GUIDE DE LECTURE : THÉOLOGIE CATÉCHUMÉNALE
À propos de la « nouvelle » évangélisation, Le Cerf, 2e éd., 2007.
L’ouvrage d’H. Bourgeois, Théologie catéchuménale, se propose comme une réflexion proprement théologique, inséparable de la pratique.
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Le guide que voici voudrait seulement dégager l’architecture de cet ouvrage aux diverses facettes. Il en présente :
- D’abord la table des six chapitres et le dessein de ce livre, ainsi que son apport à la réflexion sur le sujet.
- Puis les fiches de lecture correspondant en six articles correspondant aux six chapitres. la fin de chaque chapitre, des questions sont proposées pour un échange.
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TABLE
Traits généraux du livre. (3-6)
1 - Trois champs successifs : positions et interprétations catéchuménales ; pratiques et significations ; relecture historique et philosophique. 2 - Une relation de genèse réciproque. 3 - Le dynamisme d’une plaidoierie. 4 - Pour un débat plus large.
Ch. I - Position catéchuménale de la théologie. (7-11)
1- Préjugés à écarter et originalité à manifester. 2 - Les trois tâches de la théologie catéchuménale. 3 - Questions pour la vie de l’Eglise.
Ch. II – Interprétations catéchuménales de la foi chrétienne. (13-17)
1 - La question de Dieu. 2 - La figure de Jésus. 3 - Anthropologie. 4 - Place et rôle de l’Eglise.
Ch. III – Initiation et christianisme. (19-27)
1- L’initiation redécouverte. 2- L’initiation aujourd’hui. 3- Questions pour la vie de l’Église. 4- Débats autour de la confirmation.
Ch. IV – Recommencement et ré-initiation. (29-34)
1- Une situation et un langage nouveaux. 2 - Initiation et réinitiation. 3- Originalité de la réinitiation. 4- Difficultés de la ré-initiation : pour un catéchuménat des recommençants/
Ch. V – Tradition catéchuménale. (35-39)
1- La tradition catéchuménale située. 2- Une tradition perdue et retrouvée. 3- Choisir la tradition. 4- Une tâche réflexive de mise en œuvre.
Ch. VI – L’agir catéchuménal. (41-45)
1- Ce qu’est l’agir catéchuménal. Processus et résultats. 2- Comment organiser les dynamiques catéchuménales ? 3- La rationalité de l’agir catéchuménal.
Six enjeux en forme d’appel. (47)
Le DESSEIN DU LIVRE
Pour ne pas en rester à un survol global ou à une consultation en miettes, on voudrait dégager la logique qui se déploie dans ce livre, afin de percevoir la portée des discernements pastoraux opérés et de l’interprétation théologique élaborée.
La tentation existe, en effet, surtout si l’on a du catéchuménat une expérience restreinte, de perdre pied ou patience dans un développement qui ne laisse aucun aspect sans examen. Il faut aussi éviter de réduire l’ouvrage à une seule facette, tantôt celle d’une expérience originale, des questions affrontées, tantôt celle des réalités culturelles présentées. Correspondre au propos théologique de l’auteur, c’est le suivre dans une pensée qui reprend, critique, interprète, unit et organise les différents aspects. Débat de vérité et de cohérence, autant que de fidélité et d’écoute.
La tâche peut sembler difficile car, si la succession des six chapitres qui le composent est claire, leur développement n’a rien de linéaire. On pourrait le comparer à un chemin qui traverse plusieurs paysages ou champs des pratiques catéchuménales, pour y effectuer des opérations spécifiques. Le résultat est la constitution d’un socle de pensée, manifestant les fondements et les enjeux de la tradition antique ré-inventée et par le fait même sa portée évangélisatrice.
1) Trois champs : un chemin à deux versants
Trois champs, ou trois moments, dans ce livre, chacun présentant deux versants distincts.
- - Le premier moment est une mise en lumière de la recherche de vérité dans la pratique et la réflexion catéchuménales (ch. I : Positions catéchuménales de la théologie chrétienne, p. 13-60), et ch II : Interprétations catéchuménales de la foi chrétienne, p. 61-110). Il est de type épistémologique.
- - Le deuxième moment est de type fondamental : comment les données essentielles de la foi chrétienne apparaissent-elles dans le déploiement de l’initiation chrétienne, en Occident, au cours de la deuxième moitié du XX° siècle, selon qu’elle est proposée à des non baptisés demandant un commencement ou à des baptisés qui disent vouloir « recommencer » (ch III : Initiation et christianisme (p. 111-184) et ch IV : Recommencement et re-initiation (p. 185-232). Dans ces deux domaines pastoraux, c’est une actualité de la révélation du mystère chrétien qui s’opère.
- - Le troisième moment est celui d’une réflexion sur l’agir catéchuménal, dans son rapport au passé et à la pensée contemporaine. Il est historique et culturel. L’auteur examine comment est comprise et assumée la tradition catéchuménale antique, et cherche à en manifester la rationalité profonde et la portée novatrice, en dialogue avec une pensée contemporaine. (ch V : Tradition catéchuménale et ch. VI : L’agir catéchuménal.
Ainsi s’éclaire l’apport essentiel du catéchuménat à une évangélisation effective, respectueuse et ouverte, pièce essentielle, estime l’auteur, pour une réflexion sur les perspectives et les stratégies de l’évangélisation actuelle.
2) Une genèse réciproque
À considérer seulement le nombre de pages consacrées à chaque chapitre, on est frappé de la prépondérance du chapitre III : 72 pages (45, en moyenne, pour les cinq autres). Cette répartition suggère qu’il y a, dans ce livre, un lieu d’ancrage et un déploiement, une genèse, comme le tronc et les rameaux d’un arbre. On peut dessiner ainsi le mouvement, tel que suscité par la réintroduction du catéchuménat, en Occident, au XX° siècle :
D’abord une pratique rénovée de l’initiation chrétienne, dès lors que l’Eglise accueille des adultes demandeurs (I), d’où un renouvellement de la pensée croyante (II).
Puis le déploiement d’une une pastorale de l’initiation (III), appelant et inspirant une pratique de la réinitiation dans une situation occidentale où l’héritage chrétien est mis en question (IV) ;
Enfin, le sens et les raisons d’une référence à la tradition antique (V), que le dialogue avec des pensées contemporaines, particulièrement philosophiques, aide à penser (VI).
En somme, l’événement de la foi et sa structuration chez les catéchumènes est à l’origine d’un jaillissement de possibilités réelles et d’effets nouveaux pour l’évangile et la société. Et le but de la pensée théologique est d’en manifester les fondements et la portée prophétique.
3) Le « dynamisme d’une plaidoirie »
Un autre trait de l’ouvrage est indiqué par le titre de la collection « Théologies » dans laquelle il est édité. Cette collection se présente comme « apologique », c’est-à-dire qu’elle désire « redonner à la théologie sa verve primitive, le dynamisme de la plaidoirie, où chaque partie marque clairement les enjeux, afin que les discussions autour de la foi ne deviennent pas étrangères au sens »commun« (p. 325). On ne peut mieux dire le style de ces pages. Elles instruisent en effet un débat sur le catéchuménat, en déployant les pièces et arguments en présence, pour les ordonner en construisant une »cause" : celle de la portée évangélisatrice de la pratique catéchuménale, lorsqu’elle est fidèle à ses axes propres.
L’auteur ne dit rien du dialogue et des combats soutenus, mais n’est-ce pas l’expérience des responsables du catéchuménat qu’il évoque ainsi :
« Il faut sans cesse reprendre (ce) débat, dépasser les polémiques, examiner les pièces d’éventuels contentieux, avouer les échecs ou les mécomptes, vérifier les résultats au moins autant que les intentions, bref, se ré-expliquer » (p. 26).
Ici, il veut en outre prendre du recul et faire œuvre théologique.
« En cherchant à rendre raison de cette action (catéchuménale), (la théologie) ne fait qu’en manifester le sens, accroissant le champ des confrontations et la précision des évaluations, mais ne changeant rien à la rationalité des convictions qui s’y expriment et à leur affinité avec le mystère. » (p. 28).
Il y a là une sorte de réitération ou de réduplication qui permet de mettre en lumière la portée universelle et commune de la pratique catéchuménale.
On ne peut sans doute entrer dans cette pensée qu’en entrant soi-même dans le débat :
recevoir les questions et les critiques ;
les évaluer et les dépasser ;
interpréter les résultats en reconnaissant des limites ou des insuffisances ;
s’attacher aux convictions qui structurent la pratique ;
découvrir les aspects inaperçus ;
et porter en retour la critique sur les critiques elles-mêmes ;
montrer toujours l’originalité et la portée de cette pratique, dont l’auteur va jusqu’à penser que sa méconnaissance est inévitable.
Il s’agit bien d’une « défense et illustration » : « défense » qui accepte la confrontation sans se crisper sur la réaction, « illustration » qui éclaire d’un nouveau jour la réalité aussi discrète que dense, vécue au cœur des rencontres entre catéchumènes ou recommençants et chrétiens accompagnateurs.
Le plaidoyer poursuivi se rend communicable, grâce aux catégories offertes par la réflexion contemporaine, en pastorale et théologie, comme en sciences humaines. Histoire, psychologie, sociologie et philosophie sont convoquées. Le nombre et la richesse des notes atteste l’ampleur de l’information. On en dénombre 402, dont 134 pour le seul chapitre III. Elles sont de divers types : bibliographiques, critiques, interrogatives, proposant corrélations et hypothèses. Elles étayent considérablement la rationalité de la pratique catéchuménale, et la rendent lisible pour notre temps, pour peu que soit assurée en l’être humain une disponibilité à une parole transformante et, dans l’Eglise, l’attention et le respect pour cette attente. Elles donnent à mieux comprendre l’acculturation de l’évangile qui s’opère dans la pratique catéchuménale, celle dont témoignent les nouveaux venus à la foi.
4) Un débat pour un débat plus large
Il convient enfin de noter enfin le ton du débat. Une insistance permanente chez l’auteur. Certes, Henri Bourgeois ne cède jamais sur l’exigence de vérité humaine et croyante, tout au long de ce débat, mais il n’y a ni accusateur, ni accusé, ni juge. Pourtant quelque chose de dramatique est en jeu dans le sujet traité. Le sous-titre l’indique : À propos de la « nouvelle » évangélisation. Une visée annoncée et récurrente qui s’explicite dans la conclusion. Il s’agit d’évangile et d’évangélisation aujourd’hui, de nouveauté de la vie sous la lumière du Christ des nations. Mais quelle nouveauté ? Les guillemets du mot « nouvelle » avertissent d’une question ou d’un problème. Ils signalent que l’on peut se tromper sur la nouveauté, même en pensant agir selon l’évangile. Le discernement proposé, au vu des possibilités d’évangélisation catéchuménale, l’est avec modestie autant qu’avec pénétration et vigueur.
Au-delà du débat mené dans ce livre, c’est donc un autre débat qui est appelé, un autre discernement. Afin que le catholicisme, après avoir choisi, au concile Vatican II, de restaurer le catéchuménat des adultes et lui avoir donné une place essentielle dans le dialogue et les formes instituées de l’évangélisation, ne méconnaisse pas son propre fruit. En ce sens on pourrait dire que la plaidoirie de Henri Bourgeois pour manifester la portée théologique de la pratique du catéchuménat est aussi une question pour l’Église, toujours invitée à initier et ré initier, ce qui exige d’elle de rester attentive à sa tradition vivante, et vigilante sur ses propres ombres. L’horizon du jugement est certes lointain. Mais l’heure est toujours à une conversion renouvelée.
Ouvrage un peu déroutant sans doute si l’on est loin des travaux et des événements de la pratique catéchuménale ainsi comprise. L’index réalisé peut en faciliter une première découverte, en proposant de multiples entrées. Mais rien ne vaut une lecture en continu et à plusieurs, pour apprécier la perspicacité, la finesse et l’honnêteté des analyses, le courage des discernements, l’ampleur et la nouveauté des perspectives, le bonheur de l’expression, souvent, et découvrir de qui et de quoi ce livre est témoin, en quel débat.
LES ORIENTATIONS D’UNE THÉOLOGIE CATÉCHUMÉNALE
Récapitulatif (315-322)
En conclusion, Henri Bourgeois rassemble une gerbe des convictions « défendues et illustrées » tout au long de cet ouvrage monumental. Ces pages ont la densité d’un engagement pastoral et théologique. Peut-être sont-elles l’investissement majeur d’une œuvre. Le ton est celui de la sagesse et de la prophétie réunies, serein et pressant. La parole de Dieu est à l’œuvre, elle est « tout près de nous ». Qui l’écoutera ? Les résultats des analyses poursuivies avec clarté et persévérance se rassemblent et se nouent en affirmations fortes. L’expression est dense, les formules claires, incisives. Le ton est celui d’une autorité intimement reconnue. Des enjeux sont là, des possibilités se constatent, des dynamiques existent. Il s’agit d’évangile et de baptême pour la foi. Ils sont offerts aux Églises…dans l’espérance.
1) Un propos de théologie pratique. « Un choix méthodologique qui se justifie dans la mesure où la théologie dans sa globalité peut être intégrée sans être forcément restituée à tout moment dans sa précision ». Théologie qui n’est pas une philosophie de l’agir, mais cherche à « penser le rapport entre des réalisations et un contexte ». « Son propos ne consiste pas à répéter l’auto-compréhension de cette expérience, mais à expliciter ces significations et à les confronter avec la logique du mystère chrétien et avec les traits majeurs de la culture ». D’où sa capacité à dessiner des « enjeux », c’est-à-dire des dynamiques ayant une portée constatable et probablement des effets notables dans le futur" (315-316).
2) Un constat de carence : la demande des adultes, plus nombreuse qu’on ne pense, n’est pas « ecclésialement entendue ». Elle ne peut donc se manifester. Les Églises lient « leur recrutement aux seuls nouveau-nés. » Les pratiques d’initiation restent confidentielles. Les discours habituels appellent à la pratique en présupposant la foi plutôt qu’ils n’en indiquent le chemin. La responsabilité des Églises semble, de fait, se limiter aux pratiquants, militants et… passants« . »N’ont-elles pas aussi à accueillir ceux qui, à tout âge, veulent devenir ou redevenir disciples de Jésus ?" (316-317).
3) Une appel à une conversion ecclésiale. « L’Église n’est pas, en Occident, spontanément catéchuménale ». Cela demande « un retournement de pensée et d’attitudes ». « L’on investit dans la survie des groupes ou des institutions en place sans oser prendre le risque de la nouveauté », celui que représentent les nouveaux venus ou ceux qui veulent faire retour à la foi." (317-318).
4) Une actualité culturelle. Les possibilités initiatiques de la culture occidentale sont, paradoxalement, étonnantes : sensibilité au « global », goût de l’interpersonnel, des « parcours » et des genèses, primat donné aux compétences pratiques, crédibilité apportée à l’initiation ou à la réinitiation par les analyses de la psychanalyse, de la phénoménologie et de la psychologie expérimentale. (318-319).
5) Une des formes de l’évangélisation en Occident. Assurer la mémoire de Jésus au long des âges, avec ce que cela suppose de fidélité et de re-expression permanente du message chrétien. Faire naître ou renaître l’Eglise. Rejoindre l’humain dans les domaines où l’évangile s’exerce en priorité, et en ceux et celles où il résonne en termes de commencement et recommencement. Telle est la contribution de la pratique catéchuménales (320-321).
6) Une contribution théologique. Par sa pratique, par sa position aussi, par les perceptions et les travaux qu’il développe, la théologie catéchuménale est un apport à la théologie dans son ensemble, fondamentale, dogmatique, spirituelle, sacramentaire, ecclésiologique.
Ce récapitulatif des « conditions » dans lesquelles les Églises occidentales peuvent devenir « plus attentives à la ressource catéchuménale », s’achève en un appel de forme œcuménique (322).