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L’identité chrétienne en question ?

Le propos du livre

L’identité chrétienne en question ?

Le propos du livre

Un premier extrait de ce beau livre annonce le propos de l’auteur : une question qui habite certains chrétiens et heureux de l’être, dans une conjoncture étrange.


Introduction

Qu’est-ce donc qu’être chrétien ?

Cette question habite certaines personnes ou certains groupes aujourd’hui, dans les « milieux » chrétiens mais aussi en dehors d’eux. Elle donne lieu à des sessions d’études et à des débats ; elle affleure dans des conversations ou des prédications. Mais, pour peu que l’on observe avec un brin d’attention les intérêts de la majorité de nos contemporains, le problème de l’identité chrétienne n’a vraiment rien de lancinant. La plupart des gens savent ou croient savoir ce que c’est qu’être chrétien, soit parce qu’ils font partie du sérail, soit parce qu’ils se sentent extérieurs aux Eglises et ont sur elles quelques images ou quelques notions qu’ils tiennent pour non révisables. Chez les chrétiens eux-mêmes, le nombre des personnes qui se disent « en recherche » n’est pas aussi grand qu’on pourrait le penser. L’heure est à la réaffirmation des convictions plus qu’à leur approfondissement.

Je crois donc que la question inscrite au début de ces pages est moins commune qu’on ne l’imagine parfois. Les chrétiens, en particulier, ont sans doute à se garder de la tenir pour très fréquente. Il est beaucoup plus de gens qui s’intéressent à Dieu ou au divin, à la spiritualité dans le quotidien, ou encore à l’Evangile, qu’il n’est de gens réellement intéressés par le christianisme, au moins dans un pays comme la France. Le christianisme fait partie du décor. L’affaire, pense-t-on, est entendue. Il existe depuis deux mille ans et les variations conjoncturelles ne changent rien à cette séculaire permanence. Etre chrétien, c’est bien connu. C’est faire partie d’une Eglise (sans être forcément pratiquant) et c’est avoir quelques croyances et quelques pratiques. Tout cela est sans doute devenu plus souple, mais le modèle ou le schéma est pour ainsi dire classique.

D’ailleurs la question sur l’identité chrétienne est assez récente. Il y a une cinquantaine d’années, ce n’est pas ainsi que l’on s’interrogeait, si du moins on en éprouvait le besoin. Les membres des Eglises se demandaient plutôt : comment être chrétien ? Ce qui n’est pas tout à fait la même chose que : qu’est-ce qu’être chrétien ? L’identité était tenue pour assez claire, c’était la mise en pratique qui était parfois difficile. De leur côté, les non chrétiens ou les personnes qui avaient pris de la distance par rapport au christianisme avaient le sentiment de bien savoir ce qu’étaient les chrétiens. Leur éventuel problème était ailleurs : les chrétiens pouvaient-ils évoluer politiquement, socialement, spirituellement, pédagogiquement ? Comment pouvaient-ils être soit moins inquiétants pour la société en train d’évoluer, soit plus utiles à sa construction renouvelée ? le faire importait plus que l’être. Celui-ci était connu, celui-là était plus ou moins mouvant.

Aujourd’hui la question s’est déplacée, là où elle se pose. Du coup, elle suscite progressivement des attentions inattendues. On a l’impression que tout change aujourd’hui et que le christianisme est, lui aussi, pris dans le tourbillon. Certains, qu’ils soient chrétiens ou qu’ils ne le soient plus, ont le sentiment que la foi n’est peut-être pas exactement ce qu’on leur a dit ou ce qu’on leur a transmis. D’autres désirent discerner ce qui est essentiel et ce qui est secondaire dans le fait global du christianisme tel qu’il s’atteste dans les sociétés occidentales, voire en Amérique latine ou en Afrique. Tout, disent-ils, n’est pas sur le même plan et l’on a tort de ne pas détailler la tradition, au lieu de la prendre en bloc.

Bref, un certain nombre de nos contemporains ont l’impression que le christianisme se trouve aujourd’hui à un tournant. Illusion d‘optique ? survalorisation narcissique du moment présent ? Peut-être. Mais le fait est là. Selon le langage codé qui a du succès actuellement en France, il faudrait « revisiter » le christianisme, voire, comme on dit parfois en politique, le « refonder ».

Pour certaines sensibilités chrétiennes, y compris parmi les pratiquants, ce genre de propos à de la résonance. Non que des chrétiens s’attendent à la création d’un autre christianisme. Mais ils rêvent d’un christianisme autre. Il leur semble qu’il y a des mises à jour à faire, et cela dans les croyances comme dans les pratiques. Ils n’entendent pas laisser se perdre l’héritage, ils voudraient l’adapter pour pouvoir transmettre à leurs enfants et à leurs contemporains en quête de spiritualité un message plus pertinent, plus fort. Mais voilà qui inquiète et même scandalise d’autres-chrétiens, pratiquants ou non. L’adaptation leur paraît une trahison, une concession au goût du jour et même, en cette fin de siècle, une méconnaissance des véritables urgences.

Je voudrais, dans ce petit livre, essayer de réfléchir honnêtement et simplement à cette étrange conjoncture. Qu’est-ce donc qu’être chrétien ? La question, avec sa relative actualité malgré son peu d’intérêt pour beaucoup, va guider ces pages. Je voudrais aller vers des réponses claires et, autant que possible, pertinentes. J’ai choisi de ne pas citer d’auteurs et d’autorités, précisément pour demeurer dans un travail de réflexion progressive que chacun doit pouvoir effectuer. J’ai également pris le parti de tenir grand compte des attentes et des réactions qui se manifestent aujourd’hui. Cela, en France bien sûr, mais aussi en d’autres pays. Cela, d‘un point de vue catholique, puisque telle est ma propre appartenance, mais en me voulant attentif à d’autres traditions chrétiennes dont la lente concertation prend aujourd’hui le nom d’œcuménisme. Je suis évidemment sans trop d’illusions. On aura peut-être, ici ou là, l’impression que mon analyse est trop française et trop catholique. Que l’on m’en excuse et que l’on soit également sensible aux ouvertures que j’ai voulu réaliser, malgré tout. Enfin je voudrais m’adresser évidemment aux chrétiens mais aussi à des personnes qui se sentent à distance des Eglises et qui, parfois, voudraient mieux comprendre ce qui se passe aujourd’hui dans la « galaxie » chrétienne.

Il est clair qu’on ne trouvera pas ici une présentation du christianisme dans le détail de ses croyances et de ses pratiques. Il s’agit seulement de ce qui permet à des êtres de s’identifier eux-mêmes et d’identifier autrui en se laissant identifier par le message et la tradition de l’Eglise. »

Henri Bourgeois,Identité chrétienne, p. 7-11.

Table des matières

- 1. Ce que c’est qu’être chrétien (13-40) :

Un lieu et un temps – A la suite – Une orientation dans la vie – Référence à un message – Témoins du divin – Spiritualité et sens pratique – La marque du baptême – Une expérience spirituelle variée – Des gens difficiles à classer.

- 2. La conscience chrétienne (41-63) :

Un proverbial souci des autres – La joie de croire – La repentance chrétienne – Une plus ou moins grande liberté de pensée – Un certain désarroi devant la conjoncture – Une sensibilité variable à l’unité.

- 3. Comment cela peut-il se faire ? (65-88) :

Y a-t-il un salut possible ? – Le divin, est-ce Dieu ? – Quel est le rôle et quelle est l’identité de Jésus ? – L’Eglise, pour quoi faire ?

- 4. La différence chrétienne, quelle est-elle ? (89-114) : Le baptême ne s’identifie pas au salut – Quelle est exactement l’originalité du christianisme ? – Le christianisme et sa mission dans le monde.

- 5. Les chrétiens et les autres (115-146) : Quelle est l’intériorité effective du christianisme ? – Quelle est la place de Dieu dans l’existence humaine ? – Faut-il moderniser le christianisme ? – Ce qui est religieux et ce qui ne l’est pas.

- 6. Diversités chrétiennes (147-176) : Une diversité qui a beaucoup de sens – Les voix de la diversité chrétienne.

- 7. Comment devient-on chrétien ? Comment le demeure-t-on ? Comment cesse-t-on de l’être ? (177-211) :

Comment devient-on chrétien ? – Ce que le christianisme propose pour aider à devenir chrétien ? – Comment demeure-t-on chrétien ? – Comment cesse-t-on d’être chrétien ?

- Conclusion : Le christianisme est encore partiellement à venir.


Pour connaître l’accueil fait au livre, voir les recensions : R.identité chrétienne

Pour lire d’autres extraits de ce livre, consulter la rubrique : Textes.


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