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Raviver le sens de l’Esprit Saint (MLG.)

H. Bourgeois :

« Raviver le sens de l’Esprit Saint, » …qu’est-ce que cela change ?

Article paru dans La confirmation : que dire ? que faire ?. Recherches actuelles – Le Nouveau rituel. Chalet, 1er trim. 1972, p. 41-56).


Mon propos est de relire ce texte en le reliant à d’autres écrits contemporains ou postérieurs, qui contribuent à en manifester la portée.

Deux parties :

I – 4 Remarques générales :

1. Le titre.

L’article répond à une question concernant le dire et le faire, le langage et la pratique, à propos du sacrement de confirmation. Ce n’est pas un traité sur le Saint Esprit, mais une réflexion sur des orientations pratiques qui fait appel à la théologie de l’Esprit Saint.

H. Bourgeois traite la question en appelant à « raviver » un sens, une manière de percevoir les réalités spirituelles. Exhortation à une re-prise, une ré-flexion, une ré-novation (un re-commencement ?) du sens de la foi sur ce point fondamental pour la vie chrétienne.

Raviver dit plus que discerner, approfondir, mots habituels pour parler de l’expérience spirituelle ou réfléchir sur un sacrement. Il ne vise pas seulement à remédier à une inattention, distraction ou légèreté, à l’égard de l’Esprit-Saint, mais à se soucier d’une « insuffisance » de pensée, parfois une ignorance. Est cité le mot des Actes, 19, 2 : « Nous ne savions pas qu’il y avait un Esprit-Saint ». Ce réveil d’un sens peut éclairer divers domaines de la vie.

À noter que le titre englobe lui-même le doute comme s’il le reprenait du lecteur. La question posée : croire à l’E.S. « qu’est-ce que cela change ? » peut s’entendre, en effet, à la fois comme l’expression d’un doute ou comme le début d’une enquête.

2. La commande de l’article

L’article est écrit lors de la publication du nouveau rituel de confirmation, consécutif à la constitution sur la liturgie de Vatican II, promulgué par Paul VI le 15 août 1971, et aussitôt traduit en français (ad interim = provisoirement), traduction reconnue par la Congrégation du culte divin, le 26 novembre 1971. Le dossier édité par le Chalet vient en accompagnement de cette mise en œuvre, se présentant d’ailleurs comme une base de réflexion collective, puisqu’il appelle les réactions et expériences lecteurs, notamment des pasteurs.

3. L’article lui-même

De forme un peu « sèche », il ne fait pas état de la circonstance (le préfacier s’en charge ainsi que d’autres articles du dossier) mais seulement, en quelques lignes abruptes, d’une carence globale de la théologie de l’E.Saint en catholicisme. La réflexion se développe ensuite en trois parties :

  • 1/ - notre expérience de l’esprit
  • 2/ le visage de Dieu quand on y discerne l’E.S.
  • 3/ l’Eglise, expérience spirituelle.

Elle se propose donc de nouer trois aspects ou trois lieux où se joue le « sens » de l’Esprit Saint : nous-mêmes, Dieu, l’Eglise.

Il faut noter qu’une version originale de ce manuscrit, dactylographié et annoté de la main d’H. B. existe dans les archives et est plus développé (il y manque toutefois deux page centrales, peut-être retirées pour entrer dans un autre ensemble). Cette version est plus nourrie d’analyses concrètes, plus savoureuse et suggestive, et présente des perspectives théologiques plus amples que la version publiée. Le remaniement a amélioré la netteté de l’exposition, semble-t-il, mais il a surtout séparé en deux parties ce qui, dans le ms., en constituait une seule articulant : notre expérience de l’esprit et la foi en l’Esprit de Dieu.

4. Un écrit parmi d’autres…

S’il est en soi dangereux de chercher une synthèse théologique dans un seul article, ce l’est particulièrement ici, puisque l’article en question est exactement contemporain du livre d’Henri Bourgeois lui-même, paru chez le même éditeur et au même moment : L’avenir de la confirmation, avec 4 pages de bibliographie classée, présentant un sommaire de chaque titre. On ne doit donc pas s’étonner du caractère succint de l’article paru dans ce dossier pratique.

Cet article est à relier à d’autres écrits d’H.B. passés ou futurs :
  • 1970 - Mais il y a le dieu de Jésus-Christ, dont les pages sur l’E.S. sont explicitement signalées dans l’art. ms., p. 7, note 2 : pp. 67-74, 94-100, 128-129, 178-180 ;
  • 1975  : Seront-ils chrétiens ? Perspectives catéchuménales. Pages sur l’Esprit :l ’autre a une vocation, l’E. S. nous précède en lui, et l’accueillir est acte de liberté dans l’E.S., et quelques pages denses sur l’institution ecclésiale et l’Esprit, qui constituent la perspective finale du livre ;
  • 1977 : 2 dossiers libres (Cerf) : 1 : Où se manifeste l’Esprit ? – 2 – L’Esprit est-il à l’heure aujourd’hui ? (avec un groupe de recherche de la Faculté de Théologie) ;
  • 1978 : Qui parle de l’Esprit ? (Etudes, février).

Il faut ensuite attendre 1999 pour trouver un autre article, sinon sur l’Esprit Saint lui-même, du moins sur « le spirituel chrétien », dans un numéro spécial de Prêtres diocésains. Comme s’il s’agissait là surtout d’un rappel urgent.

Le thème irrigue, bien sûr, d’autres écrits sur Dieu, sur le Père, sur Jésus, sur l’initiation chrétienne, la résurrection, l’espérance.

Il est au cœur du débat surgi avec le CNPL sur la question de la succession baptême-confirmation-eucharistie (Cf. Catéchèse, n° 148,1997 (présenté par L.-M. Renier dans le recueil : Intelligence et passion de la foi).

Le même thème de l’Esprit-Saint alimente par ailleurs les ouvrages de catéchèse catéchuménale et les recherches de la collection Pascal Thomas-pratiques chrétiennes, ainsi que le dialogue inter-religieux poursuivi en diverses directions.

Il y a là un thème fondamental de la théologie et pratique d’Henri Bourgeois, de sa « spiritualité » aussi, certainement, qui reçoit après ce premier article, au fil du temps, de nouveaux développements.


II – La pensée théologique

La démarche théologique de l’article présenté s’ancre dans une analyse d’aspects culturels, tels que perçus en 1971-1972.

1. le contexte ecclésial et culturel

H. Bourgeois perçoit un besoin d’une théologie de l’Esprit Saint :

Il interprète ainsi un écart, la préface dit même : « un malaise » (et lui-même utilise ce mot pour titrer la partie I de L’’avenir de la confirmation) entre, d’une part, ce qu’il caractérise comme des « durcissements, des lourdeurs, des opacités » d’institutions ecclésiales devenant « étranges et étrangères » à nos contemporains, et d’autre part un certain « retour de l’Esprit » qui se cherche dans les travaux et articles de catéchèse, les partages et révisions de vie chrétienne (le courant charismatique ne s’est pas encore, à cette date, implanté en France. Il le sera en 1973).

« Nous l’avons oublié, cet Esprit, et les conséquences de cet oubli ne sont pas à chercher bien loin : un christianisme installé loin du grand vent de sa fondation, une tendance à comprendre Dieu à travers le prisme de la Loi, une réduction du Christ à un héros ou à un exemple sans intériorité mystérieuse, une opposition durcie entre Eglise et monde, une majoration des institutions et du droit, des défenses et des interdits. » (Version ms., Fonds Bourgeois, p.1).

Il avance plusieurs raisons possibles de cette prise de conscience : Vatican II ? la rencontre avec l’Orthodoxie et l’Orient chrétien ?

Dans une page plus développée de L’avenir de la confirmation, sur la « crise de Dieu », il écrit :

« L’Occident ne sait plus parler de Dieu, comment lui parler, voire ce que signifie son nom. On dit que Dieu est usé, absent, impossible. Plusieurs affirment qu’il est mort. D’autres s’attachent à Jésus-Christ en se gardant bien de retenir ce que Jésus vit et dit de Dieu. Dans cette situation, le recours à l’Esprit se présente comme une manière neuve de se rapporter à Dieu et de le chercher. Non pour fuir les difficultés mais pour ne pas se laisser enfermer en elles. Envisager Dieu comme Esprit, cela semble permettre de le reconnaître de façon plus souple et plus savoureuse, en deçà des durcissements que lui a infligés le langage courant, à l’écart des polémiques trop bien programmées et trop à la mode, au seul niveau qui soit de mise et qui est celui de l’expérience spirituelle. » (p. 131-132)

Voie savoureuse, simple, moins « inquiétante », à l’époque, que la foi au Père, dit-il encore, et moins « problématique » que l’historicité du Christ. Raviver le sens de l’Esprit, ce serait retrouver « l’acte vital de la foi qui discerne l’E.S., mais d’abord (qui) se laisse convertir par lui. » (Raviver, ms. p. 2.)

2. Trois axes :

Cette théologie, selon la version imprimée de l’article, se construit sur trois lignes :

a- Notre expérience de l’esprit (p. 42-48).

H. B. en parle en termes d’« expérience spirituelle » – En 1999, il dira simplement « le spirituel » en nous.

C’est de la Bible qu’il dit tirer les indications principales sur cette expérience peu banale (p. 42) qui nous fait dépasser le « superficiel », le« standard », la « mode », et est plus profonde que les mots : expérience d’étonnement, de goût de vivre, profonde, unique et diverse, évolutive, susceptible de s’approfondir, et qui fait communiquer, tend au langage et à l’action. Expérience qui est aussi lieu de la conversion à J.C., même si celle-ci n’est pas toujours, ni explicitement reliée à sa reconnaissance explicite. Il cite – et il citait souvent - Vatican II, G.S., 22 : « L’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal », etc. Cf. La confirmation…, p. 46).

Trois chemins sont proposés par la Bible, qui permettent à cette expérience de s’approfondir (p. 46-47) :

- l’Esprit vient à nous comme vérité, vérité totale en Christ, actualité d’une révélation, et signe définitif de la nouvelle Alliance ;

- Il anime la marche vers l’avenir "dans les choix, les combats, les ruptures et les patiences de la vie : énergie trouvée dans l’assurance de sa présence dans le combat pour la justice, et l’espérance d’un achèvement que nous ne maîtrisons pas (eschatologie) ;

- Il est présent dans l’effort pour vivre ensemble « à travers les différences et les tensions », dans des différences qui viennent parfois de l’Esprit (les charismes). L’Esprit pousse à « réduire les oppositions dépassées ou mesquines (…) ; il récuse »le mensonge respectable, l’usurpation, l’ambition stérile« , et surtout, il »noue cette question de la vie ensemble avec les (précédentes). «  Pentecôte : »constitution d’un groupe cohérent, affirmation du sens de l’existence, engagement effectif vers l’avenir universel du Règne de Dieu par la prédiction." (p. 48).

b- L’Esprit-Saint dans le visage de Dieu (48-52) :

Mais parler d’Esprit saint c’est aussi parler de Dieu en lui-même, et pas seulement de Dieu avec nous.

C’est dire que Dieu est :

-  vivant. Pas seulement concept, axiome ou théorie. HB cite Grégoire de Nysse : « Les concepts créent des idoles de Dieu, l’étonnement seul saisit quelque chose » (p. 48). Le signe majeur de ce vivant étant la résurrection de Jésus, premier–né de l’humanité nouvelle (Rm. 8, 11), appelant à mettre en jeu notre propre esprit et liberté plus profonds que le savoir.

- spirituel (Jn 4, 24). Pour Dieu, cela signifie qu’il a une « profondeur », un mystère = « plénitude dynamique et inépuisable » ; qu’il connaît les êtres et les événements ; qu’il se révèle à travers une histoire, la vie et les paroles des croyants, et finalement son Verbe. « Le Verbe donne ainsi forme expressive à l’Esprit et l’Esprit habite le Verbe de Dieu. » (p. 50).

- saint et indissociablement relié au Père et au Fils, le Christ Jésus. Dieu se révèle Père, portant en lui un Fils et un Esprit. Et manifestant qu’il est source de sens, d’avenir, de vie et de réconciliation. Pages denses : 50 et 51 sur la « spiritualité divine », tout autre manière que la nôtre, et trinitaire.

Ce sont les pensées développées également dans Mais il y a le dieu de Jésus-Christ.

c- une Église spirituelle (p. 52-56).

Citant un credo du baptême au IIIe s. : « Je crois en l’Esprit- Saint dans la sainte Eglise pour la résurrection de la chair » (p. 52), H/ B. détaille ici les 6 points de repères d’une expérience ecclésiale spirituelle : parole de Dieu, vie ensemble, référence au règne de Dieu, évangélisation, sacrements, ministère apostolique. Ce chapitre n’existe pas, comme tel, dans Mais il y a le dieu de JC.

Il faut reconnaître que, sur ce point, l’article édité, de type plutôt catéchétique ou pédagogique, est un peu sommaire par rapport aux développements de l’article ms. (p. 9-12) qui s’attarde à examiner les convictions de base :

- La relation prioritaire entre l’Esprit et l’Eglise, conviction affirmée mais aussi interrogée sur son sens ;

- L’Église « porteuse de la sainteté de l’Esprit dans l’histoire », et les questions que cela soulève par rapport à l’autorité et ministère, aux sacrements, à la vie fraternelle. En suite de quoi, HB présente quelques fonctions essentielles de l’Esprit dans l’Eglise : Lumière, Force, Unification (rassemblement).

Avant de terminer, citant H. Kung : « Bien que l’E.S. ait élu domicile dans l’Eglise, il n’est pas assigné à résidence dans l’Eglise », il « remplit l’univers » (Sg. I, 7), H. B. pose la question : « cette sainteté n’est-elle pas proposée au monde dans son ensemble ? ».

Sa réponse est double :

- d’abord dire que « l’Eglise nous sert d’école pour discerner ce que fait – non. moins réellement mais parfois plus obscurément – l’Esprit dans le monde. » (p. 12) ;

- ensuite, ne pas prétendre juger, mais savoir que l’Esprit « oriente vers la fin de l’histoire, ce point où le sens profond des événements sera tiré au clair. »

« Si la sainteté est ecclésiale, il doit en effet s’ensuivre que les signes de l’Esprit dans le monde se manifestent progressivement dans des situations d’ensemble, des recherches communes, des enjeux qui touchent des multitudes. Nous savons bien qu’en certains cas, des témoignages qu’on pourrait croire individuels ont une telle résonance. » (p. 15).

3 – Les accents de cette théologie

Il y aurait peut-être à relever quelques traits de cette théologie de l’E.-S., sans s’en tenir à l’article qui a servi d’entrée dans le sujet et en élargissant ainsi l’enquête.

On y reconnaît :

  • a- Un appel à un au-delà du savoir ou du concept, en faisant jouer le sens de la foi éclairé par l’Ecriture,
  • b- L’insistance sur l’aspect vital de l’E.S (comme d’ailleurs dans Mais il y a le Dieu de JC.) - sans cependant verser dans le vitalisme - par l’exercice d’une pensée concrète et interprétative, et, théologiquement, par la prise en compte des dons de l’esprit : sagesse, intelligence, conseil.
  • c- La proximité et distance entre l’Esprit saint et le nôtre. Pour HB, il y a une certaine obscurité essentielle au sens de l’esprit, même si l’Esprit saint est lumière, puisqu’il n’est jamais donné au départ comme « e » ou comme "E, et suppose toujours discernement. La proximité et la possible confusion est essentielle à cette expérience. (Un point qui lui attirera des critiques de la part de certains recenseurs).
  • d- L’affirmation que la fonction de l’E.S . est inséparable de celles du Père et du Fils. L’Esprit connaît les secrets du Père et du Fils, parce qu’il est en eux et pour eux.
  • e- La diversité constitutive de la manifestation de l’E.S., pas seulement d’intériorité(s), mais aussi de réforme et même de contestation (aspect développé dans les dossiers sur l’E.S. édités au Cerf)
  • f- Enfin la « tension » et le nécessaire dialogue dans cette diversité, l’unité échappant à toute possession dans l’histoire.

La théologie de l’Esprit-Saint, selon H. Bourgeois, répond-elle au besoin auquel elle voulait répondre ?

Elle peut être classique et cependant elle est en mesure de mettre dans une lumière neuve ce qu’est l’Esprit de Dieu, actif en toute création, révélé dans le Christ, attesté par les Écritures, et par conséquent éclairant aussi ce qu’il fait en tous les hommes.

Elle contient des mises en questions salutaires et des éclairages dynamisants pour une vie spirituelle ouverte, y compris dans sa dimension ecclésiale.

Une sorte de sagesse spirituelle, très christique et très humaine.

« Théologie pratique » ? ou son fondement ?

Pour conclure, et dans les deux versions de l’article, Henri Bourgeois reprend les mots du Patriarche Athenagoras qu’il fait donc siens :

"Sans l’Esprit Saint,

_Dieu est loin,

_le Christ reste dans le passé,

_l’Évangile est une lettre morte,

_l’Église une simple organisation,

_l’autorité une domination,

_la mission une propagande,

_le culte une évocation,

_et l’agir chrétien une morale d’esclaves."

 [1]

MLG,

Laboratoire, Octobre 2004


Voir : Mais il y a le dieu de Jésus-Christ ; L’Esprit … Est-il à l’heure ? - Où se manifeste-t-il ? ; Seront-ils chrétiens ?

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Notes

[1]Le thème de l’Esprit Saint dans la théologie dH. Bourgeois appellerait un repérage de ses développements non seulement dans les écrits proprement théologiques, mais aussi dans les travaux sur la catéchèse et la pastorale, et le dialogue avec les cultures et les religions.


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