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Eglise ordinaire et communautés nouvelles. Actualité d’une recherche.

ACTUALITE D’UNE RECHERCHE

(R.P.)

A propos du travail conduit avec Henri Bourgeois

sur Église Ordinaire et Communautés nouvelles

Le livre en question «  Eglise ordinaire et Communautés nouvelles », éd. DDB a été publié en avril 1994, il y a donc 14 ans . Ceci oblige à dire combien, avec la rapidité avec laquelle les évolutions du monde extérieur se développent, les situations qui en découlent ont pu changer.

D’où puis-je me permettre de parler ?

Je suis prêtre diocésain (diocèse d’Autun) en retraite : j’accepte d’accompagner des groupes de réflexion, mais je n’assure pas de ministère rituel. J’ai accepté en outre une responsabilité dans un groupe œcuménique et l’Amitié judéo-chrétienne. Je loge en appartement sur une paroisse du centre-ville de Chalon sur Saône, paroisse confiée à deux prêtres de l’Emmanuel. J’assiste à la messe en semaine, sans autre participation, mais suis en bons termes avec le clergé Emmanuel de la paroisse. Je suis en contact plus engagé avec les prêtres diocésains de deux paroisses très populaires de banlieue et m’efforce, dans la mesure du possible, de participer aux activités d’évangélisation.

A côté de ce ministère, un travail universitaire de recherche, précédemment entrepris, me permet de garder un très bon contact avec une population de chercheurs, ainés et jeunes, : il me permet de mesurer la distance pleine d’indifférente vis-à-vis de l’Eglise, Eglise par contre tolérée comme tout autre institution établie. En outre intellectuellement, au plan scientifique, il faut faire face à un véritable changement de paradigme, voire de culture.


1. Perspectives sur la situation actuelle par rapport à 1994

- 1.1. l’Eglise Ordinaire. Le diocèse a tout à fait la figure générale de l’Eglise de France. Notre ancien évêque a tout fait pour ne donner aucune suite au travail sur le plan sacramentaire de son prédécesseur Mgr Le Bourgeois. Seule la création administrative des « grandes paroisses » a été réalisée, mais davantage à partir des « curés » que des communautés chrétiennes.

Quant à la raréfaction des chrétiens jeunes, elle est connue dans toute la France.

Un nouvel évêque vient d’arriver : il prend un contact très sérieux avec la population du diocèse ; par contre il est difficile de savoir la pastorale qu’il entend mettre en place.

- 1.2. Les communautés nouvelles, au nombre de trois : Emmanuel , Frères de Saint Jean et Béatitudes . Il semble qu’après une période de percée et donc d’apparente nouveauté, il y ait une sorte d’installation dans la durée. Il faut remarquer que deux ou trois paroisses de ville ont été confiées à l’Emmanuel par le diocèse : il faut bien combler les vides ! Mais ces communautés qui autrefois avaient comme « berger » un laïc sont devenues le monopole des prêtres. Quant aux frères de Saint Jean ils assurent une aide aux prêtres déficients dans la région même de RImont, ancien petit séminaire du diocèse, devenu leur centre de formation théologique. Le travail des Béatitudes auprès des personnes « hors société » noie leur image dans la multitudes des organismes similaires.


2. Les orientations prises

- 2.1. L’Eglise ordinaire. Le cadre « territoire » (paroisses et services ) et le cadre « milieux » (mouvements) est intégralement conservé avec des prêtres de paroisses qui, du fait de la réduction de leur nombre , sont quasi tous « pluri-responsables ».

Les villes un peu importantes sont avantagées pour le regroupement et ont une pratique qui peut encore, malgré le vieillissement, faire illusion,. Par contre les campagnes sont victimes de la dispersion qui fait que des vides se creusent : on voit là les conséquences du quasi rejet par les évêques des « assemblées en absence de prêtres ». ; ainsi les communautés chrétiennes de villages ont disparu avec leur curé responsable immédiat.

Des informations très intéressantes ont été apportées officiellement au diocèse au sujet des opérations conduites par Mgr Rouet à Poitiers et par Mgr Gilson à Sens. Mais rien n’a été fait : beaucoup de discussions (on sait faire), mais aucun passage à l’acte (on n’ose pas faire). Seules les « équipes d’animation pastorale » ont fourni un peu de suppléance : leur gros défaut est qu’elles dépendent trop fortement du « curé » et très peu de la communauté ( laquelle a une existence juridique théoriquement apparente). Peut-être faudrait-il envisager en urgence des responsables de communautés chrétiennes (presbuteroi ou anciens) avec, à leur service, des « prêtres » (episcopooi), et non pas des « curés », mais qui soient prêtres chargés du soutien des chrétiens pour l’annonce de l’évangile ?

Reste le problème des jeunes. Il faut entendre par là une population qui n’a pas à l’esprit le sens d’une appartenance paroissiale ou de mouvements et qui n’a pas, comme la génération précédente, conscience de s’être « libérée » au bénéfice de l’évangile (rôle tenu dans le passé par les chrétiens de l’Action Catholique, mais situation totalement dépassée actuellement). Comme l’exprimait une jeune de 25 ans environ : « Aujourd’hui nous sommes libres, mais perdus ». D’où ; si on choisit, on choisit au hasard. Bien sûr, il y a les JMJ, mais ceci , à part des exceptions très transitoires, ne concerne pas directement la masse jeune du terrain. Or sur le terrain , les quelques-uns qui cherchent à se repérer s’orientent dans deux directions : a) soit la recherche précisément de ré-assurance , en particulier pour eux-mêmes , mais surtout pour leurs enfants ; d’où leur présence dans les courants anciens très classiques, avec des exigences chrétiennes importantes, ex : 7 rencontres obligatoires pour préparer les mariages à l’église . b) soit l’entrée dans des groupes évangéliques qui se développent fortement du fait d’une forte affirmation de foi, mais aussi du fait de petites communautés chaudes.( ex : une ville comme Macon a vu, en à peine dix ans, le nombre d’églises évangéliques passer de 1 à 6) et dans une ville comme Chalon sur Saône, dans un travail oecuménique commun ( une exposition sur la Bible à créer), la participation des actifs a été de 7 réformés, 6 catholiques et 67 évangéliques)

- 2.2. Les communautés nouvelles.

Si elles paraissent s’installer, elles gardent leur caractère attractif et ont souci de le développer.

L’Emmanuel, à qui a été confié le ministère des « Chapelains » de Paray-le-Monial, ont fait de la ville un centre particulièrement attractif avec des organisations de sessions qui portent de plus en plus sur des problèmes actuels. mais dans une perspective qu’on aimerait un peu moins « romaine » conservatrice ; mais ce caractère « romain » est développé pour attirer précisément les gens qui ont besoin de réassurance : rôle d’un pape perçu comme source de vérité infaillible. La dévotion au Sacré Cœur reste bien extérieurement, pour Paray la raison d’être de l’attirance, mais cette dévotion, autrefois très « intériorisannte », est devenue très « active », face à un monde moderne qui, dans l’ensemble, est soupçonné, voire rejeté comme coupable. Par contre les équipements en constructions et en techniques n’ont rien à envier au monde du business.

Les frères de Saint Jean à Rimont ont fait de l’ex petit séminaire diocésain leur maison de formation au plan théologique en particulier. Par contre, ils développent toute une formation intellectuelle à partir d’une théologie hyperclassique et d’une philosophie thomiste qui n’a rien d’audacieux (genre Garrigou-Lagrange). Cette formation est ouverte à une population adulte et jeune sous forme de sessions, en fait bien fréquentées, sessions orientées vers des problèmes très actuels .L’équipement suit : un amphithéâtre vient d’être créé avec des moyens techniques qui dépassent largement ce qu’on croît être de pointe dans le diocèse. ( La tombe du Père Marie-Dominique Philippe établie par choix à Rimont a une rôle d’attirance certain ; faut-il penser à un parallèle inconscient avec la tombe de Frère Roger à Taizé ?).


3. Prise de distance.

- 3.1. Devant cette situation nouvelle, il convient déjà de rappeler que Henri Bourgeois avait voulu que le livre de 1994 porte une orientation particulière : le rôle de l’image que pouvaient présenter ces deux entités, l’une par rapport à l’autre et les deux par rapport à la population générale. Il faut admettre que l’image des communautés nouvelles l’emportait fortement au point de vue rayonnement sur l’Eglise ordinaire. Aujourd’hui, si la comparaison existe encore dans l’esprit du clergé, il faut avoir le courage de reconnaître qu’elle n’existe plus vis à vis de l’extérieur. D’une part notre église diocésaine, même avec un changement d’évêque, ne fait plus image (comme l’Eglise catholique en général) : il faut aussi avoir, semble-t-il, le courage d’accepter « l’insignifiance ». D’autre part, il en est de même des communautés nouvelles, qui deviennent , elles aussi « insignifiantes », une réalité parmi une multitude d’autres, et ceci malgré des efforts réels, assez souvent adroits, de publicité.

Pour quelles raisons en est-il ainsi ? Eglise et Communautés, au plan publicitaire, ne peuvent soutenir comparaison avec le prime time réservé à Star Académy ou aux Bleus. Une raison plus profonde résiderait davantage , du fait de la forte dimension de la mondialisation, dans un attrait assez compensateur exercé par les petites unités : il s’en suit une véritable désaffection pour les instances institutionnelles. Par contre les prises de parole réciproques jouissent d’un véritable privilège et favorisent l’existence et l’attrait de petits groupes, sorte de « démocratie participative

- 3.2. Une inconnue resterait, sinon à découvrir, mais au moins à envisager : l’inconnue Internet. De nombreux efforts de tous genres et émanant de toutes sortes de courants à l’intérieur même des églises apparaissent sur nos écrans. Pour en rester au plan local de ce diocèse, la partie émanant du diocèse, et de plusieurs autres du reste, est sans qualité et ne semble pas très sollicitée. Il est très difficile de savoir la place qui y est donnée dans les communautés nouvelles : toutefois la population étant plus jeune, y compris au niveau du clergé, il est probable, sinon certain, qu’Internet tient une place plus importante. Ce serait un domaine à étudier.

- 3.3. Enfin, les déviations de communication, dues à un usage abusif, semblent susciter chez les chrétiens convaincus et âgés, un arrière-plan de suspicion, sinon de dégoût. il semble important de souligner en face le développement assez spontané d’un désir de simplicité. ( il y a, à l’opposé, de plus en plus de la part des chrétiens, des réflexions critiques et douloureuses à la vue des grandioses et solennelles cérémonies romaines) . Ce désir de simplicité aurait-il une certaine valeur de vérité ?

Ou faudrait-il comprendre que la critique assez générale des instituions ne vise pas tant l’institution elle-même : celle-ci sera toujours nécessaire (d’ où l’existence du recours traditionnaliste), mais la critique porterait plutôt sur le « pouvoir » qui s’attache facilement à l’institution. Constantin aurait-il jeté un mauvais sort à l’Eglise du Christ au 4e siècle, mauvais sort repris en compte par Henri IV et Louis XIV, du moins en France. Il nous est impossible d’en juger à partir de nos critères actuels.

Aujourd’hui, au 21e siècle, il semblerait utile , sinon urgent, d’éviter, coûte que coûte, de confondre la Puissance de l’Esprit promis par le Christ avec l’exercice d’un pouvoir très humain. On aurait plus besoin de « veilleurs » plutôt que de « monseigneurs » , voire de « pères ». « Frère » Roger nous aurait donné l’exemple.

La simplicité désirée pourrait , peut-être, générer une autre forme d’image ; elle aurait le mérite de rappeler la simplicité du Verbe Incarné. Peut-être aussi l’image ne serait plus seulement image, mais « signe » d’une autre réalité.

En conclusion

Ce texte n’est qu’un aperçu. Mais, aujourd’hui, peut-on avoir autre chose que des aperçus ? Les changements sont tellement rapides qu’un texte à ce jour est tout de suite dépassé. Son seul mérite voudrait être de nous inviter à penser « demain ».

Robert Plety, 2008.

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