Que devient la paroisse ?
Mort annoncée ou nouveau visage ?
Coll. Pascal Thomas-Pratiques chrétiennes,
n° 11, DDB, 1996, 2e édition.
La paroisse, une réalité connue et mal connue, dit Henri Bourgeois. On pourrait dire aussi une réalité très critiquée mais indispensable, et une expérience évangélique que l’on ne choisit pas et qui n’est pas que routinière, car elle peut être aussi imaginative. Nous extrayons de ce dossier, pratique et théologique, préparé avec le groupe de chrétiens, 25 citations qui, on le verra, peuvent re-dynamiser des manières de vivre « paroissialement ».
Elles sont tirées de 4 chapitres traitant de l’image des paroisses, de leur espace original, de leurs services et de ce qu’elles ne sont pas. Le ch. 5, sur « Les fonctions et les rôles dans la paroisse », est trop complexe et nuancé pour pouvoir être seulement effleuré. Et le ch 2 : « La paroisse, une manière de vivre l’évangile » sera intégralement reproduit sur le site, sous la rubrique Textes.
On ne peut que recommander la lecture de ce livre à ceux et celles qui ont quelque souci de la vitalité évangélique d’une paroisse. Ils y trouveront, à chaque chapitre, un lot de questions pour aider à un travail en groupe.
En annexe, une liste d’études et de documents sur la paroisse et ses enjeux, ainsi qu’un Index thématique sont fort utiles pour une consultation rapide. (AHB)
Connue et mal connue
1. « La paroisse ? C’est une réalité à la fois connue et mal connue. Connue : le clocher, les mariages, les enterrements, les baptêmes, la messe. Mais aussi une réalité ignorée : « Il y a une église dans notre quartier ? Vraiment je ne savais pas » a dit l’un de nous qui habitait depuis dix ans une banlieue de grande ville. »
Un point de repère stable
2. « Même si beaucoup de baptisés n’ont pas de vie paroissiale proprement dite, on peut dire que la paroisse est un point de repère stable. Ce point de repère n’est plus toujours connu… Mais il est visible en principe. Et il est offert à tout le monde, y compris aux gens qui n’ont pas assez d’audace pour entrer dans une communauté plus petite. »
Occasion de rencontrer
3. « On peut dire que la paroisse offre l’occasion de rencontrer des personnes que l’on ne fréquenterait pas dans la vie professionnelle et amicale, ni non plus dans une communauté restreinte, constituée de façon à peu près homogène. »
Une limite
4. « Une limite objective : la paroisse, étant donné ce qu’elle est, a tendance à absorber ceux qui s’impliquent en elle, au risque de les couper, soit des questions de la vie sociale, soit des enjeux plus larges de la vie ecclésiale…. On peut éviter (ce danger) si le groupe animateur a assez de rigueur pour ne pas multiplier inutilement les réunions et pour susciter assez de participation autour de lui, dans le public paroissial. »
Une base territoriale
5. « La base territoriale de la paroisse permet d’abord d’expérimenter ce qu’on appelle aujourd’hui une communication de proximité, faite de relations humaines assez immédiates, d’un minimum de connaissance entre les personnes, et d’une possibilité de vérifier assez vite, assez concrètement, les effets des décisions prises. »
Un service et une mission
6. « La base spatiale de l’institution paroissiale veut dire… que l’Eglise, ici et maintenant, est au service de la société telle qu’elle existe localement et aujourd’hui. Elle signifie également que la mission ecclésiale consiste à assumer ce que vit une population pour l’exprimer devant Dieu et pour annoncer à tous que le Royaume de Dieu est disponible… La paroisse n’est assez « territorialisée » que si elle connaît et aime le lieu où elle vit et les gens dont elle est solidaire. »
Une vie de foi en mouvement
7. « Paroissialiser, ce n’est pas seulement être d’un lieu, d’un endroit, et vivre sa foi sur cette base. C’est aussi et en même temps être en mouvement vers Dieu, en route vers le Royaume… (être accueilli, recevoir l’évangile, accueillir).
Une nouvelle structuration
8. "Depuis une trentaine d’années, « Les regroupements paroissiaux, tout comme les processus d’intercommunalité, font apparaître une nouvelle structuration de l’espace… En ce sens, l’Eglise actuelle est traversée par deux logiques qui ne sont pas immédiatement compatibles. L’une s’oriente vers une vie en groupe élargi et l’on voit bien ce que ces dimensions peuvent apporter. L’autre plaide pour le local et maintient que l’Eglise existe là où deux ou trois se rencontrent au nom du Christ… Pratiquement, il appartient à la paroisse – traditionnelle ou nouvelle, autonome ou regroupée – de négocier la relation entre les deux dynamiques. »
Priorités ?
9. « Régulièrement, dans la pastorale, on parle de « priorités » : pour les pauvres, pour l’évangélisation ou la mission. Ce terme a sûrement l’avantage de mettre des accents et d’éviter que tout soit sur le même plan…. Son inconvénient toutefois, c’est de ne pas dire quelle relation exacte s’établit entre ce qui est prioritaire et ce qui ne l’est pas. Car, bien entendu, ce qui est prioritaire ne peut être exclu purement et simplement. »
Ou axes pastoraux ?
10. « Aussi peut-on parler aujourd’hui d’axes pastoraux. Ce terme indique des orientations. Il organise la diversité en évitant la juxtaposition pure et simple des activités. Il donne une place aux différentes actions, mais une place relative. Il fait apparaître des connexions et aussi, éventuellement, des tensions entre ce qui se fait. L’important, ici, c’est que le terme soit au pluriel… Il y en a forcément plusieurs. Mais ces axes sont articulés entre eux et structurent l’espace pratique en l’orientant. »
Eucharistie et baptême
11. « L ‘eucharistie paroissiale n’a toute sa portée que si le groupe des pratiquants entretient en lui un sens suffisant du baptême. Car, sans ce sens baptismal, l’eucharistie apparaît comme une assemblée, ce qu’elle est effectivement, mais pas assez comme un mystère où chacun des participants est impliqué, dans sa propre vie et dans son propre chemin pascal. »
Devenir des signes d’évangile
12. « Quand on y réfléchit, en fin de compte, la paroisse n’est pas seulement un lieu où l’on trouve des moyens religieux pour vivre en chrétien. On peut dire plus encore qu’elle entraîne ceux de ses membres qui le souhaitent ou le veulent, à devenir eux-mêmes, personnellement et ensemble, des signes d’évangile sur le territoire considéré. »
Un besoin de rencontres ouvertes
13. « Ce qui paraît trop absent de la vie paroissiale habituelle, c’est la tenue de rencontres ouvertes, non réservées aux initiés, sur des thèmes d’intérêt commun : le sens de la solidarité, la solitude, la confiance, la vérité, la transmission entre générations, la façon de prier, le rapport aux morts, la possibilité d’être libre dans l’Eglise, la signification propre de l’évangile, les sectes, etc. De tels débats, quand ils existent…, montrent que des non-pratiquants prennent par à des réunions lorsqu’il leur semble pouvoir s’exprimer et être entendus. »
Savoir informer
14. « La communication paroissiale doit encore avoir pour objectif d’assurer une information minimum sur ce qui se passe, se fait et aussi se dit dans la paroisse. Ce besoin.. n’est pas facilement honoré. Dans beaucoup de cas, les responsables eux-mêmes sont à peu près informés et n’éprouvent pas le besoin de redistribuer l’information qui leur parvient. S’instaure ainsi un type de relations unilatérales entre eux et les groupes qui exclut les articulations horizontales entre groupes »…
« Une fois de plus, on constate le besoin d’un rôle de communicateur paroissial, moins impliqué que le curé ou l’équipe d’animation, et ayant pour fonction de faciliter la compréhension réciproque… »
Un réseau communautaire dans la paroisse ?
15. « Paradoxalement, pour faire exister la réalité paroissiale dans sa valeur d’unité et dans son rôle de signe, il est à peu près indispensable de développer un réseau communautaire qui puisse apporter aux baptisés ce que l’institution paroissiale ne peut les aider à vivre suffisamment. Si bien que la constitution de petits groupes qui vivent en communication ne porte pas atteinte à l’unité de l’ensemble mais au contraire la développe. »
Services et service du spirituel
16. « Sans du tout minimiser les services que la paroisse et ses membres peuvent rendre aux démunis ou aux blessés de la vie, dans la population locale, nous voudrions souligner un autre domaine également concret et également utile aux gens de l’endroit, le service du spirituel ». Et l’auteur énumère : un témoignage d’espérance, de paix et de réconciliation, des moments de calme et de silence, des rencontres-débats, de mémoire de l’expérience spirituelle commune.
Un rôle de mémoire
17. « Ne disons pas que la paroisse doit se faire mémoire du quartier ! Mais bien des choses en elle la prédisposent à aider les gens à ne pas oublier leurs racines si elles sont ailleurs, ni le passé humain du lieu où ils vivent et qu’ils ne connaissent pas toujours. »
Un binôme à cultiver
18. « Le binôme « spirituel-communication » demande sans doute à être aujourd’hui approfondi, en prenant en compte simultanément les deux aspects. Le sens du spirituel importe et pour la qualité du rassemblement des baptisés et pour la vérité de la solidarité avec la population. Pas de foi effective sans expérience spirituelle. Le sens de la communication est également décisif. Il ne se réduit ni à quelques gadgets ni au simple et proverbial souci de l’accueil. Il suppose l’accueil des nouveaux venus, la pratique du débat, l’attention portée à l’opinion publique, la manière de réagir quand il y a conflit, le courage de faire des invitations et des propositions, le sérieux de l’information. »
Le climat des responsabilités
19. « Appeler des paroissiens à prendre des responsabilités est probablement stérile si, dans la paroisse, ne règne pas une certaine ambiance simple et cordiale de partage et de communication où chacun puisse avoir librement le goût de faire ceci ou cela ou encore de ne rien faire… Les responsabilités fleurissent quand la responsabilité baptismale est assez développée, de multiples manières, et quand le climat s’y prête ! »
Au-delà de la paroisse
20. « La paroisse n’est pas tout. Elle ne constitue pas l’Eglise à elle seule. Elle ne peut être le seul horizon et le seul lieu d’appartenance de ses membres. C’est en étant ouverte à son au-delà qu’elle peut être elle-même. »
21. « La paroisse n’est pas seulement reliée au diocèse, elle est en relation par lui avec les autres diocèses, la région apostolique, l’Eglise du pays et plus largement l’Eglise du monde. »
Paroissial et non paroissial
22. « Un certain nombre de réalités ou d’initiatives non paroissiales rencontrent, en fait, l’Eglise des paroisses au plan du diocèse. Les diocèses ont organisé des structures de concertation… Mais une difficulté supplémentaire apparaît quand le non paroissial veut prendre en charge le paroissial… Etre aumônier ou être curé, ce n’est pas la même chose… Et la paroisse, comme l’expérience le montre vite, est une réalité d’un autre ordre qu’une communauté ».
Un changement en cours
23. « Bien des changements sont en cours… Ce qui est en jeu, aujourd’hui, c’est probablement la redéfinition de ce que nous avons appelé une « conscience paroissienne »… Cette originalité est à percevoir. Elle tient au fait que l’on ne choisit pas les personnes avec qui on « fait paroisse », elle est liée aussi au caractère multifonctionnel de la paroisse ouverte à tous, elle découle enfin du fait que la paroisse est un espace de synthèse, mais de synthèse limitée, ouverte sur ce qu’elle n’englobe ni n’intègre. »
Ne fermons pas les yeuxx
24. « Reste alors l’autre population à laquelle la paroisse se réfère, celle des non-pratiquants, celle aussi des non-chrétiens. Beaucoup de ces personnes, il serait vain de l’oublier, n’ont à peu près aucun intérêt, sinon très épisodiquement, pour la réalité paroissiale. Et il y a effectivement un écart colossal entre la réflexion qui accompagne aujourd’hui la paroisse et en assure la lucidité et la dynamique, et l’immense distance distance qu’a par rapport à elle la plus grande part de nos contemporains. Ne fermons pas les yeux sur l’évidence ! »
Une situation sacramentelle
25. « Mais précisément ce n’est pas rien que de se sentir solidaire d’un monde et en même temps peu crédible et peu utile pour ce monde. C’est dans cet espace évangélique difficile mais exigeant et peut-être salutaire que se tient la paroisse. Elle se sait tout à la fois rassemblement d’un petit nombre et signe de l’amour de Dieu pour le plus grand nombre. Théologiquement, cela s’appelle une situation sacramentelle. Deux attitudes découlent de cette vocation : la première, c’est la foi et l’espérance évangéliques… ; la seconde, c’est le réalisme pratique…"


