Propos de rentrée
QUELS REPERES AVONS-NOUS ?
Un moyen bien simple de prendre un peu de recul et d’élargir notre attention….
Les soucis de septembre-octobre permettent une reprise et, dans beaucoup d’équipes, donnent lieu à une réflexion pastorale.
Mais comment analyser (avant d’évaluer et de décider) ?
La question ne vaut pas seulement pour la pastorale catéchuménale. Elle est d’intérêt général. Elle vaut d’ailleurs aussi bien pour le politique ou le culturel que pour le domaine religieux.
Je voudrais, ici, éclairer la question sous un angle un peu particulier : quel angle de vue adopte-t-on ? quelles interrogations a-t-on dans l’esprit (ou dans un groupe) quand on fait une analyse pastorale ?
Les remarques que voici ont été débattues dans un atelier de formation catéchuménale.
Chacun est plus ou moins orienté par les « grilles » qui ont cours dans le groupe ou le mouvement auquel il se rattache.
Par exemple, un militant aura tendance à voir les choses du point de vue du « collectif », de l’avancée d’un mouvement ou d’une action, etc.
De même, un « marginal » ou quelqu’un qui se sent opprimé par les cadrages et les contraintes de la société, verra par priorité ce qui pèse sur l’individu et sera sensible aux libérations qui s’opèrent quand on se met en dehors des systèmes habituels.
Dans la sensibilité catéchuménale, on a probablement une certaine attention privilégiée pour les « commencements de la foi », la recherche ou le désir qui est au fond des êtres, l’osmose entre les êtres que crée la conversion forte de quelqu’un, etc.
Il y a idéologie, c’est-à-dire mécanique mentale masquant le réel,
lorsque ces grilles d’analyse fonctionnent toutes seules.
C’est là un danger pour tout le monde, contre lequel il n’est pas si simple de réagir car, en général, on ne se rend pas compte du « cercle vicieux » où l’on est pris.
En effet l’idéologie a le don de se cacher. Elle avance masquée. Elle conduit à ne plus voir réellement les choses telles qu’elles sont parce que l’on donne inconsciemment la priorité à d’autres objectifs : la défense de son parti politique ou encore celle des convictions que l’on a acquises il y a longtemps.
Comment percevoir (un peu) l’idéologie qui masque nos analyses ?
Il n’y a pas de méthode standard. Simplement quelques indices :
- - Il y a probablement idéologie quand on réchauffe ou on répète interminablement les mêmes repérages et quand cela ne produit plus rien sinon un ronronnement et un ennui. Apparemment, la prédication de Jésus a essayé d’éviter ce danger.
- - On peut penser qu’il y a idéologie probable quand on n’a ni goût, ni intérêt ni minimum de sensibilités pour les analyses faites par d’autres que soi ou par d’autres groupes et mouvements que celui auquel on appartient. En politique, ce n’est pas si simple d’éviter cette pensée-ghetto ! En christianisme, ce n’est pas si commode de s’en garder…
- - On peut encore craindre d’être prisonnier de l’idéologie quand on a tendance à laisser de côté « ce qui ne rentre pas dans la « grille », ou de le camoufler, ou encore de s’énerver quand le réel résiste.
- - Dernier indice : on ne veut pas reconnaître un aspect de la réalité parce ce qu’on a peur que cela démobilise les autres, que cela fasse le jeu de groupes auxquels on est opposé. En politique, mais aussi en christianisme, cela se rencontre souvent !
Une difficulté particulière :
dans une situation complexe, comment évaluer les urgences ?
Autrement dit : qu’est-ce qui est le plus important, qu’est-ce qui a chance de peser le plus sur l’avenir ?
Ce genre de questions ne concerne pas directement la tentation idéologique, du moins en général. Il s’agit plutôt de bien analyser.
Voici quelques exemples :
Vous parlez de l’école aujourd’hui et de ses problèmes ; Et vous vous sentez porté à souligner ce qui vous paraît important et prometteur pour l’avenir. Par exemple : que l’école soit un lieu de relations vraies, réciproques, etc. Ou encore un lieu où l’on soit heureux. Si vous dites cela, c’est probablement que vous estimez que notre temps demande tout cela. D’accord. Mais vote montre est-elle bien à l’heure ? Par exemple, le problème de l’école, pour les années qui viennent, n’est-il pas aussi et de plus en plus de savoir ce qu’elle peut réellement transmettre ? Or cela ne va pas de soi. Et il faut bien se le demander ! Il ne suffit pas de parler de la qualité de la vie.
Les repères que nous prenons sont à plusieurs plans.
La question de l’école n’est qu’un exemple. Il serai facile d’en prendre d’analogues, en ce qui concerne les problèmes politiques, économiques, culturels et ecclésiaux.
Peut-être pourrait-on distinguer entre les repères dont nous nous servons :
d’une part les points de repères reçus, classiques, ceux dont on se sert dans le monde où nous sommes. Par exemple, la libération, la recherche d’un sens de la vie, le chômage, les problèmes affectifs, l’armement…etc ;
d’autre part, les points de repères moins utilisés, un peu flous encore, mais peut-être annonciateurs d’un certain avenir : par exemple la recherche spirituelle aujourd’hui, le pacifisme, etc.
Dis-moi tes repères plus que tes opinions.
Si vous lisez un journal, si vous faites un compte-rendu de réunion syndicale, si vous écoutez un sermon, demandez-vous quels sont les repères utilisés. C’est assez éclairant. Peut-être même est-ce plus intéressant que les propos tenus !
Bull. Accueil et Liberté