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Le goût et l’expérience de la pastorale

PREMIERES EXPERIENCES.

Que disent-ils, les chrétiens et les chrétiennes, quand la question se pose pour eux, pour elles, d’un service pastoral, ou quand ils ont commencé à y entrer ? Trois premiers chapitres du livre Dynamiques de la pastorale réunissent quelques récits de naissance d’une conscience pastorale. Vingt-six maximes finales en recueillent l’écho.

Pour la commodité de la consultation, ces maximes ont été ici numérotées et leurs premiers mots soulignés.


I - Graines

1. Vous les entendez dire : « La pastorale n’est pas mon affaire, c’est l’affaire d’un corps spécial, des prêtres, à la rigueur de ceux qui les »aident« . A eux de surveiller (ou de fermer les yeux), de contrôler (ou de laisser aller), de décider, d’entreprendre (ou de ne pas décider, de ne pas entreprendre). » Le croyez-vous vraiment ? Et si la pastorale, c’était aussi quelque chose qui passe tout près de vous, quand les « gens », « Dieu », cessent d’être des abstractions et que le chemin entre les êtres et Dieu se met à vous concerner…


2. Il y a des mots qui deviennent opaques et durs à force d’être toujours « substantifs ». Tel est le mot « pastorale », lorsqu’il se charge de dossiers, d’administrations et de secrets. Rendez-lui alors sa légèreté d’adjectif : le voici qui donne des ailes à votre imagination, de la largeur à votre conscience, de la sagesse à vos plans, du souffle à votre marche.


3. La conscience pastorale voit large et a le sens pratique. Elle naît d’une tension. Qui ne réfléchit pas la manque. Qui n’ose pas agir ne risque pas de la voir naître en lui.


4. A qui veut entrer dans le champ pastoral, il faut à la fois la chance d’une occasion extérieure et la maturation d’une vocation personnelle. Sans appel venant d’ailleurs, nul ne peut en vérité se tenir pour responsable. Sans mouvement venant de l’intérieur, nul ne peut en loyauté se tenir pour responsable.


5. Avoir une manière pastorale de vivre la foi, ce n’est pas si simple, ce peut même être dangereux, si l’on cède à la tentation du pouvoir ; mais ce peut être aussi une manière de perdre sa vie à cause de Celui dont on l’a reçue.


6. On peut lire aujourd’hui des récits de conversion. Quand lira-t-on des récits de consciences pastorales, marquant l’éveil, les réorientations et une finale apaisée ?


7. On court toujours dans l’Eglise le risque d’avoir des vues d’ensemble trop étriquées ou trop partiales. Mais on risque également d’être prisonniers d’actions figées, idolâtrées, périmées ou tout simplement inadaptées à ce qui est.


8. Pour voir large, les responsables ont besoin de se rencontrer entre eux. Voilà qui est indispensable mais périlleux. Car la rencontre peut, paradoxalement, rétrécir le regard de chacun.


9. Prendre le goût de la pastorale, cela arrive plus souvent qu’on ne le dit. L’ennui, c’est qu’on peut très vite le perdre, faute de soutien ecclésial et à cause des blocages ou d’impasses.


10. « Il y a quelque chose qui n’est pas absurde, c’est ce que l’on peut faire pour les autres. » (André Malraux)

DP, p. 26-27.

II - Rameaux

Comment s’acquiert une conscience pastorale : au contact des réalités et si l’on veut bien y réfléchir ?


11. Dans quel ensemble s’inscrit la tâche que l’on a ? Question d’hygiène pastorale. Il n’y a pas que le « comment faire ? » ou le « pour quoi faire ? » ou le « jusqu’à quand ? », il y a aussi « avec qui ? » et « dans quel contexte ? »


12. La conscience pastorale ne serait-elle pas parfois en dérangement ? Les choses tournent mais le cœur n’y est plus. Et le charme de l’espérance s’en est allé.


13. Une fonction pastorale, quelle qu’elle soit, s’enracine dans la liberté spirituelle, le don de foi reçu au baptême et la solidarité ecclésiale. Si l’une de ces bases dépérit, quelle espérance est-elle encore possible ?


14. Si le mot de responsabilité fait parfois peur, n’est-ce pas parce qu’on l’emploie seulement avec le verbe « prendre » ? Cela va déjà mieux si on le relie au verbe « recevoir ». Mais la bonne manière de dire et de vivre, ne serait-ce pas « entrer dans une responsabilité » ?


15. Vous dites « animateur en pastorale ». L’expression a du bon. Mais que ce rôle ne soit pas seulement d’animation ! Il est aussi écoute et orientation, synthèse et évangélisation.


16. Si vous voulez animer, cherchez à percevoir « l’âme » des personnes dont vous êtes solidaire ! Ne leur donnez pas un supplément d’âme tant qu’elles n’ont pas pu exprimer leur propre attente.


17. La pastorale, ne serait-ce pas un art de bâtir l’Eglise du Christ en percevant et en favorisant les impulsions de l’Esprit, et en découvrant les dynamiques présentes dans l’ensemble du peuple de Dieu ?

DP, p. 37.

III - Feuilles de houx

Finalement, quelles lumières matinales et comment vivre le poids du jour ?


18. Il y a celles et ceux qui ont blanchi au service de l’Eglise et il y a celles et ceux qui commencent. Qu’ont-ils à se dire les uns aux autres ? Et si les premiers laissaient parler les seconds pour que ces derniers aient le temps de dire leur idéal ?


19. « Quand aurez-vous fini de nous demander ce que nous pensons de ce que vous pensez, pour vous demander ce que vous pensez de ce que nous pensons ? » (Propos attribué à Mgr Zoa, alors archevêque de Yaoundé. Cité par H. Denis : Les quatre portes du temple (DDB).


20. La pastorale ne s’interdit pas le rêve. Mais à travers le rêve, elle cherche la palpitation de l’avenir. Quelle tristesse ce serait si les rapports, les textes officiels, les mandements multiples et les lettres pastorales ne laissaient pas de place pour le rêve évangélique !


21. Pourquoi ne pas dire que la pastorale doit un peu faire rêver les chrétiens ? Bien sûr il y a rêve et rêve !


22. « C’est trop lourd pour moi ». Possible, non ? « C’est une véritable joie d’accomplir cette tâche. » Pourquoi pas ? Le discernement commence à être fait par les intéressés eux-mêmes. Les responsables « supérieurs » n’interviennent qu’ensuite. Mais ils ne sont pas dispensés de faire le point avec les responsables « de base ».


23. La conscience pastorale est-elle une donnée rare ? Oui, si on la conçoit comme une vocation exceptionnelle, réservée à quelques-uns qui vivent et agissent « à part » des autres. Non si on la comprend comme une capacité baptismale de communion, de témoignage et de service.


24. La pastorale n’est pas seulement une question de technique. Certes elle demande un minimum de formation initiale et continue. Mais c’est d’abord une affaire de circonstances : il y a un service à rendre, on se trouve là, une correspondance s’établit entre le besoin et la personne.


25. Elle était à la base chargée de la catéchèse. Et la voici dans un service diocésain. D’accord ! Elle y a une tâche utile. Mais la pastorale n’est-elle pas parfois aspirée vers le haut, vers les réunions, les rencontres au second degré ? Et qui va rencontrer les gens sur le terrain ?


26. Il est prêtre et il est devenu responsable d’une paroisse. Ce qu’il constate, c’est qu’il est très pris par l’administration. « J’ai ouvert mon agenda, et j’ai été frappé par le temps passé dans des réunions (sans doute utiles), à des travaux de secrétariat, à gérer des locaux, à organiser des groupes… Et je me suis rendu compte que je perdais beaucoup de temps à faire autre chose que ce qui m’était demandé. » Qu’en pensez-vous ?

DP, p. 54-55.

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