LA CHARTE DES COMMUNAUTÉS DE FOI, (1995)
Les « communautés de foi » constituent une « micro-réalisation » qui prit forme dans les années 1986-90, pour partager avec des nouveaux venus à la foi leurs premières expériences en Eglise. Un minimum vital pour eux, et peut-être aussi pour d’autres - pour ne pas être totalement seul au milieu de rassemblements ecclésiaux où la parole échangée manque, parfois. Une formule qui rajeunit aussi la foi des pratiquants. Un moyen vital, peu onéreux et qui se vit en pleine communion avec la communauté locale.
Nous donnons ici le texte qui constitue la charte de ces communautés, telle qu’adoptée dans une journée diocésaine. Extrait du Guide pratique pour communautés de foi en paroisse et secteur, 1995. (AHB).
Les communautés de foi se forment autour de quelques axes qui en précisent la visée, le fonctionnement et les limites. L’ensemble de ces points constitue ce qu’on peut appeler « la charte » des communautés.
1. Le point de départ de ces communautés est la foi du baptême, découverte ou redécouverte par des adultes ayant demandé le baptême et l’introduction à l’eucharistie, ou ayant « recommencé » à croire après un long éloignement. La foi qui « tranche » et rend la vie autre amène des chrétiens nouveaux ou renouvelés à vouloir vivre un partage de foi indispensable à tout chrétien. L’appel qu’ils ont entendu devient alors un événement qui fait signe pour d’autres. Ce besoin de partager réellement la foi, exprimé par de « nouveaux croyants » rejoint des chrétiens de toujours. Ce qui les réunit, ce n’est donc pas d’abord la catégorie sociale ou professionnelle, ni l’âge, ni les opinions, mais tout simplement la foi, le désir de croître dans le Christ en écoutant Dieu qui parle en lui, en écoutant aussi ce que l’Esprit révèle à ceux qui croient en son nom, dans l’aujourd’hui de l’Église et du monde.
2. Une communauté peut se former lorsqu’un ou plusieurs nouveaux venus à la foi le désirent et lorsqu’un ou deux chrétiens plus anciens sont disposés à y travailler. Elle suppose une information et une concertation préalable : entre les accompagnateurs ou responsables impliqués dans le parcours qui a permis l’accès à la foi, le responsable de la « communauté paroissiale » ou, à défaut, ceux d’un ensemble pastoral plus large, et les animateurs répondants du réseau des communautés. Elle peut prendre naissance lorsque tous s’accordent pour offrir un avenir à des nouveaux venus en tenant compte de ce qu’ils sont et de ce que leur venue à la foi représente pour les chrétiens déjà là.
3. Les membres des communautés de foi sont, pour une part, des nouveaux croyants (baptisés récents ou personnes ayant recommencé) et, pour une autre part, des chrétiens par héritage. Il est important que les chrétiens « anciens » qui y sont invités ne soient pas là seulement pour « aider » les nouveaux et qu’ils se sentent fondamentalement « égaux » aux nouveaux venus, acceptant de se renouveler à leur contact. Il ne s’agit pas de rendre les néophytes semblables à nous, mais de recevoir le signe qu’ils représentent, dans leur fragilité et leur nouveauté, pour le monde et l’Église d’aujourd’hui et de croître avec eux dans la foi. C’est pour cela que, lorsque des chrétiens « de souche » souhaitent former une de ces communautés, il semble qu’ils gagnent, auparavant, à « revisiter les bases de la foi », d’une manière ou d’une autre, afin de retrouver la saveur des commencements. (On peut, pour cela, utiliser : Pascal Thomas, Découvrir le christianisme, réédition 1995, (éd. de l’Atelier), t.1 : Faire l’expérience de la foi, t. 2 : Etre disciple de Jésus).
4. Ces communautés ne sont pas une simple reconduction du groupe catéchuménal précédant le baptême ou la profession de foi, ou du groupe de recommençants ayant permis la redécouverte de la foi. Les néophytes et les personnes ayant recommencé sont et se sentent membres à part entière de l’Église. Pour marquer ce passage et faciliter aux nouveaux venus un départ sur une nouvelle base, il est préférable de limiter à un ou deux le nombre des accompagnateurs participant à la communauté. Et ceux-ci auront à cœur, pour se situer dans le partage, de le faire non plus comme des catéchistes mais comme des frères ayant reçu le même don et vivant les mêmes responsabilités. En revanche il est indispensable d’élargir l’échange à des chrétiens de la paroisse qui peuvent être intéressés et qui n’ont pas participé au groupe de découverte (catéchuménal ou autre)..
5. Ces communautés sont accueillantes à ceux qui veulent découvrir la foi. Mais elles ne peuvent répondre immédiatement et en tant que telles à l’ampleur des besoins d’initiation ou de ré-initiation. Ainsi, elles ne s’adressent pas aux catéchumènes avant le baptême. Ni à des personnes seulement désireuses de recommencer. Car ce ne sont pas des groupes de recherche en vue de la foi, mais des groupes de personnes ayant fait le pas de la foi, de la prière, de l’écoute de l’évangile, et celui d’une participation à aux sacrements. En revanche ces communautés constituent, pour des personnes qui portent en elles une attente spirituelle, un signe, un appel, et une chance que leur attente soit entendue, comprise et orientée. Et, après avoir fait le parcours personnel indispensable pour croire, elles pourront trouver là une forme de partage chrétien qui les aidera à mûrir. On peut aussi espérer - et cela se vérifie déjà - que des chrétiens, affermis par ce partage communautaire, soient ensuite à même de participer de façon plus adaptée et fructueuse à cette immense tâche de proposition de la foi, selon leur vocation.
6. Quatre axes structurent ces rencontres en quatre moments dont on donne ici la suite et un ordre de durée. Ces indications permettent de développer une pratique commune et de garder un équilibre, en souplesse, bien entendu : 1/ l’accueil mutuel (20 mn.), 2/ le partage de l’Evangile (35 mn), 3/ l’entr’aide dans la conversion permanente que cette parole actualise en ceux qui la reçoivent (35 mn), puis 4/ la prière pour le monde et l’Église (20 mn). Ces échanges aident les participants à assimiler davantage les témoignages évangéliques, à dire leurs questions et les appels de leur vie, et à recevoir des autres une expérience, des avis, un soutien, dans leurs propres responsabilités. Ne pas oublier de prévoir, à la fin, le sujet et la date de la réunion suivante. C’est aussi le moment de quelques informations sur le réseau des communautés et la vie de l’endroit.
7. Une ou plutôt deux personnes, dans le groupe, sont plus spécialement animateur ou animatrice, chargées de la marche globale du groupe : veiller à l’équilibre (en nombre, en type de participants, en temps), garder mémoire de l’évolution, notamment des nouveaux, faciliter le partage, susciter la participation active de chacun selon les possibilités, aider à garder le cap, garder contact avec le réseau.
8. Les communautés, étant « suivies » et animées par des répondants laïcs, n’exigent pas la présence constante du prêtre qui a charge de la paroisse, mais elles supposent des liens habituels avec lui, selon les possibilités et selon les occasions de la vie chrétienne ordinaire et locale. En outre on recherche ensemble comment participer à la vie de la communauté, diffuser l’appel à un partage de foi, en recevoir le bienfait, en prévoir peut-être le soutien, réfléchir aux chemins de l’évangélisation. Enfin les communautés ont un souci de communication entre les diverses formes de communautés présentes en un lieu.
9. Ces animateurs sont choisis en fonction des possibilités et de la tâche à faire. Les personnes ayant l’expérience d’un accompagnement catéchuménal y sont souvent bien préparées, mais il ne s’agit plus ici du même accompagnement, car la situation est différente : les baptisés ont achevé leur initiation ou ré-initiation. Animer une communauté de foi suppose donc qu’on en parle avec les responsables de la paroisse et que l’on soit d’accord avec les orientations des communautés de foi. Cela comporte aussi d’entrer une révision et une formation adaptées, et d’être disposé à garder la communauté ouverte à un échange avec des tiers (prêtre, équipe animatrice ou répondant du réseau de communautés). Ce rôle n’est pas indéfini et doit être réévalué de temps en temps.
10. Un service minimum de ces communautés s’avère nécessaire : aide au démarrage, contacts, communication et partage intercommunautaire, réflexion sur les enjeux, en lien avec les instances pastorales concernées. Ce service tend à trouver place dans le dispositif pastoral ordinaire d’un secteur, à mesure que ces communautés se développent. De plus en plus, des personnes ayant recommencé peuvent aussi en être le point de départ. Et il est normal que des chrétiens de naissance souhaitent également vivre ce partage, même en l’absence de néophytes ou de recommençants.
11. Ces communautés inscrivent au programme une évaluation annuelle où elles réfléchissent aux remaniements nécessaires (départ de certains participants ou appel de nouveaux). Elles ne cherchent pas à se prolonger indéfiniment si, pour une raison ou pour une autre, elles ne correspondent plus à un besoin. Elles aident alors leurs membres à s’orienter, et à entrer dans une nouvelle étape de leur vie chrétienne ,ou bien elles cherchent à s’étoffer, se renouveler, se joindre à une autre communauté. En certains cas elles peuvent aussi déclarer de cesser. Elles ont rempli leur rôle si leurs membres se trouvent affermis dans la foi et vivent une appartenance plus consciente, humble et libre, à l’Église du Christ.
Ainsi ces communautés aident-elles les nouveaux croyants à s’enraciner dans la foi et à prendre leur part pour tisser les mailles d’un réseau humain et fraternel que tant de nos contemporains, aujourd’hui, cherchent, parfois en vain. Et, de plus en plus, elles peuvent aussi rendre service à des chrétiens « anciens », manquant de moyens de ressourcement pour leur foi.
Pour en savoir plus :
1- Un guide : Guide pratique des communautés de foi (M.-L. Gondal, avec les communautés) 2- Un livre : Communautés en christianisme. Un nouveau pas à faire (M.L. Gondal, DDB, 1993).
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