Je crois à la résurrection du corps.
Jean-Marie Glé, sj.
Nous présentons ici, très partiellement, un important article de Jean-Marie Glé, s.j., exposé fait au Colloque de 2007, autour de cet ouvrage de Henri Bourgeois. Le lecteur le trouvera dans le volume XII-2, de Theophilyon, en même temps que d’autres contributions au colloque. Mais le ton de l’introduction et de la conclusion ainsi que les jalons sur le parcours que fait opérer le livre, inviteront certainement le visiteur à lire l’article dans son intégralité.
Je crois à la résurrection du corps.
Une affirmation qui donne à penser.
Henri Bourgeois était un prince de l’écriture. Non seulement il a beaucoup écrit et publié, mais ses œuvres honorent la langue et la pensée françaises. Le Laboratoire a travaillé pendant quatre ans, à raison de deux ou trois journées entières par an. Il a éprouvé combien la problématique de H. Bourgeois est solide et combien ses textes sont résistants ou, comme on dit aujourd’hui, « donnent à penser ». Aussi, pour la journée de conclusion, comme Claude Royon l’a rappelé ci-dessus, a-t-il fait le choix, non pas d’une succession de conférences, mais il a voulu que les participants lisent, commentent des textes de H. Bourgeois lui-même et en débattent. Dans ce contexte, pour introduire les table-rondes de l’après-midi, nous avons analysé la profondeur spéculative de Je crois à la résurrection du corps. Cet exposé est ici partiellement repris. Tout d’abord, le lecteur sera mis en présence du mouvement du livre. Puis, il sera montré que H. Bourgeois fait face à plusieurs questions de type spéculatif. Nous verrons ainsi en quoi cet ouvrage est non point un livre de vulgarisation, mais un livre de théologie. Lire les œuvres de H. Bourgeois, s’en inspirer, les situer dans le concert des théologies contemporaines est encore un geste fécond alors que la voix du théologien s’est éteinte depuis maintenant plus de cinq ans.
Itinéraire.
Je crois à la résurrection du corps est un itinéraire en quatre étapes.
Un constat est d’abord dressé sur la manière dont se présente aujourd’hui « Croyances et croyants » en la résurrection. Il s’agit moins de l’affirmation dogmatique comme telle que des attitudes et des présupposés qu’elles engagent au niveau des anthropologies et des « somatologies » .
Puis, sous le titre : « Quand une pensée se met en place » , une restitution de la genèse de la foi biblique en la résurrection vient ensuite. Des contextes historiques, existentiels sont analysés. H. Bourgeois n’est pas prisonnier d’un dossier exégétique même s’il fait référence à nombre de livres d’exégèse.
Intitulée « Le corps en images » , la troisième étape est une élaboration réflexive. La croyance en la résurrection implique des mises en œuvre de l’imagination. Les procédures liées au fonctionnement imaginatif sont analysées. Les principaux défis que la foi en la résurrection rencontre aujourd’hui sont identifiés.
Enfin (quatrième étape), en vingt quatre « propositions » , H. Bourgeois tire au clair le contenu, les présupposés et les conséquences de la foi chrétienne en la résurrection du corps. Il se met à la recherche de « ce lieu mystérieux où Dieu rencontre l’homme corporel ». Une espérance se dit. Dans l’expérience croyante, elle est vue à la fois comme corps historique propre, comme être au monde mortel et comme solidarité « avec ceux et celles dont on vole le corps, dont on prend la vie et dont on ravit la mort » .
(…)
Ouvertures.
Le lecteur le constate. La pensée de H. Bourgeois est vigoureuse. Elle est habitée par un véritable souci spéculatif. Cet intérêt pour la pensée permet d’ouvrir, en conclusion, deux perspectives.
Tout d’abord, la question du corps dans la compréhension de la résurrection n’est pas la question unique que H. Bourgeois a traitée. Plusieurs autres entrées dans sa pensée sont possibles. Se déployant sur plus de trente ans,les sujets traités sont multiples : H. Bourgeois fut un spécialiste de la théologie catéchétique et catéchuménale, de la théologie des sacrements, de christologie, de la théologie de la rencontre des cultures et des religions, du bouddhisme, notamment.
Par ailleurs, son approche n’est jamais dogmatique, mais est toujours d’abord pratique. De ce point de vue, la première partie de Je crois à la résurrection du corps est symptomatique. Les croyances et les croyants, bien plus que le dogme ou l’apologétique, indiquent le point de départ de la réflexion, qui ne sera jamais abandonné. Dans leurs pratiques, leurs « arts de faire », les gens ne seront jamais oubliés. La pensée se déploie toujours pour eux.
Arriver à écouter, à suivre l’auteur dans la grande diversité et la ruse de ces pratiques ne va pas de soi. Même si elles sont écrites très clairement, souvent avec une belle élégance et un minimum de « langue technique », les œuvres de H. Bourgeois requièrent une attention soutenue. Elles invitent à la méditation, à la rumination. Il n’y a pas de texte qui n’apporte du neuf. Aussi, une certitude qui est identiquement une immense source d’espérance nous habite au terme du travail du Laboratoire : il y a encore beaucoup à chercher, à lire et à penser, à réfléchir et à prier dans les œuvres de Henri Bourgeois. Espérons que dans les générations nouvelles des vocations se lèvent pour continuer à exploiter un tel trésor.
article publié dans Theophilyon,
2007, T. XII-Vol. 2 p. 336-343.
Voir : Je crois à la résurrection du corps ;
Lire : « Resurgir ». 3 textes sur la résurrection ;
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