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Pratiquement

PRATIQUEMENT ?

En pratique, l’action ecclésiale concertée a créé au fil du temps des formes diverses, faisant droit aux cultures et sensibilités, gardant le cap dans les difficultés, et elle continue à le faire. C’est sur ce chemin au présent que s’achève ce livre sur la pratique pastorale, avec trois chapitres intitulés : « réalisations », « humeurs » et « difficultés » pastorales. Dynamiques de la pastorale, ch X à XII. Les maximes qui en livrent le suc vont des « racines et feuillages » aux « primevères » et au « brin de muguet ».

Contrairement à ce que l’on aurait pu croire avant de les lire, ces maximes n’ont rien de bucolique. C’est la force de l’espérance qui les anime, une espérance confrontée aux pesanteurs et petitesses de toute histoire chrétienne, personnelle ou commune, appuyée sur le don divin fait à tout homme et reconnaissant humblement et joyeusement, en toute éclosion de foi, le signe de la nouveauté qui ne cesse d’advenir.


X - Racines et feuillages

79. La paroisse est multi-cartes. Certains s’en inquiètent, trouvant le multifonctionnel plutôt dispersant. D’autres s’en enchantent, percevant là l’un des défis concrets de l’Eglise.


80. A l’assemblée dominicale, le moment des annonces donne une bonne idée de ce que vivent les paroissiens. Un peu comme la prière universelle. Quelle est la place réciproque des informations locales et des informations plus larges ?


81. M. V. veut « faire quelque chose ». Faut-il qu’il rejoigne ce qui existait déjà ? Ou faut-il qu’avec quelques autres personnes une nouvelle communauté ou un nouveau groupe se fonde ? A ne penser qu’aux réalisations en place, on ne favorise guère la nouveauté.


82. Tout chrétien est potentiellement susceptible de participer à toutes les réalités ecclésiales. Mais tout chrétien n’est pas pratiquement appelé et appelable à tout c e qui existe ou pourrait exister. Le discernement ne ferait-il pas parfois défaut ?


83. L’action catholique n’est pas seulement présente aujourd’hui par son intuition, elle appelle, agit, forme, parle et stimule. Son évolution exprime, à sa manière, les changements de la société et les transformations de l’Eglise. Quel rapport a cette évolution avec celle des paroisses ? Qu’ont donc à mettre en commun les chrétiens des paroisses et ceux des mouvements ?


84. Radios chrétiennes en France, RCF et Radio Notre-Dame, d’autres antennes encore : décidément l’Eglise a su prendre sa place dans la kermesse des ondes, après avoir su entrer dans l’univers de la presse. Autrement que la paroisse, les médias chrétiens expérimentent ce que c’est qu’une relation à des publics différents. Comment garder alors une « ligne » et éviter la risque de patchwork ?


85. Encore et toujours le débat à propos du ponctuel et du continu. « Ce n’est pas parce que l’on a commenté intelligemment les chapiteaux de Vézelay que le travail de l’évangile est achevé ». En effet. Mais comment parler de l’essentiel avec certains de nos contemporains si on ne le fait pas là où ils se trouvent ?


86. Pensez-vous qu’il y ait une carence communautaire dans l’Eglise actuelle ? Beaucoup de gens aujourd’hui, sont en quête de petits groupes souples, ayant à la fois des objectifs pratiques et un style convivial. Et pourquoi l’Eglise paraît-elle redouter parfois ce genre de demande ou être incapable d’y répondre ?


87. « On n’arrive que fort tard à la vie apostolique et seulement après avoir passé bien des changements et des vicissitudes », écrivait au XVIIe siècle Madame Guyon. Elle ajoutait que certaines personnes, « n’ayant rien de la grâce de l’apostolat, n’ont aussi rien de la croix de l’apostolat. »

DP., p. 212-213

XII - Primevères

88. Le quotidien d’une action poursuivie dans le temps et conduite en solidarité est tenue à une vigilance si cette action ne veut pas s’affadir. Habituellement chacun est invité à un « examen de sa conscience ». Mais fait-on assez de vérifications sur ce qui est poursuivi en commun ? La santé de chacun et de tous passe sans doute par ce chemin caillouteux et sans ombre, avant de connaître les parfums du printemps.


89. Dis-moi ce que tu n’as pas réussi et je te dirai qui tu es (dans ta fonction pastorale).


90. Impatience et lenteur, travail dans la durée et dans le ponctuel, emploi du temps surchargé et régulé : le rendez-vous de la pastorale et du temps ne manque pas de piquant.


91. La pastorale implique une confiance dans l’institution et dans la parole. Mais que l’institution surveille ses tendances inflationnistes et entretienne son imagination. Et que la pastorale soit à la fois celle des responsables et celle du peuple.


92. Parler ou écouter ? Fausse alternative ! Et s’il fallait faire les deux en même temps !


93. Une relation pastorale est une relation semi-publique, même si elle est interpersonnelle. Elle intègre un contexte et elle est ouverte sur une Eglise et, par l’Eglise, sur le Royaume.


94. Si vous voulez écouter autrui, ne vous écoutez pas vous-mêmes, mais ayez en vous un espace non rempli où il y a de la disponibilité et du temps.


95. Continuera-t-il ? Durera-t-elle dans la foi ? Seront-ils au rendez-vous de la fidélité ? On ne peut le dire. Mais ce qui est vécu aujourd’hui ne vaut pas seulement en fonction de demain.


96. Si vous voulez travailler avec d’autres, tirez au clair quelques orientations communes et prévoyez un arbitrage. Et puis dites-vous vos réussites et vos échecs. Sans oublier quelque action commune qui vous conduise à une collaboration pratique.


XII - Brins de muguet

Et pour finir, la note juste et délicate d’un regard lucide et fraternel. Un test sans doute d’une conscience pastorale sereine, mûrie au soleil de Dieu.

97. Il y a des personnes qui ont des fonctions mais on ne fait pas appel à elles. Il y a des gens qui ont des titres mais qui ne font pas le travail. Il y a des gens qui font le travail mais qui n’ont pas de titre.


98. Y a-t-il des contre-indications pour exercer des tâches pastorales ? Tout dépend, évidemment, de leur contenu qui est très variable. Mais, en principe, la réponse est affirmative. Si tout chrétien est appelé à participer à la vie ecclésiale, tout chrétien n’est pas appelé à exercer des responsabilités proprement dites.


99. Manières d’agir et manières de penser : deux dimensions de la pastorale. Comment se fait-il que l’on ne fasse pas attention aux deux en même temps ?


100. Vous dites qu’il y a trop de tensions entre les responsables pastoraux ? Et pourquoi ? Admettons qu’il y ait une part d’inflation. Mais le reste est capital car il indique la co-responsabilité, l’indispensable négociation et le fait que la pastorale doit se débattre.


101. Il y a des accords et des collaborations heureuses entre évêques, entre prêtres, entre évêques et prêtres, entre pasteurs, entre synodes et paroisses, entre paroisses et communautés, entre clercs et laïcs, entre hommes et femmes, entre anciens et jeunes, etc. A force de souligner les difficultés, il ne faudrait pas oublier les satisfactions.


102. Appeler à la responsabilité, c’est en effet indispensable. Mais ne pas abîmer, par la suite, celui ou celle qui a répondu positivement, c’est non moins indispensable.

DP. p. 244-245


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