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Guide pour : Ces chrétiens que l’on appelle laïcs.

Guide pour lecture en groupe :

Ces chrétiens que l’on appelle laïcs.

Guide édité dans la série de Cahiers : Rencontres avec Henri Bourgeois, n° 2, AHB, 2006. Il est ici communiqué intégralement.


Présentation générale

- 1 Titre et date :

Ce livre fut élaboré au contact de la recherche en pastorale de l’initiation chrétienne des adultes (catéchuménat), en collaboration avec des laïcs (sur le pseudonyme collectif : Pascal Thomas, voir p. 1-2.). Il est témoin des expériences et difficultés ressenties à cette époque.

Écrit en 1987 et paru en février 1988, un peu plus de vingt ans après le Concile Vatican II et trois mois après le Synode des évêques à Rome sur « La vocation et la mission des laïcs », en octobre 1987, il ne peut donc pas prendre en compte l’exhortation apostolique post-synodale de Jean-Paul II, Christi fideles laici (1988), mais il fait état des documents préparatoires, des interventions ou opinions exprimées à ce Synode et autour.

Pas seulement un livre de circonstance, et pas du tout un livre partisan, ce livre présente les situations des laïcs, simplement, avec précision et finesse, mais sans complaisance et en essayant de comprendre leur diversité. Il vise à éclairer la question ecclésiale de fond sous les difficultés des rapports laïcs-clercs. C’est un dossier qui fournit des références essentielles, avec même des vues audacieuses, sur une question qui ne date pas du XX°siècle (p. 7).

Sa lecture, quoique aisée, est exigeante. Elle peut stimuler une réflexion sur les situations actuelles, moyennant les mises à jour nécessaires. L’ensemble dégage bien la ligne de pensée d’Henri Bourgeois à la fois théologique et pratique, qui assume et en quelque sorte déplace les questions, mais pour y répondre mieux et autrement que par des solutions immédiates.

- 2 Contenu :

* Les recensions de cet ouvrage soulignent l’importance du dossier et en marquent les limites.

- « toutes les questions principales évoquées et traitées rapidement » (Esprit et Vie, 1988, n° 27) ; « un guide pour de tels groupes sera probablement nécessaire », est-il ajouté.

- un « énorme effort pour la pédagogie qui rend l’ouvrage abordable et utilisable par des groupes de lecteurs » (Masses Ouvrières, mai-juin 1988, n° 419).

- On le trouve à la fois « critique » et « serein » mais un peu « incertain » sur le ministère des prêtres (Nouvelle Revue Théologique, 1990, 111/ 3). M. O. estime « un peu courte » la place faite à l’A.C. et E. et V. conteste les propos sur l’œcuménisme et l’ordination des femmes.


Présentation par H. Bourgeois,

dans Recherches de Science Religieuse (n° 79/1, 1991)

"Ce livre a pour titre…

Le sous-titre : Après le synode sur les laïcs indique qu’il est paru après l’assemblée romaine mais avant le texte du Pape. Ce n’est donc pas un commentaire ni une analyse de l’exhortation apostolique Christi fideles laïci, mais une réflexion sur les documents synodaux et surtout sur les enjeux de la question abordée par le synode.

1) Le contenu :

Le livre commence par préciser ce qu’est concrètement la condition laïque en catholicisme. On peut évidemment beaucoup gloser sur ce point, à cause des diversités qui apparaissent.

Deux coordonnées très opératoires permettent d’organiser ce champ multiple : les laïcs catholiques sont en rapport avec le monde et aussi, de fait, avec les clercs, ceci en raison de leur foi baptismale et ecclésiale. Mais sont-ils pour autant « spécialistes du monde » (p. 85) ? La théologie officielle en catholicisme va en ce sens.

Mais on aboutit vite alors à un partage des domaines entre clercs et laïcs, les uns s’occupant du spirituel et de l’ecclésial, les autres se vouant au temporel et à la vie évangélique dans le monde. Qu’il y ait en pratique quelque chose de cela dans l’expérience, c’est clair. Mais justement la dualité que beaucoup déplorent aujourd’hui ne résulte-t-elle pas d’une telle conception ?

En fait les laïcs ont leur mot à dire et leur responsabilité à exercer aussi dans l’Eglise. Ils sont « témoins de l’identité ecclésiale » (p. 116), ils sont eux aussi « responsables de l’Eglise » (p. 121). C’est pour cette raison qu’il existe des « ministères de laïcs », des « ministères laïcs » (p. 127-136). Pascal Thomas parle même d’une « expérience laïque de l’Eglise » (p. 137-150).

2) Ce qu’il veut dire :

Qu’est-ce que cela veut dire pratiquement ?

Il faut évidemment préciser les conditions institutionnelles, spirituelles, financières de tels ministères.

Plus encore, les laïcs de ce temps se sentent appelés à témoigner du baptême, de l’Évangile sous forme baptismale, et cela aussi peut être explicité (p. 175-191).

En outre, il devient possible de poser à frais nouveaux la question des clercs. Ce ne sont plus les clercs qui, par différence, expriment l’identité des laïcs. Ce sont les laïcs qui ont à manifester quelle peut être la signification originale des chrétiens ordonnés. Et ici les formules convenues sont probablement à réenvisager si l’on ne veut pas se contenter d’affirmations de principe qui ne trouvent pas de vérification pratique.

Enfin, dans cette même perspective, qu’en est-il des femmes ? Que veulent-elles et que peuvent-elles être en catholicisme ? (p. 213-237).

Ce livre est analytique, peut-être trop. Il est sans doute affecté par les débats qui ont précédé le synode et qui, aujourd’hui, ne laissent pas un souvenir impérissable. Mais, trois ans après sa parution, il m’a paru garder force et lucidité." (H.B.).


- 3 Pour tirer profit de ce livre…

Une réflexion, à la fois pratique et informée, presque 20 ans après ce livre et 40 ans après le Concile, permet de prendre acte des évolutions de la question laïque, des textes nouveaux du magistère, des commentaires qu’ils ont suscités, des changements survenus dans le rapport laïcs-clercs et, plus largement, dans la conscience chrétienne catholique (modifications du paysage ecclésial de base et des organisations du laïcat, développement puis remises en question des ministères de laïcs, diminution rapide du clergé et nouveaux clercs, orientations de la nouvelle évangélisation, etc.).

Une telle mise à jour aide à voir ce qui, dans les analyses proposées, reste valable, parce que fondamental et opératoire, aujourd’hui où coexistent des pratiques souvent très contrastées, sinon contradictoires, dont certaines s’alimentent aux sources scripturaires néotestamentaires et à la théologie de Vatican II et tentent de prendre en compte les réalités, tandis que d’autres rêvent encore de « solutions miracles ». Les analyses d’Henri Bourgeois sur les points sensibles s’en trouvent ré-actualisées.

On propose ici un guide de lecture pour groupes, soit : 6 fiches introductives présentant les aspects principaux de la question laïque dans l’Eglise :

- 1- Pourquoi parler de laïcs ?
- 2- Comment les textes en parlent-ils ?
- 3- Les laïcs, « spécialistes du monde » ?
- 4- Les laïcs, responsables dans Eglise.
- 5- Les ministères exercés par des laïcs.
- 6- Les femmes, un malentendu ?

Chaque fiche comporte :

  • - le rappel des analyses de situation proposées,
  • - un approfondissement pour ouvrir la question de fond et discerner les enjeux,
  • - des références essentielles pour clarifier et avancer,
  • - quelques indications de pages choisies.

Pour un usage en groupe :

- Les quatre premières fiches sont assez aisées et leur thème est plus général.
- Les deux dernières traitent de questions plus particulières, et supposent un désir d’entrer plus avant dans la réflexion. Elles peuvent fournir la matière d’au moins 3 séances.

- Pratiquement : il est indispensable qu’un animateur au moins dispose du livre et prépare la fiche. Ne négliger ni les analyses concrètes ni les réflexions sur le fond. S’arrêter sur des extraits un peu longs ou pages choisies.,
- Un bon exercice est d’assortir peu à peu ces fiches d’indications et analyses correspondant aux évolutions survenues depuis 1988.

***


FICHES DE LECTURE

N° 1 – POURQUOI PARLER DE LAÏCS ? (ch. 1, 2 et 3, p. 5 à 60)

Trois temps dans cette première réflexion.

1er temps : Prendre le temps de cerner la question (ch. 1).

1) - Un nom qu’on leur donne plutôt qu’ils ne se le donnent.

- Ils ont conscience d’être d’abord des baptisés et nombreux.
- Ce nom les situe par rapport aux clercs (p. 7-8).
- D’où une question permanente d’articulation, posée tantôt par les uns, tantôt par les autres (p. 8 et 9).

2) - Quelle est la question ?

- Pas à prendre en un sens d’abord de pouvoir (revendication ou domination) mais de vie chrétienne.
- Pas seulement parler de personnalités connues, mais d’une diversité (p. 10-11).
- Pas seulement d’organisations, mais d’identité.
- Une question qui pose des questions d’ensemble et constitue un test évangélique (p. 9).
- Une question surtout catholique (p. 12-13).
- Une question qui est à faire mûrir sur le terrain (p. 14-16).

Etre laïc : une manière d’être chrétien (p. 17-19)

2e temps : Diversité de ce qui se dit sur les laïcs (ch. 2)

- Ils sont perçus comme particulièrement impliqués dans des questions du monde (p. 23-24). L’A. en énumère quelques-unes (situations de pauvreté et injustice – combats politiques – situation faite aux femmes – relations inter-religieuses ) On peut en noter d’autres.
- On met souvent l’accent sur leur responsabilité (p. 25-27), mais comment cette responsabilité peut-elle éviter d’être superficielle, de s’épuiser, et rester ancrée dans l’évangile et le don de Dieu ?
- Ils sont membres du peuple de Dieu et croyants fidèles (p. 27-30), selon l’insistance de Vatican II, mais cela peut étonner quand on pense au nombre de baptisés qui ont une référence religieuse mais ont peu ou pas de rapport avec les formes d’Eglise et se disent non pratiquants ou non croyants.
- On souligne l’importance de leurs organisations (p. 31-33), militants et religieux, mais ce n’est pas cela qui fonde leur identité, et cela n’institue pas des « classes » de laïcs.
- Ils sont souvent en manque de reconnaissance (p. 34-36). Ce qui pose les questions du pouvoir dans l’Eglise, mais aussi de l’opinion et de la reconnaissance mutuelle entre chrétiens.
- Ils sont parfois inquiets sur eux-mêmes et cherchent à vivre de sainteté et de vérité (p. 38-40).

Qui est-on quand on est laïc ? Non une question pour se rassurer, mais une question pour se sentir appelé (p. 39-40)

3e temps : Quelques éclaircissements sur les mots (ch. 3)

1 - Laïcat et laïcité

En 1987 : la question du laïcat était plus aiguë que celle de la laïcité (p. 41-47). Il se pourrait que celle de la laïcité soit devenue aussi aiguë. L’A. propose quelques analyses (41-44) :
- Laïc et laïcité ont un sens culturel : vivre le pluralisme religieux et la tolérance, en démocratie. Dans une neutralité respectueuse, bienveillante, sans nuance anti-cléricale, mais avec des hauts et des bas, selon le climat social…
- Mais ils ne sont pas étrangers au christianisme : les laïcs sont trop souvent définis par ce qu’ils ne sont pas, les clercs. Ils ont donc toujours à être vigilants sur leur rapport au clergé. Des prises de conscience se sont opérées après le Concile, mais il y a sans doute encore du chemin à parcourir, pour que les laïcs aient conscience de ce qu’ils sont et des possibilités d’initiative concrète qui sont les leurs (p. 44 à 47).

2 - L’origine du mot « laïc »

- un mot, qui vient du grec, qui n’est pas dans la Bible et ne s’employait pas non plus au temps de Jésus (p. 47-48) ;
- un mot entré dans le christianisme : il apparaît à la fin du 1er siècle, dans la lettre de Clément de Rome, dans un contexte particulier, à la fois positif et restrictif , de tensions à résoudre (p. 49-50) ;
- il reparaît au III° s., et dans la ligne de la lettre citée. Mais en fait les laïcs n’avaient pas besoin d’un nom particulier pour s’identifier. « Héritiers », « appelés », ce que signifie le mot « clerc » - les laïcs baptisés, qui s’appelaient d’abord « les saints », le sont aussi. C’est pour définir leur rapport aux « clercs » dans une organisation plus hiérarchisée de l’Eglise que le mot s’est imposé pour les baptisés non clercs. L’accent est mis sur leur sujétion et sur la sacralisation du rôle des clercs (p. 51-52).

3 - Ce mot est-il indispensable ? (p. 53-60)

C’est en effet un mot un peu dangereux. Et Henri Bourgeois détaille les malentendus possibles :
- définition négative (=non-clerc) pour dire du positif (identité de chrétien) ! (p. 53) ;
- il contient un risque de durcissement en dualisme et de dépendance (p. 54) ;
- il envisage une organisation de l’Eglise du point de vue des clercs (p. 54-55) ;
- il n’est pas courant dans toutes les Eglises (p. 56) ;
- il demande, si l’on ne peut s’en passer, quelques précautions dans son usage, (57-60).


N° 2 – CE QU’EN DISENT LES TEXTES OFFICIELS ? (ch. 4, p. 61 à 84– cf. Christi fideles laïci)

Les textes sont l’expression de clercs parlant des laïcs, donc des « autres », ceux-ci n’ayant pas d’opinion propre susceptible de faire référence comme telle. Ils sont l’expression d’intérêts et d’attitudes assez répandus et assez partagés dans la période post-conciliaire. Après avoir passé en revue les textes principaux qui parlent du laïcat, des images du qui s’en dégagent, le texte revient à la situation française.

1) Les textes du magistère sur les laïcs :

* Du Concile Vatican II et du Décret sur les laïcs (1965) :

- le décret sur l’apostolat des laïcs met l’accent sur le « monde » , l’« ordre temporel », qu’il décrit en deux énumérations (n° 7§ 2 et n° 9), sans articuler les « réalités » qu’il évoque (lire. p. 62 et 63) ;

- le texte de Vatican II : Gaudium et Spes (n° 46, § 1 et 2) (cf. p. 63), est plus détaillé. Il faudrait ajouter le texte sur les médias et sur l’éducation. Le monde y apparaît vaste et compliqué.

* De Vatican II à 1987 : Paul VI (Evangelii Nuntiandi, 1976) et les documents préparatoires au synode (1987) :

- Evangelii Nuntiandi dégage des sous-ensembles dans les réalités du monde et deux perspectives apparaissent : l’énumération objective de ces réalités, et les domaines à évangéliser, les domaines de l’expérience, et les niveaux de cette expérience (p. 64-65) ;

- les documents en vue du Synode 1987 reconnaissent un mouvement croissant de participation et notent des questions urgentes. Une expression concrète et donc un peu éclatée. A noter une déclaration finale des évêques et laïcs sur les « défis » de l’Asie (p. 65-66).

* Depuis 1987 : Jean-Paul II : Christi fideles laïci (1988), dévoloppe, sous la parabole de la vigne, un langage de communion et de commune responsabilité des clercs et des laïcs, tout en reprenant la définition d’une spécificité laïque.

2) – Une vision de l’humanité :

- du point de vue de ces textes (lire p. 67-70).
- esquisse d’un monde à la française (fin des années 1980). La condition laïque est toujours marquée par un contexte culturel et social, et même politique. Pages à méditer : 70 à 84. H Bourgeois ne se contente pas d’analyser les situations, il analyse aussi des « traits » de la conscience qu’ont les laïcs, en France. Successivement :

* Cinq attitudes majeures dans ce monde (p. 70-73) :

- le souci de la justice et égalité – le goût pour la communication – la fascination pour l’identité individuelle – le rapport au passé – l’hésitation par rapport à la connaissance.

* Des traits caractéristiques des chrétiens, en ce monde (p. 76-80) :
- oser être soi-même, se sentir appelé, alerté, à aimer le monde en prenant en compte les réalités et leur résistance, et donc aussi des moyens.
- besoin de « comprendre » ce monde. Il ne s’agit pas d’une idéologie ni de l’application immédiate de normes, mais de pensée, d’un discernement qui exige d’opter pour une compréhension historique, d’éviter les simplismes, de tenir compte de la position que l’on n’adopte pas soi-même (lire p. 76, 1er §). Ce sont des attitudes spirituelles.
- exigence d’ouverture à l’inattendu chrétien : dans le regard porté sur les évolutions, l’acceptation de certains excès et la résistance à la tentation de se dissimuler des pans entiers des réalités (p. 76-78).

3) - Comment témoigner de l’évangile ?

Il s’agit d’être « assez perméables au monde pour le comprendre en l’aimant et assez perméables à l’évangile pour y inscrire la différence chrétienne » (p. 78). Les pages 78 à 84 présentent deux exigences requises par ce témoignage de l’évangile :

- D’abord chercher à voir où est la difficulté : est-ce manque d’ouverture au monde de la part des laïcs, ou nécessité d’une conversion à l’évangile ? Les deux vont souvent de pair. Cela suppose : de donner un sens concret aux formules qui ont cours : orienter les réalités, renouveler le monde, témoigner du Christ (p. 79) ;

- Ensuite être attentif à l’image de l’Eglise que l’on véhicule, ou à laquelle on se réfère. L’image donnée par les textes préparatoires au Synode est trop unilatérale et semble s’adresser aux humains qu’elle vise, comme s’il s’agissait d’une catégorie humaine qui parle à d’autres. (voir les mêmes pages).

- Enfin veiller au malentendu qui peut survenir du fait que le discours évangélisateur est élaboré par le clergé, intégrant insuffisamment celui des laïcs, sans que l’on perçoive assez en quoi ce discours est aussi appel à la conversion pour le clergé lui-même. Car, si les laïcs ont une vocation et un charisme pour vivre la relation au monde, il serait étonnant que cela n’ait pas d’effets sur le contenu même du discours de l’Eglise (= des clercs). Un exemple : la déclaration sur « la liberté religieuse », à Vatican II.

NB -Lire attentivement sur ce point les pages 80-84, afin d’éviter de s’enfermer dans des positions unilatérales, et de viser toujours l’enjeu qu’est le témoignage rendu par l’Eglise à l’Evangile.

Faire le point sur : 1) Le monde « à la française » aujourd’hui : ce qui a bougé ? 2) La relation clercs-laïcs est-elle assez clarifiée ?

- Est-ce que cette relation fait partie du contenu de l’évangile ?
- Est-ce que cette relation peut se modifier pour que l’évangile soit mieux annoncé ?
- Est-ce que la relation clercs-laïcs pourrait faire plus confiance à l’histoire ?


N° 3 - LAÏCS : « SPECIALISTES DU MONDE » ? (ch 5 et 6, p. 85 à 107)

« L’insistance mise depuis Vatican II à caractériser les laïcs par leur rapport au monde ne masquerait-elle pas une obscurité en ce qui concerne le rapport de ces laïcs au clergé ? Tout se passe en effet comme si la référence au monde était exprimée assez clairement,, même si quelque point demande réflexion et approfondissement, et comme si parallèlement la relation des laïcs aux clercs restait plus incertaine. » (p. 85)

D’où les deux développements de ce ch. 5 et la présentation de la manière chrétienne d’être laïc, au ch. 6, qui met en relief une identité plus complexe, et conteste cette spécificité.

A) – « Spécificité laïque » selon le concile Vatican II (p. 85-90).

1- Les textes du Concile disent non seulement que le rapport au monde caractérise les laïcs, mais qu’ils sont seuls à avoir ce rapport, qu’il leur est donc « spécifique ». Certes, le concile rappelle la signification profonde du ministère ordonné : « représenter le Christ » (n° 37 § 2) ; être rendus « capables d’agir au nom du Christ tête en personne » (Décret sur le ministère des prêtres ", n° 2 § 3). Mais Lumen Gentium affirme que « le caractère séculier est le caractère propre et particulier des laïcs » (n° 31, § 2, et n° 35 § 2). Le « séculier » n’exclut pas le spirituel, mais il se distingue du religieux et de l’ecclésial. Les prêtres peuvent avoir une activité séculière, mais cela ne les caractérise pas (p. 86-87). On a beaucoup mis en avant cette « spécificité ».

2 - Même langage dans le décret sur l’apostolat des laïcs (n° 7 § 5 ; n° 25 § 1 ; n° 29 § 1). Mais deux accents nouveaux :

- un appel au « renouvellement » du monde, selon les temps et lieux ;
- un rappel de la nécessité du lien de la foi et de la vie quotidienne. Ce qui revient à dire qu’il n’y a « qu’une conscience chrétienne », étant membre du peuple de Dieu et de la cité des hommes.

3 - Enfin Gaudium et Spes ajoute quelques traits en rappelant « l’unique dessein divin » :

- pas d’exclusivité du rapport au monde. Les clercs sont aussi dans le monde.
- accent mis sur la nécessaire articulation entre les réalités du monde et celles de la foi. (n° 43 § 2 ; n° 36 § 2), le divorce entre foi et vie étant considéré comme la plus grave erreur de ce temps.
- les laïcs sont invités à acquérir compétence et discernement, mais sans que la perspective du rapport des clercs aux laïcs puisse pratiquement cesser d’être paternaliste et condescendante.

B) La mise en œuvre du Concile et ce qu’elle a révélé, vingt ans après (p. 91-98).

1 - Le concile a « développé et généralisé des intuitions et des convictions dont l’Eglise catholique de la fin de siècle a vécu et bénéficié largement » (p. 91) :

- conscience, dans l’Eglise, d’avoir une responsabilité chrétienne aussi dans le monde profane. Ce n’était pas absolument nouveau, mais une décrispation se produisait, en fonction d’un moment historique qui apparaissait plein de promesses.

- conscience aussi que ce monde a quelque chose à dire à l’Eglise (GS, n° 44), mais sans pousser cette piste assez loin (cf. p. 92) ;

- surtout le concile a orienté la pratique catholique en caractérisant le monde de 3 manières : comme ambigu – comme évolutif – et comme ensemble fait de particularités. (p. 92). Ce qui a eu un effet indiscutable de renouvellement ecclésial.

2 - Mais des déplacements se sont produits dans la société qui ont entraîné des changements d’accent :

- la secousse de 1968, avec une forme européenne (mai 68), et une forme en Amérique Latine (Medellin, Colombie, 1968). Le monde apparaissait plus complexe. La dimension politique et la lutte pour la justice y devenait majeure (cf. p. 93-94 : Gustavo Gutiérrez).
- la difficulté du témoignage chrétien dans le monde, due à la prise de conscience d’une distance plus grande qu’on ne croyait généralement (pages : 93-98).

3 - Et le problème des prêtres a relancé celui des laïcs :

« Les deux identités des clercs et des laïcs, que Vatican II avait distinguées, se sont montrées mobiles et plus interdépendantes encore qu’il pouvait sembler. » (p. 99).

La problématique d’un travail professionnel, d’un engagement politique et d’un éventuel mariage, pour les prêtres, montre que, pour certains, la sécularité ne peut définir les laïcs seuls. Par contrecoup, la compétence des prêtres en matière séculière a été ébranlée, et l’affaire d’Humanae Vitae (Paul VI), en 1968, l’a montré de façon durable. Enfin l’ouverture œcuménique accrue a montré qu’il y avait d’autres conceptions du ministère que celle d’un clergé « extraterritorial » par rapport aux réalités et exclusivement masculin. Prise de conscience qui n’a fait que s’accroître depuis.

Dans ce contexte, la spécificité séculière des laïcs paraît de moins en moins pertinente. Même des textes officiels en conviennent (Paul VI, Evangelii Nuntiandi, n ° 73, Code de droit canonique, 1983, c. 225). On répond aux difficultés par des déclarations de principe (p. 101-104). L’enjeu est à la fois théologique et pratique.

Aux pages 105-106, tout en comprenant les raisons qui ont fait maintenir ce langage sur la « spécificité » des laïcs, HB. se demande s’il faut la maintenir… Toutes les raisons avancées ne sont pas égales et il peut y avoir aussi des raisons inconscientes : désir de motiver les laïcs, d’éviter qu’ils se « cléricalisent », désir de « requalifier les clercs ». L’A. souhaite une « action solidaire et diversifiée » des clercs et des laïcs.

C) "Chrétiens à la manière laïque (ch. 6, p. 109-119, à lire attentivement).

Ce bref chapitre apporte un appel à mieux reformuler la question laïque, au-delà des limites ainsi manifestées, et aussi une vision concrète de la solidarité clercs-laïcs.

Les laïcs sont :

- « des chrétiennes et des chrétiens qui vivent leur foi dans le monde et qui trouvent dans le rapport au clergé l’un des signes de leur rapport au Christ ». Tout un programme.
- ce qu’ils sont regarde toute l’Eglise et ils doivent pouvoir le faire savoir.
- ce qu’ils sont indique (en partie) et manifeste ce que sont les clercs.

Une autre référence se met ainsi à jouer, qui invoque d’abord la nature de l’Eglise et sa mission.


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N° 4 - LES LAÏCS : RESPONSABLES DANS L’ÉGLISE (ch. 7 et 8, p. 121-150)

Après avoir montré qu’on ne peut définir la vocation des laïcs par leur rapport au monde, sans que soit révisé le rapport du clergé aux laïcs, dans un unique dessein de Dieu et mission de l’Eglise, les chapitres 7 et 8 examinent quelle est la responsabilité des laïcs dans l’Eglise et comment ils la vivent. Il s’agit d’éviter l’impasse de la première définition (jugée insatisfaisante) et de « tirer de l’ombre » deux autres données de la foi : le rapport au Christ et à l’Evangile. En réalité, ces deux aspects sont aussi présents dans les textes de Vatican II, mais moins mis en relief. On peut les relever et en voir l’effet sur le code de D.C. de 1983.

I – Les textes et l’expérience : un écart

A) Selon Vatican II et le décret sur les laïcs : trois rôles des laïcs dans l’Eglise, liés à l’identité chrétienne (p. 121-124) :

- le 1er a rapport à la parole et à la mission. Rôle fondamental, dans la communauté chrétienne. Aux laïcs conviennent les textes de L. G. qui concernent la condition chrétienne en général (n° 31 § 1 ; n° 11, 12 et 13). (cf. H.B. L’identité chrétienne).

- le 2e est la mission dans le monde, mais il est lié au premier.

- le 3e, non obligatoire, est l’exercice de fonctions particulières pour que les deux premiers soient remplis. Ce sujet est examiné plus attentivement par H. B. (p. 124 à 127), tant dans les textes de V. II que dans le code de Droit Canonique révisé. Il énumère les fonctions ecclésiales reconnues par le D.C., ici ou là : certaines formes de prédication (pas l’homélie) ; l’évangélisation missionnaire, le parrainage, la préparation aux sacrements, l’animation de certaines célébrations, une fonction particulière dans la liturgie, la participation à des services diocésains, le travail théologique, l’éducation, la participation à une charge paroissiale et, à certaines conditions, la célébration du baptême et la présidence du mariage.

Ces rôles repérables, même soumis à condition, indiquent qu’il n’y a pas de « frontière étanche » entre ce 3e rôle laïc et les deux précédents.

À noter toutefois que ces fonctions sont rattachées au 2e rôle et non au 1er. Est-ce « retard dans une prise de conscience ? Ou crainte que le 2e rôle ne dépende trop des prêtres ou évêques ? En tout cas ce 3e rôle a pour effet de »protester contre le dualisme entre vie ecclésiale et apostolique" (p. 127).

Un troisième rôle laïc au service des deux autres, pour coopérer à la responsabilité de l’Eglise Comme telle. (lire p. 127-128, ce qui concerne le D.C. sur le sujet)

B) Les documents préparatoires au synode peuvent se lire en conservant les trois rôles :

1- ils soulignent l’origine de ces ministères de laïcs.

« En tant que baptisés, et donc membres du Christ et de l’Eglise, les laïcs peuvent et doivent vivre leur responsabilité apostolique non seulement dans les réalités temporelles et terrestres, mais aussi dans celles qui sont proprement ecclésiales » (Lineamenta, n° 23 § 1). C’est cette appartenance à l’Eglise qui est le fondement de leur responsabilité : un service de la réalité de l’Eglise comme corps ou peuple, et un service de sa mission dans le monde.

2- ils parlent même de « ministères ecclésiaux », « confiés à des laïcs ». Paul VI, dans Evangelii nuntiandi, avait parlé de ministères non ordonnés, mais avec beaucoup de prudences (p. 131).

Le document de travail du synode (Instrumentum laboris) va dans le même sens, en se référant à une ecclésiologie de communion entre les chrétiens, en fonction d’une communion avec Dieu. Mais, sans récuser le terme de ministères pour les laïcs, il parle de « tâches ecclésiales », plutôt que de ministères, ou de « ministères non liés à une ordination ». (Voir dans Christi fideles, le sort de ces textes préparatoires).

C) - Quand la réalité précède la théologie officielle (p. 133-136).

L’A. constate que ces ministères laïcs existent partout dans le monde, et depuis des années et il voit des prudences excessives dans les interrogations des clercs au sujet des rôles ministériels des laïcs : crainte que ceux-ci ne s’investissent « trop » dans les tâches de la communauté, ou qu’ils se « cléricalisent » - et ces prudences peuvent d’ailleurs se retourner contre le clergé lui-même.

Mais d’abord il constate que la responsabilité des laïcs en Eglise ne se réduit pas à des ministères. Il énumère un certain nombre de responsabilités ecclésiales effectives qu’ils tiennent, dans la vie des communautés et la mission (p. 134).

Les pages 135 et 136 rassemblent en 9 points les résultats de cette analyse.

« La responsabilité laïque dans l’Eglise est aussi une responsabilité de l’Eglise : elle est une participation au mystère ecclésial dans sa totalité » (p. 135)

Suit un chapitre d’une ecclésiologie très concrète, où sont examinées les différentes manières dont est vécue cette responsabilité des laïcs dans l’Eglise et leur lien avec la manière de comprendre ce qu’est la communauté chrétienne.

II – L’expérience laïque de l’Église (ch. 8, p. 137-150).

Il y a là un panorama des principales différences perçues dans les années 80, entre groupes, institutions, tendances ou réalités, avec les problèmes qui se posaient alors à la communion et à la mission – panorama qui serait aussi à mettre à jour. Tour à tour :
- conciliaires et traditionnels (p. 138-140)
- action catholique et nouvelles communautés (p. 141-143)
- service public et privatisation (p. 143-144)
- chrétiens à distance de l’Eglise (p. 145-146) Eglise démocratique et Eglise populaire (146-149).

Chacun de ces sous-titres constituerait à lui seul un thème de chapitre.

H. Bourgeois situe les différences et éclaire les enjeux et pointe, en conclusion, une nouvelle tentation et une exigence :

- la tentation : croire à une « solution-miracle » et que la cohérence soit cherchée d’abord dans la doctrine. Non pas d’abord tournée vers la « compréhension de l’expérience, ou la préparation à un rôle ecclésial, mais vers une tâche de »recomposition " du corps ecclésial.

- un rôle décisif : celui de la formation, dont on peut espérer : - une meilleure compréhension des raisons des différences et des possibilités d’unité, - de relier foi et expérience ; - de mieux percevoir leur autonomie par rapport aux clercs, - d’élargir leur imagination de croyants.


N° 5 - LES MINISTÈRES EXERCÉS PAR DES LAÏCS (ch. 9, 10 et 11, p. 151-212)

Au-delà des responsabilités exercées normalement par les laïcs dans les communautés ecclésiales, se pose pour eux la question de ministères proprement dits.

Ici, la réflexion part de l’expérience effective de ces ministères, telle qu’attestée par des documents existants. Elle la décrit, en dégage la compréhension, puis en présente les repères ecclésiologiques (ch. 9). Dans le chapitre 10, la réflexion se prolonge en faisant jouer les repères de la foi et du baptême. Et elle aboutit, au chapitre 11, à manifester comment, moyennant un changement de perspective, la différence des clercs est structurante. Au total 70 pages, qui peuvent faire l’objet de deux séances, si les lecteurs sont personnellement concernés.

1) - Une expérience effective (ch. 9, p. 151-173).

Cette analyse est faite à partir des documents de services pastoraux diocésains (Eglise à Lyon). Bibliographie p. 151 et 152).

Ces documents présentent ces ministères à partir d’une « vocation ». Les points abordés tour à tour sont :

- disponibilité au ministère (une certaine expérience du monde, une passion pour l’Eglise, un discernement) (p. 152)154) ;

- souci manifeste du ministère au quotidien, avec l’attention à la compatibilité entre ministère et vie laïque (problèmes de la surcharge possible, des critères psychologiques, de la rémunération), et à la qualité du ministère exercé (vigilance évangélique, formation, relations statutaires avec le peuple chrétien et avec les autres ministres et le clergé) (p. 154-160) ;

- mise en œuvre du ministère. L’A. repère cinq variables qui ont une importance institutionnelle : 1 - la distinction « permanents »/« non permanents », à quoi s’ajoute la modulation : plein temps/temps partiel ; 2 - le long terme ou la durée limitée ; 3 – la rémunération ou le bénévolat ; 4 – les fonctions d’ensemble ou les fonctions spécialisées ; – le désir de parler de « ministère » ou au contraire la réserve à ce sujet (par ex. chez des responsables de mouvements ou des religieux) (p. 160-166).

Deux pages sur la diversité des domaines et la place des hommes complètent ce panorama.

2) Les repères théologiques de cette expérience des ministères (p. 169-173).

Quatre pages dégagent la compréhension et le discernement qui sont en jeu dans l’exercice de ces ministères. Sept « principes majeurs » sont ainsi manifestés :

a - ces ministères sont des services de la mission de l’Eglise. On y est nommé et repérable. On ne se les attribue pas. C’est une participation au ministère de l’Eglise ;

b - les cinq critères énoncés par le P. Congar, à l’assemblée des évêques (Lourdes, 1973) : une fonction précise – importante – personnelle – une certaine durée – une reconnaissance par l’Eglise locale (peuple et responsables) ;

c - une participation qualifiée aux trois rôles du Christ, traditionnellement invoqués pour tout baptisé : prophétique, sacerdotal et royal. Relatifs à l’évangélisation, à la célébration, au service de l’unité du peuple chrétien ;

d - une participation aux responsabilités du Christ et par conséquent de l’Eglise ;

e - une triple dimension : locale, collégiale et personnelle (Doc. œcuménique de LIMA - B.E.M.) ;

f - l’application (souhaitée par certains) de ces données théologiques à la fois aux clercs et aux laïcs, dans le respect des différences.

Ces notes théologiques montrent au moins que l’expérience n’est pas anarchique et qu’elle constitue, grâce à cette première élaboration, un « lieu théologique ».

3 – La foi baptismale :

Avec l’axe du service des communautés, un second axe est à manifester, selon H.B., comme base d’une théologie des ministères, et lui paraît encore insuffisamment développé (ch. 10, p.175-191). C’est celui des sources spirituelles et ecclésiales de toute vie chrétienne, comme du ministère.

Belle réflexion qui re-visite tour à tour :

- les motifs d’un certain silence à ce sujet dans les documents sur les laïcs, comme si le langage de la « spécificité » par rapport au monde, les présupposait toujours. Or l’après-concile a montré que la foi était parfois en difficulté, y compris dans les ministères. Encore faut-il pouvoir l’expliciter en ce qu’elle a d’« essentiel et de commun » (p. 177-179).

- une structuration spirituelle plus fine de l’expérience évangélique : autour du thème de la loi et de la liberté (p. 179-181).

- un cadrage de la foi qui tient au mystère de Dieu et à la manifestation de sa présence dans l’expérience humaine : _forme trinitaire de l’expérience chrétienne _- équilibre entre la fonction affirmative et contestatrice de la foi chrétienne _– une capacité à tenir ensemble les opérations ecclésiales en jeu dans la lecture et l’interprétation de la Parole dans le peuple de Dieu _– et enfin la joie de croire (p. 181-185).

Au fond, les laïcs appelés au ministère ont à redécouvrir qu’ils sont des baptisés (p. 185-190). Ancré dans l’expérience pastorale et la réflexion théologique, H. Bourgeois propose ici des pages d’un bel élan sur la signification du baptême pour notre temps. On peut y sentir déjà le souffle qui sera celui d’une conférence d’H. B sur Le baptême et l’Europe, peu de temps après (cf. Aux commencements de la foi, 1990).

4 - En quoi la différence des clercs est-elle structurante ? (ch. 11, p. 193-212)

Prolongeant cette réflexion qui « déplace des montagnes », H.B. revient à la position première du problème : le rapport des laïcs « à ceux qui ne le sont pas », c’est-à-dire aux clercs. Sans nier que les difficultés aient parfois abouti à provoquer la lassitude ou l’insignifiance pratique du ministère des prêtres, l’A. tient à s’expliquer sur la capacité structurante de ce rapport pour l’expérience chrétienne.

1- Trois éléments composent cette réalité :
- une forme sociale, communautaire et visible de ce ministère qui le met en retrait, mais non sans influence ;
- une responsabilité notable et reconnue, non sans rapport avec celle des laïcs – et l’imposition des mains.

2- Une visée pastorale distingue leurs fonctions, mais permet aussi de les articuler avec celles des laïcs. D’où les questions débattues : cette visée est-elle présente chez tous les ministères ordonnés ? comment est-elle liée aux fonctions de célébration ? comment s’exerce la collégialité entre ministres ?

3- La signification concrète, repérable, du ministère des prêtres, à travers l’imposition des mains. Pas magique, ce signe est à mettre en relation avec les éléments qui composent le christianisme, comme expérience personnalisée et collective. Reconnaître sa fragilité, trop souvent recouverte par le « sacré », selon H.B, est pour l’auteur la bonne manière d’en bénéficier.

Retour aux laïcs, à leurs ministères (p. 208-212).


N ° 6 - LES FEMMES : UN MALENTENDU ? (ch. 12, p. 213-237)

Les mots qui globalisent peuvent être des pièges. Les « laïcs » sont divers, le livre le dit assez. Mais la différence hommes-femmes crée une catégorie qui ne recouvre pas exactement la différence laïcs-clercs, puisqu’elle traverse les deux. Cela pose les questions du rapport aux clercs, dans l’Eglise, d’une façon particulière. « La ’question’ des femmes est en fait le révélateur de ce qui est problématique chez les laïcs masculins et chez les clercs. » (p. 213) (cf. livre de la coll. Pascal Thomas, d’A. de Palmaert : Le sexe ignoré. La condition masculine dans l’Eglise, DDB, 1994).

A l’écoute de ce que disent les uns et les autres sur ce sujet, y percevant un malaise, ce livre apporte des éléments pour ne pas éluder trop vite les questions posées par les femmes, y compris sur la possibilité de ministères et proposer des moyens de la réfléchir, sans la fermer ni laisser croire qu’elle pourrait jamais être complètement résolue.

NB : Ici, une nécessité s’impose de considérer la portée des documents romains parus depuis ces propos, sur l’interdiction « définitive » d’envisager l’ordination de femmes : lettre de J.P. II aux évêques, Odinatio sacerdotalis, 22 mai 1994, lettre du même aux femmes (28 juin 1995), lettre de la Congrégation pour la doctrine de la foi (28 octobre 1995), et les mesures disciplinaires qui ont été envisagées ou même appliquées.

1) – Les opinions et les souhaits présents au synode (p. 214-217) :

A- Les documents préparatoires reflétaient des opinions assez communes dans l’Eglise :

- les femmes ont un « grand rôle » dans l’Eglise et, même si l’on reconnaît une certaine misogynie de clercs, ce constat semble suffire. Il n’y aurait pas – ou plus - de problème. Ce qui est aussi l’avis de certaines femmes, mais le fait que cet avis ne soit pas unanime ne suffit pas, en fait, à faire prendre en considération un « problème ».

- les femmes vivent souvent, dans le monde, une situation injuste, reconnaissent les évêques, mais le message final du synode s’est contenté de se réjouir des progrès et de réprouver les discrimination, sans vraiment offrir, de l’avis même de certains évêques, le signe fort qu’aurait été une invitation au peuple chrétien de modifier ses propres pratiques.

B - Sur la question des ministères des femmes, les suggestions furent assez plates et les rares propositions d’ouverture ne furent pas élaborées :

- souhaits que les femmes puissent accéder aux ministères non ordonnés déjà existants pour les hommes.
- énumération des rôles que les femmes pouvaient remplir (intervention du Cal Decourtray, p. 216).
- proposition du diaconat pour les femmes (Cal Danneels), qui fut argumentée par référence aux diaconesses de rite oriental.
- rares allusions à la question d’un ministère de prêtre pour les femmes. Dans ce contexte, l’invitation faite à un effort théologique et catéchétique sur le sens d’un « spécifique » de la femme (encore un spécifique…) ne contribua guère à formuler pour le Pape des propositions concrètes, et le synode demeura quasiment muet sur le sujet.

2) – Les deux sources d’un malaise :

- La première difficulté concerne l’inégalité pratique des hommes et des femmes dans la vie courante de l’Eglise. Les stéréotypes n’y manquent pas, ils ne sont pas toujours conscients, et ils ont cours même dans les textes officiels. Cf. la réaction d’Elisabeth Lacelle, dans La Croix, à ce sujet, p. 218. Les chrétiens laïcs hommes s’expriment d’ailleurs peu sur ce sujet.

- La deuxième difficulté tient au fait que les femmes, en raison même de leur sexe, sont considérées comme inaptes à recevoir l’imposition des mains (p. 219). Elles peuvent faire presque tout, sauf être prêtres ! Comme, de fait, beaucoup de femmes exerçant des responsabilités dans l’Eglise ne souhaitent pas devenir prêtres, on juge la question résolue. Alors que c’est une question de principe.

Au fond, pour la question des femmes, comme pour la question des laïcs en général, il y a « question », quand est perçue la nécessité d’une mise au clair évangélique des pratiques en cours.

A noter que ce livre ne relève pas (encore) comme très répandu le fait que ce malaise éprouvé par des femmes devant l’impossibilité de principe d’accéder à un ministère ordonné est souvent, non seulement éludé ou nié, mais « interprété » par l’autorité comme une simple « revendication » de pouvoir. Serait-ce qu’une cristallisation nouvelle serait apparue depuis lors sur ce contre-argument ?

3) – Pour comprendre ces difficultés

H.B. propose d’éclairer un peu les aspects irrationnels de ces difficultés.

D’abord il en relève les manifestations :

- un besoin de justifier en permanence cet état de choses. Par exemple dire que l’égalité de principe des baptisés est pour tout et tous, sauf pour le ministère – sans mettre ce « principe » en rapport avec la responsabilité et le témoignage de l’Eglise dans le monde ;

- l’aveu des limites : « faiblesse humaine », « lenteurs de l’évolution »…, sans vérifier si on ne les favorise pas, en fait ;

- les « peurs ancestrales » et les « images » plus ou moins implicites.

La question des femmes ne se limite donc pas à celle de l’accès au ministère, mais celle-ci est un bon test évangélique de la façon dont on traite celle-là. (Cf. p. 220, un dialogue avec H. B. dans La Croix du 28 mars 1995, et les réactions suscitées).

Puis sont examinées les raisons alléguées pour justifier ce refus de principe :

a - la raison évangélique : fidélité à ce qu’a fait Jésus (p. 222-224). - Mais la question rebondit : Jésus a-t-il voulu organiser l’Eglise ? que demandons-nous aux textes ?

b - la raison du symbolisme masculin-féminin (p. 224-226) : l’ordination signifie le Christ, y compris dans sa masculinité. - Mais la symbolique attribuée à la femme n’est-elle pas justement perturbée par la Bible, « comme si elle voulait se mettre au-delà ou peut-être en deçà de ce schéma binaire » (p. 225) ? Ce n’est pas le masculin isolément qui signifie quelque chose du Christ. Le problème qui se pose est en définitive celui de la lecture de la Bible et du rôle des images dans la vie ecclésiale (p. 226-227) ;

c - le motif œcuménique (p. 228-230). Quoique les Eglises n’aient pas la même pratique, curieusement « l’Eglise catholique se sent solidaire de l’orthodoxie et rejette les innovations protestantes ou anglicanes ». Ici encore jouent les « images », avec l’argument de « l’unité » ;

d - le motif prudentiel (p. 230-231). On dit : il faut procéder « par étapes », - mais, en l’absence d’expériences et de prises de positions limitées et significatives, cet argument apparaît unilatéralement conservateur. Et c’est la perception qu’en a eue le public. La conclusion de ce synode est apparue finalement comme ne contribuant pas à l’évolution.

4) Finalement, la question des femmes est un test de la question du laïcat dans son ensemble (231-233).

Car les arguments et positions vis-à-vis des femmes reproduisent les position des clercs vis-à-vis des laïcs. Au cœur de cette question : la spécificité.

La position du livre sur cette question, est résumée et reformulée aux p. 233-237.

C’est une question de « fonctionnement » de la pensée, plus encore que de pratique, et c’est à ce niveau que les choses devraient pouvoir changer. Des investissements sont appelés (opinion publique, mémoire historique, œcuménisme).

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Pages choisies

- la situation française : p. 70-75
- la conscience de laïc (p. 17-19) et le test qu’est la relation prêtres-laïcs : p. 117-119.
- l’écart creusé par 1968, en France et aussi en Amérique Latine : p. 93-94.
- laïcs en Eglise et en monde. Une première synthèse p. 134-136.
- le monde et le baptême : 188-191.
- ce que recouvre en fait la « spécificité » : 233-235.
- les conclusions « pour préparer l’avenir » (p. 239-244).

« Il se peut qu’une Eglise crispée à l’égard du monde et se sentant assiégée ou menacée soit peu portée à réduire le cléricalisme en son sein, car elle veille par priorité à sa cohérence interne et se confie pour cela à la force établie des usages. A l’inverse, une Eglise réalisant mieux sa responsabilité à l’égard du monde se trouve probablement plus à même de redécouvrir l’égalité fondamentale de ses membres et de réviser les comportements réciproques des clercs et des laïcs. » (p. 119)

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