LA CONNAISSANCE DE DIEU EN CHRISTIANISME
Une tradition vivante
Les pages qu’on va lire constituent un survol de l’histoire du christianisme du point de vue de la connaissance de Dieu. La foi au Dieu manifesté en Jésus le Christ n’a jamais annulé, en effet, l’exercice de l’intelligence. Elle le stimule au contraire. La réponse apportée se module un peu différemment selon les époques et les contextes culturels. Mais ces différences mêmes sont significatives. Ceux qui sont familiers de cette histoire apprécieront un effort de cohérence et de mise à disposition d’un savoir. Ceux qui la découvrent seront sensibles à ce parcours qui est à l’honneur de l’esprit humain tout autant qu’à celui de la foi chrétienne. (AHB)
I - QUE PEUT-ON CONNAÎTRE DE DIEU ?
COMMENT ENTRER DANS SA CONNAISSANCE ?
Ces questions traversent l’histoire du christianisme.
Elles prennent des formes diverses :
Pendant les premiers siècles, le problème est de conjuguer ensemble la révélation et l’invisibilité du Dieu de l’évangile.
Dans la ligne de la manifestation, s’inscrivent les précisions théologiques ou encore l’usage de l’analogie.
Dans la ligne de l’invisibilité divine, s’inscrit la méditation des Grecs sur la « non-connaissance » de Dieu.
En outre, les débats autour de la gnose permettent de souligner que la connaissance de Dieu ne doit pas avoir un caractère réservé ou élitaire.
Avec la querelle des icônes en Orient (8e siècle) et l’appel de la foi à la raison qu’adresse Anselme (11e siècle), la connaissance de Dieu précise ses possibilités ;
Alors la problématique s’élargit. Le savoir intellectuel que met en œuvre la foi en Dieu est situé par rapport à l’amour et à la volonté, qui sont en l’occurrence des motivations essentielles. En outre, on s’interroge sur la valeur du langage qui parle de Dieu (12e-13e siècle).
C’est dans ce contexte théologique global qu’est reprise la tradition de la non-connaissance de type mystique (14e siècle). On voit se développer une mystique intellectuelle et une mystique de la fusion amoureuse.
Mais le 14e siècle pose en même temps une question sur les capacités effectives de notre intelligence à l’égard de Dieu (Occam).
S’ouvre ainsi, d’une manière parallèle à la mystique, une conception qu’on appellera par la suite « fidéisme » et qui tient pour réduites les possibilités de la raison dans la foi.
Luther sera dans cette optique.
Mais non Descartes qui instaure, à son tour, une perspective durable, celle du Dieu des philosophes, dont l’existence est postulée par l’intelligence indépendamment de toute révélation ;
- Fidéisme ou rationalisme ? Le dilemme était artificiel.
Il fallait retrouver dans l’acte de foi le rôle de l’intelligence.
Il fallait un nouvel Anselme pour réconcilier la foi avec une raison devenue émancipée et jugée par le christianisme dangereuse.
Hegel et Vatican I s’y essayèrent.
D’ailleurs, dès le 19e siècle, la problématique était en train de changer à nouveau.
La possibilité de connaître Dieu était discutée de plusieurs côtés,
soit parce qu’elle s’abandonnait à l’idéologie (Marx),
soit parce qu’elle défigurait le divin en le rationalisant (Nietzsche).
Au 20e siècle le procès est toujours en cours.
Il s’est même augmenté des apports de Heidegger qui accuse l’intelligence de méconnaître ce qu’elle croit connaître
…et de Bultmann qui défend la décision et la volonté contre la domination du savoir ou les illusions du langage.
Mais un retour de l’intelligence dans le champ de la foi en Dieu n’est-il pas imminent ?
II - LA DIFFÉRENCE ENTRE DIEU ET LES HOMMES
Si l’on en croit Jésus, nous pouvons connaître quelque chose de Dieu : sa gratuité, sa sainteté, son amour, sa personnalité.
Mais, dans l’histoire, la compréhension de cet évangile a été plus ou moins claire. L’un des points les plus débattus se trouve être celui des rapports que Dieu entretient avec nous et que nous entretenons avec lui.
Contre Pélage, Augustin souligna que Dieu a l’initiative et que ses dons sont radicalement gratuits. Cette insistance mit en relief l’une des convictions de Jésus.
Mais elle eut des conséquences un peu excessives.
D’abord, une grande importance donnée au péché, situation dont Dieu seul peut nous sauver. Il s’ensuivit pendant plus de dix siècles (du 8e siècle au jansénisme) un certain pessimisme sur l’homme.
Ensuite, les chrétiens de tendance augustinienne s’engagèrent dans les spéculations sans issue sur la prédestination (du ge siècle au jansénisme).
Enfin, on éprouva dans cette optique une certaine peine à comprendre de façon réaliste la présence de Dieu dans notre existence et la transformation qu’îl en fait (Luther).
Mais, à partir du 16e siècle la confiance que l’homme a en lui-même modifie les perspectives. La différence entre Dieu et l’homme demeure, mais on va la penser autrement. On passe du théocentrisme à l’anthropocentrisme.
L’homme a conscience d’être debout, d’être adulte (Bonhoeffer). il ne recherche pas la fusion de la mystique mais la rencontre et la réciprocité avec Dieu. Il n’a pas de pessimisme sur lui-même mais découvre ses capacités neuves. S’il y a une différence entre Dieu et lui, ce n’est pas d’abord à partir de son péché qu’il l’expérimente, mais à partir de ses possibilités. A partir de lui, en tout cas.
Perspective moderne, on le voit. Et qui ne permet pas toujours de reconnaître la différence en question, car parfois l’homme n’éprouve guère la présence et la gratuité de Dieu.
Aussi l’athéisme moderne, celui qui remonte à Feuerbach, repose-t-il à frais nouveaux le problème de Dieu. Pour lui la différence entre l’homme et Dieu est le fait de l’homme. Et plus précisément de l’habitude ou de l’illusion en l’homme.
De son côté, le christianisme a dû ré-exprimer le sens qu’a la relation entre Dieu et les hommes, étant donné les changements que vivent les hommes.
Ce sens, c’est toujours la gratuité (K. Barth).
A condition de l’accueillir non dans les manques de notre existence, mais dans la ligne positive de notre dynamisme créateur (D. Bonhoeffer).
Dieu selon les chrétiens
p. 137-139
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