En lisant :
La mort. Sa signification chrétienne
Coll. « L’horizon du croyant », Paris-ed.Desclée, Ottawa-ed.Novalis, 1988.
Ouvrons ce petit livre d’Henri Bourgeois, à la fois très personnel, humble et amical, et pour cela même de portée large et universelle.
La couverture, inquiétante, reproduit sur fond noir un fragment d’une peinture de Hans Baldung Grien (1510) où la mort, figurée par un spectre osseux, hideux et déguenillé, s’approche d’une beauté dénudée, occupée ailleurs et dont le regard semble se figer dans le vide. D’une main, le spectre tient un sablier au-dessus de la tête de la jeune femme, tandis que de l’autre main il tire à lui un voile transparent enlaçant le corps de la belle amante dont l’attention vient de s’arracher au miroir et aux amours. On peut y voir la mise en scène de la condition humaine - et pas seulement féminine… - où la conscience du temps « qui-va-vers-la-mort » inscrit en tout sa marque énigmatique.
Quatre lecteurs, quatre recensions, accompagnent notre première lecture. On y percevra le développement du raisonnement de l’auteur en ses sept chapitres. Mais à l’expérience, ces recensions s’avèrent, ici ou là, défaillantes… Et le livre - bien relu - fait tomber certaines de leurs craintes ou critiques. Tant il est à la fois facile de lire et difficile de lire vraiment.
Une bibliographie sélective bien classée peut aussi retenir l’attention. On y remarquera avec intérêt la mention d’un livre de Louis Bourgeois, un frère poète d’Henri, Poètes de l’au-delà. D’Eluard à René Char, auquel l’auteur dédie son livre comme à celui qui lui a ouvert le chemin des poètes de la mort. Un signe de plus du ton fraternel et lumineux de ce beau livre qui, à bien des égards, peut se lire comme un testament.
Il n’est pas jusqu’à l’un de ces « témoignages de mourants dont on fait mémoire avec soin » relevés par l’auteur, qui prend pour nous aujourd’hui, à la relecture de ce livre, une portée prémonitoire. C’est celui que rapporte Jérôme, au IVe siècle, parlant de la mort de sa soeur, sainte Paule : « Elle se tut, ferma les yeux… Son esprit défaillait. Elle tenait un doigt sur sa bouche pour y dessiner le signe de la croix... Son âme, pressée de se libérer, transformait en louange ce râle lui-même par où finit la vie des mortels. » (p. 107). Il est pour le moins étrange que, au dire d’un de ses frères, seul témoin de son départ, ce geste ait aussi été celui d’Henri Bourgeois. Ultime et indicible témoignage de la victoire de la foi sur les ténèbres, de l’amour sur la mort, offert à Celui en qui il avait cru et dans l’amitié de qui il avait vécu. (MLG).
- Dans Mélanges de Science Religieuse, 1990, 47, n° 2, p. 117-118.
« On a peur de la mort, et en même temps pourtant, aujourd’huï la mort suscite un nouvel intérêt, « L’Occident qui semblait, il y a quelques années encore, censurer la mort et la mettre entre parenthèses, paraît assister à un « retour de la mort » analogue à d’autres retours, comme celui, ambigu, de la religion » (p. 37). On entend annoncer que certains ont exploré sa banlieue et sont revenus pour témoigner de sa lumière. Des hôpitaux se soucient davantage d’accompagner les mourants, au-delà des soins palliatifs. Ici ou là, on reparle du traditionnel « art de mourir ». La religion a le courage de regarder dans sa direction.
C’est dans cette perspective chrétienne que se situe le présent ouvrage.
L’auteur y étudie d’abord ce que recouvrent l’expérience de la mort et les langages qu’elle se donne, puis la « célébration de la mort » : « Célébrer la mort au fil des jours, c’est d’abord, pour les chrétiens, célébrer le Christ mort… Jésus a « vécu » sa mort comme une véritable célébration. Il l’a inaugurée par le repas pascal du Jeudi Saint où il annonce l’étrange nouvelle de son départ et le sens d’amour et d’offrande que va prendre l’événement » (p. 64).
Le chapitre IV offre une belle étude sur ce que la Bible dit de la mort : « Les croyants n’échappent évidemment pas à la loi de la mort. Mais ils sont préservés de ce que la mort porte au fond d’elle et qui est malentendu avec Dieu. En quelque sorte, mourir en gardant la parole divine, c’est inverser le récit de Genèse 3. C’est rendre en soi la création à sa vérité initiale » (p. 87) ; la mort proprement dite, c’est celle qui est lieu de la foi : « Lazare est mort, et je me réjouis pour vous d’avoir été là afin que vous croyiez » (Jn 11, 15… Jésus a vécu sa mort… comme un acte de confiance en son Père et une adhésion à sa fidélité inconditionnelle » (pp. 87 et 95).
Le chapitre V offre une étude des déplacements qu’a connus en Occident la conception de la mort.
Le chapitre VII présente une réflexion théologique sur la mort à partir de l’idée : « La mort provient de la création. Elle signifie notre limite constitutive… La mort est la conséquence de la condition créée (p. 129).
En terminant, l’ouvrage évoque quelques question actuelles : l’accompagnement des mourants ; la mort voulue ; la mort donnée ; la mort possible ; l’incinération ; la réincarnation et la foi chrétienne.
L’ouvrage est solide, appuyé sur une documentation à la fois abondante et discrète. Bon instrument de travail. »
- Dans Etudes, nov.1988, 369-5, 572.
"La réalité de la mort est aujourd’hui souvent camouflée, ou fuie furtivement. Elle n’en continue pas moins d’imposer sa présence. Elle a même suscité, ces derniers temps, un regain d’intérêt. L’ouvrage de Henri Bourgeois part d’une certaine arnbiguïté, peut-être constitutive de la réalité de la mort.
Il analyse l’expérience dans ces perspectives et écoute les langages qui essaient de la traduire, notamment celui des poètes et des célébrations qui sont faites de la mort.
Puis il ouvre le dossier biblique, avec le sain réalisme en même temps que les ouvertures qui le caractérisent.
Ces différentes enquêtes introduisent une réflexion théologique. Les ambiguïtés dévoilées par les analyses précédentes, et qu’on rencontre aussi tout au long de l’histoire, ne sont pas absentes de la compréhension de la mort que propose la foi. A un premier niveau, la mort est liée à la finitude de notre condition. Elle est, dans ce sens, normale. Mais tout se joue au niveau de la liberté : dans la manière d’assumer cette mort, ou, si l’on veut, de la vivre ou de la traverser. On peut alors, soit la laisser s’abîmer dans les ténèbres de la désespérance, soit la laisser éclairer par la promesse de vie incluse dans la foi.
Le livre s’achève par l’examen, rapide mais judicieux, de quelques questions actuelles : accompagnement des mourants, suicide, euthanasie, incinération, réincarnation. Le tout est clair, ferme et suggestif."
- Dans Nouvelle Revue Théologique, 1989, 111-6, p. 1067.
"Sujet toujours fascinant que la mort et tâche malaisée que d’aborder sous une forme accessible au grand nombre les difficiles questions qu’il soulève.
L’Auteur recueille d’abord les données de l’expérience commune et leur traduction au niveau du langage, recourant volontiers en cela aux poètes, habiles à déployer la force des symboles.
Entrant alors dans le vif du sujet, il parcourt les étapes de la célébration de la mort : contemplation du crucifix, prière pour les morts, baptême et eucharistie, onction des malades, viatique et funérailles. Pour nourrir la réflexion chrétienne, il convoque la Bible et les travaux des historiens de la mort, aborde ensuite les problèmes théologiques (Dieu et la mort, l’âme et la mort, résurrection et immortalité… ) et quelques questions actuelles (la mort voulue, donnée, l’incinération, la réincarnation… ).
Le souci louable de traiter dans un espace réduit toutes les faces du sujet empêche d’accorder le relief voulu a son axe central. L’expérience chrétienne de la mort s’acquiert essentiellement par le baptême, qui invite à passer de la mort à la vie par une conversion permanente de l’égoïsme pécheur au don de soi ; elle s’épanouit dans l’eucharistie, mémorial vécu de la mort et de la résurrection du Christ et anticipation de la nôtre. On discutera le présupposé de l’Auteur - lourd de conséquences - que la mort est en soi naturelle. Enfin certaines apories se dissiperaient si, au lieu de considérer seulement le sort de l’individu, l’attention se portait d’abord sur la communauté chrétienne au sein de laquelle prennent sens les destinées individuelles."
- Dans Esprit et Vie, 1989, 16 novembre, p. 634-635.
« La mort ne cesse de susciter un intérêt nouveau chez nos contemporains. Une des preuves en est le nombre d’articles et de livres récents consacrés à ce thème. L’ouvrage de H. Bourgeois, théologien de Lyon, se limite à la signification de la mort telle qu’elle est perçue en Occident.
Le chapitre I envisage l’expérience de la mort (pp. 11-34). Il s’agit d’une expérience énigmatique dans laquelle le mourant attend de la part des vivants des gestes d’ amour et de soutien car la mort suscite une angoisse parfois accablante. Sensibilisés par la mort de Jésus, les chrétiens se montrent attentifs à la mystérieuse relation entre l’amour et la mort. Le message chrétien constitue une remarquable humanisation de la mort.
Comment parler de la mort ? (Ch. II, pp. 35-47). Il faut en parler car elle triomphe vraiment lorsqu’elle parvient à enfermer les humains dans le mutisme. Elle est une tradition qui fait partie de notre vie et qui, au cours des siècles, a donné lieu à la formation d’un langage symbolique : départ, voyage, traversée, migration, adieu au soleil. A côté de ces paroles d’obscurité, il y a des paroles d’appel car la mort est un achèvement de notre liberté.
Pour les chrétiens, la célébration de la mort est importante (Ch. III, pp. 59-81). La liturgie de l’Église constitue une poésie originale et un acte de mémoire accompli dans le sillage de la croix du Christ. La mort est inséparable du baptême et de l’eucharistie, celle-ci signifiant la fidélité de Dieu à l’égard des hommes. Nous possédons un langage biblique de la mort (Ch. IV, pp. 83-102). Langage précieux et discret, il fait sans cesse mémoire des défunts et nous laisse une interprétation authentique de la mort de Jésus.
La mort a son histoire (Ch. V, pp. 101-126). Ces derniers temps, des historiens se sont intéressés aux déplacements que la conception de la mort a connus en Occident, mais on n’a pas assez insisté sur toute l’articulation de la tradition chrétienne. La voix des martyrs mérite d’être entendue : courage de la foi et mémoire de la mort dans la perspective du Christ. Le Moyen Age parlait volontiers de la bonne mort, la personnalisait et l’encadrait de façon nouvelle par la liturgie funéraire. Grâce au clergé et aux théologiens se sont développés une spiritualité de la mort et tout un éventail de croyances à l’au-delà. Dans cette longue tradition, la Réforme fut une rupture car elle contestait des pratiques et des croyances séculaires : purgatoire, indulgences, prière pour les morts. En face de ce raidissement, le catholicisme a poursuivi l’élan du Moyen Age et a cherché à maintenir le sens évangélique de la mort. Insensiblement s’est créé un courant mettant la mort en marge du christianisme : sécularisation des rites, déplacement des cimetières hors des villes, mort romantique, héroïsation de certains personnages, spiritisme. L’époque contemporaine a tenté de marginaliser la mort mais celle-ci est redevenue une des grandes préoccupations actuelles.
L’ouvrage se termine par une réflexion théologique (Ch. VI, pp. 127-150) et par un ensemble de questions actuelles (Ch. VII, pp. 150-171) traitées brièvement : l’accompagnement des mourants ; le deuil ; l’homicide ; l’avortement ; l’incinération, la réincarnation.
Pour plus de renseignements, voir l’article bibliographique : La mort. Sa signification chrétienne.
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Voir le texte proposé en Textes de 10 à 20 pages. et l’analyse d’une lectrice La mort. Sa signification chrétienne.