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Foi et contenu

Approches théologiques

FOI ET CONTENU

Approches théologiques

L’article que voici fut écrit par Henri Bourgeois, en 1977, pour contribuer théologiquement à un dossier de la revue Catéchèse,n° 66, rassemblant des interrogations et réflexions sur les pratiques de la transmission de la foi, qu’elle s’adresse à des enfants ou des adultes.

L’auteur prend donc en compte l’ensemble des articles de ce numéro, en clarifiant les enjeux de dialogues poursuivis en des contextes divers.

En fin d’article, une petite sélection d’ouvrages de l’époque sur le sujet montre dans quels débats s’inscrivait cette réflexion, et les personnalités qui s’y trouvaient impliquées.

La question traitée pourra paraître technique, et certains développements un peu difficiles par leur souci d’articuler différents aspects de la foi sans nuire à l’équilibre d’ensemble, mais elle se pose toujours à tous ceux et celles qui essayent de se rendre compte à eux-mêmes de leur foi, ou de prendre part, de quelque manière, à son effort d’expression et de transmission. (AHB)

Deux parties, dans cet exposé, dont voici les grandes lignes :

I - Une triple référence :

1- la vie ecclésiale

2- le rôle de l’Ecriture

2- la responsabilité théologique

II - Signification du contenu de la foi.

1- communication

2- espérance

3- organisation complexe

4- facteurs d’unification

5- des difficultés

6- dans des situations

7- un double rôle normatif


Les articles qui précèdent fournissent bien des éléments permettant de comprendre pourquoi, comment et à quelles conditions on peut parler d’un contenu de la foi.

Je voudrais simplement prolonger cette réflexion en adoptant un point de vue théologique. Le problème sera donc le suivant : dire que la foi a un contenu, qu’est-ce que cela signifie, étant donné ce qu’est la foi chrétienne ?

Cette question suppose que l’on maintienne largement ouvert le champ de l’expérience chrétienne. Si l’on parle, en effet, d’un contenu de la foi, ce n’est pas seulement à propos de la catéchèse : d’autres situations ecclésiales conduisent à utiliser cette expression. Et si l’on s’interroge sur la signification et la pertinence de cette formule, ce n’est pas seulement pour des raisons d’actualité, à cause des difficultés que présentent aujourd’hui la formulation et la transmission de la foi : la question dont il s’agit est traditionnelle.

Je vais donc commencer par une analyse assez large de l’expérience chrétienne. Et c’est à partir de ces données que j’essaierai de préciser ce que signifie le fait d’attribuer à la foi un contenu.


I – UNE TRIPLE REFERENCE

Si l’on veut comprendre pourquoi la foi a, ou peut avoir, ou doit avoir un contenu, il me semble nécessaire d’envisager trois domaines ou trois aspects de l’expérience chrétienne : la vie ecclésiale dans son ensemble, le rôle de l’Ecriture, la tâche théologique. Trois points de vue qui ne sont pas séparables, qui se recouvrent d’ailleurs en partie, mais qui posent la question du contenu de la foi de manière différente.

1. La vie ecclésiale

Il s’agit ici de la vie ecclésiale, dans la mesure où elle s’exprime en gestes et en paroles, par conséquent dans la mesure où elle s’objective.

Pourquoi cette tendance à l’objectivité ?

- La première raison, c’est sans doute d’imiter le Christ : la foi chrétienne tend à s’exprimer, parce que Jésus lui-même a été le révélateur expressif des mystères du Royaume. L’objectivité de la foi ecclésiale prolonge donc celle de l’Evangile.

- Deuxième raison : la vie ecclésiale donne à la foi un contenu parce qu’elle est communion. La foi chrétienne a un objet précis et objectif parce qu’il lui faut se proposer aussi manifestement que possible à ceux qui ne sont pas évangélisés et se partager aussi clairement que possible entre ceux qui accueillent l’Evangile. L’objectivité est donc au service de la mise en commun.

- Enfin, troisième raison, la foi chrétienne cherche à se formuler en mots et à se traduire en gestes, parce qu’un tel effort est un chemin de fidélité. Le courage de passer aux paroles et aux actes est, en effet, le test d’une « avancée » dans la foi. Croire en exprimant ce que l’on croit, c’est croître dans ce que l’on croit.


2. Le rôle de l’Ecriture

En deuxième lieu, pour poser la question du contenu de la foi, il me semble indispensable de considérer de près le rôle de l’Ecriture dans la vie ecclésiale. Certes, c’est bien encore de la vie ecclésiale qu’il va s’agir. Et, d’une certaine manière, le domaine que voici n’est pas différent du précédent. Mais le point de vue va se nuancer.

- A- Pour les chrétiens, en effet, la Bible fait autorité.

Ils la reçoivent comme une norme. Voilà qui donne au contenu de la foi une objectivité très particulière, s’il est vrai que l’Ecriture en constitue la base et la référence fondamentale.

L’Ecriture n’a pas seulement valeur d’archives. Elle a valeur fondatrice. Elle dit d’âge en âge ce qui s’est passé au premier âge. Elle maintient présente en toute vie ecclésiale le témoignage de la première vie ecclésiale, celle des premières communautés chrétiennes.

C’est parce que l’Eglise, à toute époque, fait mémoire de ses origines. Non par nostalgie, mais par réalisme. Car elle ne cesse d’apprendre ce qu’elle est en se souvenant de ce qu’elle fut, « en ce temps-là ».

L’Ecriture est donc, comme l’Eglise, apostolique. Ce n’est pas un ensemble de souvenirs. C’est la trace des premiers pas de la Nouvelle Alliance. Ce n’est pas une mémoire ; c’est, au sens fort de ce mot, un mémorial.

- B- Encore faut-il préciser comment s’exerce ce rôle normatif de l’Ecriture vis-à-vis du contenu de la foi chrétienne.

On peut le faire en disant que l’Ecriture fait autorité pour autant qu’elle « autorise » d’autres expressions de la foi, qu’elle suscite et oriente d’autres formulations que les siennes. En ce sens, la Bible ne constitue pas, à elle seule, le contenu de la foi, mais elle lui donne un esprit, un fondement et un axe.

Cela veut dire que l’Ecriture a vocation eschatologique. Elle témoigne du passé pour nous permettre d’espérer en l’avenir. « L’Esprit et l’Epouse disent : Viens » (Apoc 22, 17). L’Ecriture, elle aussi, le dit : reviens, Seigneur, toi qui as déjà parlé, toi dont nous gardons la Parole, toi dont la Parole nous garde, jusqu’à ton retour.

La Bible ne demande donc pas à être répétée. Elle demande, certes, à être écoutée et annoncée. Mais, le moment venu, il s’agit de prendre à notre tour la parole. En fidélité et espérance.

Au fond, le contenu de foi, en christianisme, doit bel et bien être biblique de part en part. Mais, pour cela, il ne lui faut pas reproduire la Bible. Il lui faut se laisser inspirer par la pulsation de l’espérance biblique.

Ainsi l’Ecriture qualifie-t-elle le contenu de foi. Elle indexe ce contenu sur l’espérance. Elle fait de toute confession de foi une profession d’espérance. Le contenu de la foi est un contenu d’espérance.

- Et c’est par là qu’il est pour la communion. Car ce que l’on croit et ce que l’on espère suscite la mise en commun. En cela, le contenu de foi est encore sous la mouvance biblique. De fait, l’Ecriture, qui est parole pour croire et espérer, est aussi parole pour faire Eglise.

On l’a souvent souligné ces dernières années, l’Ecriture est multiple comme l’Eglise, parce qu’elle reflète la diversité des communautés dont elle garde le témoignage fondateur. Elle dit l’Evangile à quatre voix. Son art, c’est de prendre en compte cette pluralité pour en faire une communication. Elle met en symphonie des langages divers afin que chaque croyant, chaque Eglise, puisse parler la foi et l’espérance à sa manière, avec la liberté de l’Esprit.

Dans ce sens, l’audace de l’Ecriture est grande. Ses textes ne gardent pas seulement les événements évangéliques et ecclésiaux qui ont fondé l’Eglise. Elle va jusqu’à porter au cœur de la liturgie et de la méditation chrétiennes la tradition juive, la Bible d’avant Jésus, la Bible de Jésus. Car ces langages pré-chrétiens ne sont ni périmés ni abolis. La Bible chrétienne ne les laisse pas se perdre. Elle tient à ce que la figure de Jésus se présente sur un champ vaste, multiple, où les pas et les mots se croisent en tous sens.

C’est que la foi naît de cette multiplicité foisonnante. Et l’espérance est donnée à ceux qui accueillent en leur attente, celle d’autrui.

On peut donc dire, en fin de compte, que le contenu de la foi chrétienne est d’inspiration et de forme bibliques. Il n’englobe pas toute la Bible (dont beaucoup d’éléments ne structurent pas, à proprement parler, l’adhésion chrétienne, parce qu’ils relèvent de sensibilités ou de mentalités que la Parole de Dieu n’impose pas et ne garantit pas). Il déborde la Bible (les précisions dogmatiques ultérieures). Mais il est bibliquement orienté.

3. La responsabilité théologique

La vie ecclésiale, dans son ensemble, et l’Ecriture, dans son rôle fondamental, nous indiquent déjà la manière d’envisager ce qu’on appelle le contenu de la foi. Mais, pour aller plus loin, il nous faut prendre en compte un troisième terrain d’observation, celui du fait théologique, pris comme fait historique et comme témoignage significatif.

Bien sûr, tout comme l’Ecriture appartient à la vie ecclésiale. Elle ne fait pas nombre avec elle. Elle en est seulement un secteur particulier. Mais tout comme l’Ecriture, quoique d’une autre manière, le domaine théologique demande en l’occurrence à être examiné pour lui-même. Chacun sait, en effet, que la théologie n’est pas pour rien dans la constitution et la régulation du contenu de la foi. Ce n’est pas elle, assurément, qui donne naissance à ce contenu. Ce n’est pas elle qui le fonde. Mais c’est elle qui lui donne ses dimensions explicites et c’est elle qui le fait valoir.

Je ne peux présenter ici, sur ce point, un dossier dont l’ampleur serait considérable. Je voudrais, du moins, souligner comment opère la théologie à l’égard du contenu de la foi.

A. Un contenu à préciser

La théologie chrétienne atteste, tout d’abord, que le contenu de la foi demande, en certains cas, à être précisé. Et cela pour les raisons que l’on vient de relever, c’est-à-dire à cause des exigences de la vie ecclésiale et à cause du rôle de l’Ecriture.

Pratiquement, ce besoin de préciser le contenu de la foi chrétienne se réclame de trois types de motifs.

- a- En premier lieu, il s’agit pour les chrétiens d’assurer d’âge en âge (unité « diachronique ») et d’Eglise à Eglise ou de communauté à communauté (unité « synchronique ») la communication dans la foi.

Certes, c’est l’Esprit qui assure cette communion dans l’histoire et dans l’actualité. Mais cette action divine se réalise à travers l’ensemble des formes de la vie ecclésiale : la confession de foi, la prière et l’intercession pour les Eglises, les sacrements, l’accueil de l’Ecriture, le sens de la tradition, la solidarité dans le témoignage et l’évangélisation, le ministère apostolique. Quand, pour une raison ou une autre, ce tissu se déchire ou se troue, l’Eglise est amenée à vérifier ses articulations et son fonctionnement.

Alors la théologie a son rôle. Elle n’a pas assurément toute la tâche. Elle ne se substitue pas aux ressources vives et spirituelles que porte en lui le peuple chrétien. Elle est seconde par rapport au ministère épiscopal (qui, d’ailleurs, dans les Eglises anciennes, était aussi le plus souvent théologique).

Mais, à sa place, la théologie a quelque chose à faire. Et en l’occurrence elle est amenée habituellement à préciser le contenu de la foi.

Par exemple,

saint Irénée parle de la « règle de la vérité ». Tertullien fait appel à la « règle de la foi ». Deux formules qui sont pratiquement équivalentes à celle, plus moderne, du « contenu de la foi ». Elles soulignent bien quelques aspects importants de ce contenu :

-son caractère normatif, étant entendu que cette norme est celle de l’Ecriture, inspiratrice de tout langage de foi.

-son caractère articulé : le contenu de la foi n’est pas une énumération en vrac. Il met en « sym-bole », en cohérence, les divers traits du Mystère, c’est-à-dire les divers mystères de la foi. Et c’est à ce titre qu’il peut aussi assurer la communion des diverses communautés chrétiennes.

-son caractère populaire. Face à la Gnose, Irénée a tenu à ce que le contenu de la foi garde son sens commun, accessible à quiconque. Et sa réaction a fait école. Dans la sensibilité chrétienne profonde, la foi a un contenu essentiel qu’il n’est pas besoin de supplémenter par des « révélations » ou des traditions ésotériques.

-son caractère englobé. Dès ses débuts, la théologie chrétienne a tenu à ne pas isoler le symbole de la foi de son environnement ecclésial (sacrements, ministère, etc.). Le contenu de la foi n’a de sens et de réelle portée que dans l’ensemble de la vie ecclésiale. Et c’est dans ce contexte qu’il est acte de tradition.

- b- D’autre part, les exigences ecclésiales conduisent sans cesse à une articulation des formules de foi, c’est-à-dire à leur reformulation en des contextes culturels variés. Cela à cause de l’évangélisation et à cause des idéologies qui marquent la pensée des chrétiens. Il y a là un deuxième motif pour préciser le contenu de la foi.

A nouveau, la théologie intervient. Il ne s’agit pas, ici, d’assurer d’abord la communication entre les croyants. Il s’agit plutôt de stimuler l’audace et de vérifier la valeur du langage de foi. Le problème n’est certes pas étranger à celui de l’unité ecclésiale, mais il est autre.

- c- Il y a un troisième motif qui explique le développement théologique du contenu de la foi et qui ne se ramène ni aux exigences de l’unité, ni à celles de la rencontre des cultures. C’est un besoin d’expansion.

En fonction de certaines intuitions spirituelles (par exemple, les discussions médiévales sur l’Immaculée Conception de Marie), de certaines exigences intellectuelles pour plus de clarté ou de cohérence (par exemple, les diverses théologies qui ont cherché jadis à préciser le sort des non baptisés, avec la fameuse hypothèse des limbes), le contenu de la foi tend, parfois, à s’accroître et à se charger ainsi de précisions qui ne sont pas essentielles.

B. Le contenu et la visée

L’histoire de la théologie ne fait pas seulement apparaître une détermination progressive du contenu de la foi. Elle met également en lumière sa fonction dans l’acte de foi.

Qu’est-ce donc, en effet, que croire chrétiennement en Dieu ? Les chrétiens dans leur vie quotidienne, les catéchumènes dans leur démarche spirituelle, les catéchistes dans leur tâche de transmission et de libération de la parole, les croyants dont la foi se fait difficile ou obscure, tous le savent bien.

L’adhésion chrétienne conjugue deux facteurs, l’un constituant un « objet » auquel on se rapporte (le mystère du Christ, l’évangile du Royaume, le sens de l’Eglise, etc…), l’autre se présentant comme un engagement libre, mais aussi socialement conditionné, intellectuel, mais aussi affectivement marqué. Croire, c’est s’orienter, se modifier, par rapport à une objectivité extérieure à soi-même et à laquelle on adhère. La foi, c’est « ce que » l’on croit et c’est la « manière d’être » correspondante.

La théologie a toujours tenu à distinguer ces deux aspects de la foi.

Saint Augustin soulignait, par exemple, que les paroles de la prédication seraient nulles sans l’intervention spirituelle du Maître intérieur, le Christ, qui suscite l’adhésion personnelle.

Les médiévaux se plaisaient à dire que la foi avait un objet « quod » (son contenu, « ce que » l’on croit) et un objet « quo » (ce « par quoi » l’on croit, le mouvement de la grâce et de la liberté).

Luther insista pour que l’objectivité des croyances et des formules ne l’emporte pas sur la confiance spirituelle du croyant à l’égard de Dieu qui sauve : « Christ a deux natures. En quoi est-ce que cela me regarde ? ».

A sa suite, Bultmann mit l’accent sur le danger que présente une trop grande « objectivation » de la foi. Il ne faudrait pas, dit-il, que le « Was » (en allemand, « ce que » l’on croit) mette dans l’ombre le « Dass » (le fait que Dieu nous parle et crée notre foi).

De nos jours, bien des théologiens ont trouvé dans la phénoménologie (Husserl) et ses analyses des attitudes humaines un moyen – traditionnel, mais actualité – de comprendre l’acte de foi. Comme en tout acte humain, il y a dans la foi une visée (ce que la phénoménologie appelle la « noèse ») et un contenu (le « noème »).


C. Le difficile compagnonnage du contenu et de la visée

En fait, il n’est pas très facile de comprendre le rapport exact qu’entretiennent le contenu et la visée au sein de l’acte de foi. L’articulation des deux aspects a toujours posé un problème.

Ce qui le montre, c’est l’instabilité permanente du rapport en question, selon les époques ou les cultures. En schématisant les choses, on peut dire que la domination de l’un des deux facteurs constitue une tentation permanente.

Souvent, c’est le contenu qui est majoré.

-a- Il y a, dans l’histoire de l’Eglise, des périodes d’orthodoxie où l’accent est mis sur ce qui est à croire, sur les « vérités de la foi ».

Pourquoi cette dominante ?

Il me semble qu’on peut assez facilement trouver dans la situation ecclésiale des raisons qui poussent en ce sens :

- il y a d’abord orthodoxie dans les périodes de stabilisation de la vie ecclésiale.

Par exemple,

  • vers la fin du premier siècle, dans ce qu’on appelle le « premier catholicisme », celui des épîtres pastorales, l’accent est mis sur le « dépôt de la foi », qu’il s‘agit de garder (I Tim 4, 6 et 16 ; 2 Tim 4, 3 ; Tite 1, 9). La priorité va plus au maintien d’une foi toujours fragile dans un monde qui ne l’accueille guère qu’à l’évangélisation et à la proposition de la Parole aux non évangélisés. L’Eglise organise son existence, plus qu’elle ne se risque dans la mission.
  • Le Moyen Age semble, lui aussi, pouvoir se caractériser de cette façon. Le contenu de la foi, c’est la doctrine.

- Il y a également orthodoxie dans les périodes de crise ecclésiale. Crise quand l’unité des chrétiens est menacée. Ce fut le cas de la période de la Contre-Réforme qui vit le développement des catéchismes et des missions. Catéchèse des enfants et catéchèse des adultes : l’Eglise catholique d’après le Concile de Trente trouva dans ces deux actions conjointes une façon de prémunir les catholiques contre les risques de la séparation en renforçant leur unité doctrinale.

- Actuellement, en France, la tension entre chrétiens « conciliaires » et chrétiens « traditionalistes » entraîne, de manière analogue, un certain retour de l’orthodoxie. La Lettre aux catholiques de France, publiée par l’Assemblée épiscopale française, à Lourdes, en octobre 1976, est significative de cette attitude. Elle énumère, notamment, une liste de « vérités » à croire.

- enfin, l’orthodoxie devient dominante, dans l’Eglise, dans les périodes où la foi est fortement acculturée, c’est-à-dire quand l’Eglise entre en contact avec de nouvelles cultures ou quand les chrétiens vivent une mutation culturelle importante.

Cette troisième cause d’orthodoxie est souvent liée à la précédente. Autrement dit, les crises ecclésiales sont habituellement solidaires de transformations du champ culturel.

Les exemples de cette situation d’orthodoxie ne manquent pas. Ils abondent dans les premiers siècles du christianisme (les grands conciles trinitaires et christologiques). On en trouve aussi de nombreux au Concile de Trente et, plus encore, à Vatican I (Constitution sur la foi catholique).

Peut-être y a-t-il une certaine logique de l’orthodoxie. La foi chrétienne entre « en orthodoxie », met l’accent sur son contenu, pour un ensemble de raisons historiques et ecclésiales qui entretiennent entre elles des connexions profondes, si bien que, lorsque l’une d’entre elles apparaît, les autres ne sont pas loin.

L’hypothèse serait à vérifier. Mais elle ne semble pas sans valeur.

Je veux dire que les crises d’unité ecclésiale sont souvent liées à des questions de mutation culturelle (quelles que soient les raisons dogmatiques ou ecclésiales qui sont avancées explicitement). Les chrétiens se séparent parce que leur sensibilité culturelle les sépare. En même temps, si l’on a recours à l’orthodoxie pour sortir de la crise d’unité ou de culture (le cas de la Contre-Réforme est là-dessus typique), le risque est grand d’entrer dans ce que j’ai appelé une stabilisation. La thérapeutique orthodoxe guérit peut-être les crises, mais elle conduit l’Eglise à être plus occupée de ses problèmes intérieurs que de ses responsabilités évangélisatrices.

- b- Faisant pendant à l’orthodoxie, une autre dominante apparaît dans l’histoire de la foi chrétienne, qui accentue, non plus le contenu, mais la visée.

Je me bornerai, pour évoquer cette tendance, à deux cas typiques dont le rapprochement est assez suggestif.

- Premier cas : la tradition protestante.

On sait que Luther a toujours redouté l’inflation du contenu de la foi, dans la mesure où les formules et les doctrines pouvaient pervertir la confiance des croyants dans le don gracieux de Dieu. L’essentiel du contenu de la foi chrétienne c’est, pour la Réforme, la Parole de Dieu. De là vient que ce contenu n’est pas une œuvre humaine. Certes, il faut des « confessions de foi », et les Eglises réformées en ont toujours senti le besoin (Augsbourg, La Rochelle, Trente-neuf articles de l’Eglise d’Angleterre, etc…). Mais les mots humains sont au service de la Parole divine. Et la visée de foi, qui s’exprime à travers eux, ne saurait trouver en eux ni vaine prétention, ni satisfaction trompeuse. Dans cette perspective, ce qui définit la foi, ce n’est pas son contenu, c’est l’attitude d’accueil à l’égard de Dieu qui parle et qui sauve.

- Second cas : l’anti-dogmatisme actuel.

Pour beaucoup de chrétiens de ce temps, les formules toutes faites, et plus encore le système mental auquel elles se réfèrent, semblent en opposition totale avec ce qu’est la foi. Le mot « dogme », qui a fait florès au XIXe siècle, prend alors un sens péjoratif. Il semble cristalliser l’assurance intellectuelle d’une Eglise établie. Les « vérités à croire » sont facilement considérées comme un obstacle à la vérité de la foi.

Le christianisme réforme et le christianisme anti-dogmatique sont, sans doute, assez différents. Et bien légers sont ceux qui, aujourd’hui, affectent de prendre l’un pour l’autre. Mais entre les deux perspectives, il y a des traits communs. La dominante est, dans les deux cas, celle de la visée sur le contenu de la foi. Dans les deux cas aussi, le contenu de foi est mis en cause pour des raisons analogues : il est jugé trop éloigné de la Parole de Dieu, trop en connivence avec le poids institutionnel de l’Eglise, trop porté à l’expansion et à l’inflation.


II – SIGNIFICATION DU CONTENU DE LA FOI

J’ai voulu approcher théologiquement du contenu de la foi en analysant les lieux et les problématiques où il est question de lui. Ce parti exprime une décision de principe. Il me semble, en effet, très dangereux de parler du contenu de la foi a priori, abstraitement, ou encore en se contentant de moduler la dialectique de l’objet et de la visée dans l’acte de foi.

Le moment est venu de dégager, du tour d’horizon qui vient d’être fait, quelques propositions précises. Les voici, brièvement indiquées :

1. Communication

Parler du contenu de la foi, c’est affirmer que la foi n’est ni un cri, ni un mystère indicible, ni un sentiment incommunicable. Si la foi a un contenu, c’est parce qu’elle est puissance de symbolisation (c’est-à-dire de communion vive entre les communautés et les personnes), énergie d’Eglise, mouvement de mise en commun.

Conséquence : le contenu dont il s’agit est au service de la communication entre le monde et l’Eglise d’une part, entre les chrétiens et leurs communautés d’autre part. Dès qu’il « enferme » dans des positions sectaires ou des citadelles d’orthodoxie, il ne joue pas son rôle.

2. Espérance

Le contenu de la foi exerce sa fonction de communion dans la mesure où il est facteur d’espérance. Il oriente l’attente du Royaume, il permet de vivre l’espérance comme un acte de foi, il donne à l’espérance un fondement et un style.

Trop souvent, aujourd’hui, cet aspect est passé sous silence. Le contenu de la foi risque alors de se dégrader en savoir, en mémoire ou en idéologie assurant fallacieusement l’unité ecclésiale.

C’est l’espérance, attestée en permanence par l’Ecriture et par la célébration de la foi, qui donne au contenu de la foi sa signification la plus profonde. Ce à quoi nous croyons n’est pas séparable de ce que nous attendons et espérons.

Autrement dit, le contenu de la foi est, non seulement un contenu de charité ou de communion, mais aussi un contenu d’espérance. « La foi est le fondement de ce que l’on espère, le signe des réalités que l’on ne voit pas. » (Heb 11, 1).

3. Une organisation complexe

Le contenu de la foi est un ensemble complexe constitué de plusieurs éléments. Si l’on essaie de distinguer ses composantes, on repère :

- des événements : ceux dont témoignent les évangiles, les épîtres ou les Actes, l’Ancien Testament, et aussi certains événements de l’histoire passée de l’Eglise qui ont marqué la foi et sa tradition (par exemple, les débats christologiques des premiers siècles, la Réforme, l’impact des mutations culturelles de l’âge moderne et contemporaine).

- des actes : la confession de foi baptismale ou eucharistique, les sacrements, l’expression de la foi dans l’ordre moral (avec ses exigences, ses variations, ses difficultés), les témoignages effectifs de l’espérance chrétienne (courage apostolique, pauvreté en vue du Royaume, vie religieuse, etc…).

- des interprétations : les événements que désigne la foi et les actes auxquels elle se réfère demandent à être compris, assimilés, selon les situations historiques et culturelles. Ces interprétations, qui ont des degrés variables de force (les « définitions » dogmatiques ne sont pas du même ordre que les analyses de théologiens ou les propositions des catéchistes), font aussi partie du contenu de la foi.

- des énoncés : le contenu de la foi se formule en paroles diverses dont certaines font partie du contenu de la foi, ici encore à des degrés divers (paroles bibliques, paroles traditionnelles, formules nouvelles, cherchant à exprimer pour aujourd’hui la foi chrétienne). Ajoutons que ces énoncés ont des fonctions variables : symbolique de la prière, témoignage apostolique, détermination rituelle des sacrements et de leur sens, formulation de la foi, interprétations théologiques, etc.

4. Facteurs d’unification

La diversité du contenu de la foi appelle une unification organique, sans laquelle les éléments que l’on vient d’énumérer ne feraient pas un symbole, c’est-à-dire une totalité articulée.

Cette unité s’opère de deux façons :

- a - par la visée de la foi, celle qui opère en tout chrétien. C’est ce qu’on appelle le « sensus fidelium », le sentir chrétien qui met les choses à leur place respective et saisit intuitivement la portée relative de certaines affirmations ou de certains actes.

- b- par la régulation institutionnelle, celle qui s’exprime par le ministère épiscopal, conciliaire et papal (régulation doctrinale, sacramentelle, morale, etc….).

5. Difficultés

En pratique, l’unification du contenu de la foi est difficile. Cela pour plusieurs raisons :

- a- à cause des différences internes qui tissent le contenu de foi. Ses données, en effet, ont des rapports réciproques toujours problématiques.

Par exemple,

On peut être porté à majorer la place des événements, en minimisant la place des actes ou des pratiques. Alors le contenu de foi est compris en termes de connaissance, alors qu’il comporte aussi des aspects d’action.

Ou encore on peut être enclin à souligner avant tout la place de l’Ecriture, oubliant que le contenu de la foi comporte d’autres événements, d’autres interprétations, d’autres énoncés que ceux dont la Bible fait état.

Enfin, on peut publier les interprétations et surtout les énoncés au détriment des événements ou des pratiques. Alors les croyants sont soucieux de la précision des analyses et de la conformité des énoncés. Mais une telle dominante orthodoxe risque de masquer ou de minimiser la valeur fondamentale des événements et des actes en lesquels la foi prend forme.

- b- à cause des difficultés que présente la visée de la foi.

A son sujet, en effet, tout n’est pas forcément clair. On en parle souvent aujourd’hui pour la distinguer du contenu, mais sans prendre assez le temps de préciser son sens.

Il ne faudrait pas oublier, notamment, ce que les médiévaux soulignaient fortement : on ne croit pas au contenu de la foi, on croit en Dieu tel qu’il se présente à travers le contenu de foi. Autrement dit, la foi « ne se termine pas aux énoncés, elle va jusqu’à la réalité même de Dieu » qui, dans l’Esprit, nous présente son Verbe.

Par conséquent, la visée de foi porte en elle plusieurs niveaux d’opération. Elle est orientée vers un « référent » (selon le vocabulaire de la linguistique) qui est Dieu en acte de révélation et de salut. Et elle s’investit, pour cela, en des « signifiés », c’est-à-dire un contenu ou un objet qui constitue les signes, la manifestation ou l’interprétation de l’acte divin.

A l’égard de ces signifiés, qui sont multiples, la visée de foi prend plusieurs modes. Car ils ne sont pas du même ordre et ne se trouvent pas tous au même niveau. Les uns sont indexés sur les autres. Il y a, en effet, des éléments du contenu de foi dont la valeur est dépendante d’autres données, plus radicales. Par exemple, les énoncés ou les interprétations sont relatifs aux événements et aux actes. De là le problème, sans cesse reposé, de l’élément central du christianisme : est-ce la révélation de Dieu ou celle de Jésus ? est-ce la croix ou est-ce la résurrection ?

De toute manière, le rôle d’unification que joue la visée de foi par rapport au contenu est un rôle dérivé, second, lié à un rôle premier, qui est l’adhésion à la Parole de Dieu et l’espérance du Royaume. Le contenu de foi s’unifie « par surcroît », dans la mesure où l’élan théologal de la foi est suffisamment dynamique.

- c - à cause des difficultés que présente la régulation institutionnelle de la foi. Nous sommes, aujourd’hui, très alertés sur ce point. Encore faut-il bien réaliser ce qui est en jeu.

D’une part, la régulation ministérielle est habituellement portée à accentuer certains des rôles du contenu de la foi et à en minimiser d’autres. Les évêques et le pape ont tendance à souligner ce qui touche à l’unité ecclésiale et leur souci d’orthodoxie semble le plus souvent très orienté en ce sens. Mais d’autres fonctions du contenu de foi se trouvent, en l’occurrence, un peu estompées : le rôle d’espérance, la responsabilité d’une reformulation de la foi en fonction des diverses cultures, etc…

D’autre part, la régulation ministérielle du contenu de la foi n’a de sens que si elle n’est pas extrinsèque par rapport à la vie chrétienne, que si elle n’apparaît pas a priori comme disciplinaire ou conservatrice. Cela suppose que la visée de foi, que porte en lui chaque chrétien, ne soit pas purement individuelle, qu’elle ait une dimension ecclésiale constitutive. En d’autres termes, la visée de foi dont nous parlons ici n’est pas à définir seulement en fonction du contenu auquel elle se rapporte, ni en fonction de sa source, la Parole et l’Esprit de Dieu. Elle est également à comprendre comme une communion entre chrétiens. La régulation qui l’affecte n’est ni celle du ministère épiscopal et papal que si elle est d’abord celle du peuple chrétien dans son ensemble.

6. Dans des situations

Le contenu de foi n’existe effectivement que dans des situations où il se constitue et peut s’énoncer.

Ces situations peuvent être envisagées de deux manières.

- a- Tout d’abord, du point de vue historique. Dans l’histoire de l’Eglise, dans l’évolution des communautés chrétiennes, il y a des accentuations successives. Le contenu de foi n’est pas présenté de la même manière à chaque époque, voire à chaque moment d’une évolution personnelle. Il est donc relatif, relatif à un lieu et à une date.

Cette relativité ne signifie aucunement une mise en cause de sa valeur. Elle indique plutôt que le contenu de foi n’est pas, comme tel, absolu. Dieu seul est absolu. Mais les mots, les énoncés, les actes, les interprétations, les symboles de foi ne sont pas sacrés. Ils sont des paroles et des gestes au service de la Parole et de l’Acte de Dieu.

Par ailleurs, la relativité du contenu de foi suppose que, pour entrer dans sa compréhension, on ait accès aux conditions historiques de sa production. Pour comprendre exactement le Concile de Chalcédoine, il faut avoir quelque lumière sur le genre de problèmes auquel ce Concile a voulu répondre. Plus généralement, le contenu de la foi – en particulier ce qu’on appelle les dogmes – n’a tout à fait son sens que si on rattache les formules au mouvement spirituel et ecclésial qu’il présuppose et atteste. Cela ne veut pas dire que tous les chrétiens doivent être historiens. Cela veut dire que la « culture » chrétienne est autre chose qu’un endoctrinement et qu’elle doit comporter un minimum d’instruments de vérification.

- b- En second lieu, les situations dont il s’agit ici sont à envisager du point de vue de la vie ecclésiale et de ses différentes fonctions. Parler du contenu de la foi, est-ce que cela a le même sens si l’on pose le problème spirituel de la connaissance de Dieu, si l’on a des soucis d’évangélisation, si l’on s’occupe de catéchèse ou de formation, si l’on est attentif surtout à l’unité ecclésiale ? Personnellement, je ne le pense pas.

Si l’on accorde qu’il y a des différences entre ces diverses situations et si l’on tient que ces différences ne sont pas purement superficielles, il s’ensuit une conséquence. C’est que le contenu de la foi doit être envisagé dans un contexte qui comprend, non seulement la visée de foi, non seulement la régulation ministérielle, mais également les situations dans lesquelles on le fait intervenir.

7. Un double rôle normatif

Le contenu de foi a un rôle normatif, le problème actuel étant de comprendre ce que peut signifier une telle affirmation.

La normativité en question est, à mon sens, double.

- a- C’est d’abord une normativité biblique.

Cela veut dire que le contenu de la foi est ou doit être d’inspiration biblique. Par conséquent, il a tout ensemble un rôle d’espérance, d’attestation des événements apostoliques et de communion. Par conséquent aussi, il n’est jamais achevé. Précisément parce que la Bible suscite d’autres paroles que les siennes, afin que la foi s’exprime d’âge en âge. Enfin, il n’est pas totalisable : on ne peut jamais en faire totalement le tour et mettre à son propos un point final, car ce serait figer l’espérance.

C’est pourquoi les confessions de foi chrétiennes ne prétendent jamais être exhaustives. Elles disent l’organisme de la foi, sa cohérence et son sens. Elles n’en disent pas le dernier mot.

On comprend aussi bien que, selon les époques, le contenu de la foi soit en expansion (les grandes périodes de la théologie et de la piété : début de l’Eglise, Moyen Age) ou , au contraire, se recentre sur l’essentiel (ce fut l’instance de la Réforme protestante et c’est également le cas des chrétiens actuels).

Ajoutons que ce « fonctionnement » du contenu de la foi, avec ses limites et aussi son exigence, permet de comprendre comment la foi est, de part en part, dans sa visée, mais aussi dans son contenu, un accueil humble et confiant du don de Dieu. Le contenu est sans prétention.

- b- C’est aussi une normativité culturelle.

Cela signifie que la foi n’est pas constituée avant de se dire, avant de s’exprimer en un contenu.

Il y a, aujourd’hui, une certaine tentation qui nous pousse à envisager le domaine des expressions comme secondaire par rapport aux sujets et aux libertés qui s’expriment. En fait, la culture est toujours avant nous. Le langage nous précède, comme vient de le redire fortement J. Lacan. Par conséquent, le contenu de la foi n’est pas pour la foi un simple mode d’expression. Il joue un rôle essentiel dans sa constitution.

N’avons-nous pas, parfois, une conception idéaliste de l’adhésion chrétienne ? Comme si elle existait sans contenu ou, du moins, avant tout contenu ?

Mais cette antécédence du donné culturel, du contenu objectif, sur la visée des personnes et des groupes (ce qu’on appelle la tradition), ne voue pas les chrétiens à la répétition. Tout au contraire ! Entrer dans un contenu « déjà là », c’est se donner les moyens réels de produire d’autres formes et d’autres expressions. La tradition est une base pour la création.

D’autre part, la normativité culturelle, qui est celle du contenu de la foi, s’exerce de façon active. Il n’y a donc pas, au centre du contenu de la foi, un « invariant » objectif et délimitable qui se répèterait toujours et partout. L’invariant dont il s’agit est fonctionnel. C’est celui d’une annonce qui rend témoignage aux événements évangéliques et qui engage une espérance dans la communion. Ce « noyau » peut sans doute se mettre en formules. Mais ce n’est pas là le plus important de son rôle. L’essentiel de la foi a bien plutôt pour effet de susciter des expressions en assurant de l’intérieur leur qualité et leur vérité.

Pratiquement, ce rôle actif du « noyau central » de la foi est double. D’un côté, il assure une critique interne, soit en récusant certaines formulations (qui semblent ne pas pouvoir « symboliser » avec le mystère évangélique), soit en veillant à ce que les formulations nouvelles ne se sacralisent pas naïvement (ce qui n’est pas un danger illusoire, parfois).

*

J’ai essayé de parler du contenu de la foi.

Afin d’éviter des prises de position passionnelles et parfois illusoires, j’ai voulu commencer par voir où et comment on en parle dans l’Eglise.

A chaque sondage, j’ai tenté de faire apparaître des raisons, des perspectives, et donc une problématique.

Ce qui m’a autorisé, dans une seconde étape, à mettre en relief les significations diverses et étagées qu’a le contenu de la foi dans son exercice effectif.

Bien des indications proposées seraient sans doute à approfondir, voire à discuter. Mais,, en fin de compte, une conclusion me semble découler de l’ensemble. C’est que le contenu de la foi ne pose pas d’abord des questions de principe. Ce qui le rend aujourd’hui discuté et, à ce titre, très significatif des conditions culturelles du moment, c’est son usage. Là est probablement la vraie question. Et c’est une question pratique. Dis-moi ce que tu fais du contenu de la foi, comment tu l’engages, comment tu t’en sers et comment tu le sers, et je te dirai (peut-être) et tu te diras (mieux encore) ce que c’est.
Henri Bourgeois,
Catéchèse, n° 66, janvier 1977.

Bibliographie :

M. Légaut et F. Varillon : Débat sur la foi, DDB, 1972.

F. Jeanson : La foi d’un incroyant, Point-Seuil, 1976.

A. Dulles : La foi, le dogme et les chrétiens, Beauchesne, 1975.

W. Kasper : Dogme et évangile, Castermann, 1967.

H. Denis : L’évangile et les dogmes, Centurion, 1974.

J. Colette, C. Geffré, D. Dubarle, A. Dumas, etc. : Procès de l’objectivité de Dieu, Cerf 1969.

J. Floskowski : La théologie de la foi chez Bultmann, Cerf, 1971.

S. Breton : Foi et raison logique, Seuil, 1971.

J.-P. Resweber : La théologie face au défi herméneutique, Nauwelaerts, 1975.


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