Une initiative de formation
Fiches de travail
La série comprend 8 dossiers, dont les titres furent d’abord, pour la plupart, le thème de sessions diocésaines :
- - Animer des groupes de découverte de la foi ;
- - Prendre et recevoir la parole ;
- - Travail et foi ;
- - Le temps de croire ;
- - Le pouvoir et la foi ;
- - Sexualité et foi ;
- - Diverses manières de croire.
Ni bibliques seulement, ni surchargés de références théologiques, ces dossiers font droit à des analyses culturelles, ecclésiales et théologiques. Ils sont nourris par les dialogues poursuivis entre les chrétiens accompagnateurs et les catéchumènes : adultes souhaitant être initiés à la foi chrétienne. Ils constituent une étape de recherche qui aboutit, les années suivantes, à la création d’une Ecole pratique d’accompagnement, et à l’élaboration de la série d’ouvrages publiés sous le pseudonyme Pascal Thomas : Découvrir le christianisme.
Volontairement proches de fiches de travail, ils révèlent la pédagogie du responsable diocésain qu’était Henri Bourgeois, et sa « manière » de guider la formation, réaliste et cordiale, aidant à garder toujours la pensée « au-dessus de l’ouvrage », par son souci de la diversité des demandes et itinéraires, et d’une évangélisation attentive aux contextes ecclésiaux et culturels.
Ces fiches sont faites pour une utilisation seul ou en groupes. Elles restent marquées par leur origine : un projet de formation par correspondance, qui leur donne parfois le ton de la lettre….
Certains lecteurs pourront sans doute penser que ce discours n’est plus entendu aujourd’hui..
Mais est-ce parce qu’il est dépassé ou parce que ces problèmes pratiques sont peu fréquentés, aujourd’hui ? A chacun d’en juger. (AHB)
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LE FOND DE LA VIE
PLAN
I.1.- Dans la vie, on est souvent superficiel I.2- Comment apparaît cette profondeur ? I.3- Sous quelles formes émerge cette profondeur ? I.4- Qu’est-ce que vivre en état de profondeur ?
II- La vie en Eglise : une manière de vivre en profondeur ?
II.1- Elle éveille à la vie profonde II.2- Elle est ou devrait être une école de réalisme II.3- Elle nous invite à vivre d’une façon articulée ?
III- Connaître Dieu
III.1- Dieu : un nom qui veut dire quelque chose III.2- L’Eglise : signe que Dieu fait à l’humanité III.3- Les sacrements
Conclusion
Note : L’affichage sur le Net risquant toujours, dans un texte long, de faire perdre de vue les ensembles, on utilise une triple numérotation. Le n° en chiffre romain indique une partie, le chiffre arabe indique une sous-partie et les lettres majuscules indiquent les paragraphes en cours.
Une adresse est à votre disposition sur la page d’accueil, pour faire part aux auteurs du site de vos réactions et suggestions. N’hésitez pas à l’utiliser. Merci.
Première Partie
I-LA PROFONDEUR DE LA VIE
Quelques réactions et observations :
A la maison, il y a souvent du monde : Nous, (les enfants), ça nous fait rien, mais, après, on a des moments où on est ensemble ; alors on est bien, en famille, même si on ne dit rien ». – Présences réciproques.
Réflexion entendue dans un mouvement de grève : « D’accord, c’est pour obtenir telle revendication… mais, d’abord, qu’ils sachent qu’on existe ». Besoin d’être reconnu, d’avoir une parole.
F., technicien, divorcé, remarié, fait des tableaux. « C’est au moment où ça allait mal, dans mon ménage, quand j’ai senti que ma femme me lâchait, que j’ai eu envie de peindre. Et ça m’a délivré. Je me suis senti heureux ! »
Une équipe qui commence le travail le matin par un café en commun. A la question : « Vous n’avez pas déjeuné ? », réponse : « Si, mais quand on se retrouve, ici, le matin, on ne peut pas que se regarder…, alors on prend le café ensemble ! ».
Des employées discutent entre elles : « Dis, comment il faut faire pour vivre dans la paix ? » Le mot évangélique est repris. – Pressentiment qu’il contient, pour elles, quelque chose.
Mme C., 50 ans, se dépense pour les autres ; elle est très attentive, a toujours des gestes d’amitié pour ses compagnes de travail, sa famille. Elle est divorcée, et a une vie difficile. « La vie, je m’en f… », dit-elle. Mais c’est peut-être, pour elle, le langage de la gratuité et du don ?
Quelques voies d’analyse :
Vous avez certainement d’autres exemples comme ceux-là, ou vous en trouverez facilement…. en cherchant un peu.
Voulez-vous que nous essayions de réfléchir à partir de ces quelques cas ?
Nous proposons pour cela quatre pistes :
- 1. Dans la vie, on est souvent superficiel.
- 2. Comment apparaît la profondeur de la vie ?
- 3. Sous quelles formes émerge-t-elle ?
- 4. Qu’est-ce que vivre en état de profondeur ?
I.1. - DANS LA VIE, ON EST SOUVENT SUPERFICIEL
Le mot superficiel n’a pas, ici, un sens moral de frivolité, de légèreté. On n’en est pas forcément responsable. Il désigne une manière de vivre en surface. La vie, dit-on alors, est « plate ». On dit encore que l’on « fonctionne ». On est comme « happé » dans un engrenage d’activités. On « ne peut pas » faire autrement, dit-on. On est rivé aux objectifs qu’on poursuit, aux obligations que l’on a.
Cette vie en surface présente plusieurs caractéristiques, qui ne sont pas toujours toutes réunies :
I.1.A) On poursuit uniquement ce qui est immédiat
La vie personnelle ou familiale est centrée sur l’utile, que ce soit l’argent, le travail, les problèmes urgents d’éducation des enfants, de vacances, etc.. Ce qui ne rentre pas dans ce souci n’est pas vraiment pris en considération.
Exemples :
• le médecin qui n’a pas d’oreilles pour l’angoisse du malade, ni de regard pour son entourage, parce que ce qui compte pour lui est le « fonctionnement » de sa médecine et de son service ;
• les époux qui n’ont jamais le temps de se parler ;
• l’hôtelier qui ne s’accorde jamais de repos ;
• la mère de famille suroccupée qui s’angoisse de ne pouvoir faire sa lessive à l’heure prévue dans la semaine.
I.1.B) On s’enferme dans ses idées
Ces idées représentent un certain effort pour prendre du recul, mais souvent elles sont un peu sèches et elles fonctionnent « toutes seules », sans beaucoup de réflexion. Elles sont « toutes faites » : slogans, « principes ». Ce peut être le cas de gens qui ont des idées arrêtées en éducation, en politique, sur la religion. Ce peut être le cas de chacun de nous quand il applique des « grilles », quand il a réponse à tout, explications pour tout.
On vit ainsi enfermé dans la toile d’araignée de ses raisonnements. On est incapable d’étonnement devant la vie et les êtres, on ne sait pas accueillir, écouter, être présent. Et toute occasion est bonne de justifier ses propres façons de voir. Les discours politiques, qu’ils soient de droite ou de gauche n’échappent pas à cette systématisation.
Au fond il manque dans la vie un peu de poésie, d’humour, de tendresse.
I.1.C) On s’abrite sous les principes moraux considérés comme rigides
On est consciencieux, mais on risque de confondre la vie avec l’effort moral et des habitudes morales. On devient alors secrètement anxieux, raide, accusateur.
Exemples :
• D. a des principes auxquels il tient et quand il les sent mis en question il se défend, se crispe. Au fond, n’est-il pas fragile ?
• Dans une famille, on entend parfois : « Dans la famille, on a toujours fait comme ça ! » : dernier mot de la discussion. La vie n’est jamais regardée d’un oeil neuf.
• Certains craignent de faire une différence entre une loi, qui est simple, idéale, et qu’ils voudraient « appliquer », et la vie qui est toujours complexe. On pourrait se demander si le moralisme ne prend pas aujourd’hui des formes nouvelles, dans le domaine de l’action politique par exemple.
Dans chacune de ces trois « options », il y a quelque chose de très légitime, de nécessaire et de vital pour l’homme. Mais si chacune de ces manières de vivre est séparée de quelque chose de plus profond, elle devient un but en soi. On en est esclave, on se trouve alors comme privé d’une respiration profonde, d’un centre de gravité et, par conséquent, on n’est pas tout à fait équilibré, ni heureux !
- • Pourquoi beaucoup de gens, très spécialisés, tiennent-ils à avoir un violon d’Ingres, une activité de choix, hors de leur spécialité ?
- • Pourquoi les gens sur-occupés, ou sur-rationnels, ou surhumains, prêtent-ils souvent à rire pour les gens simples ?
- • Comment comprenez-vous le lien qu’on établit couramment enter une « dépression » et une tension excessive ?
Or il y a en chacun une profondeur, une dimension cachée, peut-être enfouie, qui attend de se révéler à nous.
I.2 – COMMENT APPARAIT CETTE PROFONDEUR ?
Elle peut apparaître par surprise, émerger lentement, ou se faire chercher…
I.2.A) Il y a une tactique plutôt volontaire
C’est ce qu’on appelle, parfois, « s’arrêter », « faire le point », cela suppose d’interrompre le cours habituel - « naturel » (?) - des activités, le déroulement des journées et des semaines. « Il faut » un peu de temps pour s’orienter vers quelque chose d’essentiel, « il faut » se déplacer un peu, « il faut » accepter de s’interroger sur ce qui paraît à soi-même évident. Cela suppose de réfléchir un peu pour comprendre notre situation, nos actes. Voir d’où cela vient et où cela va.
Aujourd’hui ce genre d’exercice est parfois sous-estimé. Il exige une certaine ascèse… On veut souvent ne faire que les choses dont on a « envie ». On ne voit pas que maîtriser l’envie ouvre parfois une autre porte : celle du « désir » profond ! Ou encore on ne veut pas réfléchir… et on dit tout de suite : « c’est intellectuel » pour n’avoir pas à remettre en question des attitudes spontanées.
I.2.B) Il y a une tactique plutôt de repos, de loisir,
… de « décontraction », de retour à soi et aux choses simples autour de soi : fleurs, nature, habitation, objets, lecture, conversation en profondeur, etc. Beaucoup de techniques de repos sont proposées aujourd’hui. Le besoin de retrouver une « vraie vie » semble souvent repris par une quantité de techniques… Mais l’automatisme n’a pas le pouvoir de nous introduire, par lui-même, à la profondeur, surtout si c’est l’automatisme du réflexe.
I.2.C) Il y a enfin les occasions (événements, rencontres)
…. qui éveillent en nous le désir d’une vraie vie, ou d’une vie autre, et qui changent notre manière de voir les êtres : une parole, un spectacle, ou une rencontre qui oriente la vie, une maladie, un conflit politique ou social, un voyage, etc.
Les occasions d’éveil sont toujours difficilement explicables à d’autres. Elles sont toujours très marquées par un tempérament ou une histoire, et toujours très personnelles, imprévisibles. Cependant il y a des situations ou des lieux qui, à une époque, sont plus que d’autres occasions de vivre une vie « ouverte », « symbolique ».
dans notre entourage, nos familles, notre groupe, quelles sont ces situations et quels sont les lieux qui, aujourd’hui, facilitent l’entrée dans la vie profonde pour ceux que nous connaissons, et pour nous-mêmes (vacances, participation à un groupe, etc….).
I.3 – SOUS QUELLES FORMES EMERGE CETTE PROFONDEUR ?
I.3.A) Elle émerge de plusieurs manières assez facilement repérables :
a- Sous forme d’impossible, de rêve, d’utopie, à quoi une vie uniquement axée sur le rentable ou l’immédiat ne peut guère faire de place. Non que nos rêvent soient le plus profond en nous, mais parce qu’ils sont un moyen pour nous d’exprimer notre désir de vivre.
Exemple : On aurait envie que l’existence soit toute autre, que nos journées soient moins monotones, la société plus juste, nos enfants plus beaux, etc.
b- Sous forme d’inavouable. L’inavouable aussi fait partie du fond de la vie. On craint de reconnaître l’image de soi que nous renvoie ce que nous sommes, ce que nous avons fait. Il entre dans ce refus beaucoup d’influence sociale.
Exemple : Reconnaître ses « problèmes », oser se dire une angoisse ou une peur, ou un souvenir enfoui, est-ce si facile ?
c- Sous forme d’une continuité, plus ou moins obscure, mais qui constitue la vague de fond de notre vie.
Exemple : D’année en année, malgré les changements d’âge, de métier, d’habitat, etc., on a quelques orientations stables qu’on ne renie pas et qui nous poussent en avant – C’est, comme on dit, « ce qu’on veut » dans la vie.
I.3. B) Ces diverses formes sont, bien sûr, ambiguës.
Autrement dit, ce qui « monte à la surface », peut être souvent très mélangé. Il faut que cela se décante. Le rêve ou l’utopie ne portent pas forcément ce qui est le plus profond en nous. Il faut les creuser, les affronter à la vie réelle. Ce qui est difficilement avouable en nous, et qui nous semble une montagne, est peut-être artificiellement grossi et cache quelque chose de positif qui est plus profond, etc.
Pour exprimer cette décantation, on utilise souvent, aujourd’hui, un vocabulaire qui fait un peu savant, mais qui est commode quand on a saisi ce qu’on met sous les mots. On dit que l’on passe d’une vie imaginaire à une vie symbolique.
• La vie dans l’imaginaire est la sécrétion, la projection de notre affectivité profonde. Elle nous mobilise, nous donne de l’élan, mais peut nous tromper parce qu’elle est peu sensible au réel. Se fixer à l’imaginaire est source parfois d’euphorie, mais aussi de conflits insolubles, d’erreurs sur soi-même. Comment l’imaginaire peut-il perturber une relation ? Exemple : On prête aux autres des intentions qu’ils n’ont pas, on les veut autrement qu’ils sont. On cherche en eux un reflet de soi-même.
• La vie symbolique est le passage de l’imaginaire au réel. Elle naît quand est acceptée, sans ressentiment, la réalité telle qu’elle est (avec ses lourdeurs, ses résistances », etc.).
I.3.C) Certains aspects de l’existence favorisent la vie symbolique.
• La parole d’autrui, parce qu’elle est pour moi la limite : un autre me rencontre, qui n’est pas moi. Il m’est bon de ne pas toujours le comprendre, et d’être déconcerté : ; car alors je dois sortir de mes rêves et écouter.
• Les contraintes de la vie : Un enfant ne se forme pas sans des résistances extérieures à lui (la volonté de ses parents, l’école, etc.) Encore faut-il qu’il puisse comprendre pourquoi des êtres ou des choses lui résistent et qu’il puisse trouver le côté positif de cette résistance.
• Le travail : il nous oblige à compter avec les choses ou avec les êtres. On ne peut pas les modifier par un coup de baguette magique.
• La durée : il faut du temps pour changer quelque chose et pour voir ce qui est en jeu dans la vie.
I.4 – QU’EST-CE QUE VIVRE EN ETAT DE PROFONDEUR ?
Nous reconnaissons assez vite celui qui vit en état de profondeur : paix, calme, détermination, etc.
NB – Bien se souvenir qu’on peut vivre en profondeur même dans le mal, l’orgueil, la haine, etc. « Profond » n’implique pas toujours « saint ».
La vie en profondeur nous permet :
I.4.A) de ne pas rester à l’immédiat (qu’il soit sentiment, émotion événement,) mais de « dominer », au sens de « mettre à distance » l’impression produite.
Aptitude – acquise- à laisser retentir les choses en nous et à les interpréter, à les situer, à réagir en fonction d’un profond et non de façon épidermique. Ne plus être le jouet de ses impressions et sollicitations.
Quelques questions :
• Comment fait-on ses achats ?
• Comment réagit-on aux mauvaises notes d’un enfant ?
• Comment réagit-on à une attention ?
• Peut-on comprendre une parole sans contexte ?
I.4.B) de faire des gestes non-rentables mais qui font vivre :
Pas des gestes qui sont socialement ou personnellement utiles. Mais qui pourtant sont nécessaires et qui changent le regard sur la vie, qui modifient les relations ou les êtres, parce qu’ils manifestent « symboliquement », sans la désigner, la partie cachée de la vie.
Il y a un symbolisme inventé par chacun.
Il y a aussi des symboles, des gestes collectifs (repas, fêtes). Chaque société a les siens.
I.4.C) de rapprocher les choses, de faire des liens :
Nos vies sont faites de compartiments et ce qui se passe dans un secteur n’a peut-être rien à voir avec ce qui se passe dans un autre. Ces rapprochements, qui sont inattendus, peuvent être gênants ou libérateurs.
Exemple :
Débat sur la prostitution. X soutient qu’elle a une utilité sociale. Quelqu’un demande : » Si ta soeur était concernée, que dirais-tu ? « Gêne de X. - On fait intervenir une parenté plus profonde entre une prostituée et la soeur de X. Pouvoir rapprocher les deux suppose une manière de réagir à un niveau plus profond que celui des rôles sociaux.
Jésus fait beaucoup de liens entre les formes ou les situations de la vie… La situation de débiteur et la situation devant Dieu. La profondeur et la terre qui reçoit la semence, etc
Les rapprochements sont une manière « symbolique » de vivre. Ce qu’on vit appelle autre chose, fait partie d’autre chose.
Chez les chrétiens on parle du « symbole de la foi » pour dire que les affirmations de notre foi :
- … s’articulent entre elles, forment un tout organisé, cohérent.
- … s’articulent avec le fond de la vie que les chrétiens croient porteur de Dieu.
Le symbole de la foi n’est pas un système fermé. Il nous livre au mystère.
CONCLUSION de la Première Partie
La profondeur de la vie est ce qui fait l’intérêt, l’important, de la vie.
C’est la source de toutes nos manières d’être et de faire. La faire affleurer en nous, la développer, est quelque chose que tout le monde peut faire, à sa façon. Nos mots, nos gestes, peuvent en devenir les symboles, sans pouvoir jamais l’enfermer, la totaliser.
C’est le lieu de l’expérience spirituelle, le lieu de la foi, ce que l’évangile appelle le « cœur ».
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Quelles perspectives vous amène-t-elle à examiner dans votre vie concrète, ou dans celle de votre groupe, etc…
Autres…..
Pour continuer - après assimilation, aborder la deuxième partie, concernant la vie en Eglise, dans son rapport à la vie en profondeur ?
Deuxième partie :
II. LA VIE EN EGLISE : UNE MANIERE DE VIVRE EN PROFONDEUR ?
Questions posées à l’Eglise
Réactions et observations :
• Catherine, 22 ans : « Le jour de ma première communion a été le jour de mon abandon de l’Eglise. Avant, on nous avait dit : « vous allez devenir responsables, libres. Alors j’ai pris ma liberté. J’ai eu l’impression que tout cela était un immense bluff. » La vie en Eglise lui semblait n’avoir rien à voir avec une vie vraie.
• Un ouvrier : « J’ai quitté la religion quand j’ai voulu devenir un homme ». Autrement dit : être soi-même, c’est être hors de l’Eglise. »
• L’affaire Lefebvre a fait beaucoup parler. Les avis sont partagés. Certains trouvent que c’est superficiel. D’autres que cela touche des choses profondes dans l’Eglise.
• Il y a aujourd’hui, comme à d’autres époques de la vie de l’Eglise, un mouvement communautaire : vivre sa foi, la partager, amène des gens à se retrouver, à se lier entre eux.
• Dans le Nouvel Observateur, du 6 septembre 1976, B. Besret qualifie de « catalogue d’asbstractions, l’incarnation, la résurrection et la rédemption ». Ce serait un savoir sec et sans racines, pour certains chrétiens.
• « L’Eglise, c’est pour moi l’Eglise de Jésus-Christ. Tout le reste, c’est des structures. J’ai décidé que je n’allais pas perdre mon temps dans des réunions de ceci ou de cela. » Au-delà du ton de boutade, il y a peut-être une question dans ces propos.
• Une femme de 35 ans, après une année de rencontres avec des chrétiens : « Je sens que quelque chose a bougé en moi depuis qu’on fait ces rencontres. Mais je commence seulement à voir les choses un peu autrement. Et puis, il faudrait changer la vie…, alors ? »
Quelques pistes de réflexion :
Il y a deux manières de ne pas croire à l’Eglise. D’abord en la mettant sur le même plan que Dieu. Ensuite en ne voyant pas la nécessité pour elle d’avoir un visage humain, des formes sociales.
Dans les deux cas on la méconnaît : elle n’est plus ce lieu où la foi au Dieu de Jésus-Christ peut prendre forme, se « symboliser ».
Car dans les deux cas, bien qu’ils soient contraires, il manque un des deux éléments nécessaires au symbole :
1er cas : Pas de distance entre l’Eglise et Dieu, puisque l’Eglise est absolue comme Dieu. L’Eglise ne peut donc pas être signe de Dieu.
2e cas : Le Visage humain de l’Eglise n’a pas d’importance ; à la limite, l’Eglise n’a pas de visage. Le résultat est le même que dans le premier cas : elle ne peut être signe, renvoyer à Dieu.
Notre travail : voir quelques moyens, plus menacés aujourd’hui, ou plus nécessaires, pour que l’Eglise soit ce qu’elle est, c’est-à-dire, comme dit le Concile Vatican II, « signe de salut au milieu des hommes. »
Trois pistes :
- II.1. La vie en Eglise éveille à la vie profonde ;
- II.2. Elle fait passer du rêve à la réalité ;
- II.3 Elle fait vivre une foi articulée.
II.1. LA VIE EN EGLISE EVEILLE A LA VIE PROFONDE
II.1.A) « Eglise » vient d’un mot grec qui signifie : convocation, invitation.
Elle est donc appel à se rassembler. Et pour cela, à croire. Elle fait résonner une parole, celle de l’Evangile : une « bonne nouvelle ».
Ce qui est premier, c’est l’appel qui parvient aux hommes, à tel ou tel, de tel pays, de telle race, de tel secteur de la vie. La vie en Eglise commence avec cette initiative venue à notre rencontre, cette voix qui éveille en nous un intérêt, une curiosité, ou une crainte, un refus, parce qu’elle nous parle de quelque chose qui touche le fond de la vie de tout homme.
- - Ne trouvez-vous pas qu’il est bon de s’attarder à comprendre cette première manière d’exister pour l’Eglise : une voix. Discrétion et intimité de la voix ; communication à distance, richesse de l’intonation…
- - Retrouver des expériences fondamentales pour la foi : le goût d’entendre raconter, plus fondamental que celui de lire ; le fait qu’on peut « savoir » sans « entendre » ; la mémoire de certaines paroles qui ont permis de voir et de faire un pas en avant.
II.1.B) Or il y a une question pour l’Eglise, aujourd’hui : est-ce qu’elle fait résonner cette bonne nouvelle ?
Est-ce qu’elle invite à croire en Jésus-Christ ? Est-ce qu’elle a une parole qui rejoint les hommes en profondeur ?
Il y a en effet, des obstacles à cette écoute de son invitation. On lui reproche :
- d’avoir fait de la vie chrétienne, aux yeux de beaucoup, une affaire d’obligations à accomplir sous peine de sanctions, obligations rappelées par des autorités. La vie chrétienne, du moins pour certaines générations, a trop été une suite d’actes qu’on fait pour être « quitte », avec parfois la peur de l’enfer. Elle ressemblait plus à un carcan qu’à une bonne nouvelle. Celle-ci reste tout-à-fait inconnue.
- d’avoir invité à une vie ou à une foi en profondeur seulement dans certains domaines de la vie : la vie familiale, personnelle, les liens d’amitié, la sexualité, l’honnêteté, etc., en oubliant que d’autres domaines de la vie doivent aussi être vécus en profondeur : le travail, les conflits, les changements, la vie politique, etc.
- d’avoir maintenu des chrétiens dans des formes de relations infantiles, dans une soumission inconditionnelle à ceux qui étaient revêtus d’un « pouvoir spirituel » : les prêtres, la « hiérarchie ». Ainsi des chrétiens n’ont-ils jamais eu conscience que la vie en Eglise pouvait demander d’eux autre chose qu’une « docilité ». Ainsi trouve-t-on des gens qui s’éloignent de l’Eglise, à mesure qu’ils s’éveillent à une expérience spirituelle.
- d’avoir transmis la « bonne nouvelle » sous forme de connaissances, de savoir organisé, et non sous forme d’éveil à la foi. Bien des chrétiens ont vécu une vie chrétienne profonde, malgré un catéchisme notionnel. Aujourd’hui ce débat divise les chrétiens : il y a ceux qui valorisent avant tout « ce qu’on apprend », et il y a ceux qui sont plus soucieux d’éveiller à une découverte personnelle et avec d’autres, du Dieu de Jésus-Christ.
Questions :
Avez-vous été mêlé à ce débat (catéchèse des enfants, etc.) ? En avez-vous perçu l’enjeu, et compris la complexité ?
Ne pensez-vous pas qu’une des conséquences d’une catéchèse conçue selon un schéma scolaire et réservé aux enfants, c’est l’absence aujourd’hui d’un langage de la foi, simple et adulte ?
II.1.C) L’éveil à la vie profonde semble exiger de la part de l’Eglise (= des chrétiens) :
- a- une parole qui s’adresse à des personnes. Même si on parle à plusieurs, à une foule, on ne peut pas faire jouer les réflexes de foule. C’est la personne qu’il faut rejoindre. Respect, appel à ce qu’il y a de meilleur en elles, amour de cette capacité d’ouverture toujours présente, confiance aux possibilités des gens, etc.
Comment Jésus fait-il avec les foules ? avec ses adversaires ? Jésus ne « conditionne » pas ; il éveille, appelle, parfois avec autorité.
Le langage qui fait bouger les foules serait plutôt celui d’une idéologie. Et il utilise la séduction, la manipulation, etc.
- b- une parole qui révèle la saveur symbolique de l’existence, qui invite à redonner profondeur à ce qu’on vit.
On comprend pourquoi il y a toujours eu place, dans l’Eglise, pour la poésie, la beauté, la joie, l’enfance. On peut dire que l’Eglise, pour une part, réveille l’imaginaire, le désir de l’impossible, de l’inespéré. La foi ne peut pas se dire uniquement en langage doctrinal.
Autre remarque : il y aurait beaucoup à dire sur ce que doivent être ces formes symboliques de l’expression de foi (chants, musiques, peintures etc.), pour remplir cette fonction d’éveil en profondeur. Ce n’est pas le sophistiqué ou le rare, mais ce n’est pas non plus ce qui est répétitif, plat, mécanique.
- c- Une parole qui ouvre une communication entre les différents secteurs de notre vie, entre des gens différents, entre des « fois » différentes.
Ne croyez-vous pas que l’effort des groupes de partage de la foi aujourd’hui, dans ce qu’il a de meilleur, est de recréer cet espace de communication, ce tissu de relations où la foi peut apprendre à se dire, à se lier à d’autres ?
- d- Une parole qui provoque, qui interpelle, et ne se contente pas de ronronner, de répéter.
Le chrétien peut-il seulement avoir souci de « plaire » ou d’ « être gentil » ? Si notre parole se fait rassurante pour ceux qui vivent en surface, elle ne sera « bonne nouvelle » ni pour eux, ni pour ceux qu’ils oublient.
L’Eglise porte-t-elle, à travers les chrétiens, une telle parole au monde ? Une parole qui éveille à la profondeur ? La question lui reste posée. On peut espérer que, dans un monde où il ne va plus de soi d’être chrétien, ceux qui le seront aurait fait quelques pas pour expérimenter cette vie chrétienne en profondeur.
II.2 – LA VIE EN EGLISE EST (OU DEVRAIT ÊTRE ) UNE ECOLE DE RÉALISME
Elle reprend ce qui, en nous, est tension vers l’avenir, vers l’impossible. Elle ne nous démobilise pas, mais nous invite à nous convertir.
Il y a là quelque chose qui paraît peut-être un peu délicat. L’Eglise ne dit pas : ce que vous rêvez, c’est cela que Dieu va faire. Elle dit : Vous faites bien de rêver, mais votre rêve est en lui-même inopérant. Dieu, à travers lui, et en le convertissant, va opérer plus et mieux, si vous acceptez de faire avec lui le chemin que la réalité exige.
Quelle est cette critique des imaginaires ?
Il y en a plusieurs qui se font de manière permanente, si notre vie en Eglise n’est pas trop passive et routinière.
II.2.A) Quand on est chrétien, on fait attention à ce qui détournerait du présent.
Tentation toujours renaissante, sous des formes variées. Retenons-en trois :
- a- Il peut y avoir un imaginaire de la prière, du spirituel, du culte, celui que Jésus dénonce chez certains juifs pieux de son temps. On peut se fabriquer un monde où les conflits, les duretés de la vie disparaissent. La prière évangélique n’est pas une fuite, mais une confiance, une constance, une force, un partage, une respiration pour avancer.
Faites-vous en vous-mêmes la différence entre la vraie prière et la prière imaginaire ? Essayez de trouver quelques points de repères.
- b- Il peut y avoir l’imaginaire des idées. Par exemple, une certaine manière de se représenter l’au-delà. N’est-on pas, aujourd’hui encore, porté à se représenter l’au-delà comme un prolongement, ou un retour, de la vie actuelle ? C’est illusoire.
Une forte réaction se manifeste heureusement parmi les chrétiens : la mort-résurrection-ascension de Jésus nous oblige à reconnaître une coupure entre l’expérience que nous avons de la vie et la vie nouvelle qu’est la résurrection. Mais peut-être avons-nous encore à comprendre de façon symbolique cet au-delà que nous ne pouvons nous représenter.
- c- N’y a-t-il pas aujourd’hui une autre forme de rêve, en politique notamment ? Les désirs actuels de changements sociaux se bloquent parfois sur des rêves de société considérée comme idéale. Or la société idéale est « imaginaire ». Dire cela ce n’et pas justifier le conservatisme, c’est dire que la foi est – et sera toujours – affrontée aux forces d’inertie les plus profondes en l’homme, et que son lieu est là.
II.2.B) Quand on est chrétien, on fait attention aux rêves d’unité :
- a- Tout d’abord l’Eglise, étant appel renaissant à la foi au Christ, conduit à critiquer l’unité comprise comme une uniformité. Vivre en Eglise conduit à reconnaître les différences de fait, pour les faire concourir à une unité toujours à faire.
Ces différences sont de plusieurs types :
■ Il y a des différences culturelles, à l’intérieur de l’Eglise. Vouloir que tous les chrétiens s’expriment de la même façon, célèbrent de la même façon, c’est sans doute, finalement, donner la préférence à la culture majoritaire ou dominante.
N’est-ce pas ce qui s’est produit, parfois, en Afrique, en Asie, par rapport à l’Eglise occidentale ?
N’est-ce pas ce qui se produit en France, en milieu populaire, ou quand un groupe de chrétiens est minoritaire, qu’ils soient ouvriers ou étudiants, etc. ?
■ Il y a des différences de niveaux de foi, si l’on peut dire, dans la manière dont ont peut l’affirmer. On peut être attaché à l’Eglise et ne pas avoir découvert la profondeur de la vie en Eglise.
■ Il y a enfin des différences d’appartenance ecclésiale. L’Eglise catholique n’est pas seule. D’autres Eglises, au cours de l’histoire chrétienne se sont séparées d’elles.
Par ailleurs l’Eglise a bien une prétention à l’universalité,
parce qu’elle porte l’appel et la promesse du Christ à tout homme.
Mais là encore il faut être en garde contre de faux universels :
• l’universel purement rêvé d’une Eglise qui ignore d’immenses secteurs de l’humanité. C’est probablement un peu le nôtre à tous, occidentaux.
• L’universel (imaginaire lui aussi) d’une prétention totalitaire. Peut-être les « croisades », ou les « conquêtes missionnaires » étaient-elles très mêlées d’ambition totalitaire.
• L’universel qui minimise les autres formes de rassemblements religieux (Islam, Judaïsme, Hindouisme, etc.)
II.2.C) Quand on est chrétien, on essaie de ne pas trop idéaliser l’Eglise ou le christianisme.
Il existe plusieurs manières de le faire. Elles ont en commun de nous fermer les yeux sur la réalité de la vie ecclésiale concrète.
On peut s’accrocher à une forme d’Eglise disparue, pour en faire l’objet de ses luttes. Il semble qu’aujourd’hui on se porte beaucoup vers l’Eglise primitive, et aussi – ce ne sont pas les mêmes chrétiens qui le font – vers l’Eglise du siècle dernier.
Ce mouvement de la mémoire chrétienne vers le passé est normal, nécessaire. L’Eglise s’appuie sur ce qu’elle a été, mais elle le fait pour s’ouvrir au présent et y chercher les possibilités de croire aujourd’hui, et de faire connaître Jésus-Christ.
On peut se faire de l’Eglise une idée a priori qui nous rend intolérants vis-à-vis de ce qu’elle est en fait. L’Eglise n’aura jamais, probablement, la forme qui nous paraîtrait la meilleure.
Enfin, on peut idéaliser une forme de la vie chrétienne (l’engagement, ou la prière, ou la tradition, etc.). Or la vie chrétienne est un tout. Pour être chrétien il faut être vivant, et reconnaître qu’on a besoin de chrétiens qui vivent la foi autrement que nous, quoique animés par le même Esprit.
Ainsi la vie en Eglise nous invite-t-elle sans cesse à nous convertir, à sortir de l’imaginaire qui peut stériliser notre énergie et finalement nous refermer sur nous-mêmes.
II. 3 – LA VIE EN EGLISE NOUS INVITE À VIVRE D’UNE FAÇON ARTICULÉE
Il y a actuellement, parmi des chrétiens, une opinion qui tend à minimiser l’originalité et l’importance de la foi. On dit : « Qu’est-ce que la foi apporte de plus ? » A la limite, on croirait plus à l’amitié, ou au combat pour lajustice, qu’à la foi.
Paradoxalement, ce sont ceux qui viennent de l’incroyance à la foi qui nous rappellent la nouveauté que la foi apporte dans une vie. Comment la vie en Eglise nous introduit-elle dans cette nouveauté ? – En nous apprenant à articuler la foi (donc la vie).
Une foi inarticulée, globale, comme celle de qui vient de s’ouvrir à l’Evangile, peut être déjà décisive, « donnée ». C’est le cri de Pierre : « Seigneur, à qui irions-nous ? »
Cependant elle a besoins de pénétrer tout ce que nous sommes. Elle a besoin, également, de s’exprimer, de se lier à la foi des autres.
Nous allons observer ces articulations de deux manières :
en réfléchissant sur le « symbole de la foi » ;
en réfléchissant sur l’unité de notre vie.
II.3.A) La vie en Eglise s’articule dans le symbole de la foi.
Certains points de la foi chrétienne ont soulevé de grands débats, au cours des premiers siècles de la vie de l’Eglise. Ils ont fait l’objet de conciles. Et nous gardons des traces de ces discussions dans ce « credo » inclus dans la messe.
Si cela s’est passé ainsi, c’est parce que la vie chrétienne, en se développant, a senti la nécessité de mettre en lumière :
la cohérence des affirmations de la foi ;
leur lien avec ce qu’on pense de la vie ;
et leur unité.
- a- leur cohérence :
Les aspecs fondamentaux de la foi se tiennent, comme les membres d’un organisme. Si l’un d’eux est effacé, la foi change.
Exemple : Que dit-on du Christ ?
– Si on nie sa divinité, il n’est plus alors qu’un messager, un prophète. Même admirable, il ne peut pas être sauver, aller jusqu’au fond de tout homme.
Mais, par ailleurs, si on nie son humanité réelle, la distance de Dieu à nous n’est pas franchie. S’il a fait « comme si » il venait dans l’humanité, nous ne sommes pas sauvés.
Dans les deux cas notre foi est vaine.
NB : Il y a des « credo » anciens (par exemple Nicée, etc.). Ne peut-on envisager aussi des efforts analogues pour aujourd’hui ? Ne peut-on essayer de dire ce que l’on croit d’une façon un peu précise et cohérente ?
- b- leur lien avec ce qu’on pense de la vie :
Ce qui est totalement obscur ne « dit rien ». Or la foi chrétienne est lumière. Ne pensez-vous pas qu’on a un peu trop dit que le « mystère », c’était ce qu’on ne peut pas comprendre, sans faire la différence avec l’ « énigme » ?
Disons que le mystère ce n’est pas ce qui arrête l’esprit, mais ce qui le stimule parce qu’on n’a jamais fini de le comprendre.
Il y a un aspect de la vie chrétienne et de la tâche de l’Eglise qui est de renouveler sans cesse, d’actualiser la signification de ce que nous affirmons dans le « symbole de la foi ».
Par ailleurs, la foi appelle un autre travail, celui de confronter ce que nous croyons et ce que nous pensons, ou ce que d’autres pensent de la vie, de l’homme et aussi de Dieu.
Par exemple :
Quand nous disons – et nous le disons – « la foi est un don, on l’a ou on ne l’a pas », est-ce qu’il peut y avoir place pour lier le don de Dieu et la volonté de l’homme ?
Ou est-ce qu’une telle définition (qui a bien du vrai) n’est pas un moyen de couper court à tout dialogue, à toute communication entre croyant et non croyant ?
La passion du croyant devrait être de découvrir et de faire résonner sur les chemins des hommes, l’appel de Jésus-Christ.
- c- leur unité :
Les articles du Credo (vous voyez le sens du mot article ? Il vient de « articuler ») ne forment pas un système fermé sur lui-même mais un système ouvert, un ensemble où les éléments se tiennent, mais pour permettre d’être ouvert, d’aller plus loin, d’accueillir du nouveau. Le credo peut-il être ouvert ? à quoi ?
■ D’abord à certains développements historiques
Ainsi l’affirmation que Dieu est Père, Fils, Esprit, est présente dans les paroles du Christ et la foi des premiers chrétiens. Mais elle s’est précisée plus tard, dans les débats du 4e siècle. Ainsi encore il y a eu au cours du dernier siècle tout un développement de la pensée sur l’Eglise, Corps du Christ ; les travaux du Concile Vatican II en sont le fruit.
■ Ouvert, ensuite, en un autre sens : sur la profondeur de Dieu.
N’oublions pas que les articles de notre foi demeurent « symboliques », c’est-à-dire qu’ils nous tournent vers Dieu. Ils nous donnent effectivement de le reconnaître, de le rencontrer, sans cependant le capter, le réduire à nos idées. Nous le connaissons de manière « voilée », comme dit l’Ecriture.
II.3.B) La vie en Eglise article les niveaux de notre expérience.
Il y a des époques dans la vie de l’Eglise où cette tâche se porte plus sur certains niveaux d’existence et en laisse d’autres un peu dans l’ombre. D’où certains conflits, sans doute inévitables : nous ne vivons pas tout de la foi. Vivre sa profondeur suppose que soient présentes et reliées trois dimensions de notre vie :
- a- une découverte personnelle.
Il y aura toujours un effort spirituel pour que notre foi reprenne, transforme, mette en forme ecclésiale, ce que nous sommes.
Le « partage » qu’on semble redécouvrir aujourd’hui est essentiel à la foi chrétienne. Qu’est-ce qu’une foi, une « confiance », sinon un partage.
Un changement personnel, une conversion ou reconversion à Jésus-Christ, cela fait partie de la vie de l’Eglise en nous. Nous éprouvons le besoin que d’autres les reconnaissent, en soient les témoins ;
- b- une dimension sociale et politique.
Il nous est peut-être plus difficile de vivre volontairement cette dimension. On la vit certainement, mais de façon plus ou moins active, réfléchie, consciente.
un des apports de l’action catholique a été d’amener des chrétiens à être plus attentifs à l’importance de cette vie sociale et politique, pour l’homme et son ouverture à Dieu.
Quand on essaie de vivre de manière ecclésiale, on ne peut accepter de se crisper sur des différences de classe, de race, de nation. Ces réalités existent, et il faut en tenir compte, mais ne pas les considérer comme définitives, comme obstacles infranchissables entre les hommes.
- c- une dimension sacramentelle.
La foi risque de devenir abstraite quant on ne veut en vivre qu’une dimension ou une autre. Le sacrement a précisément pour rôle d’assurer une santé de la foi.
Si on ne voit que l’aspect politique dans le monde ou dans l’Eglise, la foi finit par se vider de toute réalité. Elle devient des motifs d’action, ou des idées sur l’action, mais elle ne fait plus vivre.
Sous le signe des sacrements, la foi chrétienne est « relance » dans son rôle d’unifier la vie dans son ensemble, sans la durcir ni l’enfermer.
Nous sommes « corps », il nous faut des gestes : le geste où s’articulent les symboles personnels, collectifs, ecclésiaux, est vital pour nous.
On comprend mieux ainsi, n’est-ce pas, l’effort fait aujourd’hui pour que dans la célébration des sacrements les différents niveaux d’existence s’articulent : la vie personnelle, les échanges collectifs auxquels nous participons par toute notre activité, les liens que nous tissons avec des chrétiens pour faire une Eglise qui soit « signe » pour tous.
CONCLUSION de la Deuxième Partie
• On a trop dit que l’Eglise était rigide, dogmatique, centrée sur le culte...
Il serait temps qu’elle invite ceux qui se réunissent grâce à elle à s’approfondir pour trouver leur chemin de liberté véritable, en écoutant la Parole de Dieu, en reconnaissant leurs frères, en affirmant leur foi à Jésus-Christ.
• On a trop dit qu’elle faisait vivre dans un monde imaginaire, qu’elle entretenait l’illusion….
Ne pourrions-nous être plus courageux à démasquer le mensonge là où il est, à nos risques ?
Ne pourrions-nous pas nous dégoûter des paroles vaines, enflées, qui voudraient tout expliquer, pour nous rendre capables de paroles pleines qui rendent l’amour présent ?
Ne pourrions-nous pas célébrer l’unité comme celle qui est à faire avec ceux que nous ignorons ou que nous excluons de notre table ?
• On a trop dit que le credo était une formalité, une répétition, quelque chose de dépassé…
Allons-nous essayer de dire notre foi dans un dialogue attentif, persévérant, humble et courageux ; et peut-être trouverons-nous le goût de la foi qui s’est exprimée dans ce Credo.
• On a trop dit que le chrétien était un homme divisé, tiraillé….
Il serait temps de faire communiquer le sacrement de l’Eglise et le sacrement des événements et des êtres.
Afin que notre vie en Eglise soit pour nous et pour d’autres le signe du don fait aux hommes.
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Travaux suggérés
- 1. Faire avec d’autres une petite étude d’un texte d’homélie, ou d’une préparation de liturgie. Le mieux serait de le faire à plusieurs.
Se demander, pour cela, si le langage utilisé est un langage qui aide à passer du rêve au symbole (mots, chants, dispositions, thème, déroulement, situation de l’assemblée ou du groupe).
- 2. Voulez-vous reprendre le credo (avec d’autres) ?
Eessayez d’en retrouver les articulations majeures ;
Repérez vos propres difficultés à y entrer, à ne pas en rester à l’automatisme ;
Essayez de dire votre credo avec des mots à vous ;
Et si vous le pouvez, confrontez ensuite, à plusieurs, ce que vous avez dit….
- 3. Peut-on avoir une vie ecclésiale profonde ? Est-ce possible ?
Essayez de montrer la différence qu’il existe entre l’intensité d’un moment d’émotion religieuse par exemple, et la profondeur…
Dites si vous voyez la différence entre fidélité et routine….
Bon courage… !
Continuer avec les pages : Connaître Dieu.
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Troisième Partie
III -CONNAÎTRE DIEU
Réactions et observations :
Beaucoup de baptisés disent ne plus pratiquer, et pourtant affirment croire en Dieu. La pratique assidue ou occasionnelle ne recouvre pas tout dans la foi.
« Dieu, pour moi, c’est la liberté, dit une chrétienne que le sérieux de sa foi amène, actuellement, à s’éloigner de la pratique religieuse.
Dialogue entre une chrétienne militante et une de ses camarades : « Moi, quand cette ouvrière s’est redressée pour protester contre les conditions de travail dans l’atelier, j’ai reconnu Dieu : « Jésus-Christ est là. » Moi, dit l’autre, j’ai simplement pensé : « elle a du courage ». Pourquoi dis-tu : Jésus-Christ est là. ?
« Jésus et Dieu, moi, je ne fait pas de différence », dit un chrétien. De fait, on a tendance, entre chrétiens, à employer les deux termes l’un pour l’autre, parfois.
Nous avons bien du mal à comprendre, aujourd’hui, comment des chrétiens, aux premiers siècles de l’Eglise, ont pu se passionner pour des discussions sur la Trinité. Pour beaucoup de chrétiens, cela ne semble pas intéressant.
Tout un courant politique dénonce « l’impérialisme » de l’Eglise, confondu avec celui d’une classe dominante. Des chrétiens pensent que l’Eglise aurait trahi l’Evangile. D’autres pensent que cela n’a rien à voir avec le message qu’elle apporte.
Beaucoup de chrétiens cessent d’aller à la messe : « cela ne m’apporte rien, je m’y ennuie. On réduit sou vent cette remarque à une critique des célébrations ou des prêtres, ou de l’ambiance, ou de l’assistance. La désaffection est trop fréquente pour s’expliquer par des circonstances locales.
Une réunion de chrétiens : J. est catéchumène. Ce qu’il dit de Dieu, de ce qu’il est pour lui, de sa recherche, tombe à plat dans le groupe. Les chrétiens semblent plus à l’aise pour raconter leurs difficultés à pratiquer que pour parler de Dieu.
Pour orienter notre réflexion, deux remarques :
- On dirait, aujourd’hui, que nous nous trouvons avec une foi « désarticulée ». Les aspects qui en font partie ne se tiennent plus. On dissocie pratique, connaissance, engagement, pour faire un choix entre ces aspects.
- On dirait que, par suite de cette dissociation, ce qui nous « reste » de la foi ne dit plus rien, ni à nous, ni à d’autres. La pratique perd tout intérêt. La connaissance se fait abstraite et les engagements, de fait, semblent éloigner de la foi chrétienne.
D’où le but de ces pages : redécouvrir comment la foi chrétienne agit en nous (= symbolise),
1- dans sa façon de nommer Dieu 2- dans sa façon de reconnaître l’Eglise ; 3- dans sa façon de célébrer la foi.
III.1 – DIEU UN NOM QUI VEUT DIRE QUELQUE CHOSE
Dieu n’est peut-être pas, d’abord, une expérience, une présence. Il est d’abord un nom qui existe dans toutes les langues, en s’accompagnant d’ailleurs souvent d’autres noms : Yahvé-Dieu, Fils de Dieu.
Ce qui se passe aujourd’hui, en Occident, est pour une grande part un effacement de ce nom qu’on ne prononce guère couramment que comme un trait de langage sans portée. Si on en parle comme de quelque chose qui a consistance, qui peut mobiliser l’attention et la vie, on provoque alors une sorte de gêne.
III.1.A) L’effacement de Dieu :
Il est lié à des modifications profondes de la vie humaine en Occident.
- a- Dieu ne bénéficie plus d’un préjugé favorable.
Il ne va plus de soi de croire en lui. Donc celui qui en parle n’est pas certain de faire appel à quelque chose que son interlocuteur comprend. La situation est encore très différente dans certains pays, en Afrique par exemple, où « Dieu » fait partie du langage courant.
- b- Dieu est un peu suspect.
On reproche à ce qui a été dit de lui d’avoir été :
° un moyen d’endormir les pauvres (la religion « opium du peuple ») , et de cautionner l’ordre établi ;
° un moyen imaginaire de dépasser la mort, l’angoisse de l’homme devant sa vie (critique venue des sciences humaines) ;
° un moyen commode – et pas très honnête – de « baptiser » l’inconnu, l’inexpliqué (critique des milieux scientifiques).
Dieu fait donc un peu dépassé, sinon déplacé.
- c- Dieu « revient ».
Des mouvements spirituels chrétiens, ou syncrétistes (mélangeant des éléments de diverses religions) lui redonnent un regain de vie, d’actualité. Dieu fait parler de lui. Il redevient un « personnage public ».
Mais on peut se demander si ces retours ne sont pas surtout le fait de milieux précédemment chrétiens et s’il touche ceux qui font les trois critiques du § b. Qu’en pensez-vous ?
III.1. B) L’homme devant des questions nouvelles
En fait, l’ effacement de « Dieu » accompagne le passage de l’humanité à une manière d’être jusqu’ici inconnue :
- a- une puissance technique sans précédent qui fait espérer à l’homme :
la maîtrise du cosmos, de ses secrets, de ses résistances, de ses distances ;
la maîtrise de la vie et de l’espèce humaine (biologie, hérédité, etc.
la maîtrise des sociétés, de la justice sociale, des rapports sociaux, de l’information.
Ce qui échappe encore à cette maîtrise semble une affaire de temps.
D’où des conséquences formidables dans la façon dont l’homme se perçoit.
- b- un sentiment de puissance :
l’homme est délivré de la faim et du caractère traumatisant de la mort ;
délivré de la culpabilité que faisait peser sur lui une sexualité dont il ne pouvait se rendre entièrement responsable ;
délivré d’un désir trop grand que rien ne pouvait combler et affronté seulement à la tâche de se procurer les satisfactions possibles.
Que faire du Dieu invoqué jusqu’ici, qui « délivre de la mort », qui « pardonne », qui « comble » ? Il n’ a pas à chercher de « salut ». Il n’y a même pas à chercher de « sens de la vie ». La vie est une affaire qui se règle entre hommes.
Tel est l’air que nous respirons et que nous pouvons continuer à respirer même si nous tenons à aller à l’Eglise, même si nous tenons à nos engagements chrétiens : peut-être seulement nous vient-il parfois à l’idée que nous sommes un peu « paumés », sans bien savoir en quoi….
- c- une situation menacée et insatisfaisante :
En même temps que sa puissance, l’homme se sent menacé, frustré :
■ par rapport au pouvoir qui peut utiliser une telle puissance , policière, publicitaire, nucléaire. On dirait que les pouvoirs divers des sociétés contemporaines restent toujours aussi archaïques (oppression, bureaucratie). Nous n’arrivons pas à trouver des formules « vivables » de pouvoir.
■ par rapport à l’autre homme, souvent banalisé, étiqueté, en qui on a du mal à reconnaître un vis-à-vis. On dirait que l’anonymat et la méfiance croissent.
■ par rapport à lui-même. L’individu se sait sans prise sur les finalités de son travail, de sa vie. ON dirait que l’insignifiance gagne : la vie manque d’air, elle est banale et fade.
Dans cette situation, des mythes nouveaux se forgent : « écologie – souci de la nature – « nouvelle société », « jeunesse », « avenir de l’homme », « libération politique ». On trouve, semble-t-il, des équivalences au mot Dieu. Mais le mot lui-même semble demeurer inactuel. Et le malaise persiste.
Ou bien on lui donne un contenu purement idéologique et imprécis, pour lui trouver une résonance : il est « liberté », « amour ».
III.1. C) Retrouver au mot « Dieu » un sens plein.
Cela ne veut pas dire simplement discuter pour savoir s’il existe ou non, s’il est évident ou non, s’il peut être prouvé ou non. De tels raisonnements supposent déjà un sens donné au nom Dieu. Ce qui est plus fondamental, c’est la capacité de « symboliser » Dieu, c’est-à-dire de donner au nom de Dieu, non pas un sens abstrait, conceptuel, non pas un sens imaginaire, vague et flou, mais un sens symbolique.
Pour comprendre cela, nous proposons de regarder comment naît la foi chez quelqu’un qui passe de l’incroyance à la foi (le catéchumène).
Cette capacité de donner au mot Dieu un sens plein se manifeste de la façon suivante :
- a-Quelque chose, « une dimension de la vie » se rend présent, qui n’était pas perçu auparavant, et qui a quelque chose à voir avec le mot « Dieu ». Il y a une nouveauté. Les mots « avenir ouvert », « valeur » et « sérieux » de la vie, « éternité », sont employés pour désigner cette perception nouvelle de la profondeur. Dieu est plus qu’une « référence » ou un « motif d’agir ». Il est l’autre mystérieux qui se rend présent à moi.
- b- Cette perspective est liée à la rencontre de l’Evangile, à travers des chrétiens ou certaines phrases entendues. Une parole, celle de Jésus, éveille cette nouvelle manière d’être. Pas seulement comme une parole admirable, mais comme une parole décisive, définitive, parce qu’elle porte sur le fond des choses.
Ecouter Jésus, c’est, avec lui, être renvoyé à l’origine mystérieuse dont il est l’unique parole, le Père.
L’entendre, c’est donner libre cours à la résonance qu’il trouve en nous, au souffle qu’il ranime (l’Esprit Saint).
C’est reconnaître qu’il est visage unique, transparent, de Dieu, tout pareil à celui qu’il est sans l’être.
- c- Enfin, cette possibilité de donner sens au mot « Dieu » s’enracine dans une histoire personnelle. « Je » suis concerné, dans mes liens aux autres, mes projets, mes attitudes profondes face à la vie.
La peur de l’individualisme a fait qu’on est un peu porté, dans l’Eglise, à minimiser l’importance de la personne, pour valoriser la dimension collective. Ne risque-t- on pas, parfois, de noyer la personne dans une masse anonyme . Or Jésus, qui savait bien rappeler aux hommes leur responsabilité dans la vie, parlait toujours à chacun, à son cœur. Ceci, en christianisme, paraît indispensable.
La possibilité de donner un sens au mot « Dieu » aujourd’hui semble donc passer par la reconnaissance d’une histoire et d’une décision personnelles, l’écoute de l’Evangile, l’attitude de gratuité devant un Dieu qui étonne.
III. 2 – L’EGLISE : LE SIGNE QUE DIEU FAIT DANS L’HUMANITE
Quand des hommes se rassemblent dans la foi et pour la communion en Jésus-Christ.
On a montré dans la fiche II de ce dossier, comment l’Eglise avait aujourd’hui à faire la preuve de sa vocation d’éveiller les gens à la vie en profondeur.
En allant plus loin, on voudrait montrer comment l’Eglise est, dans l’humanité, le sacrement (= le signe) de Dieu.
Il s’agit de découvrir comment elle est pour l’humanité présence symbolique de Dieu.
III.2.A) L’Eglise apparaît d’abord comme un fait social : une société parmi les sociétés humaines.
- a- Elle est marquée par les sociétés dans lesquelles elle prend forme :
° elle n’est pas indifférente aux frontières nationales, raciales, linguistiques ; ° elle est marquée par des dominantes sociales et culturelles ; ° elle reprend en elle des formes de pensée, d’organisation, d’art, qui sont celles de la culture dominante.
Il y a des traits de culture grecque dans les communautés que visite Paul ;
Il y a beaucoup de traits « romains » dans l’Eglise catholique (ses édifices, à l’origine, son droit, ses rites) ;
- b- Elle a, actuellement, tendance à se particulariser davantage, avec l’éclatement des sociétés traditionnelles et avec la fin de l’hégémonie occidentale.
° en France, par exemple, l’uniformité paraît bien brisée. Les lieux d’Eglise ont des langages, des soucis, apparemment différents. « On ne s’y reconnaît plus », disent certains qui le déplorent. « Enfin, on s’y retrouve »,disent ceux qui s’en réjouissent.
° Les Eglises implantées par l’effort missionnaire de l’Occident acquièrent peu à peu leur autonomie et tentent de faire naître une Eglise propre à la culture qui est la leur, l’Afrique par exemple.
° Les Eglises chrétiennes différentes cherchent à entrer en dialogue et l’Eglise catholique est invitée à y trouver une place originale mais non plus unique.
III.2. B) L’Eglise, en même temps refuse d’être identifiée à tel ou tel groupe, telle société.
Au contraire, elle y introduit une tension :
- a- Elle cherche à dynamiser du dedans les groupes humains. Les chrétiens cherchent à vivre les valeurs profondes. Mais en même temps, ils dénoncent (devraient dénoncer…) les étroitesses, les injustices, les violences faites à l’homme, les idolâtries du pouvoir ou de l’argent.
L’Eglise est appel de conversion, comme l’étaient les premiers chrétiens qui refusaient d’adorer l’empereur, posant ainsi la question du vrai Dieu. Il ne suffit pas à l’Eglise – il peut être contraire à sa mission – d’être garante de l’ordre établi dans un groupe.
- b- Elle cherche à ouvrir les groupes d’hommes à d’autres groupes. Cette ouverture à l’universel se fait souvent à travers l’accueil des exclus. Et tout système tend à exclure.
Quel seraient, selon vous, les exclus de notre société, ou de tel groupe qui est le nôtre ?
L’Eglise ne peut donc jamais être achevée. Elle est toujours en tension, enracinée mais non engloutie, universelle mais non abstraite. Sa nature est d’être conflictuelle, persécutée, discutée, mal comprise.
III.2.C) S’il en est ainsi, c’est que l’Eglise vient de plus loin et va plus loin que les sociétés ;
a- Elle a son origine dans l’initiative du Christ qui a pris corps, vécu une vie d’homme, et qui est passé par la mort pour faire de la vie humaine une vie ayant la « profondeur » de Dieu. Point focal qui s’adresse, non pas à des sociétés comme telles, mais des hommes rassemblés en humanité.
b- Elle a pour finalité la mise en forme d’humanité de ce corps du Christ. En ce sens, elle ne peut prendre son parti des divisions, des différences, des oppositions. Non qu’elle puisse toujours les réduire. Mais elle y est ferment de communication et de communion, en même temps que de conversion.
par la confiance mutuelle, la mise en commun des chrétiens entre eux et avec d’autres ;
par la Bble et l’Evangile, point de référence de toute confession de foi ;
par le lien des sacrements (la communion, la réconciliation…) et du credo.
Cette mission de l’Eglise, d’être dans le monde signe de salut, est difficile. Enracinée dans la vie des hommes sans cesser de pointer vers le Christ qui est sa tête, elle n’est jamais en repos. Appelés à coopérer, les chrétiens sont aussi appelés à rompre avec la tendance de chaque groupe à « récupérer » les autres, ou à les exclure. Aussi leur position est-elle toujours inconfortable.
III.3. – LES SACREMENTS
Dieu est étonnant. Et le plus étonnant en lui, c’est le visage qu’il prend en Jésus-Christ, homme et « ouvreur » des limites humaines. Et tout aussi étonnant qu’un groupe d’hommes rassemblés en lui soit porteur, dans l’humanité, de la sainteté mystérieuse de son amour : l’Eglise.
Ces deux niveaux de profondeur divine en l’homme en appellent un troisième qui les noue, les tient ensemble, les rend opérants dans notre vie : les sacrements.
Les sacrements font l’Eglise. Ce sont eux qui rendent opérable la rencontre du monde et de Dieu.
Ceci demande quelques explications :
III.3.A) Par les sacrements, l’Eglise rend crédible Jésus-Christ dans une culture déterminée.
Dire cela c’est introduire quelques points de repères sur ce qui se passe aujourd’hui au sujet des sacrements.
- a- Les sacrements sont faits pour transfigurer la vie humaine.
° Ils ne sont pas des rites de type magique destinés à mettre des individus en contact avec le sacré, l’ « autre monde ».
° Ils ne sont pas un système de justification pour chrétiens dont la foi serait isolée de la vie.
° La pratique de la pénitence, ou même l’ « obligation dominicale » comme on appelait la messe, n’étaient-elles pas un peu sclérosées ? N’en faisait-on pas parfois des rites à usage interne seulement ? N’entretenaient-ils pas ainsi un esprit de ghetto ?
Comprendre les sacrements comme rigides, « obligatoires », incompréhensibles, aboutit à les couper de toute communication avec la vie réelle des chrétiens ou des non chrétiens. Quant on a « tout fait », on est quitte, la vie chrétienne est terminée ! On est dispensé du « reste », c’est-à-dire de la vie : « écouter la parole et la mettre en pratique. »
- b- Les sacrements ne sont pas le miroir de notre vie.
Pour lutter contre le dualisme précédent, on a cherché à rendre les sacrements parlants pour la vie. Les formes de célébration se sont assouplies considérablement pour donner plus de place à l’expression de la foi, au témoignage.
Vous n’auriez pas de peine à trouver vous-même certains de ces assouplissements. Ils peuvent transformer la figure d’un sacrement : baptême, mariage, messe.
Ceci crée d’ailleurs souvent une difficulté pour des chrétiens qui « pratiquent » de temps en temps, et ne s’y reconnaissent plus.
Cet effort semble, à certains, aboutir à une autre difficulté, opposée. Au lieu d’avoir une pratique sacramentaire coupée de la vie, on a l’air quelquefois d’identifier sacrement et vie. On s’y « retrouve », mais, à la limite, trouve-t-on autre chose que soi-même ?
Or le sacrement est lié à la conversion. Il n’est pas quelque chose de plat, de donné, d’acquis à l’avance. Il manifeste une conversion en train de se faire, une rupture à l’intérieur de nous-mêmes pour reconnaître ce qui est de nous, nous le recevons d’un Autre.
On ne célèbre pas sa propre réussite morale, ni son espoir politique, ni un rêve de bonheur collectif, ni une unité nationale, ni une solidarité de classe.
Mais on essaie, à l’intérieur de ces mouvements qui suscitent nos efforts, d’accueillir l’Esprit de Jésus-Christ à l’œuvre pour changer nos cœurs et nous ouvrir à lui.
III.3.B) Par les sacrements, l’Eglise se fait reconnaître comme signe de Jésus-Christ.
Allons un peu plus loin, voulez-vous ? On vient de voir comment le sacrement fait tenir ensemble vie et foi. On va dire maintenant comment il tient ensemble témoignage et Eglise. Cela en effet ne va pas de soi.
Quelques petites observations :
Des gens reconnaissent tel chrétien comme sincère, son témoignage « porte », comme on dit. Mais cela ne les conduit pas à reconnaître l’Eglise comme signe de Jésus-Christ.
Telle amie vous a peut-être dit : « C’est bien, ce que tu fais, ça m’intéresserait. » Mais vous regrettez qu’elle ne s’interroge pas par rapport à Jésus-Christ.
C’est que les témoignages individuels doivent, pour « signifier », s’articuler en Eglise. Et ils le font par les sacrements. C’est par eux que les témoignages individuels « pointent vers » Jésus-Christ.
Comment comprendre cela ?
De deux manières :
- a- Les sacrements manifestent la solidarité de tous ceux qui se reconnaissent membres de l’Eglise. De ce point de vue, l’éclatement actuel de l’Eglise n’est pas sans poser de problèmes. Si nous avons fait droit à la diversité, il reste encore à honorer une solidarité entre différents groupes et tendances dans l’Eglise.
Par exemple :
Comment manifester une solidarité ecclésiale entre des chrétiens qui sont des adversaires politiques, ou des concurrents ? Ou qui ne se comprennent pas ?
Comment manifester une solidarité avec tous les chrétiens qui ne viennent que rarement à l’Eglise ? ou en qui on ne voit pas les signes de foi en Jésus-Christ ?
Cette solidarité est difficile, coûteuse. Elle exige non seulement des efforts de dialogue, mais aussi un approfondissement spirituel et des actes pour que l’Eglise manifeste, à travers ses gestes sacramentels, l’originalité de son rapport à Jésus-Christ.
- b- Les sacrements manifestent cette solidarité grâce à un ministère. Evêques et prêtres (ou ministres) sont des chrétiens qui ont, dans l’Eglise, la tâche d’articuler cette solidarité, de signifier cette communion ecclésiale.
Ici encore se posent des questions qui rejoignent des problèmes actuels très concrets :
Le ministre suffit-il à signifier cette communion ? Cette communion ne requiert-elle pas aussi des relations de groupe à groupe (et pas seulement par des personnes) ?
Pourquoi le ministère est-il nécessaire pour signifier cette communion ? Au-delà d’une justification par une tâche actuelle sacramentelle, il y a une justification par la « tradition ». Le ministère « ordonné à » se réfère à une initiative dont l’Eglise se reconnaît porteuse à travers son histoire.
III.3.C) Enfin, par les sacrements, l’Eglise nous éduque à la foi en la gratuité du don de Dieu.
On ne va pas faire ici une étude de chaque sacrement. Mais on va essayer de noter comment un sacrement (au sens strict), quel qu’il soit, opère en ceux qui le font (ou le « reçoivent », ou le « célèbrent ») un passage à une foi réelle (symbolisée).
Trois points essentiels :
- a- l’apprentissage du seuil.
On ne peut pas entrer dans un sacrement de manière automatique. Il faut une entrée, un « seuil ». A cause de ce que nous sommes et de ce qu’est la foi.
Il nous faut reprendre, rassembler, la dimension sacramentelle diffuse de notre vie ; les tâtonnements vers la foi, les liens que nous avons tissés, les pardons reçus ou donnés. Il faut prendre le temps de les laisser remonter en nous.
Il faut aussi prendre le temps d’accueillir Jésus-Christ, de laisser s’opérer en nous une conversion, un retournement d’attitude. Il y a quelque chose à quitter, à renoncer, pour entrer plus avant dans la célébration.
C’est cette attention aux seuils, au moment du sacrement, et bien avant, qu’il faudrait développer, dans un esprit catéchuménal. On peut être entré dans une démarche de foi et de conversion sans se trouver encore prêt à célébrer le sacrement. Il faut du temps et des moyens pour poursuivre la démarche sans la court-circuiter.
- b- La révélation ecclésiale de l’action de Jésus-Christ.
Un sacrement est révélation, non parce qu’il comporterait des « explications ». Celles-ci, dans la célébration, sont souvent gênantes. Elles ont leur place ailleurs.
La révélation se fait de manière symbolique :
par un contexte (lieux, démarche, disposition, voix, lumières, etc.) ;
par les paroles prononcées (Ecriture, chants, déclarations). Ce sont des paroles qui « annoncent » la présence et l’action de Jésus-Christ ;
Par des « échanges rituels » : Echanges de questions-réponses (croyez-vous en Dieu ? – Je crois ; Le corps du Christ – Amen) ; échanges de réalités : donner et prendre le pain … , verser et recevoir l’eau… Ces échanges sont rituels en ce sens qu’ils sont sobres, dépouillés, et se font selon un schéma qui demeure le même fondamentalement, sous des variantes possibles. Ils introduisent un dépassement de la portée purement individuelle de chaque geste ou parole.
- c- La reconnaissance personnelle de l’action de Jésus-Christ.
Le sacrement réalise l’entrée personnelle dans cette action symbolique de l’Eglise. En ce sens, il opère quelque chose de neuf pour celui qui le reçoit, comme pour l’Eglise.
Le sacrement, à condition qu’il intervienne dans le processus qu’on vient de dire, réalise donc, comme en espérance, ce qui se développe en nous et dans le monde, la diffusion de l’initiative du Christ, la croissance de son corps, etc. Il renouvelle les rencontres évangéliques des hommes avec le Chrst. Il a même structure et même efficacité.
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Relisez, si vous voulez, les pages de saint Jean, ch. 9, 35-39 : la guérison de l’aveugle-né. Notez la structure de la scène. C’est celle d’un sacrement.
« Jésus apprit qu’ils l’avaient chassé ; il lui dit : crois-tu….
1. un événement et un débat de conversion
« Il répondit : « et qui est-il… ». Jésus lui dit : « tu le vois … »
2. un dialogue qui réveille et révèle.
« Alors il dit : « Je crois, Seigneur… » et il se prosterna…
3. une reconnaissance de Jésus en parole et en geste.
« Jésus dit alors … (aux pharisiens)..
4. un signe pour d’autres.
CONCLUSION
Voilà un parcours un peu difficile, n’est-ce pas ?
On a beaucoup parlé de « symbole ». Est-ce la manière de connaître Dieu, comme l’annonçait le titre de cette fiche ?
Oui, il s’agit bien de connaissance, mais pas connaissance abstraite.
Nous avons un peu hypertrophié en nous la connaissance scientifique ou rationnelle.
Mais nos contemporains sont peut-être pauvres pour exprimer le fond de la vie, par inaptitude au symbole.
C’est la joie et la richesse de la foi chrétienne de pouvoir, dans le corps du Christ, visage de Dieu, revivifier sans cesse le goût d’une connaissance qui soit aussi communion dans la foi.
Joie, et aussi responsabilité.
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Suggestions faites par l’auteur :
Après utilisation de l’ensemble de ces trois parties.
Cette fiche étant particulièrement importante, il est souhaitable que vous écriviez un peu plus longuement vos réactions et questions. Cependant si vous ne pouvez faire davantage, renvoyez-nous au moins ces réactions globales.
- 1-Seriez-vous d’accord avec l’analyse de la première partie. Ou est-elle surprenante pour vous (indiquez quelques points).
- 2-Cette manière de parler de l’Eglise, vous paraît-elle trop vague ? ou bien vous paraît-elle exprimer sa situation radicale ?
- 3-Quel aspect du sacrement souligné ici vous paraît plus urgent à manifester aujourd’hui, d’après votre expérience de l’Eglise ?
- 4-Quels points de cette dernière analyse par rapport à la connaissance de Dieu vous paraîtraient avoir des incidences concrètes, là où vous êtes ?
Voir aussi le texte : Connaître Dieu aujourd’hui, ou explorer la liste des textes plus brefs : Textes de 1 à 10 pages..
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