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Exigences présentes de la pensée chrétienne

Exigences présentes de la pensée chrétienne

Extrait

"Tout d’abord je noterai que le type de réflexion qu’est la théologie cherche à éviter les simplismes, les évidences naïves, les approximations usuelles, les propos si patinés qu’ils en sont usés.

Ce n’est pas là un souci prétentieux du don de Dieu ; c’est bien plutôt un service de ce don pour qu’il puisse être en plus grande vérité. Quand cessera-t-on de dire que la théologie complique indûment la foi, alors qu’elle est souvent un travail qui rend possible la foi ? Les questions critiques que pose la réflexion théologique, ce n’est pas la théologie qui les invente le plus souvent ; on les entend dans la rue, on les lit dans les journaux. Penser, c’est alors prendre l’Evangile au sérieux en faisant tout le possible pour qu’il puisse être réellement entendu.


Une deuxième exigence me semble porter sur la pratique

Depuis Kant, l’époque moderne cherche à donner une valeur de pensée aux choix des personnes et des groupes sans en rester aux affirmations de principe. L’opération est difficile, comme le montrent bien aujourd’hui les débats éthiques ou encore les réévaluations pastorales de l’évangélisation. Elle demande l’instauration de débats effectifs, un indispensable réalisme et aussi un investissement institutionnel sans lequel les plus beaux projets restent lettre morte. Les chrétiens de ce temps sauront-ils prendre part, aussi largement que possible, à cette recherche et y apporter leur propre contribution ?


Enfin, troisième urgence, la réflexion croyante ne peut éviter de se demander si elle ne laisse pas en jachère trop prolongée certains terrains que la pensée ne peut longtemps méconnaître.

Au nombre de ces espaces non entretenus, il faut citer ce qui touche aux questions fondamentales, philosophiques – celles des valeurs ou des finalités ; celle aussi de la réalité en ce qu’elle a de radical et dont s’occupe traditionnellement l’ontologie. On dit qu’après Nietzsche et Heidegger la métaphysique ne peut être ce qu’elle fut jadis. Certes. Mais on se contente souvent de le dire sans entreprendre assez le travail patient visant à constituer une nouvelle ontologie, celle dont nous avons besoin, quelles que soient nos adhésions éthiques, politiques ou religieuses.

(…)


Les défis que rencontre l’Evangile en ce temps sont multiples. Le problème de la réflexion théologique n’a donc ni exclusivité ni privilège ; mais il est, pour sa part, lourd de conséquences. Ce qui le rend particulièrement aigu, c’est la rencontre actuelle entre plusieurs mises en cause de la théologie : au nom de l’immédiateté de la foi, au nom d’une critique de la raison, au nom de la responsabilité du magistère, de l’épiscopat ou du pape. Mais la conjoncture n’est pas sans intérêt. Elle invite à redécouvrir comment la foi implique la pensée, comment la raison a place au cœur de toute réflexion, enfin comment le ministère pastoral peut susciter la liberté évangélique du jugement au lieu de la suspecter. Pour une bonne part, ces redécouvertes restent à faire. Seront-elles assez avancées avant que le siècle ne se termine ? On peut légitimement se le demander. Et pourtant le temps se fait court. IL ne faudrait pas qu’une fois de plus la théologie s’exile hors de l’Eglise catholique pour pouvoir honorer sa vocation au service de la vérité.« 

Henri Bourgeois, »Une place pour la pensée théologique", Études, mai 1989, p. 651s et 655.

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