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Initier ?

Qu’est-ce que cela veut dire ?



VOUS AVEZ DIT : « INITIATION » ?

Le temps est venu où le terme « initiation » n’est pas réservé à un domaine ésotérique, lointain, ou a fortiori archaïque. Etre initié, c’est, selon l’étymologie, être entré dans

Mais dans quoi et comment : là est la question.

- Dans quel mode de vie, de monde ? d’art de faire ? de parler ? de connaître ? d’entrer en relation ?

- Et comment, par quel(s) moyen(s) (personnes, pratiques, etc.) y entre-t-on ou invite-t-on d’autres à le faire ?

On pourrait même aujourd’hui ajouter, au vu de ce qui se passe en certaines cultures : au nom de quoi interdire une initiation, s’il y a un enjeu humain.

Rien n’est donc dit encore avant ces clarifications, quand on parle d’initiation. « Dis-moi ce qu’est pour toi l’initiation, je te dirai qui tu es… », pourrait-on sans doute avancer.

C’est pourquoi le christianisme n’a jamais usé de ce terme qu’avec prudence, explications, et clarifications des finalités et des pratiques.

Les deux textes d’Henri Bourgeois proposés ici s’inscrivent dans cet effort de clarification. Qui oserait aujourd’hui nier aujourd’hui la pertinence et même l’urgence du propos, en quelque contexte culturel que l’on se trouve… ? (AHB)


-I-

INITIER, QU’EST-CE QUE CELA VEUT DIRE ?

Les catéchuménats et leurs animateurs aiment bien parler d’« initiation chrétienne ».

D’ailleurs la formule a pris place dans le langage officiel de l’Église catholique. Les rituels mis au point après Vatican II parlent par exemple des « sacrements de l’initiation chrétienne » pour désigner le baptême, la confirmation et l’eucharistie.

Mais que veut dire exactement initier ? Un colloque du catéchuménat national, début juin 1984, m’a fait assez vivement sentir qu’il fallait sans cesse redéfinir ce qui était en jeu ou en cause.

Voici donc quelques propositions dont la portée pratique a sans doute quelque importance.

1) - Initier, cela ne signifie PAS d’abord ABSORBER un catéchumène, le rendre conforme à ceux et celles qui sont déjà chrétiens, l’adapter à un groupe chrétien, à une mentalité ou à une culture chrétienne.

Bien sûr, il y a un peu de cela ! Mais seulement un peu. Car là n’est pas le plus essentiel.

À la différence d’autres organisations, l’Église mise non d’abord sur elle-même mais sur celui dont elle témoigne. Elle compte donc sur l’impact de l’évangile dans la vie des catéchumènes. C’est l’évangile qui initie et il initie (c’est-à-dire ouvre, adapte) au Christ. Autrement dit au Royaume de Dieu.

L’aspect ecclésial est, bien entendu, appelé par l’expérience évangélique. Il est appelé par elle, il en résulte, il en découle. Mais il y a priorité pour l’Évangile.

Sans cela, on fait passer l’Église avant l’Évangile. Et l’on risque de fausser aussi bien l’évangile que l’Église, de majorer les problèmes d’institution ou d’intégration sociale, de privilégier l’organisation au détriment de l’inspiration.

À mon sens, donc :

L’Église n’initie pas à elle-même, mais à un autre qu’elle-même.

Elle est agent d’initiation mais non à proprement parler objet d’initiation.

Qu’en pensez-vous ?


2) - Si vous admettez ce point de vue, seriez-vous d’accord avec moi sur les DEUX CONSÉQUENCES qui suivent :

- A- Les analyses sociologiques du phénomène d’initiation (dans les sociétés actuelles) sont intéressantes, souvent stimulantes, mais elles ne disent PAS FORCÉMENT CE QUI EST L’ESSENTIEL dans l’initiation chrétienne ; surtout si elles valorisent plus l’incorporation à un groupe que l’incorporation à quelqu’un.

* L’initiation chrétienne ne peut se contenter de chercher à réaliser l’appartenance à l’Église. Son objectif est plus profond : elle cherche à rendre membre de Jésus-Christ.

- B- Initier, cela n’est PAS la même chose que FORMER.

Ici encore, il y a, bien sûr, des points communs entre les deux tâches. Mais l’initiation et la formation ne se confondent pas.

Où est la différence ?

On dit parfois : la formation est spécialisée, centrée sur un aspect. Par exemple : formation professionnelle, formation psychologique, biblique etc.). Alors que l’initiation est globale, multi-dimensionnelle, s’adressant à tout l’être. Voilà qui est souvent le cas.

Mais il ne faut pas trop forcer cette première différence. Il peut y avoir des formations portant sur plusieurs aspects de la vie et des connaissances. De plus en plus aujourd’hui les formateurs sentent qu’il n’y a pas de formation réelle sans prise en compte de la totalité de la personne, de la qualité des relations dans un groupe etc.

On dit parfois : la formation vise à transmettre un savoir ou des connaissances, un savoir-faire, une compétence, alors que l’initiation vise à éveiller quelqu’un, à lui permettre de devenir plus lui-même (et par conséquent autre que ce qu’il estime être), à lui donner une possibilité d’oser, d’imaginer, de créer. L’initiation communique non pas tant un savoir qu’un « secret ».

Voilà qui peut avoir une part de vrai. L’initiation, c’est donner goût et éveiller

Mais je crois qu’il ne fait pas trop aller en ce sens.

Car :


- La formation a toujours une valeur d’éveil. Sinon, elle est trop limitée.

- Inversement, l’initiation - qui est effectivement un appel et une invitation à oser ou à avancer - comporte toujours quelques connaissances. Et, ces dernières années, on assiste manifestement, du point de vue de l’initiation chrétienne, à une redécouverte du « savoir », de la réflexion et de la pensée.

Cette redécouverte n’est pas forcément ambiguë. Elle ne sous-entend pas automatiquement un besoin maladif ou excessif de sécurité ou de certitude. Elle correspond à un besoin de ce temps : penser fait aussi partie de la vie et de l’expérience.

On dit parfois : la formation a un but pratique et opérationnel - on est formé en vue d’un rôle ou d’une tâche : formation pastorale, formation à un ministère, formation d’accompagnateur de catéchumènes etc.- , tandis que l’initiation n’est pas d’abord finalisée par un « débouché » précis.

Il me semble que cette troisième distinction est plus éclairante que les deux précédentes.

À condition de ne pas la durcir, évidemment. Il peut y avoir des formations qui ne soient pas de suite opérationnelles : par exemple une formation biblique. Non pas que l’on se forme alors « pour soi » seulement. Mais la finalité pratique n’est pas première.

■ Je voudrais indiquer une quatrième façon de comprendre la différence entre formation et initiation. Elle me semble la plus motivante et, pastoralement, la plus suggestive.

La formation suppose un acquis préalable. C’est le cas, en particulier, du point de vue religieux : faire une formation cela suppose en principe un minimum d’expérience et de maturation.

Au contraire l’initiation chrétienne, comme son nom l’indique, concerne les commençants. L’initiation chrétienne consiste à « commencer au point de départ », à découvrir l’évangile et non à l’approfondir, à faire les premiers pas de la foi et non à renouveler une façon de croire antérieure.


- FORMER= approfondir (ou découvrir) une nouveauté à partir d’un acquis.

- INITIER = commencer, débuter.

À mon sens, aujourd’hui, la formation et l’initiation des adultes représentent des opérations différentes dans la mesure où les adultes concernés se trouvent soit désireux de reformuler ou recentrer leur croyance et leur foi, soit désireux de commencer ou de recommencer à croire.

L’expérience montre que ces deux demandes ne sont pas identiques et qu’elles demandent des réponses différentes.

Henri Bourgeois Bulletin Accueil et Liberté

N° 40 - Juin 1984)


-II-

INITIER À L’ÉVANGILE…

… c’est permettre à quelqu’un d’entrer dans l’évangile et donc dans la vie qui est évangélisée.

1) Cela suppose pratiquement une certaine conviction et une certaine attitude :

- la conviction, c’est qu’il peut y avoir rencontre heureuse et salutaire entre l’évangile et des gens d’aujourd’hui qui sont disposés à chercher un sens pour leur vie. La rencontre n’est pas automatique, mais elle est possible, elle existe.

- l’attitude, c’est qu’il faut « labourer » : labourer le cœur humain, pour le rendre apte à la rencontre de l’évangile ; et labourer l’évangile lui-même, pour le rendre concrètement apte à rencontrer de gens aujourd’hui.

2) C’est aider des personnes et des groupes à expérimenter les grandes attitudes évangéliques : communiquer, être pardonné, pardonner, oser être soi-même, contester ce qui est inhumain, découvrir la valeur de la durée et la force de la mémoire, vérifier la place faite à l’étranger ou à l’exclu, découvrir ce que c’est que prier, percevoir ce que c’est que témoigner de Jésus etc.

Mais, quand il y a initiation, il me semble que ces découvertes se font dans un certain esprit :

- l’éveil, le goût de commencer. L’initiateur a le goût de donner le goût…

- l’expérience d’être touché personnellement, c’est-à-dire appelé par son nom propre et changé, ouvert, orienté.

- la cohérence minimum entre tout ce que l’on découvre : l’initiation fait des liens, sans entrer dans les détails, mais en « impulsant » un style, un art.

3) Initier à l’évangile, c’est faire entrer dans une nouveauté.

Ce n’est donc pas donner des consignes ou des indications détaillées, mais c’est aider à commencer, permettre aux nouveaux croyants de faire leurs premiers pas. L’initiation reste globale. Elle n’entre pas dans les détails ou les précisions. Elle vise plutôt à libérer l’imagination et à donner le goût d’oser ou d’imaginer.

Et cela, soit dans la vie avec des chrétiens, soit dans la vie dans le monde de tout le monde.

L’initiation chrétienne stimule et éveille la créativité plus qu’elle ne fait des gens ayant réponse à tout.

4) Initier à l’évangile, à Jésus-Christ, cela se fait - comme dans toute initiation - par un parcours, un processus.

Autrement dit, il y a un « défilé » d’expériences à faire. Une seule ne suffit pas.

Les nouveaux chrétiens sont appelés à entrer dans le mouvement chrétien, à expérimenter le pardon de Dieu, à découvrir l’audace de la confession de foi, à percevoir ce que c’est que célébrer, à rencontrer les autres dans la foi etc.

Henri Bourgeois

Bulletin Accueil et Liberté,

n°40, Juin 1984


Voir aussi :

Pour une réflexion sur des pages pertinentes de Théologie catéchuménale : TC-Fiche n° 3 : Initiation et christianisme ;

Pour découvrir un parcours : Découvrir le christianisme (2 tomes) ;

A propos d’un débat actuel : Note sur le Néo-catéchuménat ;

Pour revenir à la page d’accueil : Bienvenue.


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