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Le christianisme et ses enjeux actuels (22 mai 2001)

LE CHRISTIANISME et SES ENJEUX ACTUELS

Dernière Conférence -débat, Espace Sainte Marie (Lyon 7e)

22 mai 2001

Le thème de ce soir est volontairement un peu large : Le christianisme et ses enjeux actuels. La question est immense et, si vous lisez tel ou tel journal qui présente les choses de l’Eglise, vous voyez que souvent le point de vue est partiel. Prendre une vue d’ensemble, c’est un peu audacieux, car on ne connaît pas tout. Nous sommes des petits Français dans un vaste monde et, d’autre part, on ne peut prévoir l’avenir.

Le moins qu’on puisse dire, malgré tout – je parle globalement pour l’instant – c’est qu’il y a dans le christianisme actuel des choses vivantes. Les autorités ecclésiales mettent en relief ces réalités vives et fortes que sont : les nouvelles paroisses, les groupes de prière, les nouvelles communautés, la formation, etc. Mais il y a aussi un certain nombre de points dans le christianisme qui sont des points de précarité ou de fragilité. Je ne vais pas ce soir abuser du mot crise, car ce mot-là, qui est très souvent employé, est un peu facile et on ne sait pas toujours ce qu’il recouvre. Il n’empêche qu’il y a un constat à faire : un certain nombre de réalités ecclésiales ne vont pas très bien.

- Simplement, je vous inviterai à ne pas tout voir d’une façon unilatérale, c’est-à-dire ou tout en positif ou tout en négatif. Si vous êtes des inconditionnels de tel ou tel groupe, de tel ou tel groupement ou de telle ou telle communauté, alors vous voyez tout par là. Inversement, même s’il y a bien des choses à regretter, il n’y a peut-être pas que du négatif.

- De même, autre invitation liminaire que j’aimerais lancer : ne pensez pas uniquement du point de vue chrétien. Quand on parle du christianisme, nous parlons très souvent, et c’est normal, des choses telles qu’elles apparaissent quand on s’intéresse un peu du dedans aux réalités chrétiennes. Pensez au redéploiement des paroisses, etc. Mais il y a un second point de vue, qui est le point de vue externe sur le christianisme. C’est le point de vue du grand public, et l’image de l’Eglise qu’a le grand public n’est pas toujours très positive. Ici, à l’Espace Sainte-Marie, on est bien placé pour écouter des personnes qui, au milieu de leur vie, ont gardé des souvenirs leur semblant lourds à porter. Mais il ne faudrait pas non plus rêver !

Par exemple, voici une citation d’un évêque actuel, l’évêque de Poitiers. Il déclare : « Si des personnes s’éloignent, c’est parce que nos communautés sont trop fermées, trop jargonnantes. »

Pour moi, je n’aime pas que l’on dise cela, parce que vous pouvez rendre une communauté aussi accueillante que vous voudrez, la rendre aussi cordiale que vous voudrez, ce n’est pas cela qui règle le problème !

Ou bien vous aurez beau gémir sur le fait que les jeunes pourraient venir à l’Eglise, si jamais vous êtiez autres, mais, comme apparemment, vous n’allez pas changer demain, ce n’est pas cela qui va régler la question.

Donc, je crois qu’il ne faut pas culpabiliser les chrétiens qui se trouvent actuellement engagés dans le christianisme.

- Avant d’en venir à ce que je voudrais développer sous ce titre ambitieux : le christianisme et ses enjeux actuels, j’aimerais encore souhaiter que, quand on parle de christianisme, on n’en reste pas à un point de vue trop hexagonal. La France présente des exceptions, dit-on, au point de vue culturel, télévisuel – je ne sais pas si c’est vrai – et puis littéraire, et puis économique, familial, éducatif, ecclésial, etc. Il n’empêche que ce n’est qu’un petit canton du vaste monde.

Le christianisme actuel, il ne faut pas se leurrer, le prochain pape peut-être le signifiera, est passé au Sud. Quantitativement et progressivement, l’Amérique latine, l’Afrique, vont avoir une influence plus notable que notre Europe, que pourtant nous aimons bien.

Donc, là encore, je n’ai pas la prétention, ce soir, de faire une analyse de tous les aspects, simplement je voulais le signaler pour que nous ne tombions pas trop dans cette illusion.

- Et puis, dernière remarque, quand on est chrétien et que l’on gémit sur les malheurs des temps, quand on dit par exemple : « à la messe, il y a beaucoup moins de gens qu’avant », souvent on prend le point de vue quantitatif comme seul critère. Ce à quoi de savantes gens répondent qu’un parti politique qui se limiterait aux gens qui paient leur carte serait vraiment dans un état squelettique ! C’est un peu la même chose pour le christianisme.

Celui-ci n’est pas le seul à connaître des difficultés. Quand on est chrétien, on croit que l’islam va toujours très bien, que le judaïsme se renouvelle, que le bouddhisme se répand, etc. Mais, quand on regarde de près, il y a sans doute dans ces grandes religions instituées, à la fois des particularités qui rendent la stabilité plus forte que dans le christianisme et en même temps bien des difficultés. Notamment la montée des fondamentalismes ou des intégrismes, c’est-à-dire un raidissement, encore que, dans la jeune génération, tout le monde ne soit pas d’accord.


Après ces quelques propos d’introduction qui, vous le voyez, ont voulu éviter de parler de crise, je vais procéder en trois temps :

1- Je voudrais indiquer d’abord trois difficultés qui me semblent notables, non insurmontables, mais notables.

2- Ensuite, parmi les grands enjeux du christianisme actuel, qu’est-ce qu’on peut appeler l’évangélisation ? On en parle beaucoup, mais qu’est-ce que c’est ?

3- Enfin, ce sera une troisième et dernière partie, et c’est peut-être la question-clé, qu’est que c’est, au fond, d’être chrétien ? Qu’est-ce que l’identité chrétienne ?


I – TROIS DIFFICULTES DANS LE CONTEXTE PRESENT

a) la religion déconsidérée

La première difficulté vient d’être mise en lumière par un historien français, René Rémond, dont le livre a eu quelques retentissements, étant donné que l’auteur est académicien, qu’il a une notoriété et qu’il écrit assez bien. Son livre s’intitule : Le christianisme en accusation ; il est récent : 1999. C’est un livre où perce un certain agacement. René Rémond a l’impression que, dans la société plutôt intellectuelle et médiatique, de type français, la religion est a priori déconsidérée. A priori ! C’est-à-dire que l’on répète des slogans sans vérifier s’ils sont exacts : ainsi on dénonce la morale judéo-chrétienne, on affirme que le christianisme devient minoritaire. Au fond, la religion chrétienne serait une donnée un peu usée, périmée. Il y a des gens pour qui il est assez étonnant et presque incroyable qu’elle continue à exister ! Vous le voyez, ce genre de réaction qui n’est pas général, bien sûr, relève d’une culture intellectuelle et médiatique.

Ainsi existe en France une revue un peu savante qui s’appelle Le débat, qui a pour souci de suivre l’évolution de la société. Récemment, cette revue a fait le bilan des dernières années et on ne parle nulle part de religion. Cela ne s’invente pas ! La religion, ce sont des choses qui sont sans importance sociale désormais : au mieux, ce sont des données privées.

La culture médiatique a le sentiment qu’une page est tournée ! Si vous ajouter à cela l’inculture religieuse actuelle, on atteint le sommet ou le fond. Il suffit d’écouter parler certaines speakerines, il suffit de voir telle ou telle émission, on est assez étonné de voir qu’il y a une ignorance religieuse totale. Si bien qu’un certain nombre de professeurs d’enseignement supérieur, notamment dans l’ordre artistique, donne un enseignement religieux élémentaire pour aider à comprendre simplement le thème de certains tableaux.

René Rémond trouve que cette inculture n’empêche pourtant pas de parler, mais pas toujours avec pertinence. Je l’ai vu à la télévision avec une femme écrivain qui venait de publier un livre sur la situation actuelle du christianisme. Il n’arrêtait pas de dire à son interlocutrice : « Madame, ce que vous dites là est tout à fait faux et voici pourquoi… » Elle avait écrit son livre assez rapidement, je l’imagine, probablement à la demande de son éditeur, elle avait un bon support médiatique, et roule la musique !

Cela ne veut pas dire que chez beaucoup de gens qui ne passent pas à la télé, il n’y ait plus de place pour la religion. Le dire serait tout à fait illusoire. Les sondages le montrent, beaucoup de nos contemporains continuent à se référer au christianisme par des indices qui sont d’ailleurs assez simples : le mariage à l’Eglise, le baptême des enfants, la prière, même s’il y a une baisse. Nombre de contemporains gardent un certain souci religieux. Mais pour les intellectuels ou les personnes que la TV assimile aux gens notables, cela n’entre pas en ligne de compte et le fait s’affiche : désormais la religion (au moins le christianisme) est au passé. C’est un peu parisien, je l’accorde ! Mais on va en l’occurrence vite en besogne.

Par conséquent, il faudrait éviter de juger de la place de la religion, en tous les cas du christianisme, uniquement à travers les médias et singulièrement la télévision. Cela ne veut pas dire que le besoin de croire ait disparu, cela ne veut pas dire qu’il n’y ait plus de religion, mais il y a une certaine forme de religion qui, jadis, avait une influence et qui ne l’a plus, au moins pour beaucoup de Français.

Ici encore, ne soyons pas systématiques. Depuis quelques années des intellectuels font parler d’eux, des intellectuels « post-chrétiens », comme on dit, qui ont été formés dans le christianisme et qui ne sont plus chrétiens, mais qui se réintéressent au christianisme d’un point de vue spirituel et intellectuel. Est-ce une réduction du christianisme ? Est-ce la marque d’une nouvelle place culturelle de la religion, évidemment indépendante des institutions religieuses ? Nous verrons bien.

Je voudrais toutefois compléter simplement le constat de René Rémond. En effet, cette conjoncture culturelle vaut dans d’autres pays et notamment en Afrique, non seulement en raison des persécutions des chrétiens, mais parce que l’on redécouvre les religions traditionnelles. Ainsi certains Africains ont-ils le sentiment que le christianisme a été importé par les blancs et donc que c’est une religion qui est ou qui doit demeurer ou redevenir étrangère. Ajoutez à cela une pincée d’anti-colonialisme et vous voyez qu’il y a dans d’autres pays que le nôtre, ce sentiment que le christianisme a fait son temps.

Là encore, que nous réserve l’avenir ? On ne le sait pas très bien ; toujours est-il que s’impose une certaine vigilance. Car il serait dommage que le christianisme n’ait plus de rôle dans la réflexion sociale, spirituelle et même culturelle. Et cela indépendamment même de la foi.

b) le manque de cohérence du christianisme

Deuxième difficulté que je voudrais signaler : le manque de cohérence du christianisme. C’est là une difficulté tout à fait différente et – vous me pardonnerez - ce soir je propose simplement d’en faire une esquisse. Vu de l’extérieur et pour beaucoup, le christianisme actuel apparaît comme étant pagailleux, peu unifié, divisé entre les tendances qui sont difficiles à accorder.

Pour un certain nombre de journaux (encore eux !), il y a comme deux tendances : il y a des gens classiques, mais potentiellement évolutifs, et il y a les conservateurs. D’om la question : le prochain pape, de quel bord sera-t-il ? C’est un peu schématique, mais cela conduit à l’impression qu’il n’y a pas beaucoup d’unité dans le christianisme. Mêmes tensions entre chrétiens d’Occident et chrétiens Orientaux. Cela devient de plus en plus manifeste : des différences culturelles plus encore que doctrinales.

Simplement, à Lyon, comme partout, si on regarde de près, la sensibilité varie selon les différentes paroisses. Certains chrétiens ne sont plus pratiquants parce qu’ils ont été déçus, y compris ceux qu’on appelle quelquefois des militants. Tout cela ne se laisse pas facilement unifier.

Peut-être la diversité, si elle n’est pas violente, n’est-elle pas, au fond, mortelle ! A mon sens, cependant, la différence entre chrétiens catholiques, au lieu d’être binaire, est ternaire et même quaternaire ! En effet :

- Il y a les chrétiens conciliaires, en gros les gens qui ont accepté le Concile, même si au départ, la réforme liturgique les a un peu agacés. Ils sont légitimistes : si l’évêque dit quelque chose, ils ne vont pas discuter. Surtout s’ils ont l’impression qu’après tout ce n’est pas si mal !

- Il y a aussi les chrétiens traditionnels, je ne dis pas traditionalistes, mais traditionnels ! Ces gens sont d’abord sensibles à la Tradition et voudraient défendre ce qu’ils ont reçu. Et ils parviennent plus ou moins à le transmettre, à travers des pèlerinages, des journaux, un réseau de relations, des moyens financiers, etc. Si tout cela se durcit, c’est le traditionalisme. Vous savez que la pointe extrême du traditionalisme s’appelle l’intégrisme. L’intégrisme, c’est, par exemple, Saint Nicolas du Chardonnet, à Paris, ou bien quelques îlots à Lyon. Ces chrétiens ne sont d’accord ni avec le Concile, ni d’ailleurs avec la République. Sociologiquement parlant, cette tendance durera un peu.

- A ces deux formes classiques, les chrétiens conciliaires et les chrétiens traditionnels, se sont joints des chrétiens que l’on appelle charismatiques. C’est une importation américaine ! Au début, ils ont paru un peu comme des gens qui étaient bizarrement inscrits dans le panorama français, puis ils ont fait leur place,ils ont une certaine dynamique, ils vivent des liens communautaires. Tel ou tel parmi vous appartient peut-être à cette mouvance. Ces chrétiens sont bien vus des évêques. Une des raisons de leur faveur, c’est qu’ils « donnent » des prêtres, alors que les chrétiens conciliaires n’en font pas germer beaucoup ! Voilà bien un enjeu.

- Je voudrais ajouter une quatrième forme. Elle est réduite mais caractéristique. Je m’en suis expliqué dans un article des Etudes, de février 2001, qui s’intitule Le néo-classicisme catholique.

Que veut dire cette expression d’allure étrange ? Elle voudrait désigner un certain nombre de chrétiens catholiques qui ne sont pas traditionalistes, encore moins intégristes, qui sont plutôt pour le Concile, mais qui, à cause de leur formation, ont des réflexes que l’on pourrait appeler classiques, parfois presque conservateurs. Ce ne sont pas eux qui vont introduire des nouveautés.

Donc, ils sont classiques, mais je me permets de les appeler néo-classiques parce qu’ils sont intéressés par certains traits de la vie actuelle, ce que l’on pourrait appeler la modernité. Celle des appartenances publiquement réaffirmées et de la technologie nouvelle très normalement mise en œuvre.

Exemple : certains jeunes prêtres, aujourd’hui, qui tiennent à leur col romain. Je ne vais pas les appeler traditionalistes, d’ailleurs ils ne le sont pas, même si leur famille l’était ; ils sont en outre champions de l’ordinateur, ils savourent le courrier électronique. Ils sont attentifs à la sensibilité actuelle, notamment celle des jeunes générations.

Ce manque de cohérence qui, encore une fois, s’explique quand on vit à l’intérieur du christianisme, apparaît de l’extérieur comme étant une pagaille ! C’est la « crise » ! Beaucoup de gens disent : mettez-vous d’accord, unifiez-vous, puis après on se parlera !

La difficulté, c’est que l’Eglise ne devrait pas être surprise par ces différences depuis le temps qu’elles existent car elles ont existé d’une manière ou d’une autre, depuis les débuts du christianisme. On devrait avoir acquis des procédures permettant de se comprendre quand bien même on n’a pas le même avis. C’est clair, mais cela ne se fait pas. Et cela ne se fait pas parce que beaucoup de personnes, et pas uniquement des responsables, sont peut-être un peu trop prudentes.

c) la rencontre inter-religieuse

Troisième difficulté actuelle, que je crois un peu notable, c’est, quitte à vous étonner, la rencontre inter-religieuse. Il y a trente ans, on parlait plutôt de l’Ancien Testament que des juifs. L’islam, on connaissait très très peu, et le bouddhisme encore moins. Mais désormais, sur le sol français, ces religions et traditions sont présentes. Donc inévitablement et heureusement, il y a des contacts ou des dialogues.

Mais je voudrais faire deux remarques :

- premièrement : le dialogue inter-religieux qui séduit beaucoup aujourd’hui peut être trompeur. Si l’on se contente d’échanger des idées, c’est relativement facile. Mais l’important, c’est ensuite : qu’est-ce que l’on va faire ensemble ? Et, sans du tout vouloir majorer l’action, je crois qu’elle compte, car on atteint vite le bout des échanges intellectuels, quand les options sont différentes. Il en est qui croient en Dieu, il en est qui ne croient pas en Dieu. Chacun a ses convictions. Mais quelles mobilisations communes pour la vie, la liberté, les droits de l’homme ?

- la seconde difficulté, c’est que parler d’inter-religieux laisse quelquefois dans l’ombre beaucoup de phénomènes qui sont de type religieux mais qui ne sont pas institués comme le sont le bouddhisme, l’islam, le judaïsme. Or, nos contemporains, au sens large, ne sont pas absolument fermés à ce religieux flottant ou hésitant. L’Eglise ne devrait donc pas se contenter de dialoguer avec les grandes institutions religieuses mais aussi entrer en rapport avec ces formes religieuses plus difficiles à saisir et pourtant très importantes. Sur ces points, le dialogue est pour le moins tâtonnant.

Je voulais ainsi énumérer quelques difficultés qui servent un peu de fond de tableau global, plutôt en Occident, mais peut-être pas uniquement, et qui indiquent des enjeux pour le christianisme actuel.


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II – QU’EST-CE QUE PEUT ETRE L’EVANGELISATION ?

Un mot vite employé, surtout qu’on la qualifie parfois de "nouvelle. Ce mot évangélisation mérite aujourd’hui d’être considéré comme un enjeu. Je voudrais en parler en trois temps :

- indiquer d’abord des acquis, c’est-à-dire des données qui s’imposent et qu’on ne doit pas trop remettre en question ;

- ensuite, aborder quelques questions pratiques ;

- enfin, je voudrais repérer une tension qui traverse non seulement l’Occident, mais l’ensemble de l’humanité, quand il est question d’évangélisation.

a) les acquis

1 – la foi se propose :

Premier acquis bien connu : la foi ne s’impose pas, l’évangélisation ne peut consister à imposer la foi. Elle se propose, comme on dit maintenant. Ainsi les évêques ont-ils adressé récemment aux catholiques de France, une lettre qui avait ce titre Proposer la foi. L’heure n’est plus à une imposition, à une domination, à une colonisation, elle est à une proposition ! Vous me direz : qu’est-ce que cela veut dire ? On ne sait pas toujours bien !

2 – Dieu aime tout humain :

Deuxième acquis : une sorte d’évidence que nos grands parents n’avaient pas et qui pourtant est inscrite dans le Nouveau Testament bien des fois. Dieu aime tout être humain et Jésus est en rapport mystérieux avec tout être humain. On a connu des époques, dans l’Eglise, où être missionnaire, c’était aller « sauver de l’enfer » les gens auxquels on s’adressait, comme s’ils n’avaient pas déjà une vie avec Dieu. Evidemment, la difficulté actuelle, c’est l’inverse. Du moment que Dieu aime tout le monde, à quoi cela sert de se casser la tête pour annoncer le christianisme ? Ce qui pose la question de l’identité chrétienne. En tous les cas, on peut considérer qu’il y a là un acquis : l’évangélisation ne consiste pas à apporter Dieu, comme s’il n’était pas présent mystérieusement en chaque être, elle consiste à témoigner de lui d’une manière originale.

3- Un double mystère :

Un troisième acquis est probablement aujourd’hui assez couramment accepté. Il a été clairement mis au point au cours de ce siècle par des gens comme le Père Congar. C’est que l’évangélisation veut toujours signifier deux choses en même temps : le spirituel et le temporel.

Saint Augustin disait qu’il y a deux amours qui ont fait deux cités. De fait, être chrétien c’est être traversé par un double mystère : le mystère de Dieu et le mystère de l’homme.

L’évangélisation a d’abord un aspect proprement religieux : j’évangélise, si je prie pour quelqu’un. Je peux dire aussi que j’évangélise si je témoigne de mon expérience, si petite soit-elle, de la foi, de la prière ou de l’Eglise, et cela, c’est toujours à faire i Et cela devient de plus en plus urgent, vu l’ignorance religieuse actuelle.

Mais il est un autre aspect que l’on appelle la vie, le monde, le quotidien, le séculier, l’éthique ou la morale. C’est la participation à un certain nombre d’enjeux qui se présentent dans la société actuelle. Notamment la dignité de l’être humain. Comment aujourd’hui ne pas céder au scepticisme ? Que cela soit dans l’ordre de la violence ou bien face au primat de l’argent. Et qu’est-ce que le « principe de précaution » ? Il déferle beaucoup dans la vie actuelle, dans les journaux, dans la politique. Il pose des questions qui sont relatives au sens de la vie.

En tout cela, il y a une participation des chrétiens. Cette participation doit être discrète : il ne s’agit pas de sortir son drapeau ! Mais il faut qu’elle soit effective. Sinon, il y aurait un déséquilibre. Le christianisme n’existe certes pas pour dire le bien et le mal car le bien et le mal se cherchent entre les humains de bonne volonté, y compris les chrétiens. Il existe pour dire Dieu, Dieu en l’homme, Dieu avec l’homme. On a peut-être été trop habitué à ce nom de Dieu. Ensuite, par réaction, on n’a parlé que de Jésus. En tout cas, cette participation au monde est un aspect de l’évangélisation.

4 – Un changement culturel

Le dernier acquis que je voudrais dire, à propos de l’évangélisation, c’est la reconnaissance d’un changement culturel. Cela depuis, mettons, les années 70, mais il s’est accéléré dans les années 80. En gros, si je veux schématiser, en jargonnant, on est passé de la modernité à la post-modernité. Vous allez me dire : c’est presque pareil, mais je vais marquer des différences.

La modernité est apparue dès la Renaissance et s’est développée à partir du XVIII° siècle. C’est la revendication de la raison, par rapport au magistère de l’Eglise, par rapport à la révélation. Ici, le principe d’autorité est second par rapport au principe de vérification.

Cette découverte de la raison dans la modernité s’accompagnait d’un grand sens du progrès. Les deux étaient liés, raison et progrès. La raison fait progresser : ainsi la science, la recherche médicale. Tout cela est évident. Avec la conviction, moins évidente, que le marxisme avait beaucoup développée, selon laquelle la société pouvait devenir plus rationnelle, et donc se transformer et s’améliorer, puisqu’on en connaissait les lois rationnelles. Il est aujourd’hui des personnes qui continuent à avoir plus ou moins ce système d’idées. Evidemment, dans cette optique-là, où la raison est prioritaire, la religion a peu de place.

Puis s’est produit un ébranlement culturel. C’es celui que l’on appelle quelquefois la post-modernité. Il s’agit d’une mise en cause de la raison, mise en cause parfois excessive.

Evidemment la priorité, aujourd’hui, est donnée à la sensibilité. C’est ce que l’on ressent qui compte. Y compris dans l’Eglise ! Si vous faites un rassemblement, les gens vont vivre quelque chose de chaud, de fort, une ambiance. Ils attendent cela, la foi passe pour eux par là.

Par conséquent, dans cette optique-là, il y a une certaine renaissance du religieux. Pas forcément de l’Eglise, mais d’un religieux un peu vague, qui privilégie l’individu, l’importance des leaders charismatiques. Vous avez aujourd’hui des gens qui inventent des religions pour leurs fanatiques. Ainsi Raël, coureur de formule 1, est adulé par des fans. Au fond, on pourrait dire que dans la post-modernité, il y a la recherche d’un sens de la vie, que précédemment on avait plus ou moins, et que l’on n’a plus beaucoup aujourd’hui. On cherche ce sens dans toutes sortes de directions.

b) Questions pratiques

J’en note deux ou trois de façon brève :

1 – sur le transmettre

D’abord il y a une rupture de transmission entre les générations. C’est un constat ! La jeune génération n’a plus certains repères. Peut-être qu’elle en est contente et qu’elle ne souhaite pas s’enfermer dans ce que les gens plus âgés peuvent avoir à dire ! N’empêche que cela fait une brisure du lien social et parfois ecclésial.

Simultanément aujourd’hui, on parle des devoirs de mémoire : guerre d’Algérie, terrorisme, tout ce que vous voulez. Et, en même temps, on transmet très peu. Paradoxe !

D’autant plus que l’école est devenue plus un lieu de communication qu’un lieu de transmission de savoirs. Elle est de plus en plus un lieu de vie, où l’on est bien (pas toujours !), où l’on se plaît. Mais quel est le savoir exact qui est transmis et assimilé ? La question paraît presque seconde.

2 – sur la repentance

Deuxième point pratique : l’importance qu’a prise, depuis Jean-Paul II, la repentance. Des gens qui n’ont absolument rien de chrétien parlent d’ailleurs, sinon de repentance, du moins d’aveux, de regrets, d’enquêtes, etc.

Mais il faut faire attention. Le problème, c’est : qu’est-ce que cela change ? Si l’on fait une commission sur tel ou tel événement du passé, qu’est-ce que cela change pratiquement ? Certes, cela honore la mémoire et la vérité. Mais la repentance qui n’est pas suivie de quelques actes apparaît vite comme étant insuffisante, et on le sent dans l’Eglise comme ailleurs.

Il y a eu très récemment à Lyon, une rencontre (à laquelle l’une d’entre nous a participé) organisée par France-Culture, à la Villa Gillet, sur le pardon. Je n’y étais pas, mais j’ai écoute, à la radio, les données de cette émission. Et il était clair que repentance, pardon, jugement, sanction, purification de la mémoire, sont des réalités différentes.

Tout cela, pour l’instant, fait partie du cahier des charges de l’évangélisation. Mais ce n’est pas trop clair ! Il a au moins une chose qui devrait l’être, c’est le besoin de quelques propositions pour le temps qui vient, afin de ne pas répéter les erreurs d’hier. Et là, on manque d’imagination.

Pour prendre un exemple, les charismatiques dans l’Eglise ont été des imaginatifs. Ils venaient d’Amérique. Ils ont osé réaliser ce dont ils parlaient. Depuis ce temps-là, qu’est-ce que l’on voit ? On voit surtout la restructuration des paroisses. Vous vous rendez compte que ce n’est pas cela qui va faire rêver, ce n’est pas cela qui va enthousiasmer, ni cela qui va rénover d’un coup les lourdeurs de la vie paroissiale.

De même, l’accès de laïcs à des responsabilités ecclésiales est un fait très pratique. Cet accès des laïcs a supposé une formation. Il y a actuellement des catéchistes, des agents pastoraux, etc… Mais très peu de gens savent faire dialoguer un groupe. Or le besoin d’animateurs se fait sentir. Quand il n’y aura presque plus de prêtres, actuellement à peu près les seuls à parler, qu’est-ce qui va se passer ? Quels laïcs auront l’art de faire causer, d’écouter, de synthétiser un débat ou un dialogue ?

c) Une tension décisive : individualisation et mondialisation

J’en viens alors à ce que j’ai appelé tout à l’heure une grande tension à propos de l’évangélisation, tension qui traverse l’humanité actuelle, en tous les cas qui affecte l’Occident. C’est la tension entre l’individualisation, l’individualisme (« moi, je », « je me moque des règlements ») et puis un autre pôle qui est la mondialisation (« l’internet, c’est la vie nouvelle ! »). Or, on n’est pas très fort pour articuler ces deux pôles. Si le christianisme a un certain témoignage à donner, sans moraliser, sans prétendre tout savoir, c’est bien dans ces deux domaines à la fois.

- D’abord, l’individu existe, et l’on aurait mauvaise grâce aujourd’hui, par exemple, à vouloir transmettre le christianisme en ne tenant pas compte de ce que chacun souhaite, attend, désire, expérimente, etc. De même, la séduction du bouddhisme, importante auprès de certaines personnes, traduit cet accent, même si, dans le bouddhisme, l’individu est grandement mis en cause.

Donc, je ne dis pas que l’individualisation soit purement négative. Mais vous sentez comme moi qu’elle est insuffisante. La culture de l’image de soi est quand même excessive. La télévision réduit le social à des individus qui disent leur opinion dans ce que l’on appelle un débat : « c’est mon choix » ! Mais cela ne suffit pas !

Michel Field, présentateur de télévision, à propos de Loft Story dans le journal Le Monde, du 4 mai 2001, disait : « Le social ne devient plus que la juxtaposition d’individus, d’histoires singulières, coupé de tout ce qui nous traverse d’enjeux politiques, idéologiques ou sociaux. » Cela ne fait pas une société ! Fiels ajoute : « Il y a aujourd’hui une psychologisation massive de toutes les questions. » Il note encore : « Il ne s’agit pas d’un hymne à la différence, entre les individus, mais plutôt d’une formidable machine à fabriquer de l’indifférence. »

De fait, le vécu, le témoignage importent, mais, s’il n’y a pas un peu de réflexion, s’il n’y a pas une, deux, trois, cinq, dix personnes qui prennent le souci de faire apparaître les points communs et les différences, et de voir les enjeux qui sont en cause, bien des gens sont touchés, mais superficiellement : « c’était quand même bien, ce qu’il a dit… ». Cela correspond à l’individualisme actuel et ne permet pas de construire une société et à plus forte raison une Eglise.

- L’autre pôle de la tension, c’est la mondialisation, la globalisation, comme on dit dans le langage anglais. On ne sait pas bien en parler, mais tout le monde en perçoit l’importance. On dirait qu’on est à l’opposé de l’individualisme, ce qui d’ailleurs n’est pas absolument sûr. En tout cas, c’est l’accélération des échanges, c’est le triomphe de l’uniformité, de la massification.

Est-ce que, dans ce contexte-là, on peut marquer la légitime place des particularismes ? Et comment ? Je ne veux pas parler forcément des individus, mais aussi des groupes, des traditions locales, peut-être des nations. Grosse question actuelle à laquelle le christianisme doit bien s’affronter. Est-il forcément à la hauteur de cet enjeu, même s’il est mondial constitutivement ?

Dans l’Eglise classique, on ne parlait pas de mondialisation, mais on la vivait en pratique sous les formes de l’époque. Mais aujourd’hui l’unité ecclésiale est perçue comme de plus en plus problématique, et, d’autre part, dans la société et la culture, le mondial a changé de nature à cause de la technologie commune et des échanges multipliés. Le problème, c’est donc : comment entrer en rapport entre personnes et entre groupes, étant donné la mondialisation, c’est-à-dire la totalité ?


III – QU’EN EST-IL DE L’IDENTITÉ CHRÉTIENNE ?

Voici un troisième lot d’enjeux pour le christianisme contemporain. Au fond, si Dieu aime tout le monde, si Jésus est proche de tout le monde, qu’est-ce que c’est qu’être chrétien ? Il y a cinquante ans, on aurait dit : c’est aller à la messe ou bien avoir une morale précise. Si vous dites cela aujourd’hui, ce n’est pas compréhensible pour beaucoup de gens et peut-être que ce n’est pas prioritaire pour eux.

Qu’est-ce que c’est qu’être chrétien ? Pour beaucoup de nos contemporains, curieusement, c’est archi-connu. Pas la peine d’y revenir. C’est s’aimer les uns les autres et, comme on ne le fait pas, on le dit d’autant plus volontiers. Le message des Eglises apparaît sans originalité : il répète ce que tout le monde admet.

On pourrait reformuler ainsi la question : être chrétien, qu’est-ce que cela apporte par rapport à la condition commune, par rapport à l’éthique moyenne des droits de l’homme, de la recherche de la paix ?

Il y a certes des croyances, mais ces croyances sont souvent déboîtées de leurs cadres. Alors elles ne sont plus gênantes, elles circulent, on capte telle ou telle dans une sorte de zapping. Ainsi la résurrection peut-elle aller très bien avec la réincarnation et appartenir à l’Eglise. Pour beaucoup de gens, cela n’a pas beaucoup d’importance.

Il y a bien aujourd’hui une attente de spiritualité. C’est vrai, mais, se demande-t-on parfois, faut-il que cette spiritualité ait les formes qu’on lui a connues ? Ici, à l’Espace Sainte-Marie, viennent parfois des personnes qui ont le sens du divin, mais hésitent à parler de Dieu. Probablement, dans l’idée que cela n’a pas grande importance. Le sens, dans cette perspective, on le trouve dans l’expérience personnelle.

On recherche donc du sens, mais les réponses sont difficiles à trouver. Il y a des gens qui perdent le goût de vivre. Chaque être a un mystère et se replie sur lui. Je me contente d’indiquer quelques difficultés que l’on éprouve quand on veut aujourd’hui dire ce que c’est qu’être chrétien. Je vais avancer deux manières, à propos de cet enjeu, évidemment considérable :
- d’abord en essayant d’indiquer des convictions, quelques-unes, qui fassent vivre - et en second lieu, en suggérant des redécouvertes à faire.

a) Des convictions qui orientent la vie

1 – Valoriser le ressenti

Première conviction : je crois qu’il faut à tout prix, aujourd’hui, valoriser le ressenti. Ce propos a l’air d’aller un peu trop « dans le sens du poil » ! Mais c’est quand même très important. Si je n’e tiens pas compte, je ne suis pas crédible ! Simplement, il faut que ce « ressenti » soit accompagné d’une réflexion, sinon on reste superficiel et chacun se nourrit seulement de témoignages, d’impression. Ce n’est pas cela qui construit la foi. Même si c’est cela qui peut inaugurer la foi. Le témoignage n’est jamais tout. Ma première conviction, c’est donc de ne pas se contenter de ce que l’on ressent, tout en reconnaissant l’importance de ce que l’on éprouve.

2 – Une inspiration

Deuxièmement, être chrétien, ce n’est pas être plus ceci ou plus cela, plus fidèle en ménage, plus courageux au travail… Ce n’est pas forcément le cas. Etre chrétien, je dirai que c’est une inspiration. Cela ne veut pas dire que cette inspiration ait toujours des résultats très concluants. C’est une manière de voir et de prendre la vie. Il n’y a pas de morale spécifiquement chrétienne mais il y a un appel chrétien, il y a une vocation chrétienne, il y a une mission chrétienne qui est d’être témoin.

Témoin de quoi ? Eh bien, témoin de ce que l’on est aimé. Pour beaucoup d’entre nous, j’imagine, il est sûr, quelle que soit la maladie que l’on a, quelles que soient les difficultés que l’on éprouve, que l’on est aimé. L’amour affecte notre vie. Si je veux traduire cela en langage plus commun, je dirai qu’il y a du possible, plus qu’on ne le pense. Rien n’est forcément joué d’avance. Dire : c’est comma ça, c’est trop vite dit !

Jean-Paul II, dans les premières paroles qu’il a adressées du balcon de Saint Pierre, disait : N’ayez pas peur !

Au fond, l’une des formes probablement majeures du christianisme actuel, c’est l’espérance. Une espérance qui a des conditions, qui est puisée en Dieu et qui ouvre la vie. Ainsi, la réconciliation doit quand même être possible entre les Juifs et les Palestiniens ! Il faut que les chrétiens soient convaincus de cela, même si on ne voit pas du tout comment cela se peut ! La paix est possible !

De même encore, on peut se décider. Par exemple, quand il s’agit de mariage, alors que beaucoup de nos contemporains ont tendance à reporter indéfiniment le moment où ils se décident pour le mariage.

Donc, le christianisme n’a pas de prétentions excessives, mais il a un apport original qui se conjugue avec d’autres apports, dans la vie sociale, et qui a un réel intérêt.

3- Une égalité entre humains

Une autre conviction, qui est très importante en ce début de siècle, c’est qu’il y a une égalité entre les humains. Je ne dis pas seulement entre hommes et femmes, mais entre les humains.

Cela s’avère incompatible avec le racisme. Un racisme qui ne cesse pourtant de se donner de nouvelles raisons. On peut être porté à être anti-sémite aujourd’hui pour le motif que l’on n’est pas d’accord avec la politique d’Israël. L’ennui, c’est que le terrain est glissant parce que l’on va se retrouver très vite à nourrir en soi un certain nombre de sentiments qui sont dangereux.

On pourrait évoquer, dans le même sens, le difficile rapport entre femmes et hommes. Il y a une égalité entre les humains. Et c’est là une conviction chrétienne très fondamentale, même si elle n’est pas très naturelle.

b) Des redécouvertes à faire

1- la redécouverte de Dieu

La première, c’est celle de Dieu. Cela manque dans l’Eglise actuelle. Si vous lisez des livres de spiritualité, vous verrez que l’on vous parlera des dernières béatifications de saints et de saintes, et qu’on vous dira de très belles choses sur le mystère de Jésus. Très bien. Mais Dieu, lui, qu’est-ce qu’il peut être ? Quels signes a-t-on de lui ? On est au moins sûr qu’il n’est pas dans la ligne de l’accessoire. En même temps, on ne peut pas dire qu’il serve à quelque chose. Il a une présence qui ne se laisse pas facilement capter. C’est un mystère au cœur et autour de notre vie.

Dans une lettre pour la journée mondiale des vocations de 2001, au mois de mai, Jean-Paul II notait que le fait de considérer la vie comme vocation favorise la liberté intérieure en stimulant dans l’être humain e désir du futur, en stimulant dans l’être humain le désir du futur en même temps que le refus d’une conception de l’existence ennuyeuse et banale, etc. Donc, première redécouverte : il faut re-méditer sur Dieu et son Esprit, et pas seulement sur le Christ.

2- la durée

Ce n’est pas très simple, et surtout pour les jeunes. Nous sommes dans une culture de l’instant présent, ponctuel, et après tout, cela a bien son charme aussi. Mais est-ce qu’il y a du goût à vivre des fidélités ? Est-ce que c’est agréable, du moins par moments ? Est-ce que cela a rapport avec l’honneur et la dignité ? Est-ce que cela peut s’envisager comme appartenant à la condition commune, sans être réservé à des huluberlus ?

3 – le sens de l’ecclésial

Pour l’instant, on parle beaucoup de l’Eglise, mais on en parle de façon organisationnelle, même administrative. Je crois qu’il faudrait trouver le moyen de redécouvrir le tissu ecclésial ! Et ce n’est pas si simple.

Une des manières de refaire ou de faire du tissu ecclésial, c’est de laisser les gens parler, et donc de susciter, de créer - cela se fait ici ou là – des groupes de paroles, des groupes d’échange, des lieux d’échange. De la sorte, on découvre un minimum de cohérence entre les personnes, qui ne nie pas l’individu, mais qui élargit le point de vue individuel.

Car il est trop facile de parler de l’Eglise comme si c’était un résultat acquis. Le plus intéressant, c’est l’ecclésial au point de germination. Plus de gens qu’on ne pense pourraient être créateurs de lien ecclésial. Le problème, c’est que nous sommes des pratiquants, et que cela nous occupe !

4- dans une culture très incertaine

Enfin, je crois que l’identité chrétienne aujourd’hui se joue dans une culture très incertaine. Et cela, en Occident, en Europe, en France, mais aussi dans d’autres pays : on ne sait pas très bien comment nous évoluons. Et cela non plus ne facilite pas l’identité chrétienne. Ainsi, on critique le positivisme rationaliste, mais en même temps on ne sait pas ce que va être l’irrationnel.

Marcel Gauchet, un philosophe français relativement connu, a depuis longtemps été intéressé par le rôle de la religion dans la société, et par le fait que, dans la société, la religion s’estompe. Et Gauchet ajoute que la démocratie elle-même est malade. Le sens de la raison s’obscurcit,y compris dans la vie en commun. Il y a dès lors une difficulté pour fonder même les droits de l’homme. Le politique est déstabilisé. Et Gauchet dit qu’il y a là une énigme. Comment clarifier dans ce contexte, ce qu’est l’identité chrétienne ?


Conclusion

Voilà donc quelques enjeux pour le christianisme présent. Pardonnez-moi si mon tableau d’ensemble a été un peu rapide, mais on a parfois intérêt à prendre un peu de recul et à se donner une sorte de vision commune.

Ce qui se passe ici, chez nous, localement, s’inscrit dans cet ensemble. Aujourd’hui, il y a une place donnée à la sensibilité comme l’attestent notamment des gens qui recommencent. Mais nous ressentons une invitation à une réflexion. Il n’y a pas simplement du religieux, mais il y a aussi du culturel, donc un minimum de souci de ce qui se passe autour de nous, et en nous.

Merci de votre grande patience.

Henri Bourgeois, 22 mai 2001


ECHOS DU DÉBAT

(Note du copiste. Les interventions des participants sont en italique avec la seule mention : homme ou femme. On en donne ici de larges extraits qui soulignent la plupart des difficultés repérées et les échos ou appels entendus. Les intervenants sont simplement désignés par F et H (femmes et hommes), et les réponses d’Henri Bourgeois par ses initiales en gras.)

H.B. : Vous avez peut-être quelques réactions, quelques dissentiments, vis-à-vis d’une analyse qui ne prétend pas être parfaite. J’ai voulu donner un point de vue d’ensemble en présentant trois difficultés, puis en parlant de l’évangélisation, et enfin sur l’identité chrétienne qui fait une difficulté sans fin et qui sans cesse doit être reformulée. A votre bon cœur !

*Individualisme ?

F- C’est difficile, il y a tellement de paramètres dans cet exposé… Cela va loin. Personnellement, je suis pratiquement seule à dire ma foi dans ma famille, et les difficultés que vous avez évoquées, je les retrouve complètement. On peut avoir une foi individuelle, on est spirituel et honnête. Mais la paroisse, non. Elle s’en fait une idée…

HB : Mais est-ce que je peux dire qu’on peut être chrétien sans aller à la paroisse le dimanche ? Les personnes qui ont des enfants, des jeunes ?

H : Pas seulement avec les enfants, avec des amis, des gens de l’entourage qui ont la même culture que nous, la même formation. Je retiens beaucoup ce que vous avez dit sur l’importance de la réflexion, en ce domaine comme en d’autres. Les gens sont réduits à quelques idées sommaires. On se contente de quelques spots télévisés et on bâtit à partir de là une vision très succinte.

* Les mots et ce qu’ils recouvrent

HB : C’est cela. Mais il faut apprendre aujourd’hui une réflexion qui soit « buvable ». Parce que si je me mets à employer de grands mots de la métaphysique, cela ne sert à rien…

H . : Les recommençants, justement, nous obligent à un effort pour sortir des grands mots.

HB. : C’est ça. Alors, il y a d’autres grands mots, évidemment, des mots qui sont prestigieux, et si on ne les emploie pas, on apparaît comme le dernier des derniers ! Mais encore faut-il savoir ce qu’il y a dessous. Décortiquer un peu. Notamment pour voir les enjeux : qu’est-ce que ça entraîne comme conséquences pratiques, qu’est-ce que cela rejoint dans notre vie quotidienne (silence). Parce que, si on est incapable de traduire Dieu dans un certain nombre d’expériences - je ne dis pas forcément vécue, chacun fait ce qu’il peut - mais une expérience dont on a l’intuition, qu’elle tienne à une gratuité, à un don, on manque quelque chose quand même… Or, vous allez à la messe et, de suite, cela va de soi, même pour un enterrement. Ou un mariage, où la moitié des gens sont loin de tout ça. Tout de suite le prêtre démarre en disant : Le Seigneur soit avec vous.. Parole de Dieu selon saint… (approbations). Pour un certain nombre de gens, cela apparaît bizarre. Ils ne sont pas forcément toujours opposés. Mais ils ne comprennent rien. On a l’impression que cela se développe en dehors d’eux.

F : Est-ce qu’il n’y a pas une question de distance à trouver ? Est-ce que l’approche de Dieu, aujourd’hui, ce ne serait pas de parler de quelque chose qui ne se livre pas dans l’immédiat, qui est un peu inquiétant ? Et qu’on puisse en parler avec un peu d’esprit critique ?

* possibilité de retisser un lien ?

H.B : L’intéressant, c’est qu’on soit plusieurs pour en parler. Parce que, pour quelqu’un Dieu peut être inquiétant, pour d’autres il peut être une lumière. Pour d’autres il peut être une présence qui élargit les limites ou les bornes… L’intérêt d’une Eglise, si petite soit-elle, c’est de mettre, si possible, en conjonction, en lien, ces différentes expériences.

F. : On vit dans un monde où Dieu est étranger… Voilà la différence. Comment donner à boire à un « âne qui n’a pas soif » . ? J’exagère un peu, mais.

HB : Non, mais… Si vous exagérez trop. Parce que on ne peut pas dire ça trop vite. Pourquoi ? On n’en sait rien. Il a peut-être soif, mais il ne trouve pas à boire ce qui lui conviendrait.

F. : On ne demande pas…. ? Mais qu’est-ce qu’on refuse, aussi ?

HB : Je crois qu’il y a des gens qui sont, plus qu’on ne le pense, en attente, mais évidemment, pour trouver la bonne longueur d’onde pour les rejoindre, ce n’est pas… Même pour nous….

F : Justement, il faut peut-être trouver la bonne longueur d’onde pour nous rejoindre nous, aussi. Parce que, nous aussi nous nous parlons de Dieu en langage jargonnant. Je crois qu’il y a tout un nettoyage à faire de notre langage.

H : Moi, je voudrais donner un petit exemple de ce que vous dites, Madame. On a eu une journée de travail… sur le Sauveur, Christ Sauveur. J’ai essayé de me demander qu’est-ce que cela voulait dire : Sauveur, pour quelqu’un qui n’a jamais entendu parler du christianisme. Alors j’ai lu très attentivement Le Progrès, pendant huit jours, et j’ai essayé de repérer chaque fois qu’on retrouvait le mot Sauveur. J’en ai conclu que le sauveur, c’était un pompier, accessoirement le glorieux sportif qui marque le but etc, et puis de temps en temps l’homme d’affaire qui sauve l’entreprise… C’est embêtant, quand même…

HB : Oui, mais il y a bien un rapport…

F. : Ce qui me frappe, au contraire : c’est inimaginable le nombre de personnes qui attendent, qui attendent Dieu en réalité… Dès qu’on se trouve en tête à tête, ils abordent le sujet, ils se posent des questions. Ils font comme si Dieu n’existait pas, mais ce n’est pas vrai qu’ils ne s’y intéressent pas. Cela me frappe beaucoup.

HB : Je crois que, pour parler de Dieu, on n’a pas besoin d’avoir toujours des conversations religieuses. Cela peut venir à l’horizon, à partir d’une conversation qui est plutôt morale…

* questions de cohérence et d’unité

H. : Il y a des jeunes parmi nous. Il serait intéressant de recueillir leur témoignage…

HB : Parmi les jeunes, certains veulent-ils répondre ?

F. : Ce qui m’arrête, c’est le manque de cohérence qui transparaît dans le christianisme. Concrètement, qu’est-ce qu’on pourrait faire pour retrouver l’unité de l’Evangile ?

HB : Vous savez, c’est assez simple… D’abord, il ne faut pas vouloir une unité monolithique. (…)Il faut que, dans chaque continent, il y ait des relais. Les conférences épiscopales sont, par vocation, faites pour cela : saisir la sensibilité des gens du lieu, l’exprimer, aller écouter les autres, et puis essayer de négocier entre eux.

Par ex. , il y a un grand débat, aujourd’hui, sur le rôle de Jésus pour l’Hindouisme. Si je suis de tradition hindoue, et si j’entends parler de et qu’on me dit que Jésus est le seul sauveur, je ne peux pas admettre cela, parce que je me dis : il y a Vishnou, Ishvara, etc. Il y a beaucoup de figures de dieu. En même temps le christianisme dit qu’il y a quelque chose d’unique en Jésus. Il faut se mettre d’accord pour dire : il y a quelque chose d’unique en Jésus qui peut être présent en tout être, même quand on n’en a pas conscience, et qui est d’un autre ordre que ce que Vishnou ou Shiva manifestent.

Ce n’est pas très compliqué. Seulement, pour le dire, on va employer des mots qui ne sont pas forcément les mots habituels. Et certains censeurs s’inquiètent, en disant : on ne s’y retrouve pas. Donc il faut que, localement, des gens responsables soient assez lucides, à la fois pour comprendre ce qui est en train de se passer, pour parler aux autres, pour écouter ce que les autres ont à dire. C’est comme cela que ça fait une Eglise.

Tout à fait au début de l’Eglise, il y a eu une querelle à propos de la date de Pâques, entre les gens d’Orient et les gens d’Occident. Et un évêque de Lyon, de l’époque, qui s’appelait Irénée, écrit au Pape en lui disant : L’unité des pratiques ne doit pas l’emporter sur l’unité de la foi. Donc il était d’accord pour qu’il y ait plusieurs usages. Et finalement, il l’a emporté…. A Rome, ils étaient étonnés…. Ces choses arriveront, mais c’est un peu laborieux…

F : Peut-on dire que actuellement il y ait une certaine unité de la foi ?

HB : L’unité de la foi, elle se trouve où ? Elle se à la Source. Elle se trouve dans une prière qui est commune parce qu’elle est orientée vers Jésus-Christ, dans l’Esprit Saint.

Mais ensuite elle peut se traduire dans des formes liturgiques variées. C’est déjà le cas d’ailleurs. On n’est pas obligés de faire tous les mêmes gestes.

Et puis il y a eu une forme de Credo, venue de l’Antiquité, sur laquelle d’ailleurs les gens s’étaient mis d’accord à l’époque. C’est une sorte de relique.

Mais cela n’empêche pas de le dire un peu autrement. Le Credo a place dans la messe, chez les orientaux, comme nous ici. Il n’y a pas de raison de l’omettre. Mais en même temps, libre à chacun d’essayer d’exprimer la foi d’une autre manière.

Il faut connaître, il faut être un peu cultivé, au bon sens du mot, pour connaître ses sources, et en même temps, on ose….

* questions actuelles

H. (passage inaudible). Je pense que, si les générations actuelles prennent de la distance, c’est parce que les jeunes savent aujourd’hui que la France est une petite chose dans le monde, et que le christianisme est un « système », comme une idéologie…

HB : Oui, mais vous n’allez pas passer toute votre vie en répétant cela ! C’est vrai. Mais, qu’est-ce qui va se passer ? Il y a trop de gens, dans votre génération ou dans la génération précédente, qui disent : l’Eglise, c’était l’Eglise de mon enfance, etc.

H :….Oui, mais ce qui se passe en ce moment, c’est pas comme du temps de saint Irénée. C’est : qu’est-ce que le christianisme ? qu’est-ce que cela m’apporte ? Il y a toujours ainsi, des gens qui s’approchent du « système »…

HB : Il y a quelque chose d’assez énigmatique dans la culture actuelle. C’est d’une part l’impardonnable (je change de sujet). Est-ce qu’il peut y avoir de l’impardonnable ? D’autre part, est-ce qu’il y a des choses qui sont inconciliables.

Exemple d’impardonnable : On vient de republier un roman allemand, assez beau : c’est un juif qui se trouve en corvée, il va voir un SS en train de mourir, le SS voudrait que ce juif lui pardonne, et le juif lui dit : cela ne peut pas se pardonner. Et l’auteur dit : ce n’est pas pardonnable.

De la même manière il y a des choses qui sont des concepts inconciliables. Je crois qu’il est un peu honteux qu’avec les intégristes, on se fasse l’illusion qu’il y a une compréhension possible. Il y a là une limite qu’on ne peut pas dépasser. Parce qu’ils disent : on va se mettre d’accord, mais on ne changera rien du tout à nos pratiques et nos idées. Si on part sur ces données…

H : Je suis étudiant aussi. On discute un peu avec eux. Il me semble qu’il y a une certaine recherche, justement, de la vérité. Donc on peut parler de différences… Mais ils disent : on veut bien, mais il y a beaucoup de jeunes qui sont complètement athées, donc. On a l’impression qu’ils recherchent quelque chose, une certaine vérité, qui existe, qu’ils aimeraient bien trouver. Je suis catholique, mais est-ce que l’Eglise actuellement, ne répond pas tout à fait à la demande des jeunes…

HB : C’est déjà à vous de répondre…

* Eglise et christianisme

…- Ce que vous venez de dire est intéressant. Mais je n’ai pas l’impression que vous soyez optimiste sur l’avenir de l’Eglise, ou sur le christianisme.

HB : C’est ça : je distingue beaucoup, quant à moi, beaucoup, l’Eglise et le christianisme. L’Eglise, c’est une forme sociale qui est ce qu’elle est, etc. Mais l’intéressant dans l’Eglise, c’est le christianisme, c’est la foi. Ce que je sais, c’est qu’il y a chez beaucoup de gens une attente de vérité, de sens, etc. Mais que souvent, c’est à partir de là qu’il faut causer. Cela fait une trace. Et soi-même on reçoit des choses… Mais cela ne suffit pas.

Admettons qu’une fois ou l’autre, ces jeunes soient invités à un pèlerinage. Ils reçoivent un tract. Ils y vont. Qu’est-ce qui va se passer, là ? Ou ils écoutent des chansons qui sont trop difficiles pour eux, surtout s’ils ne sont pas présentés. Donc ils disent : c’est bien, il y a de l’ambiance (mais enfin il y a de l’ambiance ailleurs). On n’a pas dansé, mais on aurait pu danser.. Mais cela ne leur permet pas d’aller un peu plus loin. Il faut des plus petits groupes. Mais cela va venir… Des cafés théologiques…

…. - Ce n’est pas ce qui se présente actuellement…

HB : : Cela existe à Lyon, il y en a (…). Evidemment, l faut un bon meneur…

* prendre son temps sur les débuts

F : … le manque de cohérence… On voudrait bien savoir qu’est-ce qu’il faut penser, qu’est-ce qu’il faut faire ? et on a du mal à trouver des réponses.

HB : Oui, mais enfin, on ne perd jamais son temps à bien faire le début. Vous voyez ce que je dis, là. On ne perd jamais son temps à s’appliquer au début. Ensuite on peut discuter sur les applications, ou sur les mises en œuvre. Mais le début, c’est d’avoir l’occasion de parler de cela, et, le moment venu, d’ouvrir un texte qui s’appelle Bible, et où on rencontre des gens qui ont eu des expériences assez fortes. Si on veut rajouter ensuite l’expérience de Charles de Foucauld, Thérèse de Lisieux, très bien…Après, c’est une autre question de savoir comment on met cela en pratique.

Mais je trouve que, les jeunes, il ne faudrait pas que vous soyez épouvantés par la diversité terminale. Sentez-vous unis plutôt dans la source. J’aime mieux – pour dire mon sentiment – quelqu’un qui dit : je m’ennuie à la messe, donc, je vais trouver 3 autres personnes pour parler de la Bible : il fait quelque chose. Et dans la messe il y a de la Bible, seulement il y a aussi beaucoup d’autres choses, dans la messe, qu’on ne connaît pas forcément. Donc il fait un groupe Bible. Simplement, il ne faut pas que, dans son entourage, on aille dire : voilà un nom pratiquant de plus. Il pratique bien quelque chose s’il lit l’Ecriture. Seulement, ce n’est pas complet. Mais il ne faut pas que, dans le christianisme, il y ait la logique du tout ou rien. … Il faut respirer un peu.

F : Est-ce qu’est-ce peux me permettre une question aux jeunes qui sont là : qu’est-ce que font donc les aumôneries parmi les étudiants… Je leur dis : allez voir telle personne. Il ne faut pas manquer les relations de sujet à sujet. Il faut pouvoir trouver la personne à qui parler.

HB : Il y a un aumônier d’étudiants ici…

- L’aumônier : On fait ce qu’on peut. Il y a une diversité de personnes dans les aumôneries. Il y a aussi divers types d’étudiants.

HB : Est-ce que c’est compatible, tous ces groupes entre eux. Ou bien est-ce qu’ils s’ignorent ?

L’aumônier : Très difficile….

(Quelques interventions sur la diversité des étudiants, celle des chrétiens qui peuvent les accueillir, et les types de recherches qu’ils peuvent avoir)

HB : On change un peu de registre… ?

* La vérité et les textes

H ; Si vous permettez, mon expérience a été d’aller à l’essentiel, aux sources, c’est-à-dire les textes. (…)

HB : D’accord. Mais, avant d’aller aux textes, quelle est la vérité ? Quelle vérité peut exister. Evidemment, on ne peut pas rester longtemps là sans venir aux textes, mais… cela dépend des gens. Je parle de l’expérience des recommençants.

On leur propose de faire 4 séances pour réexplorer les bases. Ensuite, il y a un choix possible : ou ils vont vers la Bible, ou ils approfondissent la vérité. Eh bien, tout le monde ne choisit pas la Bible. Parce que, pour un certain nombre de gens, la Bible, cela apparaît comme étant lointain. Cela change ensuite. Mais il y a un moment comme cela… On change de registre…. ?

F. : Vous avez dit quelque chose qui m’interpelle mais qui m’inquiète. Vous avez dit que ce serait bien que l’Eglise discute avec tous ces phénomènes religieux qui ne sont pas toujours clairement institués. Et je trouve que c’est extrêmement difficile. Ondit : on ne peut pas discuter parce que ce n’est pas rationnel, ce sont des sectes. Et en même temps, c’est très difficile : il faut une grande connaissance, un degré de sympathie, alors, comment faire ?

HB : D’abord ce sont des gens. Ensuite on ne peut discuter que si on se connaît assez. Et enfin, si, par ex. je parle avec des Raëliens, ou des gens de Moon, j’essaye de voir ce qu’ils disent, un peu, puis je dis ce que je vis d’abord, puis quels sont les points de différence… Qu’on voit un peu, concrètement, quelles peuvent être les différences… Ce n’est pas ce qui va changer les choses.

F. : Oui, ce n’est pas une matière de débat public.

HB : Non. Je ne crois pas. Cela ne sert à rien.

F . : C’est très différent, quand on échange avec des gens qui ont une vraie tradition…

H. : Par rapport à l’individualisme …J’ai l’impression que, dans la maturité, il faut, à un moment, savoir se positionner, penser par soi-même. Et penser par soi-même, et c’est peut-être,à un certain moment, faire preuve d’un certain individualisme. Cela me paraît important et cela détache un peu par rapport à des rites ou des institutions… Chez les chrétiens, il y a quelquefois de la schizophrénie : je suis chrétien, quand je suis en milieu chrétien, et en dehors, je suis comme tout le monde. Si on veut être chrétien, on est obligé de passer par un certain individualisme…

HB : Cela, c’est le chemin de votre génération. Mais on pourrait dire que, pour les jeunes générations, c’est l’élémentaire. Le problème ensuite, pour eux, c’est de se demander qu’est-ce qu’ils vont pouvoir faire comme Eglise ? Tisser quelque chose…

* Jésus et Dieu

F : Vous avez dit qu’il fallait parler de Dieu et pas seulement de Jésus. Notre génération, il me semble, a découvert Jésus Christ. Cela a été une grande découverte. Mais précisément, est-ce qu’on n’oublie pas que Jésus Christ, c’est aussi le chemin vers son Père. Et j’ai des difficultés avec une adolescente catéchumène, parce qu’on a envie de s’arrêter à Jésus Christ…

HB : Est-ce que vous pensez ça ? Qu’il y a des gens qui insistent beaucoup sur Jésus et qui oublient peut-être la réalité de Dieu ? Il ne se contente pas de dire : regardez-moi, cela suffit…

F. : Moi, j’ai toujours en tête le titre d’un de vos premiers ouvrages qui s’appelait : Mais il y a le dieu de Jésus-Christ…" C’est une phrase qui me revient tout le temps…C’est encore un message important.

HB : C’était l’époque ou Sulivan, romancier français, avait fait un très beau roman : Mais il y a la mer.

Encore… ? On va s’arrêter…

* L’importance des médias

H : Vous avez parlé très souvent des médias. Il me semble qu’un des grands obstacles à beaucoup de gens actuellement, c’est justement l’image que les médias leur renvoient d’eux-mêmes. Les gens vivent d’après l’image qui leur est projetée par la publicité. Les gens ne sont pas forcément en conflit avec l’Eglise, ils sont pris dans une sorte de réseau d’images (publicité, informations), comme une sorte de système qui empêche de réfléchir sur vous-même.

HB : Oui, mais, parce que. Regardez Love story… Les gens ont besoin de supports. Je ne crois pas qu’on puisse uniquement penser par soi-même. On a besoin de relais. Ce qui manque dans notre société, c’est cela. Alors l’image se présente bien comme cela. Une dernière intervention ?

* la vérité en procès

F. Sur la question de vérité, recherchée par les jeunes… vous avez parlé d’un retour à la Source, et des écrits de la Bible. Mais il me semble que si chacun va les interpréter à sa façon, ça risque d’entraîner des divergences, comme on le voit avec les différentes confessions…

HB : Oui, mais la vérité, elle a des caractères propres….

Tout récemment, je me suis dit que Pilate avait donné une leçon à Jésus, quand il lui dit : Qu’est-ce que la Vérité. Peut-être que Jésus, à ses yeux, faisait trop comme si c’était évident. … Cela doit pouvoir se dire, un peu, autrement je suis sans mots. Et il y a des mots simples pour le dire : le don de Dieu, la gratuité, ….l’espérance,

* Appel

H.B. : Deux choses avant de nous séparer :

1- Il se peut que vous connaissiez des gens qui voudraient se remettre à la foi. .Si c’était le cas, il y a le temps, d’ici les vacances, de se rencontrer pour causer… On les appelle des recommençants, pas des gens qui ont simplement une petite panne de foi, mais qui ont abandonné le chemin religieux depuis des années et qui voudraient s’y remettre. N’hésitez pas.. Les meilleurs appels viennent par l’entourage.

2 –On va bientôt avoir ce que l’on fait chaque année, notamment pour des personnes qui ont recommencé, mais d’autres peuvent y venir… : une messe-école. Une messe où on prend le temps de voir un peu comment cela se déroule, le mouvement. Vous pouvez y inviter des gens…

Voilà. Bien le bonsoir !"


Texte retranscrit par l’asssociation Les amis d’Henri Bourgeois.


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