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Michel Foucault

« Pastorale »… Une image risquée ?

H. Bourgeois s’interroge à partir d’une réflexion de Michel Foucault

Dans le livre Dynamiques de la pastorale. Un art qui se renouvelle, DDB, 1997. Henri Bourgeois, revisitant les langages biblique et chrétien utilisés pour parler des services ecclésiaux, au ch. 5, s’arrête sur le terme « pastorale » issu de la parabole évangélique du bon berger, et une réflexion de Michel Foucault (+1984), dans Article « Omnes et singulatim » : vers une critique de la raison politique », in Dits et écrits, 1954-1988, tome 4, 1980-88, Gallimard, 1994, p. 134-161, lui inspire la page que voici :


« Il y a quelques années, en 1979,le philosophe Michel Foucault s’est intéressé à la figure du berger en faisant valoir ce qui la distinguait, dans l’Antiquité, d’une représentation plus classique, celle du dirigeant politique telle que Aristote ou même Platon l’envisageaient .

Pour Foucault, le pastorat est une forme de pouvoir qui non seulement cherche à rassembler les individus mais entend instaurer avec chaque personne du groupe une relation très personnalisée. Les brebis le connaissent, elles écoutent sa voix. En contrepartie, le pasteur veille sur chacune : « Le troupeau existe par la présence immédiate et l’action directe du pasteur. » La bienveillance pastorale est donc proche du « dévouement ». Tout ce que fait le berger, il le fait pour le bien du troupeau. C’est sa préoccupation majeure. « Quand ils sommeillent, lui veille. » Le pasteur est attentif à tous et en même temps à chacun.

Il est évidemment une autre figure du pouvoir. Celle qui s’occupe de l’unité de l’ensemble et non du destin de chacun. Celle qui se soucie de la Loi, de son respect, et non de ce que pense, veut et désire chaque personne, individuellement. C’est celle du pouvoir politique, celle de l’Etat.

Pour beaucoup de chrétiens, le rôle pastoral est fort estimé, tandis que le rôle politique apparaît plus froid et plus anonyme. Mais Foucault introduit une question. Il lui semble que le souci « individualisant » du pastorat est à l’origine de certaines techniques « tournées vers les individus » et destinée à les diriger de manière continue et permanente.

Autrement dit, l’individualisation de la relation au pasteur impliquerait le risque d’un pouvoir assurant son emprise de façon subtile, en intervenant dans les consciences.

Prenons donc acte de ce risque. Non pas pour refroidir l’attrait qu’a l’image pastorale en christianisme, mais pour identifier un dérapage possible. Avoir trop le souci des autres, n’est-ce pas parfois minimiser leur propre responsabilité et entretenir un système d’influence qui n’est pas toujours justifié ? »

Dynamiques de la pastorale, p. 85-86.

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