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Geneviève Comeau

« Vers une théologie des dialogues et des rencontres »

Geneviève Comeau

« Vers une théologie des dialogues et des rencontres »

Geneviève Comeau est théologienne et enseigne au Centre Sèvres (Paris). Elle développe une recherche sur les dialogues inter-religieux, non seulement ceux de voisinage et d’amitié, mais aussi les dialogues institués, notamment entre les trois religions monothéistes : judaïsme, islam et christianisme. On lui doit plusieurs articles bien documentés et judicieux à ce sujet.

Dans un article intitulé : « Vers une théologie des dialogues et des rencontres », paru dans Recherches de Science Religieuse, 2006/4 - consultable sur internet - elle évoque l’origine de cette ouverture mutuelle, ses formes, les événements qui l’ont marquée, les personnalités qui s’y sont impliquées, les associations constituées pour lui fournir un cadre et une durée, les déclarations et textes officiels du magistère qui ont jalonné cet effort, les évolutions internes, avancées, difficultés et problèmes. Elle s’attache ensuite à préciser les différentes problématiques élaborées pour penser théologiquement ces dialogues.

Elle cite notamment l’article d’Henri Bourgeois : « Jésus, l’universel du pauvre », qui insiste sur une clé de ce dialogue : la relation.

On lira avec intérêt cet article dont nous reproduisons le passage concernant l’apport d’Henri Bourgeois. Il est à verser au dossier des travaux du théologien lyonnais en ce domaine, dialogue inter-religieux ou inter-sagesses, poursuivi en diverses relations et groupes, y compris dans le champ de l’initiation et des transformations de l’identité religieuse.


La redécouverte de l’originalité de la foi chrétienne

La chance des rencontres est d’amener chacun à approfondir la spécificité de la tradition qui le fait vivre. Mis en contact avec des gens qui croient autrement, le chrétien peut revenir au cœur de sa foi, non pas dans un repli identitaire, mais en étant lesté du poids des questions des autres. Les rencontres avec juifs et musulmans peuvent l’interroger sur sa foi christologique et trinitaire : un monothéisme trinitaire est-il un monothéisme authentique ? et si oui, comment le fonder ? Les rencontres avec des bouddhistes l’interrogent plutôt sur la manière de voir l’être humain, la création et la fin du monde. Je vais tenter de baliser un itinéraire, ou du moins de poser quelques éléments importants pour la redécouverte de l’originalité de la foi chrétienne.

Jésus, un homme de relation

Notre temps est marqué, depuis le milieu du XXe siècle, par un retour aux récits évangéliques et un intérêt nouveau pour l’homme de Nazareth. Le renouveau de la christologie depuis un demi-siècle s’est placé en grande partie sous le signe du retour à l’Écriture et au récit. A une époque où l’Église découvre qu’elle est particulière dans le vaste monde, et où son universalité est soupçonnée d’un possible impérialisme, Henri Bourgeois a réfléchi à la particularité (qu’il appelle aussi singularité) et à l’universalité de Jésus de Nazareth : comment sont-elles reliées entre elles ? Par la dimension relationnelle de Jésus, dit Henri Bourgeois. Ne partons pas, dit-il, d’une affirmation de principe : Jésus est Sauveur de tous les hommes — elle risquerait d’être entendue de manière purement théorique. Partons de ce que les récits évangéliques nous disent de la manière d’être de Jésus :

« Dans l’Évangile, Jésus n’est pas enfermé dans sa particularité […] Ce qui en lui est le plus particulier est ce qui lui permet de s’ouvrir à d’autres que lui. Sa particularité est ouverte. Elle est capacité de relation. […] Ce qui compte, ce n’est pas qu’il ait été ouvert à d’autres que lui, c’est sa manière de vivre cette ouverture. […] Jésus ne définit pas a priori le champ de ses relations. Il refuse les barrières […[. On se trouve en face d’une universalité élémentaire mais assez radicale, celle de la non-exclusion. »

Si Jésus est ainsi ouvert aux autres de manière inconditionnelle et risquée, poursuit H. Bourgeois, c’est pour que d’autres, à leur tour, s’engagent dans cette manière de vivre. « On touche ici à un autre palier de l’universalité évangélique. […] Jésus cherche à être universel en universalisant ses disciples. »

Cette manière singulière qu’a Jésus de vivre l’ouverture aux autres, au don de Dieu présent en l’autre, a reçu à Pâques la signature de Dieu : « Le mystère pascal est l’acte par lequel Dieu atteste que Jésus n’a pas fait fausse route en vivant ses rencontres avec le style d’universalité qui lui tenait à cœur. »

Le style relationnel de la vie de Jésus peut rejoindre tout homme. Il fonde le style de ses disciples. L’ouverture à l’autre est ainsi constitutive de la foi chrétienne. Cette ouverture vise l’universel, mais un universel humble et pauvre, comme l’est le Seigneur ressuscité. Dieu se donne Lui-même à tout être humain.

La relation est sans doute un mot-clé de la foi chrétienne… »

Geneviève Comeau

Recherches de Science Religieuse, 2006/4, t.94, p. 571-594.


Voir ici l’article en version intégrale : Jésus, l’universel du pauvre

On peut lire aussi son livre : R. Foi et cultures

et l’ouvrage né d’un dialogue avec un bouddhiste : Prière et méditation dans le christianisme et le bouddhisme..


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