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Pour une vie spirituelle chrétienne

Repères

Pour une vie spirituelle chrétienne

Repères

L’article proposé ici à la lecture fut écrit par un théologien-catéchète, familier de dialogues avec des personnes en quête de foi. Il vise à exprimer simplement quelques repères pour clarifier ce que l’on appelle le spirituel, la dimension la plus profonde en l’être humain, celle où tout résonne et d’où tout peut surgir, bien ou mal, espérance ou désespoir. La lumière de la foi s’inscrit dans une expérience qui tient à la pensée autant qu’au sentir et au vouloir, à soi et aux autres, au présent et à l’avenir. Domaine de nos fragilités, il est aussi celui de nos plus grandes joies.


Plan :

I- L’expérience spirituelle

• Le spirituel n’est pas seulement ce qui est affectif.

• Le spirituel n’est pas seulement ce dont on a conscience.

• Le spirituel n’est pas ce qui est banal, conventionnel, mais ce qui correspond à ce que l’on est veut être.

• Le spirituel n’est pas facilement exprimable mais il tend pourtant à s’exprimer.

• Le spirituel n’est pas d’abord social, collectif, institutionnel, il est d’abord personnel ou même individuel.

• Le spirituel n’est pas forcément ce qui est moral, car il exprime l’ambiguïté de l’existence.

• Le spirituel n’est pas ce que l’on contrôle, c’est ce qui vient à soi comme un don

II- L’expérience spirituelle religieuse

• Le religieux offre des points de repère et des moyens pour l’expérience spirituelle.

• Le religieux précise le spirituel, le décante et , ce faisant, cherche à le libérer et à le développer.

• Le religieux, même quand il décante le spirituel, est ambigu.

• Le religieux, dans la modernité et la post-modernité, se déplace.

III- L’expérience spirituelle religieuse chrétienne

• Une particularité, celle de Jésus.

• Un appel à se décider.

• Une espérance.

***


Vous faites avec des adolescents un montage diapo ou vidéo pour Noël : la paix, l’enfance, la fraternité, la nouveauté, etc. Et puis une parole : « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ». Que vient faire cette parole évangélique (à la formulation d’ailleurs contestable) ? Suffit-elle pour rendre « chrétien » le montage ?

Vous vivez une eucharistie : le pain de Dieu mais aussi le pain symbolique et fort de la fraternité. Qu’est-ce que cela ajoute de dire que c’est le pain de Dieu ? Est-ce religieux ?

Sans multiplier les exemples, je voudrais vous proposer des points de repère pour la spiritualité aujourd’hui. Il me semble, sur la base de mon expérience avec des catéchumènes adultes, qu’il est éclairant et utile de distinguer trois plans ou trois « niveaux » :

- l’expérience spirituelle (tout court) ;

- l’expérience spirituelle religieuse ;

- l’expérience spirituelle religieuse chrétienne.

Avec une précision en quelque sorte méthodologique : les adolescents sont figure de ce que nous sommes ou risquons d’être (Tony Anatrella, Le sexe oublié, éd. Flammarion) et ils sont aussi figure de ce que nous sommes ou avons été (nos grilles d’analyse, valables pour nous, ne sont pas a priori sans pertinence pour rejoindre leur propre expérience.


I- L’expérience spirituelle

Un mot fort aujourd’hui, dans l’humanité, dans le bouddhisme, comme dans le christianisme. Un terme désignant quelque chose de fondamental : pas forcément du religieux (prière, récollection, exercices spirituels), mais une respiration de l’être. Se référer, dans la Bible, à ce qui est dit du « cœur » et de « l’esprit » : « Donne-nous un cœur nouveau ; mets en nous, Seigneur, un esprit nouveau. »

Il n’est pas très simple de parler (avec des mots et même avec des images) du spirituel car nous risquons toujours de le forcer à passer sous le contrôle du concept et de la raison. Le mieux est donc de l’évoquer de manière négative, à partir de ce qu’il n’est pas. Cette démarche (que l’on adopte parfois pour parler de Dieu) ne signifie pourtant pas que le spirituel n’ait pas une valeur positive et affirmative, celle d’une expérience qui touche nos sources et qui a des résultats, des effets repérables en nous.

1.Le spirituel n’est pas seulement ce qui est affectif. Il y a, bien sûr, de l’affectif en lui ou dans son voisinage : « cf. le chemin d’Emmaüs : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant ? » (Lc 24, 32). Mais il ne se confond pas avec l’affectivité ni avec l’émotion. « Il faut se débarrasser des émotions afin d’atteindre le sentiment », disait Antoine Bloom.

La Bible peut nous aider à aller en direction de ce « plus profond ». Le spirituel se tient dans le cœur (1 S. 16, 7 ; Os ; 2, 16 ; Jr. 31, 33 : Dieu écrit sa loi sur le cœur humain). Et le cœur est origine, source. De lui émanent certaines paroles fortes (cf. Mt 15, 18 ; Rm 10, 9 : « Si tes lèvres confessent, si ton cœur croit… » et des actes inspirés ou spirituels, c’est-à-dire habités et porteurs d’efficacité créatrice (cf. Ga. 5 ; Rm. 8).

2. Le spirituel n’est pas seulement ce dont on a conscience

Bien entendu, il est partiellement conscient : ce que l’on éprouve, ce que l’on ressent, ce que l’on désire. Mais il y a aussi une part d’inconscient. Et surtout il est d’un autre ordre que la conscience, le mental, ce que les sagesses orientales nomment l’ego.

Pour en parler, il est sans doute possible de dire que c’est une énergie, et une énergie opérante, une force (la fameuse « force d’âme » dont on parlait jadis), une capacité (cf. dans la Bible le mot « esprit » qui est différent de « âme » - psychè).

Je préciserai en soulignant que l’énergie dont il s’agit n’est pas à confondre avec l’agir, l’engagement : les deux peuvent (pas toujours) aller de pair, mais ce n’est pas forcément le cas. Il peut exister des actions sans inspiration, seulement expressives d’une émotion, d’un besoin d’agir ou d’une mode.

J’ajouterai encore que le spirituel comme énergie peut se présenter selon des tempéraments très divers : pas seulement des tempéraments ou psychismes « intérieurs » ou « actifs ».

3. Le spirituel n’est pas ce qui est banal, conventionnel, mais ce qui correspond à ce que l’on est veut être.

C’est la « région où l’on existe, où l’on est autre que « ce que les autres disent » que l’on est, où l’on se tient autrement que ce que suggère l’image que l’on se fait de soi-même.

Le spirituel suppose donc un éveil (bouddhisme) ou une conversion (Bible), c’est-à-dire un travail sur soi. Ce travail dont on parle beaucoup aujourd’hui en certains groupes peut prendre des formes diverses : exercices corporels, techniques du souffle, décontraction, méditation, prière. Deux remarques simplement.

D’abord, les techniques ne peuvent jamais se substituer à l’imprévisible et au non-maîtrisable qu’implique le spirituel ; ce sont au mieux des aides.

Ensuite, il est un chemin conduisant à ce qui est cœur et esprit en nous, c’est celui de l’appel par autrui, de la parole qui s’introduit en nous pour nous reconnaître et nous libérer (cf. le vocabulaire chrétien de la vocation, du pardon, de la confiance, etc.).

J’ajoute que ce spirituel émerge souvent aujourd’hui en des temps forts (cf. le kairos biblique). Mais il a une durée profonde, entre temps. Il ne cesse pas d’exister quand on n’a pas l’impression de le ressentir.

4. Le spirituel n’est pas facilement exprimable mais il tend pourtant à s’exprimer.

On ne sait jamais comment dire… Ce qui est le cas pour toutes les grandes expériences de la vie. Le spirituel n’est ni conceptualisable ni abandonnable à l’affectivité émotionnelle.

Mais, en même temps, on ressent en soi une exigence : le silence ne suffit pas, il y a une propension à « oser dire ». D’où le genre de langage qui convient en principe au spirituel : le symbole (des images ou des ambiances croisées par une parole venant d’ailleurs et mettant en communication des êtres), l’articulation de ce que l’on croit (les Credo, l’effort pour s’expliquer sur ce que l’on croit, tout cela demeurant non-soumis à notre prétention).

5. Le spirituel n’est pas d’abord social, collectif, institutionnel, il est d’abord personnel ou même individuel.

Voici une affirmation qui peut être choquante pour des chrétiennes et des chrétiens. Je le comprends. Mais je persiste… Il est aujourd’hui capital, si le christianisme veut être entendu, d’aller dire qu’il offre la possibilité et la chance d’une aventure spirituelle sur mesure, personnelle. Cela, non seulement par opportunisme (face à la culture présente, désormais moins sensible au collectif et à l’institutionnel, en attendant que cela revienne), mais parce que, dans le fond, le cœur et l’esprit sont toujours lieux ou espaces où chacun est confié à lui-même et se trouve appelé sans pouvoir être représenté par autrui.

Deux questions se posent aujourd’hui :

- manifester ce qui est forcément incommunicable dans l’expérience spirituelle (pas de transparence totale) ;

- faire apparaître en quoi la communication est une chance pour le spirituel, à condition qu’elle n’enferme pas dans l’ordre institutionnalisé ou dans un collectif illusoire.

6. Le spirituel n’est pas forcément ce qui est moral, car il exprime l’ambiguïté de l’existence.

Cela, aujourd’hui, les éducateurs le savent bien. Il peut exister un spirituel non-moral (par ignorance, insouciance, incompétence) ou même un spirituel immoral (orgueilleux, pervers, voire « diabolique » et tragique). Effectivement le spirituel et le moral ne sont pas du même ordre. Mais ce que l’on ne perçoit peut-être pas assez aujourd’hui, c’est que l’inculture morale ou la dérive éthique ne sont pas forcément des signes du spirituel. Nietzsche n’a pas forcément raison. Se placer au-delà du bien et du mal n’est pas une facilité immédiate. A mon sens, il faut donc à la fois travailler dans l’ordre moral et dans l’ordre spirituel, sans confondre l’un et l’autre, mais sans laisser de côté l’un ou l’autre.

7. Le spirituel n’est pas ce que l’on contrôle, c’est ce qui vient à soi comme un don.

Il y a là un dernier trait de grande importance. Quelque chose qui est une réalité extérieure à soi, s’impose à soi. Pas forcément Dieu, ce peut être l’ordre du monde (Dharma) ou le « vide ». Mais ce n’est pas maîtrisable, ni par le savoir ni par les techniques ni par le fusionnel communautaire ou social. Le spirituel met en contact avec « autre chose ». Parfois il s’impose avec violence (révélation, conversion, certitude) ; parfois il glisse silencieusement à l’horizon. Souvent il attire et en même temps inquiète un peu (cf. le « sacré » selon Otto). Il est en nous mais pas de nous. On le trouve en soi mais on ne se retrouve pas en lui. C’est étrange !


II – L’expérience spirituelle religieuse

Qu’arrive-t-il au spirituel quand il prend forme religieuse ? Je me sens dispensé de débattre ici sur ce qu’est la religion ou le religieux de manière générale. Je vais m’en tenir au rapport entre le spirituel et le religieux. En faisant une hypothèse qui me semble solide ; le religieux est une mise en forme historique, sociale, traditionnelle (et parfois anticipatrice) du spirituel. C’est, en transposant une formule de Durkheim, une « viabilisation » du spirituel, conduisant à des dominantes variables que l’on nomme des spiritualités.

1. Le religieux offre des points de repère et des moyens pour l’expérience spirituelle.

Fait bien connu. Les religions entendent être au service du spirituel dans le sens où elles proposent une conversion ou une sainteté permettant de devenir autre sans pour autant perdre son âme et son esprit. Quel est en principe cet apport religieux ? Un langage, des signes et des rites, des personnes servant de référence ou de pôle de fraternité, des moments, des rencontres, des circonstances ou des occasions, une mémoire, des attentes et des espérances, parfois un accompagnement personnalisé, parfois aussi une initiation, etc.

2. Le religieux précise le spirituel, le décante et , ce faisant, cherche à le libérer et à le développer.

Certes, dans l’histoire, les religions ont pu déspiritualiser les gens, le christianisme y compris. Mais la visée n’est pourtant pas celle-ci. Elle est de servir ce qui est déjà là dans le cœur des gens, d’aller à la rencontre de ce trésor caché ou secret.

Comment cela se fait-il principalement ?

° Une communication avec autrui : les religions mettent en relation, comme le dit leur nom occidental (relier), elles sont faites pour cela. Cela suppose que le spirituel de chacun soit reconnu et trouve à entrer en phase avec le spirituel des autres. Ce qui est tout autre chose qu’un rassemblement affectivement chaud et un alignement doctrinal et rituel. La solidarité entre croyants est une expérience spirituelle, une sorte de « connivence ».

° Une histoire qui a rodé l’expérience. Les religions peuvent parfois sembler avoir honte de leur passé ou de leur âge. Mais il faut cependant reconnaître qu’une « tradition » assumée spirituellement permet d’éviter les naïvetés ou les dérapages spirituels.

Habituellement, ce rôle « historicisant » des religions se marque non seulement par la place donnée à la tradition (une place toujours délicate) mais aussi par le rôle reconnu à la Loi, c’est-à-dire une parole qui vient d’avant soi, d’avant nous, et qui entend plaider pour le réel contre l’imaginaire ou l’illusion. La Bible et le christianisme sont bien placés pour poser cette question de la Loi. Celle-ci est indispensable car elle permet de sortir de la confusion. En cela, elle est créatrice.

Mais j’ajouterai sans attendre, que la Loi est aussi dangereuse car elle écrase parfois le souffle, l’imagination : elle dit tout dans le détail avant que les gens aient pu souffler ; elle donne parfois une illusion, celle de croire qu’on en a assez fait et assez vécu quand on a accompli ce qu’elle dit : on n’est pas sauvé par elle, dit le christianisme, dans la ligne de Jésus puis de Paul.

° Le nom donné de Dieu : les religions dans leur ensemble (hormis le bouddhisme qui, de ce fait, est parfois tenu pour une spiritualité non religieuse) confessent Dieu et lui donnent un nom propre. Cela suppose que, dans l’invisible, le spirituel humain puisse se sentir relié à une réalité que désigne ce nom. Dieu est une spiritualité dans notre spirituel, un appel qui se fait entendre à la source de notre énergie, un désir dans notre désir, un mystère dans notre mystère. Il habite en nous la région du cœur et l’espace ouvert de l’esprit. Il est Esprit en notre esprit (cf. Rm. 8, 26-27).

3. Le religieux, même quand il décante le spirituel, est ambigu.

On ne voit pas comment il pourrait cesser de l’être, depuis que le monde est monde et depuis que le christianisme existe. Si bien qu’être spirituel religieux suppose que l’on soit sans illusion, que l’on accepte que la religion n’ait jamais des effets seulement positifs et que l’on demande aux religions des moyens de correction des trajectoires religieuses.

Inutile de dresser la litanie des ambiguïtés dont je veux parler. J’indique seulement quelques caractéristiques.

° Les religions et le religieux développent la culpabilité ( moralisme, imagination déçue de ne pas pouvoir être à la hauteur), ou l’imaginaire (le rêve porteur mais parfois délirant d’un avenir messianique de bonheur total, oublieux du tragique) ou l’irréalisme (ils disent et ne font pas, ils mettent des symboles à la place des réalités).

° Sous couvert du religieux, des éléments non-spirituels s’introduisent souvent dans l’expérience spirituelle : le pouvoir (et l’inégalité qu’il entraîne souvent), la vanité et la séduction, la crispation sur le passé ou la naïveté utopique, l’intolérance, le prosélytisme, l’alignement des pensées et des libertés ;

° Le nom de Dieu peut, lui aussi,être source d’ambiguïtés . Non seulement à cause des violences de ses divers fidèles (guerres de religion, aujourd’hui comme hier), mais parce qu’il est lui-même obscur et énigmatique : Dieu est-il un ou multiple ? Est-il inconditionnellement bon ou parfois inquiétant ? est-il libre ou légitimement encadré par le clergé, les dogmes, les rites ?

4. Le religieux, dans la modernité et la post-modernité, se déplace.

Dans la modernité, il a été mis à part (la modernité, disait Max Weber, est l’autonomisation des domaines) et soumis à la critique (une hétéro-interprétation). En conséquence, il se sent parfois marginal et il passe beaucoup de temps à s’expliquer avec ses critiques en négligeant son travail spirituel.

Dans la post-modernité : on voit apparaître du religieux nouveau (bien-être, individu, non-violence, écologie, convergence des traditions) du type New Age. Le problème, c’est que la nouveauté ne signifie pas forcément une plus grande aptitude à rejoindre et servir le spirituel en l’être humain.


III. L’expérience spirituelle religieuse chrétienne

J’en viens ainsi à ce qui se passe quand du spirituel mis en forme religieuse se christianise.

Ici encore, je n’ai pas le temps de rouvrir de vieux débats, par exemple sur le point de savoir si le christianisme est ou n’est pas religieux. A mon sens, c’est une religion. Et sa dimension de foi qui, effectivement, est importante, se découvre sur la base religieuse dont il est porteur.

Je dirai que le christianisme, la christianisation, est une manière religieuse de servir le spirituel, manière évidemment typée et originale. Cette foi, en effet, ne cherche pas à renforcer la tradition ou la Loi, les rites ou la culpabilité, même s’il lui est souvent arrivé de céder à la tentation religieuse sur ces points. Elle entend faire appel à la liberté, au nom de l’amour de Dieu et de la vérité que procure et produit cet amour.

Cela peut s’expliquer en quelques traits que je vais noter rapidement :

1. Une particularité, celle de Jésus

Le christianisme n’est pas seulement christique. Il croit en l’être humain spirituel et en Dieu opérant dans nos spiritualités humaines. Mais il se réfère pour tout cela à une figure privilégiée, celle de Jésus.

Ce Jésus a une histoire particulière dont la mémoire se transmet. Histoire qui empêche de réduire Jésus à un paradigme ou à un concept. Jésus est un spirituel risqué dans l’histoire de son temps. Il a osé être libre et il a eu plaisir à être en relation spirituelle (dans l’Esprit) avec ce Dieu qu’il nommait son Père. Simplement, cette histoire unique suppose, autant que possible, si l’on veut la comprendre selon le cœur et l’esprit, deux autres histoires dont elle est indissociable : l’histoire biblique et notre histoire à nous, celle de l’humanité au fil des âges, humanité chrétienne mais aussi non-chrétienne.

En quoi cette figure particulière est-elle spiritualisante ? Il faut essayer pour savoir. On peut toutefois repérer dans l’expérience ancestrale chrétienne que Jésus a de « l’autorité », selon le mot évangélique (cf. Mc. 1, 22), qu’il y a dans son histoire très particulière un ton et des contenus qui peuvent s’universaliser. Le Fils, c’est-à-dire le charme de ce qu’il a d’unique, de retentissement qu’a son témoignage libérateur, la force de sa spiritualité croyante, la conviction que quiconque dans l’humanité peut comme lui avoir valeur et efficacité (y compris les perdants, les oubliés, les minoritaires, les étrangers, etc.).

2. Un appel à se décider

La culture présente est portée à différer les décisions importantes (mariage, prise de position religieuse, etc..). Le christianisme n’entend pas culpabiliser le temps présent mais y faire entendre une urgence : la vie est courte, il faut oser.

Comment cela ? Quand c’est possible, donc pas toujours : l’urgence se ressent spirituellement, elle n’est pas une contrainte ou une mode ? Moyennant une parole reçue, un appel, une « vocation » : c’est autre chose qu’une information ou une culture religieuse, mais nul ne peut dire d’avance et a priori quand et comment une parole peut avoir du répondant en quelqu’un. Moyennant un travail d’expérimentation et de réflexion.

Expérimentation : « Venez et voyez » (Jn. 1, 39) ;

Réflexion : comment comprendre (un peu) ce que l’on croit (Ac. 8, 30 : « Comprends-tu ce que tu lis ? »

Ce double travail est éprouvant. Le mieux est qu’il soit mené comme une initiation, au sens fort de ce terme. Mais il faut ajouter que, sur ce point, le christianisme occidental est un peu court.

3. Une espérance

La spiritualité chrétienne s’ouvre sur une attente et donc sur une ambition, celle même de Dieu : « Que ton Règne vienne. » Cette espérance, qui anime notre foi de l’intérieur et qui donne vigueur à l’amour fraternel, est forte : ° un amour toujours plus étendu est en principe toujours possible car Dieu met son Esprit dans cette histoire ; ° une réconciliation entre les humains est dans le domaine de l’envisageable, car Dieu met son Esprit dans cette histoire ; une réconciliation entre les humains est dans le domaine de l’envisageable car Dieu pardonne à quiconque ; ° un avenir allant loin, jusqu’au-delà de la mort, est en quelque sorte logique, étant donné la fidélité de Dieu à l’humanité.

Toutefois, cette espérance demeure réaliste. Elle cherche à éviter l’imaginaire illusoire.

D’où : le concret de l’amour, le refus des séductions idolâtriques, la nuit de certaines traversées (la mort y compris), le courage du quotidien, l’attente d’une manifestation du Christ qui n’est qu’esquissée (« nous attendons ta venue… »), une vigilance par rapport à l’histoire et par rapport au christianisme lui-même.

Conclusion

Ces propos ont distingué trois plans dans la spiritualité : non pas trois domaines séparés, mais un schéma simple qui peut donner à penser et à imaginer. De ce fait, on ne peut pas isoler ces « niveaux » ni se contenter de slogans.

C’est le spirituel que j’ai le plus développé, quantitativement parlant. C’est normal. Le christianisme est déjà impliqué à ce plan qui est le terrain commun des femmes et hommes de bonne volonté.

Mais le christianisme est une manière de travailler le spirituel et de l’accueillir. L’envisager ainsi permet peut-être de sortir de nos enclos et de percevoir sa contribution à la recherche humaine

Henri Bourgeois

Catéchèse, n° 123, juillet 1991


Voir aussi les articles : Le spirituel chrétien et Qu’est-ce que la vie spirituelle ?

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