonnante, mystérieuse.

6) Ces attitudes sont assez dynamiques et, en tout cas, assez honnêtes. Mais peut-être pourrions-nous avancer un peu, personnellement et en réunion de catéchèse ou avec les catéchumènes. Voici deux points à « creuser » :

* Aujourd’hui, heureusement, nous ne voulons (et nous ne pouvons) pas être matérialistes au sujet de la résurrection de Jésus et de Pâques. D’accord. Mais le danger – inverse de celui d’il y a 50 ou 80 ans – n’est-ce pas l’idéalisme ? C’est-à-dire de faire de la résurrection une idée, une signification, une bonne nouvelle, sans faire assez sa place au corps, autrement dit à la dimension corporelle de notre vie ? La résurrection pascale de Jésus – entre autres mises en question de nous-mêmes – nous oblige à vérifier la place que nous faisons au corporel, au matériel, dans notre vie : est-ce une idole (l’argent, la consommation) ? Ou est-ce presque rien (et alors quelle « charité » effective avons-nous ? Quel sens de la création avons-nous ?)

* Il s’est passé quelque chose à Pâques qui a atteint Jésus dans son corps et qui nous atteint toujours, jour après jour, dans notre corps. Mais quoi ? Comment comprendre ? Comment dire ? Bien sûr, il ne faut pas imaginer : Jésus ressuscité ne reprend pas vie comme Lazare, il n’a pas une vie prolongée, mais une vie nouvelle. Et cela ne se comprend pas n’importe comment. Il y a au moins deux conditions à vérifier pour comprendre un peu, dans la foi, ce qu’est la résurrection :

a) d’abord, ce qui arrive à Jésus et ce qui nous arrive à nous quand nous sommes (et quand nous serons) en résurrection, cela vient de Dieu : c’est un acte de l’Esprit. Cela suppose donc que nous prenions les choses du point de vue du Royaume : la résurrection des morts est une des formes que prend l’idée de Dieu sur le monde, ce n’est pas d’abord une idée ou un besoin u un rêve d’hommes.

b) en second lieu, la résurrection se manifeste dans le partage, le va-et-vient entre Jésus et les hommes. La résurrection de Jésus, c’est ce qui arrive à Jésus et qui vient de Dieu. Mais c’est aussi ce qui arrive aux hommes qui sont témoins de Jésus, qui vivent en Eglise et perçoivent les signes du Ressuscité. Autrement dit, Jésus ne peut manifester sa résurrection sans les hommes : il ne peut ressusciter tout seul, cela n’aurait pas de sens. S’il ressuscite, nous aussi nous entrons en résurrection.

Par conséquent, nous avons notre quote-part à apporter, aujourd’hui encore, pour que soit comprise et manifestée la résurrection de Jésus et, du même coup, la nôtre. »

Henri Bourgeois, Accueil et Liberté, n° 6, mai 1975, p. 11-12


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II - LE TOMBEAU OUVERT

« La place de cet épisode et le statut indécis qu’il garde pour bien des biblistes me semblent significatifs. L’expérience et les interprétations se nouent à plusieurs niveaux, sans que l’on puisse isoler les deux données. Ce qui se passe et ce que l’on croit sont inséparables.

Admettons en effet que le texte évangélique nous garde le récit d’un événement effectif, quelles que soient les interprétations qu’on lui ait données. Des femmes sont allées au tombeau, elles l’ont trouvé ouvert et vide et elles n’étaient pas, pas encore, en mesure de comprendre ce qu’elles constataient. Il leur manquait ce que l’expérience pascale dans sa globalité devait déployer : la vie en Eglise, la communion avec le ressuscité et donc le recours aux images apocalyptiques. Elles étaient devant un fait, mais un fait inachevé parce que non interprété. Aussi bien, une fois intégré à l’expérience pascale, l’épisode devenait-il signifiant. Non pas bien entendu comme une preuve de la résurrection de Jésus, mais comme la transcription dans le réel de ce que la foi affirmait. Jésus ressuscité ne pouvait plus être corporellement présent dans le tombeau, puisqu’il était corporellement présent dans l’existence de ses disciples. En ce sens donc, la découverte du tombeau vide explicitait la croyance pascale. Le fait venait à l’appui de la foi.

Mais voici qu’à nouveau la logique se renverse. Etait-ce si sûr que le tombeau vide explicite la croyance au Ressuscité ? Certes, l’inverse, c’est-à-dire l’affirmation selon laquelle le cadavre de Jésus était toujours visible dans le tombeau, eût été incompatible avec l’affirmation de sa résurrection. Le corps de Jésus ne pouvait à la fois être dans l’abandon du tombeau et dans la manifestation inattendue du Ressuscité. Mais le fait que le tombeau était vide n’était pas aussi pertinent qu’on pouvait le penser. Car il était toujours possible d’imaginer que l’on avait subtilisé le corps de celui que l’on disait ressuscité. Matthieu émet clairement cette hypothèse, quitte à l’imputer aux adversaires de la foi chrétienne (28, 11-15). Et ainsi, au moins dans son évangile, la portée de l’épisode se trouve réduite et presque rayée, tout comme l’est, chez Luc, l’image du revenant fantomatique.

Cet exemple, assurément particulier, me paraît manifester en un cas extrême l’une des lois qui structurent la représentation chrétienne de la résurrection du Christ. Cette représentation articule étroitement l’événement et l’interprétation, ce qui se passe et ce que l’on affirme. Expérience et croyance vont de pair, sans que l’on puisse les séparer l’une de l’autre. Mais en même temps, on ne peut réduire l’une des données à l’autre. L’événement n’est pas déduit de la croyance et la croyance doit se plier à l’événement.

C’est pour respecter ces normes d’interprétation que j’ai tendance à tenir le récit du tombeau vide comme l’indication d’un événement effectif. Jadis, la question ne se posait guère. Aujourd’hui, étant donné le tour critique qu’a pris l’intelligence contemporaine, il est cependant possible de demeurer sur ce point dans une incertitude. D’autant plus que la foi pascale n’est pas fondée sur le fait du tombeau vide. Mais ce qui me semble important, c’est de « penser » cette impossibilité où l’on se trouve d’avoir une totale certitude sur ce qui s’est passé effectivement. Elle signifie que l’événement et l’interprétation ne sont pas isolables l’une de l’autre.

Allons plus loin. Que signifie cet événement précis qu’est la découverte du tombeau vide par les femmes ? Il présente au fond le même processus que celui des apparitions du ressuscité. En deçà des croyants et de leur subjectivité, mais de façon inséparable de leur présence, il y a « quelque chose » de réel qui se produit, qui concerne le corps de Jésus et qui finalement ne peut être dû qu’à Dieu. Cela choque notre sens de la vraisemblance ? Sans doute. Et sur ce point les textes évangéliques ne minimisent pas la difficulté. Mais ils indiquent comment la porter, en invitant à situer l’événement et sa brutalité compréhensible dans le cadre de foi et de croyances dont il ne peut que relever. Et ils soulignent que cette référence s’impose, étant donné la force de l’événement.

(…) La situation d’apparition établit une communication avec le ressuscité que n’opère pas le tombeau vide. Là, son corps est parlant. Ici, son corps est absent. La première situation est donc plus fondamentale que la seconde. Ce qui rejoint d’ailleurs la valeur réciproque que donne à l’une et l’autre la tradition néotestamentaire. Paul, notamment, parle de la présence du corps ressuscité, il n’éprouve pas le besoin de mentionner son absence. (…) Voilà bien le message énigmatique du corps absent. Il n’est ni visible, ce qui rendrait insignifiante la visibilité des apparitions, ni caché, ce qui en pervertirait le sens.

(…) Reste que si l’on voulait affirmer la résurrection pour Jésus, il fallait retoucher sa signification äreçue du judaïsmeã. Les pharisiens avaient souligné que croire à la résurrection impliquait une pratique en accord avec cette espérance. En christianisme, il fallait aller plus loin encore. Le temps de l’Eglise est désormais perçu comme un temps qui est pour une part après la résurrection, celle de Jésus, et pour une autre part avant la résurrection, celle de tous les hommes. Telle est très exactement la sacramentalité. L’existence chrétienne devient sacramentelle. (…) Le christianisme peut affirmer tout ensemble : nous sommes dans les derniers tems – et : nous attendons le monde à venir et la fin de l’histoire. »

H. Bourgeois, Je crois à la résurrection du corps, 1re éd., 1981, 147-149, 2e éd., 2007, 142-145.

Voir Je crois à la résurrection du corps


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III - LA RÉSURRECTION, COMMENT LA COMPRENDRE ET LA VIVRE ?

« Résurrection : vous connaissez tous ce mot. Vous savez que ce n’est pas le mot le plus facile à comprendre dans le christianisme. La preuve, c’est que, dans l’Evangile, Jésus commence par vivre des mois avec ses disciples sans parler de résurrection. Puis un jour vient où il en parle et où il vit la résurrection. De plus, le mot a plusieurs sens. Autrement dit la résurrection peut être vécue de plusieurs manières. Nous voudrions ensemble essayer de mieux comprendre de quoi il s’agit. Pour cela, nous vous proposons quatre façons de comprendre et de vivre la résurrection : elles ne s’opposent pas forcément, mais elles sont pourtant différentes. On les rencontre aujourd’hui chez nos contemporains, probablement en nous aussi. (Suivent trois questions qui invitent chacun à entrer dans une réflexion sur : ce qui et sûr ? sa propre expérience et foi ? et le rôle de Jésus). Voici ces quatre attitudes. Laquelle, lesquelles vous semblent être plutôt la vôtre ou les vôtres ? pourquoi ?

1- « Il y a sûrement quelque chose après la mort ».

C’est une croyance qu’ont un certain nombre de gens. C’est un peu vague, bien sûr. Mais ils ont le sentiment que la vie ne s’arrête pas à la mort. Ils croient en une survie. Ils se sentent liés aux morts. Que peut être cette survie ? Souvent ils ne savent pas bien préciser : « on n’en sait rien ».

- Dans cette optique, le rôle de Jésus pour nous permettre de comprendre la résurrection est assez faible. La résurrection est comprise sans lui. Simplement, il doit avoir la survie qu’a tout humain. À plusieurs reprises, nous avons d’ailleurs rencontré des gens qui avaient la croyance ne la survie sans forcément croire en Dieu : c’est donc que la résurrection, ainsi comprise, est sans rapport précis avec Dieu.

2 – « Ce sont les autres qui font ressusciter ceux qui sont morts. »

Une femme, parlant de la mort accidentelle de son fils, nous disait : « les amis qui étaient là, pour les funérailles, ont été extraordinaires. Ce qu’ils ont dit sur mon fils m’a vraiment fait comprendre la résurrection. Grâce à eux, il était vivant. Vivant en eux. » Dans cette perspective, la résurrection signifie que le souvenir de quelqu’un se maintient. Sa présence demeure vivante par le souvenir. La résurrection se fait dans les autres et par les autres.

- Dans cette optique, l’importance de Jésus pour nous faire comprendre la résurrection est assez nette. La résurrection se montre bien dans son cas : son souvenir, sa présence demeure vivants chez les chrétiens dont la vie est alors transformée. Mais, au fond, Jésus n’est ici qu’un cas d’une loi générale qui vaut pour d’autres que lui. Simplement, dans son cas, l’influence qu’il continue à exercer est hors du commun.

3 – « La résurrection, c’est maintenant ».

Les gens qui disent cela pensent en général qu’il n’est pas la peine de se braquer sur l’après-mort : on ne sait pas ce qu’il y a après la mort ; surtout, on centre trop l’attention sur l’au-delà, alors qu’il faut vivre chaque jour. D’autres s’intéressent, eux, au problème de la mort. Ils ne le refusent pas. Donc ils peuvent croire en une survie ou bien encore à une résurrection par les autres et dans les autres. Mais ils ne voudraient pas qu’on oublie la vie actuelle. Effectivement, on peut parler de résurrection dans la vie quotidienne, une convalescence, le dépassement d’une épreuve, quelqu’un qui reprend confiance en la vie, quelqu’un qui se transforme… On dit : c’est une vraie résurrection ! »

- Dans cette optique, la place de Jésus pour nous faire comprendre la résurrection est assez claire. Jésus n’a pas centré l’Evangile sur ce qui se passe après la mort. Il a mis l’accent sur la manière de vivre chaque jour. Et ce qu’il nous propose, c’est bien une résurrection, car il s’agit de sortir de nos morts et de nos scléroses.

4. « La résurrection, c’est ce qui est arrivé à Jésus".

En disant cela, on n’oublie pas les trois autres points de vue. Mais on veut dire qu’il y a dans ce qui est arrivé à Jésus quelque chose d’unique : Jésus, pour la foi chrétienne, est réellement ressuscité (il était mort mais il est vivant : parler de résurrection, en son cas, c’est dire une réalité, pas simplement une attente ou un espoir incertain). Jésus est ressuscité personnellement : aujourd’hui il n’agit pas par le souvenir qu’il a laissé de lui, mais par une expérience personnelle (on ne comprend pas bien comment cela se fait, mais on le croit). Jésus est ressuscité par Dieu (et pas seulement par les autres).
- Dans cette optique, le rôle de Jésus pour faire comprendre la résurrection est important. Car la résurrection dépend de lui : c’est lui qui lui donne tout son sens. »

Assemblée des catéchumènes, Lyon, 18 avril 1980.

Voir aussi : Je crois à la résurrection du corps. Une affirmation qui donne à penser. (JM.G) ;

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