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R. Dieu selon les chrétiens

R. Dieu selon les chrétiens

Collection Croire et Comprendre, Le Centurion, 1974, 154 p.

Recension

Un des premiers ouvrages d’Henri Bourgeois fut pour affronter une question fondamentale, la question de Dieu, non pour refaire le « traité de Dieu », mais pour essayer de comprendre la « démonétisation » du langage sur Dieu dans les années 1970, et pour « préciser ce que les chrétiens peuvent essayer de dire, au sujet de Dieu, en fonction de leur tradition et de leur expérience, en fonction aussi de ce qu’ils découvrent, comme chacun, des difficultés et des enjeux du temps ».

Livre alerte, qualifié par certains de « modeste monographie », par d’autres, de « merveille », - la lecture trahit aussi le lecteur - ce petit livre naissait d’un dialogue vif et continu avec des adultes porteurs de cette question, pas forcément lettrés, mais désireux de comprendre avant d’oser se dire croyants ou désirant le devenir.

Nous proposons ici les cinq recensions que nous avons pu retrouver de l’édition française, et la recension en catalan de l’ouvrage traduit en espagnol.


- Dans le journal La Croix, d’abord, du 24 avril 1975, un chroniqueur, sous le titre : Passéisme et tradition, pose le problème d’un discernement entre l’attachement au passé pour lui-même et la tradition. Sensible au danger d’une dispersion foisonnante, il appelle à un esprit de synthèse qu’il dit avoir trouvé dans le livre récent d’Henri Bourgeois : Dieu selon les chrétiens.

"En ce domaine de la synthèse, il m’est apparu comme un éblouissant chef-d’œuvre. C’est la raison pour laquelle je le signale à tous ceux et celles qui ont faim d’une riche nourriture pour leur intelligence du christianisme. Et c’est à lui, d’ailleurs que j’emprunterai la conclusion de mon propos en citant le passage que voici :

Quelle est dans cette perspective d’espérance, la signification du passé ? Indiscutablement, Jésus s’inscrit dans une tradition. Comme Moïse, il est un réformateur religieux. Il y a bien des préalables à ce qu’il manifeste des hommes et de Dieu. « Il vous a été dit, moi, je vous dis. »

"Ce sont les gens qui veulent être modernes qui redoutent cette référence au passé. Peut-être par peur de ne pouvoir ou de ne savoir en faire une tradition, c’est-à-dire un facteur de l’espérance. Le prophète, lui, n’a pas honte de son passé. Chaque interprétation de la vie et de Dieu est inévitablement conditionnée par celles qui l’ont précédée. Ce cahier des charges est-il forcément un malheur ? Oui, si la Tradition est une Loi. Non, si la Tradition est un Esprit…"

Patrick de Ruffray

- Dans la revue Catéchèse, n° 63, octobre 1975, quelques lignes distraites :

"…le Dieu des chrétiens est nécessairement celui de Jésus-Christ. Ce que nous savons de Dieu, nous ne le savons que par Jésus-Christ, qui accomplit l’Ancienne Alliance, et l’usage que nous faisons du nom de Dieu se rapporte à la signification que Jésus donne à Dieu. Ce que rappelle, dans un petit livre dense, H. Bourgeois, qui fait déboucher en réflexion critique d’actualité un panorama de l’histoire de la théologie chrétienne de Dieu.

Dieu selon les chrétiens s’articule en trois temps, et cette table des matières manifeste l’intérêt de cette alerte et modeste monographie : d’abord Dieu selon Jésus », pénétrante relecture de l’Evangile ; puis Dieu selon les siècles », histoire d’une théologie qui n’a pas toujours su se garder des chemins de traverse qui l’ont éloignée de l’Evangile (mais il faut dire, pour être honnête, que la réaction des « docteurs » a su, à chaud, parer à ce danger spéculatif) ; enfin « Dieu selon le christianisme », ou le témoignage que le chrétien d’aujourd’hui doit porter en faveur du vrai Dieu, celui de Jésus-Christ."

Henri Holstein

Deux revues consacrent quelques lignes à cet ouvrage, à l’intérieur d’un bulletin qui en présente nombre d’autres.

- La Nouvelle Revue Théologique (N.R.T.), 1975, n° 8, p. 757, analyse ainsi le propos du livre :

"Comment présenter Dieu aujourd’hui ? se demande H. Bourgeois.

Pour nos contemporains, croyants ou non, Dieu est à tout le moins un nom. Partout où on parle de lui, il porte ou on lui donne un nom,personnel ou commun ; à ce titre, culturellement, il prend place dans la vie des hommes, et dès lors un débat devient possible : première clé pour entrer dans la situation actuelle de la foi.

La seconde consiste à observer que le sens auquel ce nom est ouvert se situe dans l’ordre symbolique : Dieu est symbole, terme qui n’est point synonyme d’« irréel ». L’avantage du symbole est de présenter la réalité objective d’une façon colorée et vivante : loin de passer à côté du réel, il oriente vers lui nos énergies et notre affectivité. Il s’agira donc de montrer que le nom symbolique de Dieu nous met effectivement en rapport avec les êtres de ce monde et nous tourne vers le Tout Autre. Aussi l’A. explique-t-il qui est Dieu pour Jésus (des pages originales et d’une grande pénétration), comment l’ont vu au cours des siècles les chrétiens d’Occident (exposé très rapide), comment ils le voient de nos jours. Le livre s’achève par des remarques sur quelques facteurs fondamentaux de la foi en Dieu qui actualisent ou estompent, selon les cas, le témoignage du Christ, et des réflexions également judicieuses et suggestives touchant la manière d’envisager l’avenir prochain."

H. Jacobs

- La Vie spirituelle, n° 612, février 1976, le présente à l’intérieur de la collection Croire et Comprendre. L’auteur, J. Fourcade, indique sommairement le propos du livre et les trois parties du développement et souligne toutefois, qu’« Henri Bourgeois traite tout cela en philosophe, en psychologue et en théologien ». Ce qui est un peu court pour montrer l’intérêt du contenu.


- Dans la revue Vivante Eglise , février 1975, un long article est consacré au livre d’Henri Bourgeois. Un lecteur attentif s’adresse à des lecteurs :

"Peut-on aborder sérieusement le problème de Dieu en 150 pages ? On a de la peine à le croire tant la question est vaste et compliquée. Elle évoque de lointains souvenirs, des discussions passionnées peut-être, au terme des études secondaires : la liberté humaine est-elle possible, si Dieu existe ? Sa toute-puissance ne conditionne-t-elle pas notre destinée ? Le chrétien plus ou moins frotté de théologie se souvient, lui, des longues controverses portant sur le Christ et l’Esprit-Saint du IIe au Ve siècle ; de la farouche opposition de saint Augustin à Pélage, des innombrables déclarations de l’Église sur la grâce dénonçant des interprétations erronées, et de maintes autres polémiques. Bref, si l’on veut parler de Dieu aujourd’hui sans évacuer l’histoire et sans ignorer les grandes interrogations passées et présentes, il faut du courage. Et comment de plus parler simplement d’un domaine aussi abstrait.

Qu’Henri Bourgeois ait pleinement surmonté ce dernier obstacle serait trop dire. Détachées de leur contexte, certaines formules paraîtraient bien indigestes. Sa langue pourtant est claire, son livre admirablement construit, sa réflexion, originale et vivante. Mais tout paraît compliqué pour qui n’a pas découvert le fil conducteur, le mot-clé qui fait jouer toutes les serrures. Les portes verrouillées franchies, on découvre un trésor qui vous laisse ébahi. Oui, ce petit livre est une petite merveille !

Symbolisme, voilà le niot-clé. Sa répétition est presque lassante. Même ainsi, son sens peut échapper. La définition est donnée plusieurs fois, au détour du chemin. Le symbole ne se confond ni avec l’imaginaire, ni avec la platitude du quotidien. du quotidien. Il désigne « une forme de réalité plus élaborée et plus dense que celle de la vie courante qui est usée par les habitudes et aplatie par le contrôle de la seule rationalité. » Le symbole n’est pas en marge du réel, c’est bel et bien le réel mais scruté avec des yeux perçants qui en font apparaître toute la richesse. Emergent alors des possibilités enfouies sous la monotonie des habitudes et des savoirs tout faits. L’homme renaît, il se remet à vivre ; sans s’en rendre compte, il était prisonnier d’une certaine image de lui-même qui l’étouffait. Se dessinent des chemins insoupçonnées, attrayants. Il a de nouveau un avenir.

Le chrétien ne connaît pas d’autre Dieu que celui de Jésus-Christ. Mais pour révéler Dieu, le Christ ne livre pas un savoir. Il ne discourt pas sur Dieu, il adopte des comportements symboliques, pose des actes prophétiques. Il inaugure une nouvelle manière d’être et la rend possible. Il casse les habitudes. Car si rien ne se passe, si la vie ne change pas, Dieu n’a pas de sens, son nom est un mot creux sans contenu effectif. Jésus régénère l’homme en lui ouvrant un espace qu’il avait oublié : le champ de son possible. Il restaure sa vie symbolique. Il l’invite à explorer des terres inconnues, à faire, à sa suite, la double expérience du possible et du gratuit et, ainsi, rencontrer Dieu.

Car cette expérience est la seule qui débouche sur Dieu bien qu’elle n’y conduise pas immanquablement. A travers elle, Dieu se donne à l’homme, qui est saisi par lui et peut l’éprouver sans trop déformer son Visage. A la suite de Jésus, l’homme expérimente que ce qu’il vit n’a pas en lui, dans sa vie d’homme, sa seule source et sa seule référence. Mettre l’homme en situation pour qu’il puisse faire cette expérience, telle est bien la préoccupation du Christ dans l’Evangile. Veux-tu savoir qui est Dieu ? Regarde ta vie car tu « cadres » Dieu à partir d’elle. Dieu est à ton image. Si la vie n’a pas de sens, Dieu ne saurait en avoir. C’est en appelant à une transformation radicale que Jésus révèle qui est Dieu. Il n’en faut pas davantage à Henri Bourgeois pour renouveler la présentation de cette question rebattue, pour dessiner une approche de Dieu qui parle à l’homme d’aujourd’hui. Cette démarche, fruit sans doute d’une réflexion longuement mûrie dans le cadre du catéchuménat et de groupes fort divers, fraye des chemins nouveaux.

Mais ce livre serait un peu court si la vaste culture historique et théologique de l’auteur n’appuyait son expérience pastorale. En 60 pages éblouissantes, il brosse un tableau panoramique de vingt siècles de foi, témoignant ainsi d’une étonnante aptitude à la synthèse. Car rien ne manque, ni l’évocation de la situation politique et culturelle, ni le triple registre de la théologie, de la mystique et de la piété populaire, ni la double face chrétienne orientale et occidentale, ni le mouvement intérieur de l’ensemble où s’entremêlent continuité et rupture. Aucun des phénomènes religieux significatifs n’est oublié, qu’il s’agisse de l’obsession de la mort, de la hantise du diable, de la pratique de la magie, de la propension aux pénitences impressionnantes. Les grands noms de la pensée chrétienne défilent, les grands débats reprennent vie car nous en sentons l’enjeu et même l’actualité. L’histoire se fait savoureuse. Nous retrouvons a diverses époques, une sensibilité, des préoccupations qui ressemblent beaucoup aux nôtres. Et nous pouvons par ailleurs recenser les « paramètres de la foi en Dieu », c’est-à-dire quelques facteurs fondamentaux qui actualisent ou qui estompent selon les cas, le témoignage de Jésus.

Il est difficile de résumer un tel livre dont nous ne saurions trop recommander la lecture. Les anciens seront peut-être dépaysés : ils retrouveront bien peu le « traité de Dieu » qu’ils avaient étudié. Mais la démarche de de Henri Bourgeois « parlera » aux générations plus jeunes car, l’expérience de nombreux groupes le confirme, c’est bien ainsi qu’elles posent le problème de Dieu. La foi en Dieu se greffe en effet sur un certain sens de l’existence, une foi fondamentale que l’auteur avait caractérisée à grands traits dans les colonnes de Vivante Église (1). J’ose croire pour ma part que les authentiques mystiques, insatisfaits d’une approche trop notionnelle de Dieu retrouveront leur propre expérience à la lecture de cet ouvrage. N’est-ce pas un bon point en sa faveur ?

(1). N° 1 à 3, Mars-Mai 1974.

Claude MARECHAL


- La revue Esprit et Vie, du 30 janvier 1975, p. 79-80, s’attache, elle aussi, à une lecture à la fois pénétrante et un peu sceptique quant au public visé :

« Croire et comprendre ». Une nouvelle collection voit le jour qui répond bien à un vrai besoin et ressenti plus que jamais. « Oui, dit le prospectus, !es chrétiens s’interrogent sur la foi, ce qu’elle signifie, ce que ça change, ce qu’elle promet, ce que ça engage… Alors un groupe de chrétiens s’engage à dire la foi du moins ce qu’aujourd’hui on peut en dire ». La liste de ce groupe contient bien des noms connus de théologiens. Déjà les premiers volumes sont sur le bureau des recenseurs et aussi dans les vitrines des libraires où leur présentation sympathique fera mouche. Le public sera nombreux… Il comprend, dit encore le prospectus, « ceux qui ne savent pas dire leur foi, ceux qui sont déroutés par les changements… ».

H. B. traite de « Dieu selon les chrétiens ». Ouvrage bref, sans bibliographie ni notes. Cela est dans l’esprit de la collection qui veut s’adresser à un large public. Que le problème de Dieu soif bien l’un des premiers à 1’heure actuelle, chacun en conviendra. Que ce problème ait été traité très récemment en de nombreux ouvrages, cela est évident. Du coup, le champ n’est pas complètement libre. Faut-il répéter ou aborder « une perspective imprévue ? » (jaquette de l’ouvrage). L’auteur sait qu’il ne satisfera pas tout le monde. Le lecteur peut toujours selon ses préférences ou ses pesanteurs chercher tei ou tel point et ne l’y point trouver. Y a-t-il de bons lecteurs ? C’est en tout cas, être très mauvais lecteur que de procéder de la sorte.

Le but du travail est bien déterminé :

« Le propos de cet ouvrage est de préciser ce que les chrétiens peuvent essayer de dire, aujourd’hui, au sujet de Dieu, en fonction de leur ’tradition et de leur expérience, en fonction aussi de ce qu’ils découvrent, comme chacun, des enjeux et des difficultés de notre temps » (p. 13-14).

La vraie question ne serait-elle pas : « Un livre nouveau pour qui ? » La collection répond : pour les hommes qu’interroge la foi. Nous en connaissons tous. Nous en rencontrons un certain nombre. Aussi pour élargir et le cas échéant étayer mon opinion, j’ai prêté ce petit volume à quatre lecteurs de niveaux différents. Sans vouloir me faire un paravent de leurs réactions, j’essayerai d’en tenir compte dans les lignes qui suivent.

Un ouvrage de mise à jour, de recyclage se doit de partir de ce que les lecteurs sont supposés connaître et parfois admettre. Condition nécessaire si on veut les voir s’avancer. C’est ici que l’on peut s’interroger. Dès les premières pages, l’auteur va introduire une notion non seulement nouvelle pour beaucoup de lecteurs, mais insuffisamment explicite pour ne pas ralentir la marche du lecteur et la recherche.

« Dieu est symbole. Cette formule a de quoi étonner. Elle semble restrictive. Car le plus souvent, dans le langage courant, le symbole n’a pas bonne presse. On en fait un substitut du réel, une suggestion ou une évocation, à défaut de la réalité proprement dite. C’est, au fond, une manière de dire, une indication qui ne désigne le réel que de loin, par image ou par allusion. Une telle manière de comprendre le symbolisme est, toutefois, étrangement tendancieuse. En tout cas, ce n’est pas celle que met en œuvre la culture contemporaine. De fait, le symbole a une toute autre valeur. Il signifie une manière d’être, une façon de prendre la vie, un art de laisser parler les choses et les événements… Le symbole, c’est ce qui se passe quand nous cessons d’imposer au monde notre propre loi, pour écouter son message et sa chanson. Curieusement, monte alors en nous une parole oubliée. En voyant les choses sous un jour nouveau, nous nous percevons nous-mêmes de façon renouvelée » (p. 16-17).

Longue citation, c’est que le passage est fondamental. Les évocations du symbolique se font très nombreuses dans l’ouvrage. il faut donc avoir des idées justes sur ce qu’est le symbole. Que la conception du langage courant soit critiquable, on en convient. D’autant plus que sa description est un peu une caricature. Mais, tout en reconnaissant les sources de cette conception, ne peut-on penser que l’usage d’un mot par ailleurs si lourd de passé, va être une gêne quasi insurmontable pour le lecteur ? On veut aider le lecteur moyen et on lui fournit un mot qui va risquer de le faire déraper en plus d’une page.

La première partie de l’ouvrage traite de « Dieu selon Jésus ». Elle contient des notations excellentes et d’une actualité en même temps que d’un équilibre de pensée certains. Pour ne citer qu’un point parmi d’autres, on pourrait indiquer la critique de Bultmann. Mais cette partie dît trop peu. On se prend à regretter qu’elle ne puisse exploiter les résultats d’une théologie biblique dans le genre de celle de Jérémias. Est-il bien exact de dire que « pour Jésus, Dieu se présente sous deux noms différents » : Père et Esprit (cf. p. 64-65 ?). C’est trop dire et trop peu à la fois.

- La seconde partie « Dieu selon les siècles » fait, en quelque cinquante pages, un survol de l’histoire de la théologie ou de la conception de Dieu du Nouveau Testament au XXe siècle. Ici encore, on se demande pour quel public cela est écrit. Non pour le chrétien cultivé qui s’y perd, ni pour le spécialiste qui va tiquer sur tel ou tel raccourci. Dire que Scot Erigène n’est pas créateur (p. 92) posera sans doute un problème. Et pourtant l’essentiel est bien là. L’auteur le suggère bien clairement et on aurait aimé un développement. La tradition chrétienne, spécialement occidentale, semble avoir été tentée de remplacer le Père de Jésus par le Dieu unique. L’auteur semble bien d’accord sur ce point avec Le Guillou qu’il ne cite pas ou avec U. von Balthasar. Comme il le dit en une formule très heureuse à propos de controverses christologiques :

« Au lieu de comprendre Jésus sur la base d’une idée non chrétienne de Dieu, il fallait comprendre Dieu sur la base de Jésus. Jésus n’était pas le difficile terrain d’application du théisme conventionnel. C’était le lieu où Dieu prend un autre visage que celui de la pauvreté à cause de l’amour, du respect de l’humain à cause de la tendresse pour l’homme. C’était ce Dieu là qui était en Jésus. Le Dieu de la gratuité et non pas le Dieu de l’habitude » (p. 88).

On regrettera que l’auteur n’ait pas pris plus explicitement cette idée comme nerf de son survol historique. Puisqu’il savait se condamner au schématique, autant le rendre pédagogique au maximum.

La conclusion de l’ouvrage est lourde de sens et riche de perspectives. J’aimerais souligner :

« La gratuité de Dieu, selon Jésus, est à comprendre en forme trinitaire. Voilà bien un aspect que nous devrions ré-expérimenter dans les années qui viennent. S’il n’est pas trinitaire, le Dieu de Jésus est handicapé pour porter l’évangile du gratuit » (p. 153).

Nul doute sur ce point. Mais ne peut-on trouver que dans un livre qui veut dire « Dieu selon les chrétiens » la place faite à la Trinté ou plutôt, au Père, au Fils et à l’Esprit, est bien petite et peu satisfaisante ? Le Dieu des chrétiens, n’est-ce pas le Père de Jésus ? Abandonner le Dieu du théisme pour le Dieu du symbolique ne serait pas d’un grand profit. Ce n’est certes pas la pensée de l’auteur mais le lecteur reste vraiment sur sa faim. Certaines formules mériteraient d’être explicitées :

« Les premiers chrétiens s’efforcent de tenir ensemble les deux noms fondamentaux de Dieu que Jésus leur avait légués, en y ajoutant le nom de Jésus lui-même. Ils donnent à Dieu les trois noms de Père, Fils et Esprit… > (p. 76).

On le voit, il est à craindre que le public auquel on puisse recommander ce livre soit finalement restreint. Cet exposé se comprendrait mieux dans un exposé magistral oral qui appelle de lui-même des nuances et des réponses aux questions des auditeurs. Faute de pouvoir poser ces questions et entendre les réponses, les lecteurs risquent de lâcher l’exposé. On sent aussi que les spécialistes seront intéressés par la lecture de l’ouvrage : ce compte rendu voudrait en témoigner bien qu’il ne soit pas d’un spécialiste. Ce livre ne laisse pas indifférent, mais ne s’est-il pas trompé de collection ?

P. JAY

- Enfin, un regard venu d’ailleurs. Le recenseur catalan a entre les mains la traduction espagnole du livre :

BOURGEOIS, Henri. El Dios de los cristianos. Trad. del original francés : Ernesto Baquer. Colec. : Creer y comprender. Direc. : Antonio Cafiizares. - Luis Maldonado - Juan Martfn Velasco. Edit. : Marova, Madrid 1979.

La temàtica que aborda H. Bourgeois sobre l Dios de los cristianos tiene una vigencia muy actual. El autor se encara con esta cuestión fundamental del hombre de todos los tiempos. La identidad del hombre está, en efecto, en relación directa con el hallazgo del Dios de su historia. A este respecto sitúa el autor, ante todo, la problemática moderna en el cuadro de la increencia religiosa. Después de su diagnóstico, quiere introducirnos en la experiencia religiosa de Jesús de Nazaret. Las palabras y las obras del Maestro jalonan su camino hacia el redescubrimiento de Dios. Pero al autor le parece además que no es posible tratar adecuadamente la experiencia de Jesús sin entrelazarla a la vez con la de la Iglesia del Nuevo Testamento y aun con la de la comunidad eclesial de fe de los veinte siglos de cristianismo. Prospecta, finalmente, la visión de futuro de la fe en Dios dentro de los parámetros de la cultura contemporánea. Permitaseme al£runas observaciones : Me parece que el tratamiento acerca de Dios no puede hacerse sino en estrecha conexión con el de Jesucristo. Modernamente se insiste en el hecho de que no conocemos a otro Dios, que al revelado en Cristo Jesùs. En la revelación aparecen intimamente vinculadas ambas realidades. Se echa de menos algunas referencias bibliográficas, sobre todo, en tema tan relevante. Finalmente, sería de desear una mayor clarificación de los progresas teológicos, de los culturales, referidos por el autor. Aunque ambos están muy relacionados, tienen sin embargo sus propios campos de expansión. La obra, con todo, se hace acreedora al encomio por sus positivas aportaciones.

S.V.

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