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Ministères catéchuménaux

Ministères catéchuménaux

A l’occasion de la préparation du Synode lyonnais (1987), Henri Bourgeois, alors délégué diocésain au catéchuménat, fait le point avec son équipe sur les ministères catéchuménaux.

1. Les chrétiens engagés au catéchuménat prennent part à un ministère collectif, c’est-à-dire à une responsabilité ecclésiale importante qui est engagée en commun.

Cette affirmation se fonde sur trois données.

- D’abord, sur le fait que, dans le Nouveau Testament, le mot « service » est exactement équivalent à « ministère » : il s’agit de la « diaconie » qui existe dans les communautés chrétiennes et qui les aide à remplir leur responsabilité de foi.

- En deuxième lieu, on peut parler d’un ministère catéchuménal étant donné que, toujours dans le Nouveau Testament, des groupes exercent collégialement une responsabilité au service de tous, même si chacun a une responsabilité personnelle. Ainsi les presbytres de Actes, 20, et les prophètes de 1 Cor. 14, 29, et même le « couple ministériel » » de Actes, 18, 26, 1 Cor. 16, 19 et Rm. 16, 5. Au fond, pour le Nouveau Testament, le ministère est normalement collégial.

- Enfin, on sait que dans l’organisation de l’Eglise catholique, le baptême est « déféré » à l’évêque, ce qui donne à la pastorale catéchuménale un rapport étroit avec la responsabilité « apostolique » que signifie l’évêque.

Etre accompagnateur catéchuménal, c’est prendre part au ministère catéchuménal de l’Eglise.

2. Quel intérêt y a-t-il à parler d’un ministère catéchuménal ?

On pourrait se contenter de dire : c’est une question de mot. En fait la formule n’est pas purement verbale.

Certes, il ne faut pas abuser du mot « ministère ». Tout ce qui se fait dans l’Eglise n’est pas ministériel. Il y a bien des initiatives, bien des responsabilités, bien des rôles qui n’ont pas besoin d’être considérés comme ministères pour exister et avoir une valeur considérable. Le baptême et la confirmation ainsi que la profession de foi et la vie en Eglise qu’ils signifient et manifestent sont source suffisante pour bien des réalisations au nom de l’Evangile.

Mais parler de « ministère catéchuménal », et je donne à cette formule un sens collectif, a un double intérêt. Elle permet d’abord de marquer que la responsabilité en question est vitale, structurante, fondamentale pour l’Eglise. Ensuite elle indique que l’on se joint à un processus commencé avant soi et où bien d’autres que soi sont impliqués : on s’adjoint à un ministère d’Eglise qui dure.

Etre accompagnateur catéchuménal, c’est prendre place dans la tradition catéchuménale et baptismale de l’Eglise.

Mais cela ne pourrait-il se dire d’une autre façon qu’en parlant de ministère ?

Il se trouve que le droit canonique de 1983 parle d’offices ecclésiaux (can 4, 6 1), d’ailleurs après le Concile (Constitution sur l’Eglise, n° 33 C), pour désigner des responsabilités à la fois déterminées, stables et orientées évangéliquement.

Une telle formule qui a son utilité ne vaut pourtant pas celle de « ministère » : elle est moins biblique et elle s’applique mal à une responsabilité commune (malgré le cas prévu par le canon 517 6 2) où des laïcs « participent à l’exercice de la charge pastorale d’une paroisse ».


3. Dans la pastorale catéchuménale, à l’intérieur d’un ministère global, il y a des ministères différents.

Cette différenciation, qui évite l’uniformité et qui signifie quelque chose de l’évangile et de l’Eglise, a deux formes pratiques.

- La première tient au fait que, parmi nous, les uns sont accompagnateurs d’un catéchumène et d’un groupe catéchuménal, tandis que les autres sont aussi, en outre, chargés d’une action ou d’une coordination d’ensemble (secteurs, archidiaconé, diocèse). Cela n’est pas par hasard. Il faut les deux formes de responsabilité pour qu’existe un catéchuménat fidèle à sa mission.

Des baptisés ayant le « don » de l’accompagnement et d’autres ayant aussi le « don » de corrélations ecclésiales.

- La seconde différenciation à l’intérieur du commun ministère catéchuménal, c’est la distinction entre les laïcs et les prêtres. Cette distinction dont on parle tant n’est pas à majorer. Mais elle a du sens. Certes les responsabilités catéchuménales sont d’abord celles des laïcs et des religieuses ou des religieux, notamment en ce qui concerne l’accompagnement. Mais les prêtres ne sont pas pour autant désengagés. Si ce n’est pas eux qui sont accompagnateurs, leur expérience et leur responsabilité permettent aux catéchumènes de percevoir quelque chose des communautés locales concrètes et du don de Dieu.


4. Le ministère catéchuménal est modulé par ce qu’a de particulier celle ou celui qui l’exerce.

Deux aspects sont ici à ne pas perdre de vue.

- D’abord il y a parmi nous des femmes et des hommes. L’expérience montre que, de ce fait, l’accompagnement n’est pas vécu toujours de la même manière. Autrement dit, les hommes et les femmes n’ont pas forcément la même façon de se rapporter au ministère catéchuménal. Et cette différence n’est pas pour nous déplaire.

- Ensuite, il y a parmi nous, parmi les accompagnatrices dans l’équipe diocésaine, des religieuses. Ce « charisme », lui aussi, colore à sa manière la commune responsabilité.

« Il y a diversité de dons spirituels, mais c’est le même Esprit" (1 Cor. 12, 4).


5. Le ministère catéchuménal, comme tout ministère d’Eglise, est à la fois service de l’évangile et service du monde.

Autrement dit, être accompagnateur catéchuménal, ce n’est pas seulement avoir une tâche intra-ecclésiale ». C’est aussi avoir une responsabilité de type culturel ou social. Cette responsabilité se manifeste à travers les transformations de toutes sortes qui s’opèrent au cours d’une démarche catéchuménale.

Sur ce point qui nous tient à cœur, le document préparatoire à l’Assemblée épiscopale de Lourdes 1986 propose des remarques suggestives (même s’il a joyeusement « oublié » toute référence à la pastorale catéchuménale !). Par exemple :

« La pratique montre que bien des tâches ecclésiales, loin de détourner des réalités de la vie sociale, peuvent être l’occasion de mettre l’Eglise en rapport avec tel ou tel aspect de ces réalités. »


6. Le ministère, c’est un envoi, une mission reçue. Mais les personnes auxquelles il est envoyé contribuent aussi à lui donner un sens.

Certes le ministère est une tâche que l’on reçoit et que l’on remplit parce qu’on en a été chargé. On ne fait pas son œuvre à soi, on fait l’œuvre de l’évangile.

Mais il ne faut pas oublier l’autre aspect, ce que l’on appelle aujourd’hui la réception.

Comment les catéchumènes perçoivent-ils dans leur accompagnateur ou leur accompagnatrice quelqu’un qui leur est envoyé ? et dans l’ensemble du catéchuménat, des moyens pratiques que l’Eglise leur propose.

N’allons pas dire que ces questions sont secondaires ! Car les catéchumènes ont le droit de comprendre qui sont ces femmes et ces hommes ayant un rôle dans le catéchuménat. La confiance qu’ils leur font ne peut être aveugle.

Voici donc quelques attitudes des accompagnateurs qui peuvent aider cette perception de la part des catéchumènes : aimer les êtres (c’est-à-dire remplir son rôle « avec cœur »), prier pour les catéchumènes (même s’ils ne le savent pas), se sentir solidaires d’autres accompagnateurs, avoir le sentiment que l’on est témoin d’une expérience ecclésiale de l’initiation.

Etre envoyé… mais aussi être perçu.

7. Le ministère catéchuménal, comme tout ministère, a des aspects qui vont par trois, ce qui indique sa dynamique.

Trois, c’est mieux que deux ! On risque moins de s’enfermer dans des binômes ou des distinctions dont on ne peut plus sortir.

Bien sûr, ce chiffre de trois n’est pas forcément en rapport avec la Trinité. Il a simplement l’avantage de nous rappeler que le ministère est une dynamique.

Voici quelques manières de comprendre le « trinome » du ministère catéchuménal :

- c’est une profession de foi (une façon de croire et d’engager son propre baptême), c’est une espérance (oh combien, à certaines heures !), c’est un amour (parfois exigeant, parfois gratifiant). Et c’est une action dans ces trois directions.

- c’est une annonce de la Parole de Dieu (aspect prophétique de la vie chrétienne et des ministères chrétiens),

- c’est un appel et une initiation à la célébration et aux sacrements (aspect « sacerdotal » que vit tout chrétien et que le ministère cherche à développer),

- c’est une vie en commun et une mission exercée à l’égard d’autrui pour indiquer les chemins et le goût de la vie ecclésiale (ce que l’on appelle parfois l’aspect « royal de la vie chrétienne et du ministère).

- c’est une réalité ecclésiale (le ministère se vit dans le peuple chrétien et à son service),

- c’est une réalité collégiale (les accompagnateurs se retrouvent parfois pour mettre en commun leur expérience et se confronter les uns aux autres),

- c’est une réalité personnelle (quand on a un rôle ministériel, on est appelé à avoir des initiatives et à être soi-même, sans pour autant encombrer les catéchumènes de son « moi ».

Vous entrerez par votre plénitude dans toute la plénitude de Dieu.


8. Le ministère catéchuménal est une participation au ministère de l’Eglise.

Ce que nous faisons, comme accompagnateurs et animateurs, correspond à l’une des responsabilités de l’Eglise. Nous exerçons notre rôle en ayant conscience que c’est le peuple chrétien dans son ensemble que nous engageons. Le peu que nous faisons est un élément dans la mission d’ensemble qu’a l’Eglise.

Aussi bien notre participation au ministère de l’Eglise a-t-elle des traits caractéristiques de ce qu’est l’Eglise.

En voici quelques-uns :

- Tout d’abord faire œuvre de l’évangile, c’est approcher de quelqu’un et de quelques-uns des signes et des paroles évangéliques, étant entendu que ces personnes auxquelles nous nous adressons sont déjà en relation avec Dieu.

Evangéliser, c’est donner voix et voie évangélique à cet appel de Dieu dont chacun est mystérieusement porteur.

- Ensuite, le ministère catéchuménal est ministère du début, du commencement, de l’origine. Il ne s’agit pas de tout faire mais d’abord de travailler à ce que nos contemporains aient des points-sources en eux, une identité qui leur permette de se comprendre devant Dieu et devant les hommes.

- Enfin le ministère catéchuménal est un ministère spirituel, comme tout ministère chrétien. Ce qui veut dire témoigner de Jésus et de sa bonne inspiration, de sa force intérieure, de sa capacité d’audace, de sa fidélité discrète mais persévérante.

« Ce n’est pas nous que nous annonçons, mais le Christ Jésus, le Seigneur. Nous ne sommes, nous, que vos serviteurs, pour l’amour de Jésus. » (2 Cor. 4, 5).
Henri Bourgeois Accueil et Liberté, mars et juin 1987


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