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La foi baptismale

La foi baptismale

Le baptême ? Un « commencement », dit H. Bourgeois, « Une fête de lancement », qui peut se vivre à tout âge… C’est cette saveur et ce mystère de renouvellement qu’il tente de présenter, simplement et ardemment, dans un petit livre de 138 pages, en sept chapitres brefs et lumineux : Le baptême et la vie baptismale. Nous présentons intégralement le chapitre 3, intitulé La foi baptismale. Il peut accompagner ce temps de montée vers Pâques où de nombreux jeunes ou adultes, par le monde, vont être baptisés.

L’échange est construit comme un enseignement familier, en réponse à 8 questions :

1. Qui est baptisable ?

2. Un baptême pour quiconque sans discrimination ?

3. Une eau pour la liberté ?

4. Une certaine idée de la libération.

5. Des conditions pour le baptême en plus de la foi ?

6. Une responsabilité ecclésiale…

7. Porter le nom du Christ dans l’Esprit Saint.

8. La foi évangélique en sa forme baptismale .


Le baptême chrétien existe depuis vingt siècles. Au long de cette histoire, il a donné lieu à bien des réflexions, tant sur la portée que sur la manière de le célébrer. Je voudrais évoquer brièvement évoquer cette mémoire, autrement dit la tradition baptismale.

1. Qui est baptisable ?

Si l’on en croit le Nouveau Testament, il faut répondre : tout le monde ; en précisant : dès lors que l’on croit au Christ et à son évangile.

Il y a en effet une universalité du baptême. Ce sacrement n’est pas réservé à quelques-uns qui seraient particulièrement purs ou saints.

« Que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ pour la rémission de ses péchés et vous recevrez le don du Saint-Esprit. »

Cette invitation de Pierre au jour de Pentecôte (Actes 2, 38) est significative. Dans le cadre bigarré du rassemblement pour la fête à Jérusalem, en présence de ces juifs venus de tous les horizons du monde ancien, le baptême est tout à fait à sa place : il dit en liturgie le caractère universel de la prédication chrétienne.

- Tout le monde. Cela veut dire tous les hommes et aussi les femmes. Alors que la circoncision juive avait valeur de distinction entre les sexes, le baptême chrétien se veut plus radical et affirme l’égalité des humains, quelle que soit leur condition.

- Tout le monde, cela signifie aussitôt les juifs et les non-juifs : pour Paul, l’acte baptismal est une nouvelle circoncision qui vaut pour les uns comme pour les autres. Le peuple baptismal n’est donc pas lié à une hérédité ou à une race. Il s’étend à la terre entière. Pierre, lui, constate que « Dieu ne fait pas acception des personnes. » (Actes, 10, 34). Par conséquent, « peut-on refuser l’eau du baptême à ceux qui ont reçu l’Esprit Saint comme nous ? » (Actes 10, 47).

- Enfin l’universalité du baptême s’est signifiée très tôt, dès le Nouveau Testament, par le fait que les enfants et les nouveau-nés sont admis au geste baptismal.

Ces trois ouvertures du baptême à quiconque ont une grande portée. Elles veulent dire que le don de Dieu qui est gratuit et qui n’est jamais mérité ne dépend ni de la condition sexuelle, ni de la race ou de la culture ni non plus de l’âge que l’on a.

2. Un baptême pour quiconque sans discrimination

Mais, bien entendu, cette triple universalité a quelque chose de troublant pour la bonne conscience ou la prudence.

Le christianisme peut bien s’honorer de l’égalité baptismale entre hommes et femmes, il n’en a pas moins, notamment en sa version catholique, quelque peine à la mettre en pratique dans l’Eglise.

- Pour ce qui est du rapport entre juifs et non-juifs, le Nouveau Testament atteste que l’ouverture de la promesse biblique au-delà du judaïsme n’est pas allée sans problème. Par la suite, l’antisémitisme toujours latent, y compris aujourd’hui, indique assez que l’audace baptismale n’est pas en l’occurrence toujours bien perçue. Car si juifs et non-juifs sont également baptisables, cela ne signifie pas que le témoignage du judaïsme ne soit pas indispensable au christianisme, au moins pour rappeler celui-ci à la vérité de ses commencements.

- Mais c’est probablement à propos du baptême des nouveau-nés que le débat ecclésial est le plus constant et peut-être le plus vif, depuis l’Antiquité. On comprend pourquoi : si, pour être baptisé, il faut croire, comment une profession de foi serait-elle possible pour des êtres encore sans conscience suffisante ? Mais inversement, si devant Dieu tous les êtres sont égaux et si le baptême est universel, peut-on encore baptiser en excluant de cet acte les tout petits ?

Avec des hauts et des bas, d’âge en âge, les chrétiens se sont trouvés devant cette difficulté. Mais ce n’est pas un dilemme. Simplement, l’universalité baptismale conduit à approfondir le sens du sacrement.

Les tout petits enfants ne sont pas baptisés dans leur foi personnelle, ils sont portés et présentés par la foi de l’Eglise, en quelque sorte par anticipation, et à charge pour eux de prendre en compte, le moment venu, le geste qui les a introduits dans la mouvance chrétienne. D’ailleurs ne sont-ils pas déjà associés au sort de l’humanité ?


3. Une eau pour la liberté

Aujourd’hui, à une époque où l’on est fortement sensible aux droits de l’homme et à l’autonomie personnelle, la pratique du baptême des petits enfants n’en continue pas moins à être parfois mal comprise. Elle donne l’impression de forcer la main aux nouveau-nés, en un domaine manifestement particulier puisqu’il s’agit de la foi.

Cette prise de conscience qui est liée à la nouvelle signification prise par l’enfant dans nos cultures a deux conséquences.

- Pour certains chrétiens, le baptême immédiat d’un nouveau-né, même s’il est en principe possible, ne s’impose pas car cela semble être un contresigne par rapport à la liberté évangélique. On attendra donc, quitte à présenter l’enfant à l’église ou au temple dans un geste de reconnaissance adressée à Dieu ou bien, parfois, en commençant la célébration baptismale sans l’achever, de manière à ce qu’elle puisse se terminer quand l’enfant aura grandi et pourra recevoir librement l’eau de la foi.

- Une seconde conséquence, elle aussi symptomatique, consiste en une réflexion sur ce qu’est la liberté à laquelle l’Evangile appelle. Voilà qui a de l’intérêt non seulement pour les bébés baptisés mais également pour les baptisés jeunes ou adultes et, bien entendu, pour les chrétiens faisant mémoire de leur baptême jadis reçu.

En quoi sommes-nous libérés par l’Evangile ? Certes, parce que nous avons à répondre personnellement à la proposition qui nous vient et qui nous donne les moyens de nous décider. Mais aussi parce que la liberté de la foi est un don reçu d’en haut qui est antérieur à l’usage que nous en faisons.

En ce sens le baptême nous donne d’être libres plus qu’il ne fait appel à notre liberté. Il nous tire hors de nos aliénations avant même de solliciter notre adhésion et d’ailleurs pour que nous puissions adhérer avec une suffisante vérité.

Bref, évangéliquement parlant, notre liberté se trouve être simultanément engagée par nous et communiquée par le Dieu qui nous nomme et nous appelle.

Le baptême ne la crée pas, à proprement parler, car elle le précède. Mais il la recrée et lui donne de correspondre à la vocation nouvelle qui devient la sienne. De ce second point de vue, il la rejoint donc en sa source et la réengendre.


4. Une certaine idée de la libération

Bien entendu, le baptême n’a pas pour charge d’entrer dans les détails de ce que peut être la liberté en chacune de nos existences et en nos diverses sociétés. Il se place à un plan fondamental. Ce qui peut, certes, le faire accuser d’idéalisme ou d’abstraction. Mais ce qui, aussi, atteste que nous avons à inventer les conditions précises de notre vie sur la lancée de ce qui est au plus profond de notre identité.

Il n’en reste pas moins que la célébration baptismale prend position sur ce qu’est la liberté humaine.

Elle n’affirme pas seulement, comme je l’ai déjà indiqué, que nous sommes à même d’échapper au péché.

Elle ne dit pas simplement que, notre réalité humaine étant imparfaite et inachevée, nous ne pouvons nous attendre à des réussites totales en fait de libération.

Elle ajoute encore que nous devenons nous-mêmes en rompant avec une sorte d’emprise qui pèse sur nous de façon très radicale. C’est comme si nous étions dominés, plus que nous ne le pensons, par des forces de mort. A la suite de l’Ecriture, la liturgie du baptême exprime cette situation en parlant de Satan, l’esprit maléfique qui inverse les énergies de l’Esprit Saint.

On peut sans doute envisager de plusieurs manières la signification et la portée qu’a la figure de Satan dans l’acte baptismal. Mais le fait est constant : toutes les traditions liturgiques font état de cette aliénation.

Elle n’est pas synonyme de péché : on peut être objectivement affecté par l’influence en question sans pour autant succomber à la tentation et renoncer à être soi-même. Ce qui est en question est plus radical que le péché. C’est un fait universel, et pour ainsi dire, originaire. Comme le péché du même nom, mais encore plus radicalement que lui.

Il n’est pas besoin d’exagérer le trait. Aucune liturgie ne dit que les baptisés sont des « possédés ». Mais le baptême cherche à comprendre l’existence humaine en ce qu’elle a de profond. Et, en l’occurrence, il affirme que, pour être libre, c’est-à-dire porteur d’une liberté analogue à celle du Christ, il faut se déprendre de l’illusion qui nous empêche de voir les choses telles qu’elles sont.

« Renonces-tu à Satan, à ses œuvres, à ses séductions ? »

La libération à laquelle nous aspirons passe par une telle renonciation. Au-delà des multiples compromissions ou bavures de nos existences, plus profond que les fautes et les péchés, se tient en effet une inspiration qui va à contresens et qui rend le monde insupportable. Le baptême ne se borne donc pas à parler de la liberté. Il en marque la difficulté majeure. Et il ajoute que nous avons la possibilité en Christ de rompre avec ce conditionnement pour entrer de manière décisive dans l’Alliance avec Dieu.


5. Des conditions pour le baptême en plus de la foi ?

Le baptême est donc offert à quiconque, dès lors que la foi de quelqu’un est en mesure d’entrer dans le sens du sacrement.

On a toutefois le sentiment que les Eglises joignent à cette unique condition, la foi, d’autres exigences. Je ne veux pas parler ici de ce qui touche à la préparation de la célébration. Car ce qui est habituellement demandé à ce propos à un rapport immédiat avec la foi évangélique qu’il s’agit d’attester. Je voudrais plutôt envisager des conditions ecclésiales tendant à éviter des possibles malentendus ou d’éventuelles contradictions entre le geste baptismal qui est signe évangélique et ce que l’on peut percevoir des baptisés dans l’Eglise ou dans la société.

Le souci de baptiser en évitant que le baptême ne paraisse désavoué par la vie des baptisés n’a rien de nouveau.

Au début du IIIe siècle la Tradition apostolique d’Hippolyte indique que certaines professions mal famées ou certaines situations conjugales (infidélité) font obstacle au baptême.

Aujourd’hui il est des personnes que l’on peut considérer, au moins en principe, comme étant non baptisables dans l’Eglise catholique : polygames, divorcés remariés.

La raison de cette discipline, c’est d’écarter le scandale dans le corps social ou ecclésial et aussi de ne pas conjoindre le signe baptismal, qui est signe de fidélité, avec des états de vie qui expriment un échec de l’amour (divorce) ou une conception non chrétienne de la vie conjugale (remariage après divorce, polygamie).

Toutefois ces deux motifs ne doivent pas être majorés. Le premier est souvent peu effectif, la sensibilité au scandale variant suivant les époques.

Quant au second, il pose la question du rapport entre la morale et la foi.

Certes,le baptême suppose une conversion de la foi et des mœurs. C’est là le principe, mais ce principe peut-il être rétroactif ? Il est en effet des situations qui ont été instituées par quelqu’un avant qu’il n’entre dans la connaissance de l’Evangile et qui ne sont pas socialement modifiables. Par exemple la polygamie ou un remariage. Est-il alors évangélique de ne pas admettre au baptême des personnes dont la situation est sans doute « irrégulière » mais dont la foi est sincère et qui souhaitent vivement vivre de l’Evangile en Eglise ?

La question est aujourd’hui posée. Elle est loin d’être mineure. De plus, elle a une portée qui est assez significative. Il s’agit en effet de savoir si le baptême est réservé aux « justes » ou s’il est accessible aux « pécheurs » (Matthieu, 9, 13), étant entendu par ailleurs ce que Jésus déclare sur la fidélité conjugale (Matthieu, 19, 1-9).

A l’horizon, se tient, lancinant comme toujours, le problème de la morale et de la loi en christianisme. La morale n’est pas abolie, la loi a bien un rôle, mais le salut est réalisé par la foi au don divin, non par le respect de la loi.


6. Une responsabilité ecclésiale

Reste un autre point actuel d’attention, lui aussi ayant une dimension ecclésiale évidente. Je viens de parler de manières d’être ou de vivre qui peuvent être tenues pour un contre-témoignage ou comme incompatibles avec l’Evangile. Il se trouve aussi que certaines demandes de baptême paraissent être inconciliables avec le sens que l’Eglise donne à sa mission. Le problème, ici, n’est pas moral. Il porte sur la foi.

Célébrer le baptême, quand la demande qui en est faite semble être trop éloignée de la foi ecclésiale, reviendrait à contredire pratiquement ce qu’est l’Eglise. En baptisant, l’Eglise se déferait alors elle-même. Cet illogisme oblige donc à une exigence pastorale. L’enjeu, ici, c’est que le baptême n’est pas seulement un acte pour qui le demande. C’est aussi un geste qui construit ou éventuellement déconstruit le peuple évangélique.

Quelle est la foi qu’implique le baptême ?

Ce que je viens d’indiquer montre assez que la méditation baptismale des Eglises au long des âges, s’est surtout centrée sur la foi. Le baptême est traditionnellement appelé sacrement de la foi.

Mais comment caractériser cette foi baptismale ? La question importe dans les conversations préparatoires au sacrement, elle est majeure dans les célébrations et elle s’avère essentielle lorsque les chrétiens entendent vivre leur baptême.

- Je dirai d’abord que la foi impliquée dans et par le baptême est une foi en Dieu. L’acte baptismal signifie en effet qu’il y a une place pour Dieu en notre vie. Ce qui fait notre histoire est interprétable selon les références communes de la société mais également selon les signes évangéliques. Il est parmi nous quelqu’un que nous ne connaissons jamais bien et qui se tient à l’origine de nos libertés pour appuyer de sa présence active notre énergie, notre compréhension des choses et notre espérance. Dieu crée et recrée. Il nous fait vivre au monde et il nous ouvre à son monde à lui en prenant part à notre monde.

- Concrètement, le baptême centre la foi que nous pouvons avoir à l’égard de Dieu sur la personne et le témoignage de Jésus. On est baptisé au nom de Jésus, c’est-à-dire en s’appuyant sur son autorité (Actes 2, 38 et 10, 48) et en s’orientant vers lui (Galates, 3, 27 ; Romains 6, 3 ; Actes 8, 16 et 19).

Encore faut-il que cette référence christique ne soit pas simplement une adhésion à un maître de sainteté ou à un prophète. Si le baptême s’effectue en Christ, c’est parce que Jésus est reconnu comme figure même de Dieu.

Autrement dit, les baptisés ne sont pas simplement les disciples de Jésus de Nazareth, ils sont croyants en un Dieu incarné qui s’exprime en Jésus.

7. Porter le nom du Christ dans l’Esprit Saint

Aussi bien l’union des baptisés à Jésus le Christ est-elle singulièrement étroite.

- Ils participent réellement à son identité mystérieuse, à sa filiation : ils sont filles et fils de Dieu dans et par le Fils incarné (Galates, 4, 4-5) ; Romains 8, 16-17 ; Ephésiens 1, 5). Ils portent en eux son Esprit (1 Corinthiens 12, 13 ; Actes 2, 38), l’Esprit qui est répandu en signe de la fin des temps (2 Corinthiens, 1, 22 et 4, 30 ; Ephésiens 1, 13, l’Esprit de la résurrection pascale. L’eau baptismale est en effet spirituelle (Jean 3, 5 ; Tite 3, 5) ; qui a été marqué de cette eau est « un seul esprit » avec le Christ (1 Corinthiens 6, 17) car son esprit participe à l’Esprit Saint de Jésus.

- Paul prolonge encore cette christologie en soulignant que les baptisés sont unis au Christ jusqu’en sa mort (Romains 6, 3-4) ; Colossiens 2, 12), ce qui implique assurément qu’ils partagent également sa vie neuve de ressuscité (Romains 6,4). Le quatrième évangile préfère parler de la nouvelle naissance baptismale, celle qui s’opère dans l’eau et dans l’Esprit (Jean 3, 5).

- De toute manière, les baptisés sont pour ainsi dire « christifiés » : l’onction d’huile qui suit le rite de l’eau l’indique d’ailleurs expressément.

- Parmi tous les effets que peut avoir cette recréation de l’humanité à partir du Christ, il en est un qui est un signe étonnant. C’est l’Eglise. Les baptisés réalisent que ce qu’ils sont personnellement en relation au Christ leur donne un type de solidarité et de communion qui serait peu compréhensible au seul plan des moyens humains habituels. Les voici qui se sentent organiquement reliés entre eux en même temps qu’à Jésus. L’Eglise apparaît alors comme le corps du Christ (1 Corinthiens 12, 13 ; Ephésiens 5, 26).


8. La foi évangélique en sa forme baptismale.

Je viens de dire brièvement, à partir de l’Ecriture, quel est le contenu de la foi du baptême. Mais s’en tenir à ce contenu serait insuffisant. Il faut aussi prendre en compte la forme ou encore le mouvement qui traverse ce Credo et l’accorde à celui de la célébration baptismale.

- La première attitude de la foi en acte de baptême, c’est l’écoute de la Parole de Dieu. Etre baptisé suppose en effet que l’on ait des oreilles, celles du cœur, pour accueillir l’offre divine en en comprenant toute la force. Peu à peu ce que l’on reçoit de la sorte prend racine en soi. La prière se fait la discrète indication de cette évangélisation et il devient possible de prendre au mot la parole biblique pour en faire l’expression d’une entrée croyante dans le mystère.

Chemin faisant, les mots de Dieu et les mots de l’expérience humaine construisent entre eux une sorte d’esquisse complémentaire de celle qu’offre la prière filiale du Notre Père. Les énoncés de la foi s’articulent en ce que l’on appelle un « symbole ». Ainsi s’atteste la foi. Ainsi est-elle en mesure de se communiquer comme une heureuse connaissance et compréhension. Le Credo, c’est de l’Evangile condensé et accentué à partir de l’expérience qui nous a précédés.

- Une deuxième attitude baptismale de la foi, c’est la reconnaissance du don de Dieu au cœur même de l’agir humain. Dans la dynamique du baptême, en effet, Dieu et l’homme ne sont pas concurrents. C’est Dieu qui fait le premier pas, lui qui parle en premier ; mais cette gratuité nous donne de réagir. Elle ne nous est pas octroyée, elle devient en nous principe d’imagination, d’audace et de liberté.

Les baptisés peuvent donc inventer leur vie, dans la mesure où les circonstances le permettent, sans avoir la pénible impression de devoir suivre une loi qui en prescrirait tous les détails. Plus le don de Dieu est manifesté, plus la personnalisation humaine grandit, et plus la communication entre des croyants personnalisés peut se déployer. Mais, en aucun cas, la qualité des réalisations en question ne fonde ou ne prouve celle du don divin initial. La valeur du baptême n’est pas mesurée par ses résultats concrets dans nos vies, elle tient à sa source, la générosité de Dieu lui-même.

- Discerner les esprits et croire en l’Eglise. En troisième lieu, la foi baptismale passe par une renonciation que la plupart des liturgies mettent en relief. Renonciation à l’illusion diabolique, à l’éclat trompeur, à la prétention auto-centrée.

Sans doute y a-t-il là un signe essentiel de ce qu’est l’adhésion évangélique. Croire, c’est dire non et, ensuite, dire oui. Renoncer puis participer. La chronologie, en son savoir-faire simple, détaille ici deux dimensions conjointes de la foi. On ne peut être recréé sans prendre de la distance par rapport à ce qui, dans l’existence créée, empêche la liberté, « contriste » l’esprit et fige la créativité.

- Je relèverai encore une attitude majeure de la foi dans la mouvance baptismale en notant sa dimension ecclésiale. Peut-être a-t-on parfois tendance à parler de cette dimension de manière prosaïque et plate, comme si le baptême était simplement l’intégration à un ensemble sociale et institutionnel et comme si l’art et le goût de la relation entre baptisés ne découlaient pas du Christ et de l’union à lui.

En tout cas, l’Eglise que le baptême rend possible est un peuple de la foi. Ce qui, entre autres aspects, signifie une universalité : tout le monde est, en principe, baptisable, dès lors qu’il croit. Ce qui également indique que la foi de chaque baptisé porte inscrite en elle comme une marque et une orientation quelque chose de la foi de tous, ce qu’on appelle la foi de l’Eglise.

Baptismalement parlant, chaque croyant se trouve donc sur la longueur d’onde du peuple des renés. En la foi de chacun il est question de la foi de tous, d’une manière qui nous échappe mais qui s’accorde avec le mystère évangélique.
Henri Bourgeois

[/Le baptême et la vie baptismale, DDB, ch. 3, p. 59-68.]


Pour suivre les propositions de ce Carême, voir : Initier ? ; Carême catéchuménal ;

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