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Note sur le Néo-catéchuménat

Le discernement d’un responsable de catéchuménat diocésain

Note sur le Néo-catéchuménat

Par Henri Bourgeois

Une question d’actualité, mais qui n’est pas nouvelle. Sauf qu’elle est particulièrement « brouillée » aujourd’hui ! Plusieurs faits indiquent le malaise :

- Il se trouve des gens qui, faute d’entendre parler de Catéchuménat ou le considérant comme un « petit service » dans l’Eglise, ne savent plus bien que ce service est celui d’adultes non baptisés demandant le baptême, d’où est née par la suite la pastorale des Recommençants (avec et pour baptisés de l’enfance non catéchisés demandant à l’âge adulte une initiation à la foi de leur baptême). Le résultat de cette ignorance est que tel « parleur » du web confond sans broncher : Catéchuménat et « néo-catéchuménat ». Le néo-catéchuménat étant, non un service diocésain autorisé, mais un mouvement, fondé en 1964, par deux laïcs espagnols, qui se donne pour mission de « catéchiser » des adultes baptisés non ou peu catéchisés" en leur imposant un interminable catéchuménat. Un mouvement assez répandu maintenant dans nombre de diocèses, et qui crée bien des problèmes. C’est pour éviter cette ignorance et cette confusion qu’Henri Bourgeois, responsable du service diocésain du catéchuménat, n’avait cessé d’œuvrer pour une clarification auprès des autorités de l’Eglise.

- Plus inquiétant encore : un article récent du journal La Croix (18-01-2011) fait part des démarches d’évêques au sujet des activités du courant « néo-catéchuménal » au Japon. Quatre évêques japonais, inquiets de la « division » provoquée parmi les chrétiens par le développement de ce mouvement, avaient fait, le 13 décembre dernier, une démarche auprès des autorités romaines pour demander qu’il soit tout simplement « suspendu », en raison de la « division » qu’il provoquait dans leurs églises locales. Jointe à cet article, une note précisait la réponse des autorités romaines concernées. Elles se voulaient rassurantes et, rappelant les examens faits et les amendements dernièrement effectués par le NC, en 2008, notamment l’ « intégration de citations du catéchisme catholique », ils renouvelaient leur « approbation ». Malgré cela, une brève de La Croix du 25-02-011 annonçait que, dans un des diocèses où s’était cristallisée la difficulté, les activités du néo-catéchuménat étaient suspendues, et que le dialogue allait se poursuive avec un « envoyé spécial » du Vatican. Signe que la question n’est pas résolue.

La difficulté trahie par ces nouvelles n’est pas d’aujourd’hui, ni du Japon seulement… La dernière note d’Henri Bourgeois à ce sujet, écrite en avril 2000, alors qu’il était déjà souffrant, est particulièrement lucide et vigoureuse. C’est ce texte, publié alors par la revue Mission de l’Eglise que nous présentons ici. Il est précédé d’une présentation par les responsables de la revue.

Depuis 2000, des modifications juridiques ont pu intervenir, dont il faut certes prendre acte. Mais si le problème ressurgit encore, il peut aussi être bon de voir les évolutions sur un temps long. Certaines positions et vigilances, peu écoutées en leur temps, peuvent y trouver un nouveau relief. (AHB)


Le développement du néo-catéchuménat dans les différents continents soulève bien des interrogations dont nos lecteurs se sont fait l’écho, et suscite même des confusions. Il apparaît aujourd’hui nécessaire de préciser ce qu’il en est. En particulier, il faut insister sur le fait que le cheminement (et non pas « le chemin », terme qui nous semble ne pouvoir désigner que le Christ) néo-catéchuménal ne saurait être confondu ni avec le catéchuménat qui s’adresse à des non-baptisés, ni avec les « recommençants » [1] qui, baptisés mais pas ou peu catéchisés, cheminent sur la voie de l’initiation chrétienne et de la vie en Eglise.

Nous avons demandé au père Henri Bourgeois, théologien qui a longtemps animé le catéchuménat du diocèse de Lyon, de faire le point sur la question. En effet, des pasteurs et des laïcs s’inquiètent : ce mouvement leur semble se situer en marge des paroisses et de la communauté ecclésiale, et risquer ainsi de se replier sur lui-même et d’être source de division.

*


« Il serait bien temps d’évaluer ce que réalise le néo-catéchuménat dans les quelques diocèses français où il s’est implanté. Tout n’est pas aussi rose qu’il paraît sembler !

1. Les fruits d’une nouvelle évangélisation.

Je commencerai par le reconnaître, là où des communautés néo-catéchuménales existent, leur travail d’initiation conduit certains baptisés à entrer dans une démarche de conversion. Le « chemin néo-catéchuménal » [2], fondé à Madrid en 1964 par Kiko Argüello et Carmen Hernandez, puis transféré à Rome en 1968, a eu le mérite de percevoir que des chrétiens qui étaient non seulement non pratiquants mais loin de l’Eglise et même de la foi attendaient une pastorale adaptée à ce qu’ils étaient. D’où l’idée de leur faire vivre le parcours catéchuménal quand bien même ils étaient déjà baptisés.

En second lieu, je noterai que le néo-catéchuménat sait bien prendre en compte certains éléments des cultures actuelles. Il met l’accent sur l’expérience actuelle ; les chants composés par Kiko en style flamenco séduisent. Enfin le « chemin » NC (les membres du néo-catéchuménat n’aiment pas être qualifiés par le mot « mouvement ») est en principe dirigé par des laïcs, même s’il compte une portion notable de prêtres qui y ont une grande influence.

2. Une initiation chrétienne assez particulière

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’initiation chrétienne telle que la perçoit et la réalise le néo-catéchuménat a des traits assez étonnants pour qui connaît et pratique le catéchuménat proprement dit ou ce qui commence à se développer en France et même en Italie à propos des recommençants.

Je ne pense pas tellement ici à cette discipline du secret qui conduit les personnes engagées sur le chemin néo-catéchuménal à ne pas dévoiler les détails de ce qu’elles vivent.

Ce qui me paraît tout à fait inquiétant, c’est le ton des catéchèses (accent unilatéral mis sur le péché, dénonciation sans nuances de la société et de sa morale), l’appel à la soumission et à l’obéissance, la minimisation de la raison (l’expérience spirituelle ne la minimise pas à priori), la manière de parler des chrétiens qui ne sont pas engagés sur le chemin NC (ils sont considérés en fait comme des « païens »). Une telle formulation qui demande un temps considérable et de plus en plus accru dure, en principe, vingt ans.

Franchement, quand je vois certains évêques tolérer ou encourager cette forme d’initiation, je me demande si elle leur paraît réellement adaptée à l’époque présente et si elle conduit à susciter des croyants libres et lucides. Pour moi, la réponse s’impose. Tout donne à penser qu’il y a là une réaffirmation du catholicisme, dans la ligne des « cellules paroissiales d’évangélisation », avec, en prime, quelques traits de type sectaire. En tout cas, la relative adaptation culturelle des méthodes du NC au monde de ce temps s’avère plus apparente que réelle. Le NC intègre, il n’appelle pas à un type personnalisé de foi.

3. Peut-on opter pour la mission en détruisant la communion ?

Admettons qu’ici ou là l’initiation catéchuménale ou la réinitiation des recommençants, ou encore la catéchèse des adultes chrétiens, apparaisse fragile ou même légère. Supposons alors que le chemin NC apparaisse, par comparaison, « musclé », solide, sérieux. Je crois que l’on peut discuter de tout cela : en causant avec les personnes qui sont membres de communautés (quand elles l’acceptent) et avec celles et ceux qui sont sortis de la mouvance NC. En tout cas, le problème que pose la pastorale NC n’est pas seulement celui de l’initiation. Il est aussi et parfois surtout d’ordre ecclésial. On peut en effet se demander si l’évangélisation des gens « loin » doit se payer au prix fort d’une destruction des communautés paroissiales.

Car le sol du chemin néo-catéchuménal n’est pas le vaste monde de la vie quotidienne. Il est très précisément la paroisse. C’est un prêtre, généralement le curé, parfois un prêtre nouvellement ordonné, qui est sympathisant du NC, ou même membre d’une communauté NC et qui implante dans la paroisse « le chemin ».Très vite, la paroisse se fracture. Il y a des chrétiens vivants et les autres qui sont enfermés dans leurs routines ou leurs débats pastoraux interminables. D’ailleurs les célébrations se démultiplient : les communautés ont leurs eucharisties et le tout-venant paroissial a les siennes. Le prêtre qui patronne le NC laisse voir où sont ses préférences.

Ce qui se passe ainsi, des évêques et non des moindres l’ont signalé depuis longtemps (le cardinal Martini à Milan, le cardinal Lorscheider au Brésil). Peu à peu la paroisse devient « monocolore » et les chrétiens qui ne sont pas contents vont ailleurs. Est-ce cela que veut désigner l’inoubliable Mgr. Cordes, du Conseil pontifical pour les laïcs, quand il parle des « tendances absolutistes des églises locales » ? Je ne sais pas si elles sont forcément enfermées dans le dogmatisme pastoral. Mais elles ont le droit de vivre.

4. Impossible de se parler entre chrétiens

Ce qui manque, en l’occurrence, c’est que les chrétiens puissent se parler. Mais le NC ne s’y prête guère. Ferme dans sa structure très hiérarchisée, porté envers un certain culte du fondateur, bénéficiant du nombre, de ressources financières non négligeables et de la participation de prêtres qui figurent souvent parmi les plus jeunes, le NC n’a pas grand chose à apprendre d’une équipe paroissiale ou d’un service diocésain. Il jouit d’un label pontifical et parfois épiscopal et tout se passe comme si cette reconnaissance « au sommet » était suffisante.

La question de fond dépasse celle de l’initiation. Elle est ecclésiologique. On l’a vue et on la verra aux JMJ. On la perçoit également aujourd’hui dans certaines situations analogues où la paroisse est en quelque sorte « prise en otage » par un curé (français ou étranger) qui veut, du jour au lendemain, lui imposer ses propres options et sensibilités ou quand, ici ou là, se constituent des cellules d’évangélisation qui, très vite, font, elles aussi, une paroisse dans la paroisse. »

Henri Bourgeois, Théologien, Lyon.
Mission de l’Eglise, avril 2000, n° 127, p. 78-80

A signaler également une note, parue dans le bulletin Eglise à Lyon, n°17, septembre 1988, p. 208, sous la signature de Mgr. Abel Cornillon, intitulée : « A propos du néo-catéchuménat. »

Voir aussi une note d’Abel Cornillon : « A propos du néo-catéchuménat », dans Eglise à Lyon, 29 septembre 1988, n° 17, p. 208).

Pour approfondir la pensée d’H. Bourgeois sur les pratiques catéchétiques et pastorales, on peut lire, entre autres textes : Aux commencements de la foi. Pastorale catéchuménale en Europe aujourd’hui. ; L’initiation chrétienne et ses sacrements ; Catéchèse et Théologie ; On les appelle Recommençants, et son livre posthume : A l’appel des recommençants. Évaluations et propositions..

Voir aussi un ouvrage théologique, unique en son genre, auquel ce site propose divers accès Théologie catéchuménale. - Au ch. I. Question de vérité…, Théologie catéchuménale. - Au ch. II : L’apport des commençants à la théologie.Théologie catéchuménale. À propos de la « nouvelle évangélisation » : vue d’ensemble, Théologie catéchuménale. Au Ch. V : la Tradition.,Théologie catéchuménale. Au ch. VI : Pour un agir catéchuménal méthodique. , et un Guide Guide pour Théologie catéchuménale de 6 fiches, chaque fiche correspondant à un chapitre. Pour groupes de travail.

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Notes

[1]Sur le sens de ce terme, lire Henri Bourgeois, Redécouvrir la foi. Les recommençants, DDB, 1993.

[2]Il est souvent désigné par l’abréviation NC.


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