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Recommençants... Les enjeux d’une nouvelle pratique pastorale

Le point de vue d’un théologien praticien

Recommençants (suite)…

Les enjeux d’une nouvelle pratique pastorale

Un texte récemment publié sur ce site dessinait le profil, varié, de ceux et celles qui, aujourd’hui, disent vouloir recommencer à croire, et qui, pour cette raison, sont désignés sous le titre global de « recommençants ». Une figure chrétienne propre à notre époque, et qui appelle une attention et des pratiques nouvelles, inspirées du passé mais osant la confrontation avec l’actualité.

Nous poursuivons aujourd’hui une présentation de cette pratique, avec un texte où le théologien, praticien expérimenté de cette activité pastorale, fait part des enjeux qu’il y perçoit, non seulement pour les personnes, mais aussi pour le christianisme :
- une foi qui se redéploie et qui est nouveauté de renaissance ;
- une foi qui a forme d’Eglise et qui ose dire, parce qu’elle est « initiée », ancrée en ses commencements et ses sources. (AHB)


I - La foi qui se redéploie

Aux marges de l’Eglise, pendant plus ou moins longtemps, les personnes qui recommencent n’étaient pas pour autant étrangères à la foi. Mais ce qui leur arrive quand elles désirent s’y remettre, c’est le début d’une aventure spirituelle en laquelle leur foi se renouvelle à partir de sources enfouies. En ce sens, les recommençants sont des témoins originaux de ce que c’est que croire.

1. Ce n’est pas la solution bien sûr !

Bien entendu, l’attention qui est qui sera portée aux recommençants dans les communautés ne peut suffire à résoudre, comme par enchantement, les problèmes que le christianisme rencontre aujourd’hui, en France comme ailleurs. Il y a bien évidemment beaucoup d’autres points chauds qui apparaissent dès que l’on a réfléchi à l’évangélisation de la culture, aux rapports entre les générations, aux transformations de l’image que les Eglises donnent d’elles-mêmes, à l’unité entre les chrétiens, etc. Mais la question du recommencement fait partie de cet ensemble, elle y a sa place. On n’est pas obligé d’en faire une panacée ou une clé passe-partout pour lui reconnaître sa valeur de signe ! Précisons en quelques mots quelle en est la portée.

C’est d’abord une question pratique qui se tient dans l’ordre du réalisable. On est tellement porté aujourd’hui à multiplier les analyses sur la sécularisation, sur le retour du spirituel ou du religieux, ou sur l’évangélisation, que l’on en vient parfois à négliger le possible, celui qui est à portée de main et que l’on peut rendre effectif dès qu’on le veut ! Les recommençants existent, vous les avez rencontrés et il ne tient qu’à vous d’écouter et de faire résonner leur voix !

Par ailleurs le recommencement est une question qui n’est pas due aux Eglises. Nous voulons dire que ce ne sont pas les chrétiens, les communautés, les responsables ecclésiaux, qui, sauf exception, ont cette idée. Si l’on en parle aujourd’hui, c’est parce que des gens ont frappé à la porte, venant de plus ou moins loin, en tout cas extérieurs au peuple des habitués. N’y a-t-il pas là une constante de certaines innovations dans le christianisme ?

Pour ne prendre qu’un exemple récent, la JOC a été fondée quand il est apparu que la paroisse ne correspondait plus à ce qu’attendaient certains jeunes du monde ouvrier. On peut faire une constatation analogue aujourd’hui en ce qui concerne les personnes qui recommencent : elles font percevoir une demande et une possibilité dont on n’aurait pas dans l’Eglise la connaissance si elles ne l’exprimaient elles-mêmes.

On peut donc dire que le recommencement est aujourd’hui un signe pour la foi. Cette expérience fait comprendre, à sa manière et pour sa part, ce que c’est que le fait chrétien. Elle permet de mieux saisir, de façon pratique, certains traits de ce que vivent les recommençants.

- Tout d’abord les recommençants manifestent que l’on ne croit jamais à partir du vide. La foi a toujours des présupposés. Elle est, certes, don gratuit, mais en même temps elle a des points d’ancrage, des terrains d’attente. Pour quelqu’un qui, par hypothèse, a été baptisé tout petit, qui a eu une certaine vie chrétienne et ecclésiale, qui a « tout arrêté », et qui veut s’y remettre, le préalable est manifeste. Il y a un minimum de traces en lui, quand bien même beaucoup du petit capital d’antan s’est dévalué ou s’est perdu. Pour toutes les personnes qui, aujourd’hui, croient « en continu », sans rupture depuis leur enfance, le fait est analogue : elles croient en prolongeant ce qu’elles ont reçu et assimilé.

Deux cas pourraient donner l’impression qu’il n’en va pas toujours ainsi : celui des convertis, qui s’ouvrent brusquement à l’évangile et à la présence de Jésus, sans avoir été chrétiens auparavant, sans que rien apparemment ne les ait orientés en ce sens, et celui, beaucoup plus fréquent, des bébés baptisés avant d’avoir une suffisante conscience.

En fait, dans ces deux cas, il y a encore un préalable, mais il est hors des intéressés : dans l’environnement ou les circonstances, pour les convertis, dans les familles et la culture, pour les bébés.

Donc : pas de foi sans quelque préalable d’une manière ou d’une autre.

- En l’occurrence, les recommençants expriment ce statut de la foi d’une manière originale. Pour eux, l’acquis religieux a été soit surclassé par d’autres intérêts soit ébranlé par une crise. Le préalable auquel ils se rapportent (plus ou moins) quand ils veulent reprendre le chemin chrétien est donc fragile. Il ne peut pas tenir. Mieux, il peut être objectivement un obstacle empêchant la foi ou banalisant sa signification : on ne pouvait plus croire ou bien on n’avait même plus l’idée que le christianisme pouvait avoir de la pertinence au-delà de l’enfance et de l’adolescence ou dans de nouvelles conditions de vie.

Au fond, les signes peuvent s’inverser. Ce qui était parlant devient insignifiant ou insupportable. Ce qui avait du poids devient creux.

On remarquera que les recommençants témoignent d’une seconde inversion possible : l’insignifiant retrouve du sens, la foi redevient crédible, l’Eglise retrouve quelque intérêt.

Tout cela, c’est vrai, peut être perçu aussi par les pratiquants et par les personnes qui assument leur passé chrétien sans grande difficulté ou sans problème durable. La différence, cependant, c’est que, pour eux, il n’y a pas de rupture. Ils ont pu s’approcher du décrochage mais ce n’est pas cela qui s’est finalement produit. Au contraire, les recommençants ont fait une « traversée » du désert, celui de leur insouciance ou celui de leur déception par rapport à l’Eglise. Ils ont été « loin ». S’ils reviennent, on comprend que leur rapport à ce passé soit tout autre que celui des chrétiens de la foi continue ou de l’appartenance ecclésiale jamais abandonnée.

Simplement, notons que, pour quiconque, il y a un travail à faire sur le passé. Travail plus ou moins difficile mais toujours indispensable, même quand il n’y a pas d’à coup. Il s’agit de faire de sa vie une tradition, c’est-à-dire une durée assumée où le passé doit être réinterprété pour être parlant.

2. La foi comme nouveauté

Les recommençants portent sur la foi un autre témoignage, celui d’une nouveauté possible.

Que la foi et l’appartenance ecclésiale aient en principe valeur de nouveauté, les convertis (quand ils n’ont jamais été chrétiens) le manifestent, eux aussi, et les chrétiens du continu le perçoivent également dans leur fidélité quotidienne.

C’est d’ailleurs ce que signifient dans le christianisme des pratiquants les sacrements du pardon-réconciliation et de confirmation. Le premier exprime un aspect du baptême qui, sans lui ne serait pas assez signifié : on peut assumer la nouveauté baptismale en la recevant de Dieu comme une rénovation, malgré le manque de fidélité ou de souffle. Le second, la confirmation, dit que le baptême devrait se vivre dans la vigueur lucide de l’Esprit Saint et dans la solidarité active avec d’autres baptisés.

Mais le cas des gens qui s’y remettent est particulier. Pour eux, commencer c’est recommencer.

Ce point est de très grande importance. Il manquerait quelque chose au christianisme si, en lui, le commencement était seulement début, point de départ, et jamais reprise, redémarrage, retour, réinstauration.

Peut-être y a-t-il là le motif le plus profond qui nous amène, quant à nous, à privilégier le terme de « recommençant ». Ce mot peut être ambigu, je l’ai reconnu d’entrée de jeu : il peut indiquer une tendance à revenir au passé pour s’y enfermer et n’avoir pas par conséquent beaucoup de vertu d’appel. Mais, cela dit, son avantage est considérable. Non seulement il correspond à l’expérience effective des personnes dont nous parlons, mais il exprime que les commencements peuvent être, dans notre existence, des recommencements.

3. Recommencer, c’est renaître

Encore faut-il ne pas minimiser ce qui est en jeu. Une philosophe allemande, Hannah Arendt, a écrit : « La capacité de commencement s’enracine dans la naissance et aucunement dans la créativité. » Elle voulait dire, en parlant ici de l’expérience humaine commune, que la nouveauté est toujours du côté de l’être qui naît et qu’elle n’est pas dans ce que l’on croit être nouveau mais qui tient seulement à l’agir et au comportement. Par conséquent, dans cette perspective, le recommencement n’est pas seulement la reprise de la pratique religieuse ou le retour dans une communauté chrétienne. Il est plus profond que cela. Il touche à l’identité d’un être en son point natif, en son point source, là où il est en lui question de naissance. Il a valeur de renaissance.

C’est pourquoi le commencement ne s’effectue pas par quelque remise à jour doctrinale ou quelque redécouverte de l’Eglise. Il implique le baptême qu’un être a reçu. On ne recommence bien que si l’on réagit, pour ainsi dire, avec son baptême, en tant que baptisé.

Ce sacrement, selon l’épitre de Paul aux Romains, ch. 6, plonge dans la Pâque du Christ. Il signifie donc que la nouveauté de résurrection n’en est donnée qu’à travers la dépossession de soi. Les recommençants qui, souvent, ont souffert de la distance qu’ils avaient prise et, dans certains cas, de celle qu’ils se sentaient obligés de prendre, savent bien de quoi il s’agit. Leur renaissance n’a pas la naïveté d’un début enluminé. Elle est baptême et, à ce titre, pascale.

D’autre part, il se peut que l’Eglise gêne pratiquement certaines personnes voulant recommencer parce qu’elle-même manque d’un sens suffisant du renouveau.

Nous nous comportons en effet très souvent comme si rien de nouveau n’apparaissait dans la vie comme dans le champ ecclésial. Il est des chrétiens qui ne voient jamais d’autre signe des temps que ceux qui leur ont parlé quand ils avaient vingt-cinq ans. Il en est aussi pour qui le déclin de l’Eglise devrait inéluctablement suivre son cours. D’autres encore puisent dans le capital hérité de la chrétienté et projettent un avenir qui reproduit hier.

Et si nous étions un peu plus ouverts à la chance (souvent imprévisible) de ce qui se présente ? Les recommençants, pour être eux-mêmes, ont besoin d’une Eglise qui fasse assez confiance à la nouveauté en elle-même pour pouvoir honorer cette même nouveauté en eux.


II – L’Eglise et la foi

Ainsi donc les recommençants témoignent-ils à leur manière de la foi comme tradition à partir du passé et comme nouveauté de renaissance à partir du baptême. Ils attestent également le rapport entre la foi et l’Eglise.

1. Une foi qui a forme d’Eglise

Beaucoup de chrétiens ont tendance à comprendre le recommencement comme un retour au bercail ecclésial. Ils s’étaient absentés, les voici, qu’ils reprennent leur place. On les attendait. Puisqu’ils veulent revenir, qu’ils réintègrent la communauté. Presque comme si rien ne s’était passé !

En fait, ces baptisés qui veulent s’y remettre ne l’entendent pas de cette oreille ou de ce cœur. Il est vrai, sans doute, que tel ou tel est en manque d’Eglise, et pas uniquement parce qu’il a peu d’environnement familial et social. Mais beaucoup sont plus intéressés par la foi ou l’évangile ou Dieu que par l’Eglise. S’ils viennent frapper à la porte de l’Eglise, c’est parce que l’Eglise leur paraît porteuse d’un message qu’ils ont méconnu ou perdu de vue mais ce n’est pas d’abord pour faire acte de présence dans l’effectif ecclésial.

D’ailleurs, de toute manière, que certains aient besoin de l’Eglise ou que d’autres en fassent seulement un lieu-relais pour l’évangile, dans les deux cas il y a eu et il y a un problème entre eux et l’Eglise : ils sont partis, ils se sont éloignés et, que ce soit par légèreté ou par un contentieux avec l’Eglise, il faut bien faire le point, parler ou reparler de tout cela. La question posée consiste donc moins à reprendre place dans l’Eglise qu’à redécouvrir le sens de l’Eglise et son rapport à l’évangile. Et c’est là finalement une question de foi.

Les recommençants expriment donc, par leur démarche, le lien entre la foi et l’Eglise. Un lien parfois difficile à saisir. Un lien que les chrétiens habitués ne perçoivent pas assez.

Pour l’expliciter, en tenant compte de l’expérience du recommencement, je dirai qu’il y a d’abord un déplacement à opérer. Très souvent, les recommençants ont des griefs contre l’Eglise. Ils l’accusent d’avoir mal exprimé l’évangile, ou, tout simplement de n’avoir pas su « les retenir » il y a quelques années. Il faut donc, autant que possible, vider l’abcès, ce qui veut dire notamment que l’on ramène à leur juste proportion quelques événements qui ont pu être dramatisés mais aussi que les chrétiens reconnaissent leurs torts. Cela fait, il est possible de ré-envisager l’Eglise autrement. Non comme des communautés transparentes et sans problème, mais comme une chance possible de vivre l’Evangile en bénéficiant de l’expérience d’autrui.

Du coup, l’Eglise est à la fois relativisée et rendue à sa vraie place. Elle n’est pas Dieu, elle ne prétend pas exprimer pleinement l’évangile de Jésus, elle n’a pas le monopole de l’Esprit Saint, mais elle constitue une humble réalisation évangélique où, pratiquement, l’évangile est à la fois accueilli, transmis et mis en œuvre, quelles que soient les déficiences. Le problème est donc que soit trouvée une longueur d’onde commune entre l’évangile et l’Eglise pour que devienne également possible une corrélation entre le message chrétien et l’expérience spirituelle de quelqu’un qui recommence.

Dans ce contexte, l’Eglise n’est pas tout ou rien. Elle n’est pas seulement l’Eglise des pratiquants. Mais le fait d’être fidèle aux assemblées dominicales n’est pas, pour autant, superflu, comme une possibilité pour qui n’a rien de mieux à faire le dimanche ! C’est une chance, une certaine joie, et cela peut s’annoncer comme tel.

En outre, pour les recommençants, l’Eglise devient (peu à peu) moins l’instance à laquelle ils parlent que le groupe à l’intérieur duquel ils se reconnaissent croyants. Cela ne veut pas dire qu’ils deviennent forcément actifs ou militants. Mais, ici encore, leur liberté est appelée sans être contrainte. L’important, c’est qu’ils se sentent appartenir au « nous » des chrétiens.

Reste que quelques-uns des recommençants ne deviennent ni pratiquants ni actifs ou militants ni membres effectifs d’une communauté chrétienne. Ce n’est pas le cas le plus courant, mais il s’en trouve. Ils avaient assez de disponibilité spirituelle et de courage pour venir voir, ils n’en ont pas assez pour faire le pas qui les réinscrirait dans l’Eglise. Ce cas se rencontre. Mais ce qui a été fait n’est pas vain pour autant. Souvent la reprise qui a été effectuée, sans aller jusqu’au bout de ses possibilités, permet de renouer avec la foi et même avec quelque chose de l’Eglise. D’ailleurs beaucoup de ceux qui ne vont pas régulièrement à la paroisse prennent part à des communautés. Et s’ils ne sont pas chrétiens actifs au sens habituel du mot, ils sont présents à leurs réseaux, disent ce qui leur est arrivé et témoignent à leur manière.

Sans doute l’Eglise expérimente-t-elle là et le mystère de chaque personne et sa responsabilité à l’égard de gens qui ne seront (peut-être) jamais ses membres à part entière, selon la forme reçue, mais qui attendent d’elle des signes et des paroles d’évangile, et qui la font même exister de nouvelles manières.

2. Une foi qui ose dire

Quand on écoute les recommençants, ce qui est assez frappant c’est que beaucoup d’entre eux ont pris de la distance par rapport à l’Eglise parce que, disent-ils, « dans l’Eglise on ne peut pas parler ».

« L’Eglise, c’est un rituel » - « Je n’ai pas pu dire ce que j’avais vécu jusqu’à ce que j’aie la chance de rencontrer une communauté. »

N’y a-t-il pas là un appel ? Certes, la liturgie n’est pas un lieu de débat. Certes une assemblée paroissiale un peu nombreuse ne peut pas avoir le style de relations qui est possible dans un petit groupe. Mais ne faudrait-il pas multiplier les occasions où l’Eglise peut apparaître comme lieu de libre parole ?

Par exemple, à côté des assemblées liturgiques, à côté des rencontres spécialisées pour militants ou pour personnes préparant leur mariage ou le baptême d’un enfant, n’est-il pas indispensable qu’existent des rencontres pour un public « tout venant » ? La pastorale ordinaire manque de telles possibilités. Pour la Toussaint et la fête des morts, bien des paroisses prévoient une célébration pénitentielle. Cela se comprend mais correspond seulement à l’attente des pratiquants. Pour les autres, ne faudrait-il pas proposer une soirée où l’on parle librement de la mort et des morts ? Par ailleurs, l’assemblée du dimanche n’est pas une assemblée générale, c’est entendu. Mais ne pourrait-elle pas comporter assez normalement un temps d’informations plus étoffé que celui des actuelles « annonces » et un temps d’échange, complémentaire de ce qu’apportent la Parole de Dieu et l’homélie ?

Au fond, les recommençants souhaiteraient une Eglise où l’on puisse « causer ». Ce qui ne veut pas du tout dire : parler en l’air. Que cela pose des problèmes pratiques, c’est sûr. Mais pourquoi ne pas essayer ? Sinon, ce sont toujours les mêmes qui parlent. Et les autres « gardent pour eux » leurs réactions, leur difficultés et leurs questions.

En outre, les personnes qui recommencent nous conduisent à réfléchir sur les raisons qui font que tant de baptisés « décrochent ». Peut-être l’Eglise a-t-elle trop tendance à réduire l’expérience chrétienne à celle des pratiquants, ce qui amène les non-pratiquants à se sentir extérieurs.

Sans du tout minimiser l’importance de la célébration dominicale régulière, ne pourrait-on pas se demander plus quelles convocations seraient à même de rejoindre quelques-unes de ces personnes qui ne sont pas prêtes à une pratique habituelle mais qui ne sont pas opposées à des rencontres adaptées à ce qu’elles sont (langage compréhensible, cordialité de l’accueil, possibilité d’apprendre quelque chose) ?

Par ailleurs, si la messe du dimanche est un signe public et repérable (dès lors qu’on veut y faire attention, d’ailleurs), certains de nos contemporains gagneraient à fréquenter de petits groupes où ils pourraient mettre en commun quelque chose de leur vie, écouter la Parole de Dieu et dire l’effet qu’a sur eux cette Parole. Certains aujourd’hui ont plus besoin d’une Eglise de la parole que d’une Eglise du sacrement.

3. Une foi initiée

Dernier élément de la foi que manifeste le recommencement : ce que l’on appelle l’initiation chrétienne.

Ce mot qui s’est répandu depuis quelques années dans le christianisme (on parle des « sacrements de l’initiation chrétienne » pour désigner le baptême, la confirmation et l’eucharistie) nous paraît très adapté pour désigner ce qui se passe quand on recommence à croire et à se rapprocher de l’Eglise.

L’initiation, c’est en effet un parcours que fait quelqu’un, souvent en même temps que d’autres qui sont dans son cas, pour entrer dans le mystère de la vie, s’en imprégner et attendre par conséquent son identité. Ce chemin, on le ait en étant accompagné par une personne qui est déjà passée par là (l’accompagnateur est initiateur s’il y a dans l’Eglise un espace d’initiation). Avec lui et avec d’autres comme soi, on franchit des étapes qui sont annoncées d’avance et même balisées ; enfin, on expérimente des difficultés ou des épreuves (qui font perdre des illusions ou des naïvetés) et aussi des satisfactions qui gratifient et aident à continuer. De la sorte et peu à peu, l’unité personnelle se constitue : être initié, c’est avoir atteint quelque unité entre ce que l’on partage avec autrui, ce que l’on dit, ce que l’on fait et, bien entendu, ce que l’on est. Tout cela, au nom de Dieu dans l’Esprit de l’évangile.

Recommencer, c’est donc être initié, si on ne l’a jamais été encore (parce qu’on a reçu en vrac des notions ou des émotions) ou bien être ré-initié si on l’a été jadis et que l’initiation reçue n’a pas tenu.

Faut-il rappeler que l’initiation peut être plus ou moins complète, selon le temps que l’on a ou selon les dispositions des intéressés ? Il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’au bout pour que ce qui a été effectué ait déjà de l’intérêt. Mais, si possible, il est bon de pouvoir terminer une initiation, et cela par une célébration : cet acte donne sens final à tout le trajet accompli et indique que l’on va désormais penser à autre chose.

D’autre part, nombre de chrétiens estiment que la vie habituelle des communautés chrétiennes doit normalement permettre d’entretenir l’initiation reçue pendant l’enfance et l’adolescence. C’est sûrement souhaitable, en effet. Mais cela suppose que les groupes chrétiens aient régulièrement le souci de dire la foi en ce qu’elle a de fondamental et de cohérent, et qu’ils se donnent, de temps en temps, par exemple pendant le carême, un temps fort pour réactualiser l’initiation jadis reçue. Les recommençants ne sont donc pas les seuls à bénéficier de l’initiation chrétienne. Mais, pour eux, il s’agit de fondation ou de refondation, non d’entretien ou d’approfondissement.

Enfin il apparaît que certaines personnes qui viennent demander à l’Eglise une aide pour « s’y remettre », ont déjà connu des formes d’initiation spirituelle (groupes de New Age, franc-maçonnerie, Rose-Croix) ou religieuse (participation à un groupe de prière, fréquentation d’un monastère, participation à une secte, etc.). Ce qui s’est réalisé ainsi entre, bien entendu, en ligne de compte. Parfois de façon positive, comme des expériences ouvrant la voie. Parfois aussi de façon moins heureuse quand, par exemple, quelqu’un a été trop entraîné à réagir avec sa seule affectivité, trop immergé dans un spiritualisme qui rend peu facile la foi en l’incarnation de Dieu, ou encore trop orienté vers certaines interprétations discutables du christianisme (interprétations fondamentales des textes bibliques ou des rites, refus de toute Eglise instituée, etc.). Il se peut qu’il y ait, de temps en temps, des pseudo-initiations ou même des contre-initiations.

Henri Bourgeois Redécouvrir la foi. Les recommençants, Coll. Pascal Thomas-Pratiques chrétiennes, DDB, 1993, chapitre VII, p. 129-142

Voir aussi, sur ce sujet : Redécouvrir la foi. Les recommençants.


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