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Groupe : Théologie catéchuménale.

Groupe : Théologie catéchuménale

(Villefranche s. S.)

Quand la théologie catéchuménale « résonne »

« Le mot »catéchumène« , on le sait, indique une personne qui trouve dans son cœur un écho à une parole de Dieu. Et le catéchuménat est l’ensemble des personnes qui adhèrent progressivement à l’évangile qui leur parle ainsi qu’à l’Eglise qui est formée de ce rassemblement. » Lors de la journée du 20 novembre 2004, deux interventions nous aidèrent, à partir d’un fait pratique, à percevoir l’éclairage qu’elles reçoivent de la théologie catéchuménale.

1er temps : Au commencement…

F. Buecher, animatrice de catéchuménat (Villefranche s. S.), propose deux observations autour des commencements de la démarche catéchuménale.

1er fait : A propos de la « résonance »

C’est de l’écho de la parole en des catéchumènes que je voudrais d’abord parler. Pour cela j’évoquerai une jeune femme, mère de trois enfants, qui se prépare au baptême. Elle n’était pas baptisée mais elle disait avoir toujours prié. Elle voyait son chemin vers le baptême simplement comme une catéchèse lui permettant d’approfondir ses connaissances. Ce qu’elle ne pensait pas, c’était d’avoir à être affrontée aux textes. Elle a parlé ensuite, en effet, de « combat » spirituel. Elle en a pleuré, dit-elle, et a failli tout arrêter. Elle disait ne pas comprendre comment les pénétrer et se demandait s’il y avait un chemin pour cela. Et sa plus grande joie, ce fut de découvrir la « plénitude » que lui apportait enfin la compréhension des textes. Maintenant, elle prend même des notes pendant les sermons… En lisant Théologie catéchuménale, au ch. VI, encore inédit, il me semblait que ce que disait H. Bourgeois confortait ce vécu dont j’avais été témoin.

« Tout d’abord l’écho de la parole de Dieu se réalise en des adultes ou des jeunes, donc en des êtres effectivement capables de prendre eux-mêmes la parole en réponse à la résonance qu’a en eux l’évangile. La parole provocatrice de Dieu n’est donc pas simple transmission d’informations. Elle porte avec elle un don, une vibration spirituelle, une modulation susceptible de toucher le cœur et d’y trouver du retentissement. »

C’est aussi ce qu’ H. Bourgeois explique, dans le même chapitre, quand il parle de « déplacement » par rapport à ce que l’on vit. C’est ce que cette jeune fille a vécu, en fait.

2e fait : A propos de la demande

Une jeune fille, étudiante, cherche à faire sa demande de baptême. Pour cela, elle demande à son oncle, qui lui dit d’aller à la messe. Elle assiste à la messe « en entier ». Difficile, dit-elle, car incompréhensible et, à la fin, elle va voir le prêtre et lui fait part de son désir. Celui-ci la convoque à la cure et, après l’entretien, sans prendre aucune de ses coordonnées, il lui dit simplement de me contacter. Puis il m’appelle en me disant : « On verra ainsi si c’est une »vraie« demande ». … Je lui dit ma crainte de ne pas la revoir et mon étonnement devant tant d’exigences.

La lecture du ch. VI de Théologie Catéchuménale confirme mon intuition :

« Quelqu’un désire découvrir l’évangile, devenir ou redevenir chrétien. Et voici qu’il fait part de son souhait. Il dit ce qu’il veut. Cette parole des débuts n’est pour l’essentiel ni une description ni une confidence, c’est déjà un acte, une audace originaire. »

On n’est pas seulement en face d’un « client ». La demande est un événement, car elle déclenche un processus. On est déjà en marche. C’est pourquoi Henri Bourgeois insistait beaucoup sur l’attention aux demandes.


Echange entre les participants

Les questions et réflexions se cristallisent autour de la demande et de la manière de l’accueillir, ce qui permet d’affiner par une réflexion concrète sur cette phase décisive et toujours mystérieuse de l’« agir catéchuménal ».

1- une « vraie » demande ?

- Un lot de questions : Comment respecter, sans « pousser », dans le cas d’une personne qui a fait une demande, puis se retire, tout en désirant la maintenir ? On évoque des jeunes qui ont souvent cette attitude qu’on serait tenté de dire inconstante. Il faut leur faire confiance, certes, mais jusqu’où doit aller le respect de ces fluctuations ? Et d’abord comment comprendre cette incertitude ou cette « valse-hésitation » : est-ce désintérêt quand ils se retirent ? est-ce intérêt quand ils reviennent, ou même le font-ils pour… ne pas décourager l’accompagnateur ?! Comment progresser ? Quelqu’un observe que, parfois, invités à faire un pas, à marquer une étape, des adultes changent totalement de comportement et entrent enfin dans la démarche, comme si l’étape proposée lui ouvrait l’espace et l’avenir qu’ils attendaient.

- Deux sensibilités : L’une confirme la fréquence, aujourd’hui, notamment chez des jeunes, de ce qui semble un « zapping » culturel, qui fait passer d’un intérêt à un autre, sans suite apparente, et souligne que la tentation de l’évangélisation serait de vouloir répondre à un zapping par un autre… En revanche, c’est effectivement faire acte de respect que de proposer quelque chose d’un peu structuré. S’agissant d’une personne qui souhaite devenir catéchumène, n’est-il pas important, d’abord, de lui donner suffisamment de repères sur le chemin qui lui est proposé, pour qu’elle puisse s’en faire une idée ? Importance du groupe pour cette découverte, car il arrive que c’est en écoutant ce que d’autres disent de leur propre chemin, des déplacements et évolutions qu’ils ont vécus ou vivent, qu’un nouveau-venu découvre une expérience profonde en mouvement en même temps que les repères qui la constituent. Une autre sensibilité (et parfois chez les mêmes) souligne le rôle de la durée dans toute expérience spirituelle, même commençante. Et qui varie nécessairement d’une personne à une autre. D’où la nécessité d’une patience attentive.

2. comment faire les « passages » ?

On s’arrête ensuite à la difficulté d’articuler le ministère du prêtre qui souvent reçoit la demande et celui des animateurs de catéchuménat, surtout quand le prêtre « ne connaît pas encore la communauté » dans laquelle il arrive, ou si le catéchuménat n’y est « pas prévu ». Deux points de vue. Celui qui accueille peut avoir effectivement une difficulté parce qu’il se sent amené à agir un peu comme un « préfet », en adressant la personne à un autre… Celui qui demande peut avoir le sentiment qu’on exige trop de lui en lui demandant de répéter ailleurs la même démarche. Deux façons de faire se rencontrent. L’une, de type plutôt administratif, qui demande seulement au catéchumène d’aller porter sa demande à un autre responsable. L’autre, de type pastoral, qui implique un déplacement de l’accueillant et d’un autre membre de la communauté à la rencontre de celui qui fait la demande. Un espace ecclésial s’ouvre alors. Le demandeur perçoit que c’est une communauté croyante et ouverte à l’imprévisible qui lui répond à travers les personnes mandatées pour l’entendre et lui faire une proposition adaptée. Il reste que, quand on ne connaît pas la personne qui se présente, la perception de sa demande est toujours délicate, d’autant plus qu’une demande, on le sait bien, n’est pas toujours ni formulable clairement, ni mûrie au départ, et qu’elle implique justement l’attente de plus de clarté sur elle-même. Elle est « en cours ». On peut tout simplement ne pas l’entendre : si l’on donne une réponse immédiate et sans discernement, ou du type : cherchez vous-même !

Rapprochant la demande catéchuménale d’expériences analogues en ATD-quart monde, on s’accorde sur l’importance de la « prise de parole ». Même si on ne sait pas bien si la demande est juste ou vraie, ou si elle aura une suite, le fait qu’elle existe est un acte important, à la fois personnellement et socialement, par rapport aux gens qui la font et elle doit l’être par ceux auxquels elle est adressée. Elle manifeste un désir fort, une sorte d’urgence (c’est le moment !) à laquelle l’accueillant ne peut correspondre que dans l’esprit des béatitudes. Elle a quelque chose de radical. Elle doit être prise au sérieux.

3. ce que suppose l’accueil de la demande

Il y a une triple tentation existe, même lorsqu’on s’efforce d’écouter cette demande : d’abord ne pas vraiment y croire, ensuite une certaine inquiétude (comment je vais faire ?), et enfin le choix ambigu de « temporiser ». Mais cette réception ne peut être seulement le fait de celui à qui elle est exprimée. En fait, il arrive qu’elle s’exprime à différents moments, auprès de divers membres d’une communauté d’Eglise, avant d’être déposée auprès d’un responsable. Cela suppose donc que cette communauté soit en état de réception…. D’où la question : comment une communauté d’Eglise accueille-t-elle en elle-même la prise de parole ? Quelle possibilité, quel espace, lui offre-t-elle ? La souhaite-t-elle ? ou bien donne-t-elle les réponses avant d’avoir entendu les questions ? Dans tous les cas, accueillir vraiment suppose une certaine « rigueur » et « exigence ». Une rigueur d’abord par rapport à nous-mêmes dans l’écoute de la question des gens, du lieu d’où ils parlent et de leur expérience. Ne pas « déborder » de leur demande. Ne pas faire de transfert sur la demande qu’ils font. Cela signifie que l’accompagnement et l’écoute ne s’improvisent pas. Une exigence aussi : de confiance en la personne, en ce qu’elle peut apporter. « Confiance et vigilance », selon le mot d’H. Bourgeois à propos du rapport à l’Eglise. De discernement, dit une autre, quand on est responsable, pour découvrir qui peut aller à la rencontre de celui qui demande, en fonction de ce qu’il est ou des difficultés qu’il vit, pour lui donner une chance de « vivre » tout autant que de « croire », et comment l’y préparer ? Nous sommes loin de l’application administrative d’une procédure.

4. La réponse est, en fait, l’entrée dans une expérience symbolique.

Par l’écoute et la parole échangée, par l’écoute de la parole qui vient de Dieu et la résonance en ceux qui croient et/ou qui cherchent, par les déplacements qui s’opèrent, par la fraternité témoignée, les signes et les gestes posés, un désir profond trouve à se finaliser et à s’ordonner, une structure fondamentale de l’être humain se met en place. On touche là à un des enjeux de la démarche catéchuménale dans l’évangélisation : la dimension symbolique. La capacité initiatrice d’un rite n’est pas automatique. Pour ne pas rester extérieure, « plaquée », et produire son effet (qui est de l’ordre du don), il faut que l’être ait eu la possibilité de s’y disposer (vis-à-vis, dialogues, durée) et elle ne prend tout son sens que dans un espace humain et social qui est celui de l’appel de Dieu adressé à tous ceux qui font ou entendent cette demande, et se tournent, à son occasion, vers sa source et sa fin.

Courrier AHB, N° 5, décembre 2005

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