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Jésus, l’universel du pauvre

Comment parler de Jésus ?

JÉSUS, L’UNIVERSEL DU PAUVRE

Comment parler de Jésus… ?

L’universalité de l’Église, les chrétiens vivent de cette foi. L’affirmation en est aisée, mais qu’en est-il ? Un numéro de la revue Lumière et Vie, déjà ancien, réunit sur ce thème des contributions de divers théologiens et témoins. L’universalité à laquelle les Églises prétendent « ne peut masquer la méconnaissance d’autrui dont les chrétiens sont souvent les porteurs plus ou moins conscients ». Mais, « derrière la question de 1’universalité ecclésiale, se tient celle, non moins aiguë, de l’universalité reconnue à Jésus par ses disciples ». Que l’on prône l’affirmation de sa foi ou que l’on soit porté à la tolérance et au dialogue, la question se pose : qu’en est-il de l’universalité de Jésus ? Comment parler de Jésus Seigneur en termes réalistes et honnêtes ? Dans des contextes changeants, la question reste fort actuelle. Le texte proposé trace un chemin pour bien la situer et être à même d’y répondre. Une belle méditation de Pentecôte. (AHB)


Le christianisme ne serait-il pas étrangement poreux ? Son unité de surface n’empêche évidemment pas de notables variations selon les moments historiques et les enjeux culturels ou sociaux où il s’enracine. Mais, parmi les multiples déplacements qui marquent aujourd’hui la foi chrétienne, il en est un qui semble souvent transgresser les limites de l’adaptation normale, voire même d’un éventuel opportunisme. Je veux parler de ces étonnantes inversions, de ces sortes de chassés-croisés que connaissent les pratiques ou les croyances. Un jour, on dit blanc. Le lendemain, on dit noir. Ou peu s’en faut. Un jour, on fait la Croisade. Un autre jour, tout esprit de domination apparemment rentré, on promeut le dialogue et l’échange à égalité. A un moment, on identifie pratiquement christianisme et foi en Dieu. Puis, quelques décennies plus tard, on centre le christianisme sur le seul Christ, abandonnant presque Dieu aux abstractions du théisme ou aux luxes de la spiritualité.

Ces palinodies ont sans doute leurs motifs. Mais ces raisons échappent souvent. Pour être comprises, elles supposent une double et difficile réflexion, sur la conjoncture dont les données ne sont pas toujours immédiates, et sur l’identité du christianisme dont la cohérence n’est pas toujours perçue. Si bien que les renversements que je viens d’évoquer et qui se manifestent aussi bien en morale, en liturgie et en politique qu’en catéchèse, déconcertent. Ils sont difficilement interprétables dans la logique d’une évolution. Ils surprennent et parfois mettent en cause la signification même de la foi chrétienne. Certains crient à la rupture ou à la trahison. D’autres s’interrogent sur la malléabilité indéfinie d’une doctrine que l’on disait pourtant déterminée et intégrée.

Dans la ligne du thème général de ce numéro, je voudrais m’arrêter à l’un de ces chassés-croisés troublants. Il touche à l’universalité de Jésus. Et il pourrait bien être significatif des hésitations ou des remous du christianisme contemporain.


I - Jésus tiraillé entre un renom mondial et un nom particulier

Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’universalité de Jésus n’est pas exprimée de la même façon par tous ceux qui se réclament aujourd’hui de lui.

La plupart d’entre eux formulent leur croyance avec les mots traditionnels. Jésus, pour eux, est Sauveur de tous les hommes. Sa résurrection l’a constitué Seigneur du monde. Il n’y a pas d’autre nom que son nom pour être sauvé. Jésus est la voie, la vérité, la vie. Autrement dit, l’avenir de tout homme. En lui, il est question de tous. Le sort de tous les hommes se joue en fonction de lui. Chacun des hommes n’atteint sa vérité qu’en référence à cet homme inoubliable et unique qui a eu nom Jésus de Nazareth et qui a reçu le nom de Christ en signe de sa portée universelle. Dans cette perspective, on le voit, l’universalité de Jésus est fondamentale. Elle est la forme spontanée de l’acte de foi. Croire en Jésus, c’est croire en un Sauveur mondial et cosmique. Jésus est pour tous. Sa particularité n’est pas niée pour autant. Car le Christ universel est bien identique au prophète de Galilée. Mais cette singularité est seconde par rapport à l’universalité. Elle est d’ailleurs immédiatement prise en elle, marquée par elle. La preuve en est que les traits particuliers de Jésus sont sélectionnés en fonction de l’universel et interprétés en cette perspective. On retient plutôt ce qui est exceptionnel dans l’histoire de Jésus, ses miracles, son autorité de prédicateur. Et l’on dé-historicise certaines de ces données pour les rendre plus exemplaires, plus universellement parlantes. Par exemple, la naissance à Bethléem devient le symbole de la pauvreté et de l’humilité. Et la mort du Christ à Jérusalem perd son contexte politique et prophétique pour tendre à représenter le sacrifice en soi, le don de sa vie par le juste injustement condamné. Ce n’est pas une mort située comme telle et telle qui se trouve ici valorisée, mais la mort généralisée, la mort radicalisée, la mort comme don de soi.

- Le malaise actuel

Aujourd’hui, cependant, bien des chrétiens ne se trouvent plus très à l’aise dans ce cadre de pensée. Pour eux, la problématique s’inverse. Ce qui est premier, c’est la particularité de Jésus, son historicité effective et concrète. Ils insistent sur les déterminations qui donnent à Jésus une identité personnelle et singulière. Sa naissance n’est pas une image d’Épinal, promise au succès populaire, mais le début d’une aventure qui déjà ne trouvait pas à s’inscrire dans les espaces et les fonctionnements de la société. Sa mort n’est pas un sacrifice exemplaire, mais l’issue logique d’un risque pris en permanence par le prophète du Royaume dans son opposition aux pouvoirs en place. Sa vie n’est pas d’abord une geste édifiante. C’est une action menée dans un peuple, au milieu de rapports sociaux conflictuels, pour annoncer une possible libération et rendre espérance aux plus pauvres.

Dans cette optique, par conséquent, la figure de Jésus est « reparticularisée ». En deçà de sa réputation mondiale, Jésus retrouve sa singularité. Au moins en principe. Mais, du coup, c’est son universalité qui devient problématique.

Comment, en effet, articuler sur la particularité de Jésus ce qu’on dit communément de son caractère universel ? Il y a une césure entre les deux points de vue. C’est d’ailleurs ce que montre la distance, fort soulignée aujourd’hui, entre le Christ Seigneur, théologiquement constitué en référence à la totalité des hommes, et Jésus de Nazareth, historiquement situé en référence à des hommes précis dans un contexte déterminé.

Au fond, la problématique classique se trouve ici renversée. Au lieu de s’établir spontanément au plan de l’universel pour envisager la particularité de Jésus, voici qu’on essaie de rejoindre le témoignage déterminé du prophète de Nazareth, mais en ayant quelque difficulté à le comprendre comme universel. Alors que, dans le premier cas, c’est le caractère déterminé de Jésus qui risque d’être sous-estimé, dans le second cas, c’est son caractère universel qui devient ambigu.

Comment, en effet, universaliser la singularité de Jésus, sans faire perdre à celle-ci ses déterminations concrètes et sans donner à cette universalité les marques prétentieuses et illusoires de l’abstraction ou du formalisme dogmatique ?

- Notre nom intervient en tiers entre le nom singulier et le nom universel de Jésus

La chassé-croisé que je viens de décrire ne se comprend que si l’on élargit son champ. Il ne concerne pas seulement, en effet, deux aspects de Jésus, l’un et l’autre importants, et que l’on aurait tendance à aborder selon des priorités variables, étant sauve leur relation « dialectique ». Ainsi circonscrit, le terrain serait trop restreint. Et surtout trop abstrait ! Car la partie ne se joue pas simplement avec deux termes christologiques, l’un désignant une singularité et l’autre une universalité. Elle implique un troisième terme, indispensable, qui se glisse entre le nom singulier de Jésus et son nom universel de Christ. Ce troisième nom, c’est celui des hommes qui effectivement se rapportent à Jésus-Christ et qui en affirment l’identité.

Or ce troisième nom est variable. Ce n’est pas un élément constant. Il change selon les époques et les sensibilités. Et c’est à ces modifications qu’il faut imputer le renversement de problématique actuellement en cours au sujet de la singularité et de l’universalité de Jésus. Si l’une ou l’autre n’est plus perçue de la même manière, ici ou là, c’est parce que changent ceux qui en parlent. Ils en parlent autrement parce qu’ils sont eux-mêmes autres.

L’un des changements notables en la circonstance porte sur le sens des institutions. Comme d’autres articles de ce numéro traitent de cette question, je me bornerai à souligner simplement l’impact qu’elle a sur la compréhension de Jésus. Les institutions ont, de fait, une signification classique et positive qui les fait apparaître comme des formes sociales de la liberté et des valeurs. Mais elles ont également une signification critique qui les désigne comme des structures mystifiantes, masquant sous des idéologies justificatrices la violence et la passion, le goût du pouvoir et de l’unité, voire plus simplement le fait établi et l’opinion communément reçue. Or, aujourd’hui, nous sommes tous plus ou moins témoins et acteurs dans l’affrontement qui mesure l’une à l’autre ces deux significations. Et cela, non seulement au plan politique, mais également dans le domaine religieux.

L’Église, traditionnellement conçue comme Corps du Christ, c’est-à-dire comme forme sociale de l’universel évangélique, se trouve également perçue comme une institution se reproduisant elle-même et assurant ses prétentions au vrai sous le patronage d’un Christ qu’elle sert tout en se servant de lui. Que cela soit en bonne partie inconscient n’enlève rien à l’ambiguïté de la situation. L’universalité ecclésiale, après avoir été jadis célébrée comme un signe majeur de l’Évangile, devient donc pour certains la marque d’une illusion charnelle, naïve ou perverse. Elle semble être, pour l’essentiel, l’absolutisation d’une interprétation de l’Évangile, celle d’un temps et d’un lieu. L’universel serait donc ici l’expression truquée d’une particularité prétentieuse.

- De l’universalité de l’Église à celle de Jésus

On conçoit que la critique de l’universalité ecclésiale entraîne, par contrecoup, une mise en question analogue concernant l’universalité de Jésus. Cela d’autant plus que l’affirmation de foi portant sur Jésus Sauveur du monde n’a jamais été une formule abstraite ou privée. Elle appelle normalement une mise en œuvre concrète et commune, en l’occurrence ce qu’on appelle la vie ou la mission de l’Eglise. Dénoncer les écueils ou les risques de cette pratique ecclésiale implique donc que soit réexaminée la signification universelle de jésus. Celle-ci n’est aucunement à l’abri. Elle n’est pas taboue. On ne peut se contenter de refuser l’universalité ecclésiale sans oser poser aussi la question au sujet de jésus.

Encore faut-il ne pas confondre les deux problèmes. S’ils sont en effet inséparables, ils ne sont pas identiques. Je veux dire que l’universalité de l’Église et celle de Jésus ne sont pas du même ordre. Si l’Église a quelque vocation à l’universel, c’est parce que Jésus a lui-même, pour la foi chrétienne, une condition dont la particularité n’est pas nouée sur elle-même mais ouverte sur un horizon inattendu. Par conséquent, si l’on ne peut envisager l’universalité de Jésus indépendamment de celle de l’Église, donc hors des formes pratiques qu’a prises et que prend le témoignage évangélique dans l’histoire, il ne s’ensuit pas que le débat sur l’Église dispense d’un débat sur Jésus. On n’en a pas fini avec la question de l’universalité de Jésus quand on a ouvert le dossier, désormais public et connu, des tentations ou des insuffisances de l’Église. Certains aujourd’hui donnent l’impression de l’oublier. C’est peut-être dommage


II - L’universalité de Jésus est aujourd’hui mise en cause

Posons donc la question de l’universalité au sujet de Jésus lui-même. Si on le fait, on s’aperçoit vite qu’on ne se trouve pas forcément là sur un terrain plus solide que celui de l’Eglise. Ni non plus en face d’un problème moins débattu.

- Une suffisance prétentieuse du christianisme ?

Aujourd’hui, certains redoutent en effet que l’on universalise Jésus d’une manière maladroite et peut-être abusive. Critiques vis-à-vis de l’universalité ecclésiale dont ils contestent les prétentions et les illusions, ils reportent cette méfiance sur ce que l’on dit habituellement de Jésus Sauveur ou Seigneur. Cela leur paraît exprimer le plus souvent une auto-suffisance de la foi chrétienne qui, sous couvert d’évangélisation et de mission, prétend imposer un Evangile que Jésus lui-même n’a pourtant pas utilisé comme une puissance et une force dominatrice.

En outre, disent-ils, affirmer que Jésus est Sauveur de tous les hommes n’a pas de sens très clair, surtout si l’on se demande comment cela est réellement possible. Au fond, une telle formule est théorique. C’est un discours que les chrétiens, que des chrétiens se tiennent les uns aux autres, qu’ils échangent entre eux, mais qu’ils ne peuvent tenir à d’autres qu’eux. C’est un langage de désir ou de rêve. Ce n’est pas un langage de réalité. Car, en fait, Jésus n’intéresse pas tout le monde. Il n’a pas de rapport effectif, constatable, vérifiable, avec tout homme. Quand on le déclare Sauveur de tous, on le définit a priori, en droit. Ou encore métaphysiquement, ontologiquement. Mais, au plan de l’histoire, il y a un immense décalage entre les déclarations de principe et les vérifications de fait.

Allant plus loin encore, ne faut-il pas se demander si le goût de l’universel, fort prononcé en d’autres temps, n’est pas en train de passer dans le monde actuel ? Certains sont sensibles à cette sorte de dévaluation. Jadis, disent-ils, les valeurs et les vérités étaient spontanément généralisées. Elles ne pouvaient être que pour tous. Leur crédit était cautionné par leur extension. Et cette extension était envisagée a priori. Elle s’imposait indépendamment de toute vérification. Aujourd’hui, cet âge métaphysique s’éloigne de nous. Les valeurs se font plus humbles. Elles n’ont pas besoin d’être universelles pour faire autorité et prendre force. Le brassage du temps présent engendre un relativisme purificateur. Le vrai n’a plus la prétention d’antan. Il est vérité pour moi, pour nous. On ne peut dire en principe qu’il ait aussi sens effectif pour eux, pour d’autres que nous. C’est à voir. Ce ne peut être affirmé d’avance. Dès lors faut-il encore dire que Jésus est universel ? Ce qualificatif qui autrefois assurait son identité risque aujourd’hui de la masquer. En restant singulier, Jésus semblerait mieux à même d’être reconnu pour ce qu’il est et ce qu’il a voulu être, la manifestation concrète, incarnée et située, du Dieu vivant.

- L’universalité de Jésus n’est pas a priori

Je ne veux pas longuement débattre ici avec les positions que je viens d’évoquer. On peut sans doute ne pas les adopter forcément. Certains points seraient à discuter. Par exemple le rapport entre 1’universel a priori et l’universel de fait. L’écart qui sépare l’un de l’autre n’a jamais été méconnu par la tradition chrétienne. Mais on n’en tirait pas jadis les mêmes conséquences. Il était autrefois motif de mission : on voulait inscrire dans les faits l’a priori confessé. Aujourd’hui, cet écart tend à devenir raison d’une reformulation du christianisme en termes moins métaphysiques et plus historiques. En tout cas, quelles que soient les nuances à apporter ou les réserves à faire valoir, un fait s’impose. L’universalité de Jésus ne peut plus s’appuyer sur une compréhension commune et assez immédiate, comme ce fut pratiquement de règle à d’autres époques. Mais cette situation risque d’être ambiguë. Car quelle est l’universalité de Jésus que l’on conteste ? C’est celle qui était communément reçue par les chrétiens d’hier. Autrement dit, c’est une idée liée à un état ecclésial et à une conjoncture socio-culturelle. Dans une Église où la mission était vigoureuse et dans une société où les consensus étaient définis et stables, l’universalité était l’indicatif normal du vrai.

Or il n’est pas sûr que cette conception soit fondée sur l’Évangile. Ou encore il n’est pas évident que l’universalité donnée à Jésus par les chrétiens soit exactement celle qu’il a souhaitée pour lui-même.

De même, le procès fait aujourd’hui aux formules qui universalisent Jésus pourrait bien, lui aussi, contourner le témoignage évangélique ou du moins ne pas prendre suffisamment en compte ce témoignage. Alors, en luttant contre une conception a priori de l’universel, la critique serait encore marqué par ce qu’elle dénonce. En refusant cette universalité-là de Jésus, elle oublierait de se demander si une autre universalité n’est pas évangéliquement possible et, dans cette éventualité, si cette autre conception est aussi inquiétante aujourd’hui que la précédente.

Bref, ce qui me semble ressortir avant tout du débat actuel sur la portée de Jésus, c’est que l’universalité mise en question ne peut être définie a priori. Nous ne pouvons éviter de faire retour à l’Évangile pour redécouvrir avec quelque précision ce qu’elle signifie pour Jésus.

- Jésus, un particulier original

Qu’en est-il donc de Jésus lui-même ? Assurément, je n’ai pas l’illusion de vouloir rejoindre le témoignage de Jésus, abstraction faite des interprétations diverses et toutes particulières qui l’ont pris en charge et lui ont donné forme dès le Nouveau Testament. Pourtant, si Jésus ne se réduit pas aux interprétations que l’on donne de lui, si sa particularité commence là, on peut essayer de chercher comment et pourquoi les premiers chrétiens et bien d’autres à leur suite l’ont confessé comme Sauveur ou Seigneur de tous les hommes.

Cette recherche est analogue à celle que l’on peut tenter au sujet de la divinité du Christ. Dans l’un et l’autre cas, il s’agit de remonter à partir des affirmations chrétiennes vers les faits, gestes et paroles qui ont pu les motiver. Qui Jésus a-t-il dû être pour avoir de tels disciples ? Qui a-t-il fallu qu’il soit pour que surgisse et s’exprime ce que l’on confesse de lui ? Questions humbles, sans prétention à une objectivité rigoureuse dont le positivisme historique a lui-même fait son deuil. Questions tenaces, permanentes, d’autant plus vives que celui qui les porte se sent impliqué en elles. Car ce ne sont pas seulement des interrogations adressées au passé. Elles portent sur l’actualité. Qui est-il, lui Jésus, pour que moi je sois celui que je suis, son disciple ? Qui faut-il qu’il soit pour que vivent et croient ceux et celles qui, aujourd’hui, croient en lui ?

Dans de telles perspectives, ce qui frappe d’abord, c’est la singularité de Jésus. Et, sur ce point, je me sens personnellement assez en affinité avec le courant de pensée qui, aujourd’hui, accentue de la sorte sa figure. Jésus n’est ni un message ni un système, c’est une série d’événements. Son Évangile est à lire comme une histoire, il n’est pas à résumer ou à construire comme une doctrine. La particularité est ici un propos délibéré : « Et moi, je vous dis ». Le prophète personnalise ses actes et ses dires, sans les résorber dans le bien entendu de la tradition ou la généralité du discours commun. Jésus ose être singulier. Son autorité, c’est sa manière unique de se rapporter aux hommes et à Dieu, sans dissimuler ce qu’a parfois d’incongru et de provoquant son attitude. Sa liberté, c’est d’exister sans transaction ni compromis, avec sa vision propre des êtres et des choses, au travers des déboires et des malentendus.

A mon sens, la particularité de Jésus ne se manifeste pas d’abord selon les multiples efforts actuels qui visent à le remettre en son contexte ou à faire apparaître les composantes culturelles et socio-politiques de sa situation historique. Tout cela est sans doute important. Mais ce que Jésus a de propre et de déterminé ne se tient pas en premier lieu dans son environnement. Sa détermination est en lui-même, plus exactement dans la façon qui est la sienne d’habiter sa situation et d’assumer son contexte. Sa particularité ne se trouve pas au bout d’une historicisation toujours hypothétique et limitée. Elle apparaît dans le secret de sa vie et dans celui de sa mort, tels qu’on peut les pressentir à force de le fréquenter. Sa singularité, ce n’est pas le pur caractère événementiel d’une existence déterminée, c’est l’orientation risquée, audacieuse et fidèle, d’une liberté pour Dieu et pour les autres.

Toutefois, cette orientation originale deviendrait simple affirmation abstraite si elle était déliée des événements où elle s’inscrit concrètement.

Telle est bien la conviction des évangiles. On ne comprend l’inspiration de Jésus qu’en comprenant ce qu’il a fait. On ne découvre le sens de sa liberté qu’en percevant peu à peu comment il l’a exercée. Pourquoi cette mémoire évangélique des circonstances, des rencontres du prédicateur galiléen, de certains de ses actes caractéristiques, de certains de ses propos décisifs ? C’est parce que l’axe de la liberté de Jésus n’est pas immédiatement manifeste. Il y a une ambiguïté dans l’existence du prophète du Royaume. Son action ne se laisse pas classer facilement. Cela, il le sait. Il le veut. Mais cela signifie qu’il est irréductible à quelques formules spirituelles ou doctrinales.

On ne découvre le sens de sa liberté qu’en interprétant un certain nombre de faits et de propos dont l’ensemble ne prétend pas à une cohérence totale, mais permet plutôt de faire un parcours, de suivre une trace et ainsi de devenir disciple.

- Jésus a sa façon d’être particulier

Finalement, la particularité de Jésus me semble avoir deux caractéristiques essentielles à partir desquelles doit être envisagé tout ce qui peut être éventuellement avancé au sujet de l’universalité du Christ.

1. Tout d’abord, cette particularité est voulue.

Autrement dit, c’est une liberté et par conséquent une originalité. Aussi Jésus n’est-il pas suffisamment identifiable par les coordonnées générales de l’existence humaine, celles que l’on se plaît parfois à énumérer aujourd’hui pour s’assurer qu’il est bien « comme nous ». Qu’il soit né, qu’il ait vécu, aimé, souffert, travaillé, hésité, risqué, qu’il ait connu la mort, cela le fait bien l’un d’entre nous. Mais cela ne dit sa singularité que de façon incomplète. A la limite, cette perspective trop générale fait de Jésus un cas d’espèce, un élément dans un champ défini avant lui, une détermination entrant dans la généralité de la condition humaine. L’universel, alors, n’est pas à chercher en lui. Il est dans l’humanité à laquelle Jésus participe. Or l’Évangile voit les choses autrement. Selon le témoignage évangélique, si Jésus est homme, il l’est d’une manière étonnante. Et c’est cet écart qui est parlant. C’est cette singularité originale qui est universalisable.

2. Que signifie cette universalisation ? La seconde caractéristique de la particularité de Jésus fournit sur ce point difficile un début de réponse. En effet, la particularité de Jésus n’est pas une donnée dont il suffirait de prendre acte. Elle est à interpréter. Elle n’est pas immédiatement claire. Elle est ambiguë et son sens ne s’impose pas. De fait, plusieurs interprétations concurrentes ou complémentaires sont possibles. Plusieurs réponses se présentent en face de la question : « Pour vous, qui suis-je ? ». Par conséquent, si Jésus est universel sur la base de ce qui est en lui le plus particulier, c’est dans la mesure où il est interprété. Son universalité ne nous trouve pas passifs. Elle ne se réalise pas sans nous.


III - Comment Jésus peut-il être universalisé ?

Reste à savoir de façon plus précise comment peut s’opérer le passage entre la particularité et l’universalité de Jésus.

Ce qui me frappe, c’est que ce passage est effectué par Jésus lui-même. Non, certes, par lui tout seul. Je viens de souligner que sa particularité est à interpréter et qu’elle ne peut être universalisée sans nous. Mais ce qui est clair dans l’Évangile, c’est que Jésus n’est pas enfermé dans sa particularité. Il est ce qu’il est, il est lui-même. Mais cette singularité qui est le premier mot de lui-même n’en est pas le dernier. Jésus ne fait pas de son identité personnelle une possession privée sur laquelle il se replierait. Tout au contraire, ce qui en lui est le plus particulier est ce qui lui permet de s’ouvrir à d’autres que lui. Sa particularité est ouverte. Elle est capacité de relation.

A la limite, tout cela pourrait être assez banal. Surtout si l’on envisage cette expérience humaine qui fut celle de Jésus comme un exemple moral ayant du répondant en chacun et donc imitable par tous. En fait, il y a plus dans la particularité relationnelle de Jésus. Ce qui compte, ce n’est pas qu’il ait été ouvert à d’autres que lui, c’est sa manière de vivre cette ouverture.

- Une certaine manière d’être ouvert aux autres

Ici, l’Evangile ne manque pas de précisions. Il indique les grands traits d’un comportement libre et décidé. Jésus ne définit pas a priori le champ de ses relations. Il refuse les barrières raciales, ethniques, culturelles et religieuses. Il aborde la Samaritaine tout comme il fréquente les publicains et les prostituées, et tout comme il guérit les lépreux ou le serviteur d’un officier étranger. On se trouve à ce plan en face d’une universalité élémentaire mais assez radicale, celle de la non-exclusion. Personne n’est en droit disqualifié pour entrer en communication avec Jésus. Formulée en langage positif, cette attitude signifie que le prophète du Royaume a une ouverture indéfinie, c’est-à-dire sans conditions et sans limites. Il est venu pour rassembler les nations du levant et du couchant, il invite à aimer même ses ennemis, finalement il donne sa vie « pour les nombreux », en signe d’Alliance définitive.

Cette universalité de non-exclusion peut, il est vrai, sembler un peu vague. A force d’ouverture, elle risquerait presque de se diluer dans l’indéfini des bons sentiments. Aussi bien l’Evangile la précise-t-il sans ambiguïté. Si Jésus est disponible pour quiconque, si la relation avec lui est à cause de lui toujours possible, cela se vérifie en quelques cas symboliques. Homme pour tous, Jésus est d’abord présent pour quelques-uns, ceux qui ont besoin de médecin, les brebis perdues, les pauvres et les prostituées. Ces relations-là sont privilégiées dans l’existence évangélique. Elles vérifient en quelque sorte le sérieux de l’ouverture à quiconque. Et d’ailleurs elles en indiquent le prix. Car de telles relations dérangent l’ordre établi, la cohérence sagement réglée des communications sociales. La mort du prophète ne peut que s’ensuivre. Pour rendre impossible son universalité inquiétante, les adversaires de Jésus éliminent sa particularité. Ils le tuent.

-  Une universalité de visée et de désir communicative

S’il y a donc une universalité dans les relations de Jésus, c’est à titre de visée ou de désir, mais non à titre de réalisation achevée. On ne laisse pas Jésus devenir universel. On exclut celui qui a voulu privilégier les exclus. On rejette celui qui a voulu se faire proche des rejetés. C’est dire que 1’uniersalité de Jésus ne se vérifie jamais totalement dans les faits. Ce n’est ras une question de fait. C’est une affaire de choix et de foi. C’est une manière de voir et de faire le monde qui porte atteinte aux normes courantes de la vie sociale. L’universel évangélique est lié à la nouveauté de l’Evangile.

Il faut ajouter que cette nouveauté, présente en Jésus avec son idéal étonnant et ses risques manifestes, est communicable à quiconque le désire et le veut. Voilà qui n’est pas moins significatif. Si Jésus entre en relation, s’il donne accès à sa manière de communiquer, ce n’est pas pour en rester là. Il rend le fils de la veuve à sa mère, il renvoie le jeune homme riche à sa décision, il envoie ses disciples et amis annoncer eux aussi le Royaume.

Autrement dit, Jésus est un initiateur. S’il est ouvert aux autres de façon inconditionnelle, déterminée et risquée, c’est pour que d’autres, à leur tour, connaissent et pratiquent cette manière de vivre. A travers des rencontres forcément limitées, Jésus vise une forme généralisée de relations, la communion dans le Royaume. On touche ici a un autre palier de l’universalité évangélique. C’est son caractère d’osmose ou de diffusion. Chacun est appelé à la vivre après avoir expérimenté dans la rencontre avec Jésus qu’elle était possible. Le maître s’efface. « Il vous est bon que je m’en aille ». Mais son Esprit demeure. Jésus cherche à être universel en universalisant ses disciples.


IV - Jésus ressuscité garde-t-il une universalité de pauvre ?

Je viens d’analyser la façon dont Jésus semble avoir vécu une universalité voulue, mais pauvre, limitée et inachevée. Cela s’est passé avant Pâques. Mais on peut se demander à juste titre si la Résurrection pascale n’a pas modifié radicalement la situation. Le Seigneur auquel adhèrent les premiers chrétiens après Pâques et Pentecôte prend une envergure cosmique. Comme le dit l’hymne de l’épître aux Philippiens, « Dieu lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom ». Toute langue est appelée à proclamer « de Jésus-Christ qu’il est Seigneur à la gloire de Dieu le Père » (Ph 2, 9 et 11). C’est en fonction de ce Christ Seigneur qu’en fin de compte tous les hommes seront jugés, affirme saint Matthieu au chapitre 25. « Tout pouvoir lui a été donné au ciel et sur la terre. » (Mt 28, 18)

- La seigneurie du ressuscité n’est pas affaire de mythologie prétentieuse

Qui ne voit le problème ? Tout se passe comme si Pâques substituait à l’humble universalité du Jésus prépascal une seigneurie inconditionnelle et absolue, celle précisément que certains aujourd’hui estiment prétentieuse et incompréhensible.

Sans nier la difficulté, je voudrais examiner de plus près comment l’universalité de Jésus se trouve transformée par la Résurrection pascale. Afin d’éviter quelque simplification excessive, mais aussi quelque majoration abusive de la foi chrétienne.

A Pâques, assurément, Jésus est reconnu comme Seigneur. Désormais, affirme l’Écriture, il n’est pas d’autre nom que le sien qui puisse être un nom de salut. Le Ressuscité est Sauveur de tous les hommes. Il est au cœur du monde. Il a la possibilité de se rapporter radicalement à tout être, existant. En lui l’universalité du Dieu vivant est mystérieusement présente. Le rapport que les hommes ont avec Dieu dans leur existence quotidienne est identiquement un rapport qu’ils entretiennent avec Jésus Seigneur, quand bien même ils ne le connaissent pas. Car le Christ de Pâques intervient dans notre existence à un niveau plus foncier que celui de la connaissance et des formes religieuses

Mais que signifie cette universalité ? Ou bien nous la comprenons abstraction faite de l’universalité prépascale de Jésus. Et alors, effectivement, elle risque bien d’être colorée par des représentations imaginaires peu évangéliques. Ou bien nous l’envisageons sans oublier l’expérience de jésus avant Pâques. Et alors l’universalité du Ressuscité n’apparaît pas comme une affirmation mythologique ou prétentieuse, mais comme la continuation de ce que Jésus a expérimenté avant sa Résurrection.

Pâques, en effet, ne constitue pas une rupture dans l’existence du Christ. C’est la manifestation pour la foi de la portée de son expérience historique. A Pâques, Dieu lui-rnême assume expressément et valide le projet de son Fils.

Le mystère pascal, c’est l’expression de ce que Jésus vivait quotidiennement et obscurément avant sa mort. C’est l’acte par lequel Dieu atteste que Jésus n’a pas fait fausse route en vivant ses rencontres avec le style d’universalité qui lui tenait à cœur

- L’universalité de Jésus ressuscité n’a de sens que pour la foi pascale

De fait, après Pâques, l’universalité de Jésus garde, pour l’essentiel, les mêmes traits qu’avant Pâques. Jésus est pour tous. C’est-à-dire qu’aucune circonstance ne peut empêcher d’accéder à lui. Mais sa solidarité universelle n’est pas vérifiable. Apparemment même, elle ne se réalise pas. Ou, du moins, on ne voit pas comment le Ressuscité peut être effectivement en relation avec tout homme. On peut bien le dire, mais nul n’est à même de se représenter cette affirmation et d’en comprendre exactement la portée. Et c’est précisément ce non-savoir qui, ici, devrait exclure toute prétention. Une telle ignorance est statutaire. Elle fait partie de la condition croyante. Les chrétiens affirment la seigneurie pascale de Jésus sans pouvoir lui donner un contenu concret et historique. Ils n’ont pas prise sur elle. Ils croient en Jésus Seigneur de tous les hommes, mais ils ne sont pas en mesure de transformer leur acte de foi en savoir.

Toutefois, il y a une différence notable entre l’expérience de l’universel que jésus connut avant Pâques et celle que lui reconnaissent les chrétiens depuis sa Résurrection. Avant Pâques, son option de communion généralisée entre les hommes pouvait sembler vouée à l’échec et se colorer du rose de l’utopie. Depuis Pâques, cette même option n’est sans doute pas plus vérifiée. Mais l’incertitude qui l’affectait est levée pour les croyants. Ils ne voient pas comment il est possible que la manière de vivre qui fut celle de Jésus soit universalisée, proposée à tout homme et acceptée par tous. Mais ils tiennent que cette façon de vivre dont ils ont fait personnellement une certaine expérience est voulue de Dieu, qu’elle est le secret ultime de l’existence humaine, que toute manière humaine et humanisante de vivre doit d’une manière ou d’une autre se rapporter à elle et qu’en définitive elle permet de dépasser la mort.

Tout cela est acte de foi. Mais tout cela n’est pas prétention. A moins que la foi ne cesse d’être l’humble fidélité obscure, apparentée à celle de Jésus, qui la fait être.

Pratiquement, l’affirmation chrétienne de Jésus Seigneur universel est liée à quelques exigences qui en assurent - plus ou moins, certes - l’authenticité.

- C’est tout d’abord l’eschatologie. Autrement dit, le sens de l’universalité de Jésus n’a pas et ne peut pas avoir, pour l’instant, dans l’histoire, un sens suffisant. Les chrétiens attendent le retour du Seigneur. Et le texte de Matthieu ch. 25 évoque le jugement final de l’humanité, mais il n’éclaire que par anticipation l’expérience actuelle des hommes. Par conséquent, le rapport entre Jésus et tout homme échappe pour l’essentiel à l’expérience historique. Cette relation est confessée comme une actualité mystérieuse dont la manifestation est à venir. La seigneurie de Jésus n’est pas dévoilable comme telle dans notre histoire.

- C’est ce que signifie un autre « correcteur » permanent de la visée chrétienne : la référence à l’Esprit Saint. En effet, l’universalité de Jésus qu’affirment les chrétiens relève de l’Esprit. C’est l’Esprit qui l’actualise dans le temps, jusqu’à ce que revienne le Ressuscité. En attendant cette parousie, la seigneurie de Jésus demeure cachée. Elle est spirituelle, elle n’est pas saisissable de façon tout à fait objective. Le lien de Jésus à tout homme s’accomplit dans l’Esprit et ne se laisse pas exprimer comme une puissance charnelle ou une volonté d’emprise.

Jésus Ressuscité demeure donc porteur d’humble universalité. Cela implique que l’affirmation de sa seigneurie soit toujours elle-même humble ! Non pas forcément tue ou cachée, mais mise à sa place qui est seconde par rapport à la découverte de Pâques. Non pas une prétention du christianisme qui viendrait corriger ses limites historiques par une subtile domination eschatologique de l’humanité. Mais bien plutôt une relativisation de ce même christianisme qui ne prétend pas enclore en ses pratiquants et en son savoir la signification de Jésus.

- Jésus universel ne perd pas sa singularité

Reste toutefois que le christianisme porte en lui un scandale irréductible. Car, même si l’universalité du Ressuscité est non prétentieuse, elle n’en est pas moins liée à une particularité, celle de Jésus avant Pâques. L’avenir du monde qu’annonce la foi chrétienne est liée à l’avenir d’un nom personnel, celui de Jésus. Jésus, en étant Sauveur de tous les hommes, ne se dilue pas dans l’humanité et ne renonce pas à son identité.

L’universalité dont parle le christianisme ne consiste pas à dépasser Jésus comme s’il était une figure relative. Elle se constitue en Jésus et non au delà de lui.

Certes, Pâques réduit la particularité de Jésus. La Résurrection pascale ramène son expérience à quelques traits essentiels, en laissant de côté le détail événementiel. Ce qui est universalisable dans ce que Jésus a vécu, ce qui est communicable d’âge en âge aux disciples, ce qui peut mystérieusement rejoindre tout homme, ce n’est pas tout ce qui a fait son aventure historique en Palestine, c’est l’orientation et le style de son existence. Jésus est universel parce qu’il mise sur la communication sans limites entre les hommes, parce qu’il opte en ce sens de manière réaliste et risquée, parce qu’il fait valoir comment cette inspiration vient de Dieu et comment elle est plus forte que la mort.

Tout cela, dira-t-on, est commun aux hommes de bonne volonté. Tout cela exprime la condition générale de l’humanité.

C’est sur ce point que le christianisme surprend. Car il ne se contente pas de voir en Jésus l’expression de la vocation humaine. Il reconnaît en lui une réalisation, si inachevée au’elle soit encore.

Autrement dit, Jésus n’est pas universel parce qu’il participe à une condition humaine universelle. Il l’est parce qu’il fait participer l’humanité à sa condition effective. Telle est sa particularité. Pour la foi chrétienne, cette particularité ne peut donc être dépassée. Car c’est elle qui est à la base de l’universel concret auquel l’humanité peut participer.

Au fond, le mot universalité est obscur et ambigu.

Dans l’usage courant, il signifie une généralité sans particularité.

En christianisme, il désigne une particularité apte à s’universaliser.

Mais l’universalité qui advient de la sorte a des caractères étonnants. Elle est humble et pauvre, comme l’est le Seigneur Ressuscité.

Henri Bourgeois Lumière et Vie, n° 137, p. 117-131.


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