Groupe : Identité chrétienne
Cet aperçu nous vient de Toulouse. « Redonnons envie de lire….. » disait Henri Bourgeois. Il y a des moyens bien simples. Il y faut cependant un peu de détermination.
Voici une expérience…
Constitué de sept personnes, ce groupe est né du souhait de quelques laïcs chrétiens de Toulouse et sa région : connaître l’œuvre d’Henri Bourgeois, la confronter avec nos questionnements, engagements, sensibilités divers, tout en s’appropriant quelques repères anthropologiques, théologiques, spirituels, pastoraux. (Extrait du bilan de fin d’année, juillet 2006).
Il y a eu quatre rencontres d’environ deux heures, entre Novembre 2005 et Juin 2006. Nous avons fait une lecture suivie du livre Identité chrétienne. Entre les rencontres, chacun travaillait sur la base d’une grille de réflexion… L’un d’entre nous, à tour de rôle, proposait une analyse approfondie sur laquelle nous débattions. Le compte-rendu de chaque séance a aidé à faire une relecture assez précise en fin d’année. Cette lecture plurielle fut très stimulante : nous avons décidé de continuer en 2006-2007 avec la lecture de : Ces chrétiens qu’on appelle laïcs, (Pascal Thomas- 1988).
Voici quelques réflexions partagées dans notre groupe :
- a « L’évangélisation ne veut pas tout faire. Elle est contribution… ».
À partir de ce mot « contribution », nous nous sommes interrogés. Quelle est la responsabilité plus précise des chrétiens, dans un contexte de pluralité, religieuse et culturelle ?
Les communautés sont en crise, et face aux attentes nouvelles, aux questionnements liés à cette pluralité, il est urgent de sortir du seul fonctionnement. Ce qui aide à ouvrir de nouveaux horizons, selon Henri Bourgeois, c’est la nature même de l’identité chrétienne comme « expérience spirituelle variée ». Sur cette idée de fond, l’œcuménisme, le dialogue interreligieux, la rencontre des cultures sont en permanence sollicités dans sa réflexion. Le catholicisme actuel - lui-même traversé de divers courants - devrait pouvoir bénéficier d’une telle confrontation.
Cette manière d’aborder la question rejoint notre expérience du terrain, nos préoccupations. Par exemple, les communautés chrétiennes sont-elles réellement des lieux d’expérience spirituelle tenant compte des diversités ?
L’auteur montre l’intérêt pour l’Eglise de porter attention à la présence dans la société d’un spirituel non religieux séculier (p.145), même si cela est inconfortable. Cela l’amène à formuler ce que signifie anthropologiquement le spirituel : « Il y a spiritualité non pas forcément quand il y a religion mais quand des sujets assument dans leur liberté leur identité propre » (p.145). Si on veut aller plus loin, ne peut-on dire que de tels chemins sont chemins d’humanisation ? Cela interpelle donc le christianisme aujourd’hui. C’est entre autres dans ce sens que nous avons compris : « L’évangélisation … est contribution… ».
- b- Cela nous évoque le rôle de la grâce et de l’Esprit Saint constitutifs de l’identité chrétienne…
Quand une spiritualité se manifeste là où on ne l’attend pas, agit à contre-courant des mentalités ambiantes, insuffle désintéressement, liberté de pensée et de parole, prophétisme, audace de l’utopie, cela doit pouvoir rejoindre tout baptisé, toute communauté chrétienne. Comme acte spirituel, la liberté évangélique est aussi le signe de la grâce agissante.
c - L’identité chrétienne est marquée par la diversité, affirme Henri Bourgeois.
Diversité comme chance, mais jusqu’à quel point ? La « culture chrétienne » est de plus en plus parcellisée en micro- cultures, et doit en outre assumer la rencontre avec les cultures non chrétiennes. Nous avons souligné la tension vécue en Eglise entre le désir de respecter cette diversité et le souci d’éviter l’éclatement. Oui, l’unité fait « signe », mais ne doit pas prétendre accaparer toutes les réponses. L’Eglise a besoin de cette conversion pour sortir du mythe de l’Eglise pure, propriétaire du salut. En développant largement ce thème, Henri Bourgeois exprime le vœu de démystifier l’Eglise, non sans mettre en valeur la grandeur de sa tâche : l’initiation au mystère chrétien.
d - Le chrétien est initié par étapes aux sacrements.
Or dans la société actuelle, la dimension de parcours éveille la méfiance. Bien qu’on constate une grande recherche de repères, on voit bien que beaucoup se méfient des cadres, des institutions. On craint la récupération. En outre, si beaucoup de nos contemporains vivent une attente spirituelle, il y a peu de lieux pour en parler.
Une des tâches actuelles de l’Eglise est bien dans cette dynamique des « signes des temps » : proposer des lieux où l’on puisse parler de la foi, sans entrer d’emblée dans l’institutionnel - accueillir avec respect ceux qui désirent découvrir le christianisme ou ceux qui reviennent vers l’Eglise - prêter attention à ceux qui souffrent dans et par l’Eglise. Dans cette perspective, les communautés peuvent témoigner de ce qu’est l’identité chrétienne : capacité à se remettre en question, sens de l’humilité lié à l’esprit des Béatitudes…Pour parvenir à accueillir la diversité des attentes, dans et loin de l’Eglise, que faire ? Que veut dire « moderniser » le christianisme ?
e - L’identité chrétienne est tout à la fois « joie du salut, espérance d’un monde nouveau, expérience de la liberté, plaisir de la solidarité » et en même temps affrontement au réel.
Le mystère pascal trouve là une de ses expressions pratiques. Cette tension repose sur le fait que le christianisme est à la fois spirituel et culturel. Tant sur les plans personnels que sociétaires, Jésus est vraiment « actuel ». Voilà pourquoi ceux qui se réclament de son message de salut peuvent réellement croire que « le christianisme est encore partiellement à venir ». Le christianisme garde du souffle tant qu’il se laisse porter par la foi, l’espérance, la solidarité avec l’ensemble de la société, contre toute idéologisation.
Pour conclure
Henri Bourgeois a su traduire ce que pensent et vivent ceux qui sont à distance, ou aux marges de l’Eglise et (ou) de la foi. Par sa manière sociologique et culturelle de camper l’être chrétien, il pose un regard profondément respectueux sur « celui qui se dit chrétien ». Il a de l’audace dans les formulations. Parfois nous avons eu quelque difficulté à décrypter sa réflexion « en spirale », mais qui permet d’entrer dans un thème par diverses portes. Nous avons été sensibles à son attention particulière concernant le désarroi d’un certain nombre de chrétiens qui malgré tout restent dans l’Eglise, ou de ceux qui s’éloignent discrètement. À cause de cela, doit-on s’alarmer d’être sortis des certitudes, et de constater qu’il y a un langage qui ne passe plus ? N’est-ce pas un appel à regarder vers ce qui fait aussi l’identité chrétienne : le sens de la naissance ?
Quelques questions sont restées en suspens, que l’ouvrage ne nous a pas semblé vraiment prendre en compte… Depuis que le livre a été écrit, le regard extérieur et intérieur sur le christianisme a beaucoup changé. Face à la montée des fondamentalismes, le dialogue des institutions laïques et religieuses a profondément modifié les discours de part et d’autre.
Un travail à poursuivre…
Courrier AHB, N° 9, Décembre 2006
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