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R. Identité chrétienne

R. Identité chrétienne

Petite encyclopédie chrétienne du christianisme,

Paris, DDB, 1992. 18 cm. 214 p. ISBN 2-220-03299-X.


- Dans Etudes Théologiques et Religieuses (Montpellier), 1993-3, p. 465-466.

L’interrogation concernant l’identité chrétienne est assez récente. Beaucoup de chrétiens rêvent en effet aujourd’hui d’un christianisme un peu différent : plus moderne, moins passéiste, tandis que pour d’autres pareille adaptation serait trahison. De fait, le christianisme semble être moins pertinent, déphasé ou dépassé, concurrencé aussi par de nouveaux mouvements religieux du type « Nouvel Âge ». À partir de ce constat, l’auteur se propose d’éclairer le visage du christianisme contemporain. Lucide, il insiste cependant sur la nécessité de la « polarisation ecclésiale », même s’il concède que l’évangélisation (la nouvelle ?) ne consiste pas prioritairement à recruter des membres pour l’Église. Si le christianisme doit être moderne, ce n’est pas en renonçant à des formulations, mais en renégociant son rapport à la rationalité et à la culpabilité.

Reste la question des diversités intrachrétiennes : elles traversent aujourd’hui toutes les confessions et ne signalent plus seulement des frontières entre elles. D’où la valeur de signe que prend I’œcuménisme : occasion de s’écouter et de se comprendre, nulle tradition ne pouvant prétendre assumer à elle seule la plénitude du message évangélique. Comment devenir, comment demeurer ,ou cesser d’être chrétien aujourd’hui ? Les réponses que tente d’apporter l’auteur au terme de son ouvrage soulignent la fragilité de l’identité chrétienne dans une civilisation plurielle : le christianisme, lieu de conviction, de spiritualité et de solidarité, n’a pas encore dit son dernier mot, car il est sans doute partiellement à venir.

D’expression catholique, mais de grande ouverture, ce petit livre est clair et de lecture aisée : un modèle de vulgarisation intelligente à l’intention du grand public.

Albert Gaillard

- Dans Etudes, mars 1993, 378/3, 425.

Ce petit livre d’un théologien lyonnais désormais bien connu a le mérite de la lucidité sur une question souvent épineuse : l’identité chrétienne se définit-elle selon son rapport à un modèle unique, fondamentalement la référence au Dieu de Jésus-Christ dans la fidélité à une Eglise ? Et tout serait dit. L’auteur a le courage d’affronter cette question d’abord à travers la diversité des appartenances au christianisme. Il décrit ainsi les multiples possibilités que le paysage chrétien offre à la foi traversant les mentalités et cultures contemporaines. Mais l’analyse ne se limite pas à la description, elle est effort de compréhension de cette diversité. Cela conduit le théologien à refuser un christianisme qui serai repli dans un très vague sentiment universel. Il affronte au contraire l’incroyance, l’islam actuel, les courants venus d’Extrême-Orient, le New Age. Sans se dérober devant ces rencontres, l’auteur évite et l’intolérance et la dilution dans les différences. Sur ce fond, le visage présent du christianisme apparaît en ces pages avec un réalisme éclairant et rigoureux, précieux pour tant d’esprits en honnête recherche.

Jacques Sommet

- Dans Esprit et Vie, avril 1993, p. 254-255.

Voilà un ouvrage qui ne paie pas de mine : sa présentation extérieure est sobre et il prend place dans une collection qui s’intitule modestement « Petite encyclopédie moderne du christianisme ». Pourtant c’est peut-être le volume le plus substantiel, concernant la foi chrétienne, que nous avons pu lire au cours de ces dernières années.

L’auteur est connu de nos lecteurs : le Père Henri Bourgeois, ancien doyen de la Faculté de Théologie de l’Université catholique de Lyon, nous a donné déjà une dizaine de volumes touchant aux questions que se posent nos contemporains en matière de foi chrétienne : la vie baptismale, la pratique des Sacrements, la mort, la résurrection des corps, etc… Cette fois il nous donne le fruit de ses longues méditations sur la pratique de la foi, et le résultat en est une analyse d’une qualité exceptionnelle, alliant la clarté à la profondeur, concentrée sur ce thème : « L’identité chrétienne ». Il touche là à une question d’une actualité évidente, et en même temps il rejoint les bases profondes du mystère chrétien,

Les titres de ses chapitres nous éclairent sur les intentions de l’auteur : « Ce que c’est qu’être chrétien », la « Conscience chrétienne », « Comment cela (le mystère chrétien) peut-il se faire ? » La « Différence chrétienne, où est-elle ? », « Les chrétiens et les autres », « Diversités chrétiennes », « Comment devient-on chrétien ? Comment le demeure-t-on ? Comment cesse-t-on de l’être ? » Ce sont là autant de questions que nos contemporains se posent. Mais aussi autant de questions que nous nous posons nous-mêmes. Suivons l’auteur dans sa prospection.

Après une introduction où il montre, à juste titre, l’intérêt du sujet, pour tous les croyants, l’auteur aborde le problème de l’identité propre du chrétien. Quelle que soit notre « entrée en christianisme », tradition familiale, conversion, rencontre fortuite, nous avons à prendre conscience du sens de notre engagement (p. 19 et s.), La référence à la personne de Jésus est l’élément décisif (29). De là découle l’adoption d’une spiritualité particulière. C’est donc de cette spiritualité qu’il convient de dessiner le contour.

Certains mettront en avant la pratique de la charité. Cela semble juste, mais d’autres courants spirituels ont fait le même choix (le bouddhisme, par exemple). Il faut pousser plus loin l’analyse. Certains insistent sur l’appel à la liberté (54). Mais d’autres l’ont fait aussi. Il s’agit bien plutôt d’accueillir un message. Mais lequel ? Il s’agirait essentiellement de l’assurance d’un « salut » pour l’humanité (66 et s.).

Les analyses de l’auteur sont ici intéressantes. Mais à son étonnement devant l’indifférence de nos contemporains devant cette proposition d’un salut, nous répondrions personnellement qu’en effet l’humanité contemporaine ne semble pas tellement attirée de cette façon. A notre avis, la raison en est que pour rechercher un « salut », il faut d’abord se savoir « perdu ». Or notre époque ne semble pas se sentir en « perdition » (du moins dans nos pays « évolués »). Elle vit dans une sécurité inspirée de l’hédonisme ambiant. La tâche première serait donc, en somme, de la réveiller d’abord de sa somnolence béate… et d’éveiller en elle une inquiétude. Ce n’est pas tâche facile, face à l’hédonisme matérialiste qui règne en Occident. Pour obtenir ce réveil il faudrait retrouver des accents pascaliens.

Par la suite l’auteur part à la recherche de ce qui devrait être le fondement de l’attitude religieuse, propre au christianisme. Il n’a pas de peine à montrer que c’est, par-delà la référence à Jésus, la référence à un Dieu, transcendant et, malgré tout, proche de nous. La référence aux thèses de l’Islam - qui se veut champion de la transcendance divine - est intéressante ; nous partageons avec les musulmans le même sens de la transcendance, mais cette foi en la transcendance n’exclut pas une Incarnation (question délicate, traitée en détail page 121 et s.). Cependant la démarche philosophico-religieuse qui mène à Dieu ne nous semble pas ici menée avec la rigueur suffisante. L’auteur demande que l’intellect contemporain reconnaisse l’existence de ce Dieu transcendant. Mais - comme nous avons eu à plusieurs reprises l’occasion de le montrer (1), il nous semble que posé en ces termes le problème est insoluble. Comment peut-on identifier l’existence d’un être, dont par ailleurs nous disons ne pas connaître l’identité ? Le problème est à poser en sens inverse : c’est le monde qui nous entoure que nous « mettons à la question ». Se suffit-il à lui-même, ou requiert-il un autre être pour exister ? S’il requiert un « autre » Être, cherchons alors à l’approcher et ici la Révélation nous apportera le secours de ses lumières.

Ces « lumières » nous permettront sans doute d’éviter le flou des thèses fumeuses du New Age, très à l’ordre du jour. Nous rejoindrons un « Être », et non une atmosphère vaporeuse, celle d’un « divin » immanent à toute forme de vie spirituelle (128 et sv.). Le Christianisme a tout à gagner à se faire rigoureux et précis dans ses énoncés.

Pourtant le Christianisme comporte des expressions très variées. L’auteur en convient (147). Mais ces diversifications qui se manifestent à différents échelons de la communauté ecclésiale, conservent la référence à un modèle, seul et unique, le Christ Jésus, ce qui est une garantie d’unité. L’auteur se livre ici à de fines analyses, faisant la distinction entre les pratiquants habituels, les convertis, les reconvertis…, sans oublier les contestataires. D’autre part les façons de vivre l’Évangile sont multiples (167). L’auteur fait ici aussi des analyses poussées, considérant en particulier les pays où le christianisme est vécu : Europe, Amérique latine, Amérique du Nord, Afrique…, sans oublier les pays de l’Europe de l’Est (171 et s.).

Il étudie aussi la façon dont le Christianisme doit imprégner la vie. Il fait les réserves qu’on attend sur les difficultés que présente l’introduction dans le christianisme, par le moyen de l’insertion dans des communautés (« huit fois sur dix elle est désastreuse », 185). Ce qui l’amène à proposer les chemins de la véritable insertion : la réflexion personnelle, la découverte d’une tradition (la Bible), l’accès à la prière, l’approfondissement du rapport à autrui (189). Il donne aussi de judicieux conseils sur la façon de « demeurer chrétien » (191). Il analyse également les processus par lesquels certains sont amenés à cesser d’être chrétiens : inanition, rupture de statut social, traumatismes ou rencontre avec une autre religion tenue pour plus convaincante.

La conclusion est que le fait de devenir chrétien est, d’une certaine façon, un art. Il faut y engager son sens de la conviction, avec le souci de s’informer sur l’originalité du christianisme, d’acquérir une connaissance constamment accrue de la pensée de son fondateur, le Christ (208). L’accès à la Foi se traduit par des apports positifs : « la joie du salut », l’illumination ; par des rapports négatifs : le rejet du péché et du mal moral ; mais aussi avec une part de « risque » : il faut s’engager dans l’épaisseur du mystère. Le christianisme, à ce sujet, a peut-être plus que jamais besoin d’être découvert, ou même redécouvert. C’est pourquoi, conclut l’auteur : « Le christianisme est encore partiellement à venir » (205).

Un beau livre ! Un livre qui fait réfléchir, Un livre qu’on peut lire et méditer à tous les âges de la vie ; à toutes les époques à vivre ; et, pour chacun, à tous les états spirituels où il est parvenu.

Jean Milet Institut Catholique de Paris

(1) Voir en particulier le volume Dieu, paru chez Beauchesne. Collection « Philosophie », 1985, pages 53 à 69.


- Dans Nouvelle Revue Théologique, 1994, mai-juin, p. 434.

Cet ouvrage d’un théologien et observateur de la vie ecclésiale depuis longtemps connu de nos lecteurs (cf. par ex. NRT, 1971, 755 : 1975, 756), donne beaucoup à réfléchir. Il rassemble une foule de notation réalistes, de demandes souvent à peine articulées et de suggestions neuves, et réussit à les ranger dans un plan dont certains esprits saisiront difficilement la rigueur logique - sans être pour autant moins intéressés par le contenu.

A la question “Qu’est-ce qu’un chrétien ?”, H.B. ne donne pas (du moins pas au début) une réponse d’autorité. C’est une démarche inductive qui s’annonce ; elle admettra pour la base de l’opération descriptive à effectuer la plus large extension, “l’espace spirituel qu’est le christianisme” (p. 17 s.). Parmi les composantes du dénominateur commun : le fait de rejoindre des devanciers, “une certaine expérience du divin”, un rapport à l’Evangile de Jésus, une orientation de vie qui, en principe du moins, ne permet pas de “prendre (son) parti des choses telles qu’elles sont”, mais aussi la marque du baptême. Dans la suite interviendront des explicitations qui, assurément valables et significatives, semblent restreindre peu ou prou l’extension du terme “chrétien” et ne pas être simplement induites par l’auscultation des intéressés : foi en un Dieu personnel se faisant partenaire d’un dialogue, en un salut possible ; connaissance au moins rudimentaire de Jésus-Christ ; sens d’appartenance à quelque chose comme une Eglise…

Les angles d’approche varient d’un chapitre aux autres : “La conscience chrétienne”, “La différence chrétienne”, “Les chrétiens et les autres”, “Diversité des chrétiens”. L’auteur possède l’art des mises au point amenées par des questions comme : pas de salut hors de l’Eglise ? faut-il moderniser l’Eglise ? comment cesse-t-on d’être chrétien ? De nombreux encadrés offrent des raccourcis complémentaires de l’exposé. Un livre très franc dans l’aveu des défaillances et des crises, inspirateur d’optimisme chrétien et de réactions pratiques.”

L.-J. Renard, sj.

- Dans Unité Chrétienne, n° 115, 1994, 33.

Le propos de l’auteur est défini dans l’introduction : permettre à des êtres de s’identifier eux-mêmes et d’identifier autrui en se laissant identifier par le message et la tradition de l’Évangile ». Il ne s’agit donc point directement d’une présentation du christianisme en ses croyances et ses pratiques. Beaucoup trouveront ou retrouveront, en lisant cet ouvrage, les questions qu’ils rencontrent, et cela dans le concret, non dans l’idéal : le divin », « Dieu », le « salut », « l’identité de jésus », « l’originalité du christianisme ». Le chapitre « Les chrétiens et les autres » permet à H.B. par exemple de regarder le Bouddhisme et l’Islam, qu’il choisit, pour manifester « une meilleure explicitation de l’identité chrétienne aujourd’hui » (dans cette perspective, j’aurais souhaité quelques réflexions sur le judaïsme). Il faut aller plus loin ; car le « non-religieux », est aussi et surtout « spirituel », car « il y a spiritualité… quand des sujets assument dans leur liberté leur identité propre » (p. 145), ce qui donne au christianisme de les rejoindre, sans verser dans une récupération. Certes ce livre ne traite pas de l’œcuménisme ; il est tout imprégné de son esprit, avec un optimisme qui conduit à déclarer qu’entre catholicisme, orthodoxie, protestantisme (pourquoi oublier l’anglicanisme ?), en ce qui concerne les différences doctrinales, "la plupart des malentendus sont aujourd’hui éclaircis ou en voie de solution » (p. 176). Comme je souhaite que ce ne soient que malentendus et que la solution soit visible !

P.M. 

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