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Jean Mouroux

L’expérience chrétienne

Jean Mouroux

Prêtre du diocèse de Dijon, Jean Mouroux (+ 1973) a joué un rôle fondamental dans la recherche d’une anthropologie ouverte à la foi chrétienne, en notre temps. Dans la mouvance de l’humanisme chrétien, il s’attache à montrer que le christianisme n’est pas une doctrine étrangère à l’humanité, mais que « le mystère chrétien est tout ruisselant de l’amitié divine pour l’homme, qu’il est capable de le sauver en le divinisant ». Bien avant le Concile, il ouvrit plusieurs pistes à la réflexion théologique, éthique et pastorale. A noter qu’il fut brièvement expert au Concile Vatican II.

Comme Gabriel Madinier (+1958) et, plus tard, Jean Lacroix (+1986), il développe une philosophie de l’intériorité qui se saisit en relation à l’absolu, un absolu qui demeure, pour le philosophe inconnaissable en lui-même .

Principaux ouvrages, aux éditions Aubier, Paris, coll. Théologie : Sens chrétien de l’homme (1943). L’Expérience chrétienne. Introduction à une théologie (1952), Le Mystère du temps. Approche théologique.

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La notice que Wikipedia lui consacre signale à juste titre qu’il eut « une influence sur Henri Bourgeois » - pour ne pas parler ici de la génération à laquelle il appartenait - dans sa recherche sur l’identité chrétienne et, on le voit, notamment lorsque Jean Mouroux parle de l’expérience ou encore du temps, un des ouvrages d’Henri Bourgeois, écrit en faisant appel à d’autres disciplines que la philosophie et la théologie.

En même temps, le texte que l’on a pu lire sur le site, …. montre bien comment la pensée d’Henri Bourgeois, confrontée au développement des sciences humaines, et soucieuse d’éclairer la pratique, va plus loin pour relever le défi de la confrontation du savoir théologique avec les autres formes de savoir et la culture actuelle.

Une question qui demeure vive, aujourd’hui, et marque d’autant plus les esprits qu’elle est trop souvent enfouie.

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Nous reproduisons ici des extraits tirés de la conclusion du livre de Jean Mouroux : « L’expérience chrétienne » qui se veut modestement, c’est son sous-titre une « Introduction à une théologie ».


En quel sens peut-on parler d’expérience chrétienne ?

« Se saisir en relationavec Dieu, c’est l’expérience chrétienne, être en relation avec Dieu, c’est la vie chrétienne. Si l’on va droit au point central, l’expérience chrétienne, c’est, dans la foi et l’espérance, saisir qu’on aime Dieu ; la vie chrétienne, c’est tout simplement aimer Dieu. Ce qui est premier, c’est la vie ; ce qui est second, c’est l’expérience de cette vie. Il faut donc, pour finir, situer cette expérience dans cette vie, et la situer c’est d’abord marquer ses limites essentielles.

La vie chrétienne adhère à Dieu par la foi, et s’unit à Dieu par la charité. Son objet premier, c’est Dieu même, et non pas l’expérience. Or, Dieu reste toujours doublement transcendant à l’expérience. D’une part, et de toute évidence, celle-ci ne l’épuise pas. D’autre part, elle ne saisit jamais Dieu en lui-même, mais à travers le voile de la foi, et par suite elle unit à lui comme à un inconnu. Une expérience se trouve, certes, impliquée dans la vie de la foi et de la charité, parce que cette vie, étant spirituelle, implique prise de conscience des actes posés. Mais la foi et la charité ne sont pas, d’abord une expérience : elles sont d’abord le mystère d’une vie divine, insérée dans nos âmes, afin de les entraîner à Dieu (…).

Cette transcendance absolue de Dieu, Objet et Fin de la vie chrétienne, relativise d’un seul coup, et d’une façon essentielle, toute l’expérience chrétienne (…) L’expérience chrétienne est la prise de conscience de cette possession magnifique, mais partielle, obscure, germinale et menacée…. Cette expérience se situe dans une relation qui la fonde et qui la dépasse… D’aucune façon, il ne s’agit donc, pour le chrétien, de s’enfouir dans la connaissance de soi, de s’y répandre et de s’y disperser comme les eaux sur une plaine infinie, de s’y complaire comme en un monde délicieux et suffisant. La vie chrétienne n’est connaissance de soi que pour être connaissance de Dieu. Se connaître, c’est découvrir sa vocation – ses obstacles, ses ressources, ses réponses – afin de se donner à Dieu et de le servir…

De plus, l’expérience chrétienne n’est pas à elle-même sa propre norme. Elle est une expérience structurée, et les lignes essentielles de sa structure constituent ses normes permanentes. Elle est une expérience dans le Christ, et c’est de là qu’elle tire sa valeur et sa fécondité. Mais pour que cette expérience dans le Christ soit authentique, elle doit être une expérience dans la foi et en Eglise ; ces deux relations essentielles définissent ses normes constituantes ; et parce que la foi est une adhésion à la Parole de Dieu, telle que la propose l’Eglise, ces deux normes finalement tendent à coïncider. (…)

Relation au Christ possédé et espéré, l’expérience chrétienne est un entre-deux – comme l’Eglise pérégrinale, comme le chrétien pérégrinal lui-même. Elle exprime son être et sa situation ; et c’est pourquoi elle est faite d’absence autant que de présence, de promesse autant que de possession, de crainte autant que de confiance. »
Jean Mouroux, L’expérience chrétienne,

Ed. Aubier, 1952, p. 373-375 passim.


Relire l’article d’Henri Bourgeois qui a suggéré ce rapprochement avec Jean Mouroux : Points de vue théologiques sur l’expérience humaine .

Voir aussi : L’identité chrétienne en question ?, et Une place pour la pensée théologique.


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