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Quel rapport avec l’Eglise ? - Jésus et ses disciples.

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Quel rapport avec l’Eglise ?

Voir : Quel rapport avec l’Église ? Confiance et vigilance.

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Jésus et ses disciples

La thèse que Henri Bourgeois expose dans son ouvrage : Quel rapport avec l’Église ? Confiance et vigilance, est la suivante : l’articulation de la confiance et la vigilance - qu’il appelle parfois la réserve, la prudence ou l’obscurité - a un fondement évangélique et une valeur constitutive par rapport à l’ecclésialité. Selon lui, le besoin d’articuler la confiance et la vigilance n’est pas tout simplement une exigence de la culture actuelle ni ne manifeste une faiblesse de la conscience croyante. Une telle articulation a une racine évangélique. Pour trouver son fondement il faut, naturellement, entrer dans l’évangile et se placer du côté des disciples, afin d’analyser la constitution de la foi au Christ chez eux.

L’expérience de Jésus

Avant de parler du binôme confiance - réserve vis-à-vis de l’Église, Henri Bourgeois en parle par rapport à Jésus, car il considère que ce binôme est à l’œuvre chez Jésus lui-même et cela à trois niveaux. D’abord, dans sa relation au Père, dont il se dit l’envoyé. Cette relation est caractérisée par une confiance totale, non dépourvue d’une « obscurité relative » qui se manifesta dans l’existence de limites de la connaissance sur un point aussi important que la date du jour ultime (Mc. 13, 32) et dans l’angoisse, surtout dans l’épisode de Gethsémani. « Il commença à ressentir tristesse et angoisse » (Mt. 26, 37).

Ensuite, face aux disciples, Jésus se montre, d’un côté, plein d’assurance : « Qui vous accueille, m’accueille moi-même » (Mt. 10, 40) et de disponibilité : « Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai » (Jn. 14, 14). Mais, d’un autre côté, il fait preuve de vigilance, par exemple quand il avertit ses disciples à propos de l’ambition : « Celui qui voudra être grand parmi vous se fera votre serviteur » (Mt. 20, 26) ; ou bien quand il leur dit : « que le plus grand parmi vous prenne la place du plus jeune, et celui qui commande la place de celui qui sert » (Lc. 22, 26). En outre, Jésus est réaliste et annonce le reniement de Pierre (Mc. 14, 30). À propos d’un certain nombre de comportements que les disciples vont adopter à un moment donné, Jésus montre son désaccord, par exemple quand la question se pose de nourrir cinq mille hommes au désert. Alors que les disciples veulent les renvoyer, Jésus fait en sorte qu’une telle foule soit nourrie rien qu’avec cinq pains et deux poissons au départ. Le désaccord existe parfois avec les foules (Jn. 6), avec sa famille (Mc. 3, 20-21) et, d’une manière plus radicale et conflictuelle, avec les pharisiens, les autorités religieuses et le pouvoir politique.

Troisièmement, à l’égard du peuple il y avait un rapport ambivalent. D’un côté, Jésus assumait la foi et la confiance des patriarches (Abraham : Jn. 8, 58) et des prophètes (Lc. 24, 25-27). D’un autre côté, il critique les pharisiens à propos de l’interprétation de l’héritage reçu. « Vous avez annulé la parole de Dieu au nom de votre tradition » (Mt. 15, 6), dit-il. Cette tradition ne doit pas être abolie ni figée mais accomplie : « N’allez pas croire que je suis venu abroger la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abroger, mais accomplir » (Mt. 5,17).

L’expérience des disciples

Dans l’expérience des disciples vis-à-vis de Jésus, on décèle à la fois une grande confiance et des réticences toujours possibles. La confiance est exprimée, parfois, d’une manière très claire, par exemple quand Pierre dit à Jésus : « à qui irons-nous ? Tu as des paroles de vie éternelle » (Jn. 6, 68). En d’autres occasions, la confiance est suivie d’une certaine inquiétude. On le voit lorsque Pierre dit à Jésus : « nous avons tout quitté et nous t’avons suivi. Quelle sera notre part ? » (Mt. 19, 27). Toutefois, il arrive que les disciples expriment carrément leur perplexité : « Ce langage est trop fort. Qui peut l’écouter ? » (Jn. 6, 60) ; leur étonnement, parfois proche du désaccord : « on n’agit pas en secret quand on veut être connu » (Jn. 7, 4) ; ou leur doute : « quand ils le virent, ils se prosternèrent, quelques-uns cependant doutèrent » (Mt. 28,17).

Une question se pose par la suite : y a-t-il une totale analogie entre l’expérience des premiers disciples et celle que vivent les chrétiens d’aujourd’hui ? Ou y a-t-il plutôt des différences remarquables ? La réponse est double : une analogie existe, car la confiance et la prudence vont toujours de pair ; mais des différences existent aussi, elles portent notamment sur le contexte (qui aujourd’hui est tout autre) et sur le thème de l’ecclésialité (qui aujourd’hui ne va pas de soi). Deux points sont à relever. Le premier, c’est que le binôme de la confiance et de la réserve se présente dans les textes évangéliques à propos de l’identité de Jésus, alors qu’aujourd’hui, le problème qui se pose peut porter sur la foi en Jésus, mais il concerne aussi, et parfois d’une manière spéciale, le rapport avec l’Église. Le second, c’est que pour les premiers chrétiens c’était la relation à Jésus qui fondait immédiatement la relation entre eux et donnait donc lieu à une expérience qui, déjà, était de type ecclésial, alors qu’aujourd’hui être chrétien ne veut plus toujours dire être ecclésial. Parmi les causes de cette nouvelle situation, on peut citer : l’individualisme, la relativisation de l’Église et l’influence des spiritualités dépourvues d’une forme ecclésiale affiché ou développée.

Il y a donc un écart entre les premiers disciples et les chrétiens d’aujourd’hui, ce qui fait que « l’ecclésial est devenu l’un de nos points faibles » (p. 161). Nous sommes obligés de « réexaminer ce qu’est l’ecclésial, sa raison d’être et sa portée » (p. 161).

L’ecclésialité des disciples et celle de Jésus

En quoi l’ecclésialité des disciples de Jésus ressemble-t-elle à celle de leur Maître ? Dans la réponse à cette question, quatre aspects sont à relever. Le premier, c’est l’appel, car les disciples sont appelés ou convoqués. Cet appel est caractérisé à la fois par la confiance et par l’obscurité. Un peu à l’image du rapport entre Jésus et son Père qui est caractérisé par une confiance totale mais aussi par une obscurité relative. À noter que la confiance l’emporte nettement. Justement, l’un des fondements de l’ecclésialité de Jésus découle de sa filiation.

Le second, c’est la confiance réciproque entre les disciples, qui découle de la confiance des disciples envers Jésus. La vocation personnelle de chacun « se fait progressivement co-vocation et con-vocation » (p. 164-165). Jésus, on l’a vu, se montre plein d’assurance vis-à-vis de ses disciples. Justement le second fondement de l’ecclésialité de Jésus tient à sa mission évangélique, qu’il mène auprès de ses disciples et, au fond, de toute l’humanité. Sa mission a besoin de signes et de microréalisations. Le groupe des Douze en était une. Ce groupe n’a pas été appelé par Jésus « Église ». Il n’empêche que Jésus suscitait de l’ecclésial autour de lui.

Le troisième aspect, c’est l’obscurité et appréhension ou la lucidité exigeante et critique, qui émanent de la confiance et deviennent la seconde partie du binôme. Cette obscurité caractérise et la relation avec Jésus et la relation des disciples entre eux. Jésus vit cette obscurité par rapport au Père et aux disciples.

Enfin, le quatrième aspect, c’est l’ambiguïté. Bien qu’absente de l’expérience de Jésus, elle existe chez les disciples. On le voit au chapitre 19 de l’évangile de Mathieu, dans les deux réactions des disciples à propos du refus du divorce et de ce que Jésus dit des riches. Dans les deux cas, les disciples expriment leur réserve ou leur résistance. La réaction des disciples porte souvent la marque de l’intérêt personnel ou de l’ambition latente. L’expression « quelle sera notre part ? » est très parlante en ce sens-là.

La modulation et la structuration interne

La confiance et la réserve se modulent. Ce binôme n’est pas vécu de la même manière par les recommençants, les chrétiens traditionnels, les chrétiens déçus ou blessés, les pratiquants, les militants, les membres des petites communautés ou les catéchumènes. Et il n’est pas vécu de la même manière dans toutes les étapes et à tous les moments. Une diversité de situations existe et l’expérience ecclésiale a un caractère évolutif.

La confiance et la réserve sont structurées d’une manière précise. Bien que la confiance ait l’air d’être assez homogène, dans les faits elle est aussi diversifiée que la réserve. Pour ce qui est de la confiance, elle est internement structurée à deux niveaux : un niveau essentiel (donner un sens fondamental et stable à la vie) et un niveau qui concerne l’historicisation multiple de l’adhésion. Entre les deux plans il y a une réciprocité. Quant à la réserve, deux lignes majeures existent. L’une est plutôt active : lucidité, désaccord (domaine de l’agir), tandis que l’autre est plutôt passive : angoisse, obscurité (domaine du subir). Toutes les deux ont un fondement dans la pratique des disciples et dans celle de Jésus. Un lien existe entre ces deux formes de réaction.

Quant à la réserve, elle a trois causes : l’obscurité dans l’appréhension ou la compréhension, la conséquence étant alors le silence ; l’inquiétude vis-à-vis des pratiques, des réactions ou des formes d’Église, ayant pour conséquence le désaccord ; et l’influence des intérêts particuliers, la conséquence étant ou le silence ou le désaccord.

Conclusion

Le rapport entre la confiance et la vigilance est un élément commun de l’expérience ecclésiale. Il fait partie d’une ecclésiologie fondamentale dans ce sens que l’expérience ecclésiale est identique et commune en ce qu’elle a d’essentiel. Ce binôme synthétise mais n’épuise pas une telle expérience, car elle a d’autres composantes : des sentiments et des convictions ; l’espérance, qui anime la charité intra-ecclésiale et la compassion de l’Église pour le monde ; la mémoire et l’imagination. Tout cela dans le cadre du rapport à l’évangile et à la foi : « Au commencement, il y a l’évangile d’où naît la foi ; et de la foi mise en commun naît l’Église » (p. 159) et des rapports à autrui : il s’agit là aussi bien de la mise en commun entre chrétiens que du rapport au monde.

Le binôme confiance-vigilance est spirituel. Dans la spiritualité de Jésus, « il y a un lien conséquentiel entre ce qu’il est en face de son Père et ce qu’il est avec ses disciples (…). Sa confiance fraternelle est fondée sur sa confiance filiale » (p. 163).

Josep CASELLAS I MATAS, novembre 2008

Voir articles d’H.B. sur le sujet dans : Liste alphabétique et la Liste des ouvrages Pascal Thomas ;

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