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« Le Cardinal... », d’Olivier Le Gendre

Message évangélique et fonctionnements ecclésiaux

Le cardinal…, d’Olivier Le Gendre

Message évangélique et fonctionnements ecclésiaux

Echo du dialogue d’un journaliste avec un Cardinal dont le nom n’est pas révélé, mais dont le ton, les accents et même la radicalité évangélique évoquent ceux d’Henri Bourgeois. (AHB)


Le livre d’Olivier Le Gendre, L’espérance du cardinal, Ed. J.C. Lattès, 2011, faisant suite à La confession d’un cardinal, paru il y a cinq ans, est un livre plein de sagesse. Le journaliste avignonnais, qui vient de traverser la rude épreuve de la maladie, reprend ici son dialogue libre et désormais profondément amical, avec un cardinal d’Asie du Sud, dont l’identité n’est pas révélée, qui fut un temps membre de la Curie et vit actuellement dans une organisation d’accueil d’enfants déshérités. De ce dialogue, riche de vérité historique mais aussi chrétienne et spirituelle, on pourrait tirer nombre de maximes fortes, comme la tradition spirituelle les aimait autrefois. Un genre qu’Henri Bourgeois, dans son livre Dynamiques de la pastorale, avait aussi adopté.

Ces deux spirituels contemporains, lucides et courageux, profondément humains, ne se connaissaient sans doute pas (qui sait ?). Mais les mots du cardinal, ou du dialogue qui se déroule avec lui, éclairent un peu les situations que nous connaissons, dans les églises dont nous sommes membres. Ils appellent, eux aussi, avec force, à ce qu’Henri Bourgeois exprimait comme un appel à « croire autrement ». « Etonnante église », écrivait-il au seuil de son passage. Une « Eglise étrange », reprend comme en écho, dix ans après, le cardinal. Nous avons souhaité croiser, sur notre site même, et en témoignage à la tradition des « témoins » de la foi évangélique, les propos du cardinal avec ceux d’Henri Bourgeois, en relevant quelques-unes des maximes de sagesse offertes en ce livre.

1. La distance actuelle entre les fonctionnements de l’Eglise et son message.

Le progrès est indéniable, mais demeurent les goûts de faste ou de grandeurs. L’auteur cite celui du cardinal Rodé, chargé il y a peu encore, des Instituts de vie consacrée, photographié à la pose, en capa magna, alors qu’il vient de faire une erreur d’appréciation et de stratégie avec les religieuses des USA. Il y a aussi le repli institutionnel de certains lieux d’Eglise qui porte même atteinte à la mémoire de Vatican II, jusqu’à tenter de le discréditer. Et même le triomphe outrageant (financier, organisationnel, ministériel même) de certains « empires » internes au christianisme et d’ailleurs opposés entre eux, qui tentent de réduire à rien les efforts souvent héroïques du peuple de Dieu, durant quarante ans, pour rendre le message audible et crédible à nos contemporains, jusqu’au jour où se dévoile en eux quelque perversité…. Et devant ce désastre, le mutisme de tant de chrétiens sincères mais plus prompts à « se conformer » qu’à « penser » ou « oser », comme nous le faisons trop souvent.

L’auteur reprend ici la parabole du Roi nu (un conte d’Andersen), à qui seul un enfant osa dire qu’il était nu… , et il y ajoute - rencontre des cultures !- la leçon du temple d’Angkor, où le roi, enfermé dans son mirifique palais, finit par disparaître, à force d’être coupé de ses sujets…. En somme : la fin des colosses aux pieds d’argile, tandis que « la sagesse des enfants crie dans les rues…. »

1. « Quand le roi a le sentiment que la situation lui échappe, il s’enfonce dans des atours qui le rassurent mais lui enlèvent toute souplesse. » (p. 35)

2. « Le fonctionnement de l’Eglise l’empêche de porter de manière crédible et sereine son message. » (p. 38)

3. « La première cause d’un affaiblissement durable est la fermeture, le repli sur soi, des civilisations, des cultures, des institutions. » (p. 46)

4. « Il y a une stratégie évidente, de la part d’organisations, au sein de l’Eglise, pour, au nom de leur idéologie plus politique que religieuse, tenter d’effacer de la mémoire de l’Eglise, le souvenir des enseignements de Vatican II. » (p. 54)


2. Des fonctionnements détournés

Il ne s’agit pas de canoniser la pauvreté matérielle mais d’entendre l’appel des béatitudes, dans nos fonctionnements même. S’adressent-ils toujours à ceux qui ont l’honneur, la place, etc. ? Ou font-ils quelque place au silence des « blessés » ? Visent-ils toujours à accroître une zone d’influence ou de pouvoir, au risque de déresponsabiliser ou d’uniformiser ? Entretiennent-ils le secret des dirigeants ou de petits cercles sur leurs propres choix, ou visent-ils à la clarté des orientations et à la participation de tous les membres ? Et pourquoi s’étonner, dès lors, de la perte de confiance des petites gens, les « gens de rien », comme on dit, les oubliés de l’histoire… et l’éloignement de ceux qui avaient espéré en ce chemin ? « De ce temple, disait Jésus, dans sa polémique avec les pharisiens,, il ne restera pas pierre sur pierre… ». D’où sans doute les lézardes apparues ces derniers temps.

5. « L’Eglise abrite des blessés et des triomphants. On entend beaucoup le bruit de ces derniers et on ne prend pas assez en considération le silence des premiers. » (p. 56)

6. « Plus l’autorité est vaste et sacralisée, plus elle uniformise au lieu de responsabiliser et de dynamiser. Et plus elle fragilise le corps entier. » (p. 62)

7. « Le secret dispense les dirigeants de rendre compte de leurs actes et de leurs décisions… » (p. 123)

8. « Notre foi n’est pas une foi d’initiés, mais une foi offerte aux simples ». (p. 141)

9. « Le haut gouvernement de l’Eglise a toujours nié la réalité de (ses) erreurs, (c’est pourquoi) la confiance que les petites gens avaient mise en lui a été minée progressivement. » (p. 149)

10. « Là où il est possible de modifier le fonctionnement (pour libérer le message), il ne faut pas du tout s’en priver. Là où c’est impossible, il faut abandonner le terrain. » (p. 150).


3. Quelques tests évangéliques

La pauvreté « en soi », d’abord, et curieusement, cela se vérifie tous les jours. Celui qui la vit n’a pas besoin de hausser le ton pour dire la nouveauté de l’évangile au quotidien… Cette pauvreté-là donne le goût d’ouvrir des portes plutôt que d’en fermer par de multiples lois et règlements, d’ailleurs parfaitement inopérants. Ensuite, la recherche d’une charité qui soit aussi vérité et non peur du risque ou peur des retours. « Le premier qui dit la vérité… », chantait un troubadour des années 50. Enfin un test qui se vérifie, lorsque, en voisinage populeux et mêlé, on réussit à fraterniser avec des femmes voilées ou avec des hindous qui confondent résurrection et réincarnation, parce qu’on cherche à valoriser ce que l’on peut avoir de commun, quelle que soit la conception de la vie : le sens d’une certaine fierté humaine, l’amour et la responsabilité vis-à-vis des enfants, le sérieux du travail, et cette loi fondamentalement évangélique : « rendre le bien pour le mal » ou du moins « ne pas faire à autrui ce que nous n’aimerions pas que l’on fît à nous-même ou à ceux qui nous sont chers ».

11. « L’Evangile n’est vraiment audible que par ceux qui portent une pauvreté en eux. » (p. 187)

12. « Si l’Eglise ferme des portes au lieu d’en ouvrir, elle doit examiner ses pratiques et se demander si… elle ne se comporte pas comme les pharisiens qui multiplient les obstacles devant les pas des petites gens. » (p. 236)

13. « Oui, il y a un mauvais usage des religions et des idéologies, celui qui consiste à faire passer une prétendue vérité avant la charité (…). La vérité est charité, et la charité est vérité. Si la vérité est imposée sans la charité, elle est immédiatement dénaturée » (p. 252)

14. « Même si les foi-s sont différentes et antagonistes, la manière de les faire progresser et de les vivre peut être un socle d’entente entre elles. Le respect, l’attention aux autres, le refus du sectarisme et de l’intégrisme, la prière comme à Assise, l’écoute peuvent réunir les religions, même si elles ne reconnaissent pas le même Dieu. » (p. 254)


Lire aussi quelques écrits d’Henri Bourgeois sur les évêques : Les évêques et l’Eglise, A propos du rôle des évêques, R. Les évêques et l’église. Un problème, Le rôle des évêques,

sans oublier bien d’autres écrits approfondissant les sujets évoqués dans ce livre : Cf. Bibliographie et Textes.


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