Editoriaux :
Une parole adressée…..
Une série de pensées spirituelles, éditoriaux du responsable…, en ordre inversé…
- 8- Par la main
- 7- Dans la liberté
- 6- Au commencement…
- 5- Croire
- 4- Du côté du concret
- 3- Personne pour me plonger
- 2- Un rendez-vous avec demain
- 1- Quel bon vent ?
C’est Noël… Nouveauté, an neuf…. Prenons le cadeau que la vie nous fait… Comme les bergers d’un tableau du Caravage, retrouvons un regard attentif et émerveillé sur ce qui nous est donné. Les conflits mondiaux d’alors ne sont pas tous éteints, et certains autres sont apparus… Mais la paix est annoncée aux êtres qui cherchent la vérité.
8. Par la main
C’est la nouvelle année ! Et l’on pense au temps qui vient en le souhaitant bien.
Les signes d’espérance ne manquent pas, c’est vrai. Il y a toujours parmi nous des gens qui rendent confiance en la vie et en l’honneur d’être humain. Pas forcément des gens célèbres ou connus d’ailleurs.
Mais les signes d’obscurité et d’inquiétude sont peut-être plus nombreux encore : …l’Afghanistan, la violence, la difficulté d’organiser les échanges internationaux.
Comment, dans ce contexte où les signes sont contrastés, accueillir la paix de l’évangile et l’espérance de Dieu ? Nous risquons tellement de faire de nos vœux et de nos souhaits une musique d’ambiance, sans plus. Sans y croire, au fond.
Je ne pense pas que la foi nous donne un programme précis pour temps de nouvel an. Mais elle nous propose quelques points de vigilance.
- Le premier, important par les temps qui courent, c’est de respirer en profondeur. Quel que soit le temps qui vient, nous le prendrons plus ou moins bien selon le souffle que nous avons. Respirer, pour des croyants, c’est une affaire de cœur, d’esprit. Il s’agit de ne pas laisser s’essouffler la pulsation profonde de notre vie. Mets en nous, Seigneur, un esprit neuf.
- En second lieu, il me semble que nous avons chance de nous orienter vers l’avenir, en tenant compte de cette fête de Noël qui va de pair avec le Nouvel An.
Fête du soleil nouveau qui remonte à l’horizon.
Fête de l’enfant, cet enfant merveilleux et émerveillé que nous saluons d’année en année quand revient le temps de clore un millésime et d’en aborder un autre.
C’est lui qui respire.
C’est lui qui nous aide à ne pas perdre souffle.
Cet enfant, c’est lui, le seigneur du temps. Il habite en nous comme dans le monde.
Cet enfant, c’est lui, le créateur et le connaisseur de la vie, un être qui n’est pas blasé et qui ose exister de façon nouvelle.
Mais cet enfant, c’est aussi nous. L’enfant oublié ! que nous avons été, que nous sommes encore parfois, et qui, sans infantilisme ni naïveté candide, attend de retrouver souffle en nous, à cause de l’enfant-Dieu. En inventant quelque chose de la vie avec lui.
Vous connaissez la chanson :
En ces jours de souhaits, je vous propose de le modifier un peu :
Bonne année à toutes et à tous !
7. Dans la liberté
D’une décennie à une autre…. Les lignes qui suivent ont été écrites il y a trente ans… Une nouvelle décennie s’ouvre… Le paysage actuel garde une étrange ressemblance, avec ses inquiétudes et incertitudes, comme avec l’appel à la liberté…
Que seront les années 80-90 ?
On nous en annonce de toutes les couleurs : le pétrole, les affrontements des idéologies nationalistes, les incertitudes d’un occident qui a perdu les clés de son futur !..
Etrange assurance de la foi en ces occasions !
Déjà, au moment où le christianisme parut dans l’histoire, les nuages sombres ne manquaient pas. Certains alors se réfugiaient dans les multiples religions qui, venues de l’Orient, offraient une consolation et une nouveauté fascinantes.
D’autres changeaient leur foi en méditation sur la fin d’un monde. Les scénarios de l’apocalyptique relayaient les obscurités sans éclat de la vie quotidienne.
Jésus échappa aux deux tentations.
Il ne céda pas aux séductions religieuses ou au merveilleux du messianisme.
Il déçut même certaines attentes, tant il semblait manquer d’audace.
En même temps, il fit sa place à l’apocalyptique, mais mesurée, comme en fin de compte, et après avoir défendu les droits de l’histoire et du courage historique. La fin d’un monde, plus encore la fin du monde, n’avait de sens que si l’on avait tenté de faire un peu de monde, dans sa vie, avec quelques-uns.
La liberté du Christ a donné lieu à notre foi.
Il passa parmi nous… en faisant bien d’être lui-même, de parler en son nom propre, d’oser sa propre vie, sans s’aligner sur ce qui était le bon sens du temps.
Saurons-nous, dans la décennie qui vient, être libres comme il l’a été ?
« C’est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés. Tenez bon et ne vous remettez pas sous le joug de l’esclavage » (Galates, 5, 1).
Ce ne sera pas facile ! Déjà on nous fait comprendre que Jésus, lui, étant donné ce qu’il était, pouvait se permettre d’être libre, mais que nous n’en sommes pas là et que la liberté n’est pas sans danger pour nous, vu ce que nous sommes…
Ce ne sera pas facile de demeurer libres !
Les religions pourvoyeuses de sécurité sont là qui font recette, y compris parfois sous étiquette chrétienne. De leur côté, les prophètes de fin du monde agitent leurs sonnettes et disent la crise qui vient.
Les catéchumènes avec qui nous marchons trouveront-ils dans les groupes et les assemblées de chrétiens le réalisme religieux qui fait fuir les séductions et l’espérance sereine qui fait regarder les échéances difficiles sans l’inflation apocalyptique ?
Accueil et liberté ! Le titre de notre bulletin relie les deux mots. Le premier a toujours été pour nous fondamental. Mais le second, aussi précieux et non moins indispensable, pourrait bien se placer en n° 1 dans les années qui viennent.
6. Au commencement…
Mémoire et espérance pour aller vers Noël...
Quand, après la crise de l’Exil, au 6e siècle avant Jésus-Christ, le peuple hébreu réalisa que rien ne serait plus comme avant, il chercha un second souffle. Il n’y avait plus de prophètes comme jadis. Les cieux étaient fermés. Alors, nous disent les exégètes, on chercha en deux directions : celle d’une espérance à très long terme (ce qu’on appelle l’apocalyptique) et celle d’une mémoire radicale (ce qu’on appelle la Tora).
Et c’est à l’entrecroisement de ces deux attitudes de sens, apparemment contraires, que se produisit l’imprévisible, la venue du Christ.
Peut-être sommes-nous, toutes proportions gardées bien sûr, dans une situation analogue à celle de l’ancien Israël. L’année 83 qui lorgne du côté de la fin de siècle a, c’est trop clair, des allures de difficultés et d’incertitude. Nos prospectives politiques comme nos projections chrétiennes sont prises de court. On ne peut plus prolonger le passer pour aller vers demain.
Restent alors l’espérance et la mémoire, pour qu’un jour, au temps de l’inattendu, naisse et renaisse ce qui peut donner sens à nos vies.
Espérance et mémoire : mais l’une et l’autre portées au plus fort de leurs possibilités !
Laquelle privilégier de ces deux sœurs qui habitent les moments sombres et instables ? Je ne sais trop. Peut-être la nouvelle année nous invite-t-elle à faire large place à l’espérance. Les vœux que nous formons vont en ce sens. Mais peut-être aussi avons-nous besoin de mémoire pour ne pas perdre le Nord quand l’horizon est incertain.
Je voudrais donc faire le vœu que nous soyons plus et mieux capables de nous souvenir. Je vous souhaite, amis …, d’avoir de la mémoire.
Au commencement :
…c’est la formule qui inaugure la Tora,
… c’est l’expression qui ouvre intentionnellement l’évangile de Jean,
… c’est l’expression des débuts fondamentaux, ceux dont on se souvient.
Puissions-nous préserver ce sens des commencements de la foi, malgré les multiples pressions des habitués.
Puissions-nous aider quelques-uns autour de nous à retrouver leurs racines et inaugurer leur vie.
Notre espérance a besoin de cette mémoire-là.
Accueil et Liberté, N° 34, Janvier 1983
Croire, un mot si simple et si courant, dont la profondeur n’apparaît pas toujours….
5. Croire
Une manière de vivre…
Saint Jean, dans son évangile, préfère employer le verbe croire plutôt que le mot foi, cher à saint Paul mais plus abstrait.
Ce petit fait de langage peut être pour nous le signe d’une sorte d’évidence. La question catéchuménale n’est pas d’abord celle de la foi, elle est celle, plus large et plus concrète, d’une expérience : l’étrange et simple expérience que l’on appelle croire.
Crois-tu ? Croyez-vous ? Croyons-nous ?
Souvent de telles questions appellent des réponses qui détaillent ce à quoi l’on croit. Je crois en Dieu, nous croyons en la parole évangélique qui éclaire notre vie.
Mais pourquoi ne pas en rester, de temps en temps, au verbe croire tout court, avec compléments ? Avec nos amis, non baptisés orientés vers le christianisme ou baptisés en état de catéchumènes, nous essayons d’être des « gens du croire », comme eux et un peu grâce à eux.
Etre gens du croire, c’est mettre dans notre vie du nouveau. Croire, c’est une façon de vivre. C’est vivre d’une façon renouvelée. Comme jadis saint Augustin, comme les catéchumènes aujourd’hui, comme les chrétiens du monde…, nous expérimentons que croire, c’est se convertir.
Et ce changement nous atteint de multiples façons.
Il fait passer d’une vie superficielle, coulée dans les habitudes, à une vie assumée, signée personnellement en même temps qu’engagée dans une communication fraternelle.
Il fait échapper à un horizon étroit, fermé sur les mornes répétitions de l’ennui, et s’ouvrir à une espérance qui donne subitement de l’intérêt à la vie.
Et encore, il fait découvrir Dieu dont on n’avait qu’une image vague ou pour lequel on était sans intérêt.
En tous les cas, cette conversion multidimensionnelle s’exprime par une confiance étonnante. Au-delà des suspicions et des craintes, plus loin que la volonté de se suffire à soi-même, se dessine une disponibilité aux autres. On compte sur eux.
Et, le moment venu, il devient manifeste que la présence mystérieuse de Dieu dans le monde est à percevoir de la même manière. On fait confiance à Dieu comme aux autres.
La confiance devient la manière croyante d’aimer.
Ce numéro d’Accueil et Liberté nous parle de ces chemins multiples du croire.
N’allons pas trop vite les réduire aux formes et mesures de nos analyses habituelles.
La grâce que les catéchumènes nous valent, c’est de nous empêcher d’user avec eux de perspectives mises au point pour d’autres : par exemple la distinction de la foi et de la vie, ou encore la tendance à évaluer la foi selon nos modes habituels de sensibilité ou d’action…
Si nous vivons la pastorale catéchuménale dans cette optique de nouveauté et de changement, peut-être entrerons-nous avec les catéchumènes dans le secret mystérieux du croire.
Ce secret, c’est la gratuité.
Croire, c’est une manière de vivre qui est bien nôtre, mais qui, en même temps, nous dépasse et nous déborde. C’est plus grand que nous.
Expérience mystérieuse et fragile, mais décisive et recréatrice.
Dieu est le nom propre de cette gratuité.
Discret comme elle, lumineux comme elle.
Amis, la pastorale catéchuménale ne vous dit-elle pas ce que c’est que croire ?
Il y a des moments de la vie et des moments de l’année où l’on aspire à quelque changement en soi… Besoin d’une révision ou d’une mise au point.
Les textes de la Bible et les mots de la liturgie nous parlent de « conversion ».
« Mais je suis déjà converti », dites-vous… Est-ce si sûr ?
Voici une conversion qui ne fait pas de bruit mais qui fait beaucoup de bien en soi et dans les relations humaines…. L’invitation était faite par Henri Bourgeois. C’était en 1983… Un aujourd’hui qui dure. (AHB)
4. Du côté du concret
Vous connaissez le souci légitime de bien des chrétiens aujourd’hui : « que la foi soit concrète, qu’elle ne se perde pas dans l’abstraction ».
Comme l’on comprend cette préoccupation !
L’ennui, c’est qu’il n’est pas si facile de la mener à bien. Nous le constations sans cesse dans l’expérience catéchuménale.
- Parfois nous avons tendance à chercher le concret du côté de la vie quotidienne qui est humble et répétitive, mais grandiose et forte pour qui l’habite avec cœur. Voilà qui est sûrement une bonne direction.
Mais, car il y a un mais, le quotidien n’est pas forcément concret. Il ne l’est que si l’on « se convertit » à lui, en traversant les routines et en brisant la gangue des banalités. Ce n’est pas si simple ! Le quotidien n’est concret que s’il est « revu » (mais pas forcément « corrigé », d’ailleurs !). Autrement dit, s’il est délivré, libéré, nommé, mis en notre cœur et en nos paroles, partagé en confiance. Sinon, on a beau raconter des faits, on ne les rend pas parlants et concrets.
- Nous cherchons également le concret du côté de certaines urgences collectives, sociales, économiques, culturelles et politiques. Le concret, c’est l’injustice dont souffrent les peuples opprimés, le manque de démocratie, l’inégalité criante des revenus et des échanges internationaux, la condition mineure faite aux femmes.
Ce concret-là semble extérieur à notre univers quotidien. De fait, il vire vite à l’abstrait, si nous ne parvenons pas à le relier à notre vie de chaque jour. Il y a là une opération à réaliser qui n’est pas automatique. Comment reconnaître dans ce qui fait notre vie habituelle, les traces, les marques, les appels de ce qui fait la vie du monde ? Cela est fort possible. On le voit bien en ce qui touche au racisme, aux problèmes économiques (chômage, niveau de vie, etc.). Encore faut-il mettre en rapport les problèmes d’ensemble de notre époque avec les questions précises de notre vie locale. Sinon, nous passons à côté du concret collectif, mondial ou social, tout en en parlant parfois abondamment !
D’autre part, les urgences collectives ne sont pour nous réellement concrètes que si nous les relions à quelque effort pour réagir contre ce qui ne va pas.
L’injustice en Amérique Centrale ? Elle n’est pas assez concrète pour nous si nous lisons seulement « La Vie », les I.C.I., ou encore si nous voyons une émission TV sur le Salvador. Elle n’est concrète pour de bon que si nous faisons quelque chose contre elle. Alors elle s’inscrit dans notre vie, non pas comme une information ou une nouvelle conscience, mais comme une raison de vivre.
- Le concret du quotidien, le concret du collectif : il faut ajouter à ces deux formes de concret un troisième lot, tout aussi vital. Je veux parler du concret de la Bible, de la prière et de la relation à Dieu.
Cela aussi, c’est du concret. Du moins, si nous recevons l’Ecriture avec le maximum de notre être, si nous risquons dans la prière beaucoup de ce que nous sommes, et si nous percevons notre relation avec Dieu comme une respiration de tout notre être.
À ces conditions, la foi n’est pas obligée de chercher le concret hors d’elle-même, comme si la fréquentation du Christ et l’attitude religieuse étaient forcément abstraites.
Mais alors, ainsi concrète, la foi ne tient pas en place ; Elle fait vibrer le quotidien, et le quotidien la met en mouvement. Elle se sent orientée vers les enjeux de notre monde et ceux-ci la stimulent.
La 2e Epître de Jean déclare : « Ils sont trois à témoigner : l’Esprit, l’eau et le sang » (5, 8). Oserai-je dire, dans la même ligne : « Il y a trois concrets qui nous font vivre : celui de chaque jour, celui de l’époque, celui du Ressuscité » ?
3. Personne pour me plonger ….
Le petit texte que voici, écrit il y a près de vingt-trois ans et repris de l’évangile, pour faire écho à des conversations de début d’année, ne semble-t-il pas écrit d’hier ou même d’aujourd’hui ?
Vous connaissez l’histoire évangélique de cet infirme qui attendait au bord d’une piscine à Jérusalem une hypothétique guérison. Mais il n’y avait personne pour le plonger (Jean, 5, 7).
Cette scène a peut-être une certaine actualité. Car, aujourd’hui, il y a des gens qui attendent. Ils sont égarés, désintégrés, aveuglés, isolés, désorientés. Mais ils n’ont personne pour les plonger, pour plonger avec eux dans la vie réelle, dans la libération, et aussi dans la foi.
Oh ! je sais bien ! Tout le monde, aujourd’hui, n’est pas en attente. Combien de nos proches (combien de nous ?) sont plus ou moins indifférents aux signes et aux appels qui sollicitent l’attention et l’imagination ? Ron-ron, train-train, slogans, alignement idéologique, tout cela pèse sur nous.
Et pourtant, il en est qui attendent. Et qui, déjà, se lèvent, prêts à se mettre en route. On les rencontre dans des lieux de passage, des salles d’accueil, des permanences, dans des groupes de parents, des associations de locataires ou de quartier, des clubs de toutes sortes. On les écoute dire leur espoir vacillant dans les quelques occasions où ils peuvent prendre la parole. On les voit dans des préparations de mariage ou de baptême.
La crise spirituelle que nous traversons va multipliant ces attentes confuses mais réelles. Il ne s’agit pas ici de recherches d’avant-garde ou de discussions subtiles, mais de demandes radicales et simples : comment vivre ? où aller ? qui croire ? quoi croire ?
Les gens qui, aujourd’hui, ont eu la chance d’avoir trouvé un minimum de lumière et de points de repères pour avancer, sont alors mis en question. Vont-ils avoir du temps, de l’attention, du courage, de l’espoir, pour plonger avec ceux qui attendent ?
Les chrétiens qui, sans mérite de leur part, ont une foi à peu près valide sont évidemment amenés à entendre la même question. Non seulement à propos des divers enjeux de la vie sociale, mais aussi pour ce qu’ils ont charge d’attester et qui est la foi évangélique. Ont-ils du goût pour plonger avec des mal-croyants en quête d’évangile ?
Si je pose une fois de plus de telles questions, c’est parce que l’époque les rend urgentes. Nous entrons probablement dans un moment historique décisif. Car, pour s’en tenir aux problèmes de la foi dans le monde actuel, il se trouve que bien des gens sont aujourd’hui « en recherche » de façon un peu inédite ! ils ont peu de contentieux avec l’Eglise ; qu’ils ne connaissent plus beaucoup et qui ne leur fait plus aussi peur qu’il y a quelques années. Et, en même temps, ils sont prêts à marcher, pourvu qu’on ne force pas leur allure et qu’on ne leur impose pas a priori un but obligatoire.
Mais, souvent, ils n’ont personne pour plonger.
Car les chrétiens, occupés dans leurs querelles, sont enfermés dans des besoins internes, parfois exagérés ou trop luxueux. Nous parlons de la recette des entremets alors que certains n’ont pas de pain.
2. Un rendez-vous avec demain
Il ne faut pas se leurrer : notre Eglise est aujourd’hui une petite Eglise, le christianisme est une petite chose dans le monde actuel, nos groupes chrétiens sont pauvres de nombre et d’imagination, les catéchumènes ne sont pas légion, etc.
On peut alors entretenir artificiellement des illusions. Par exemple en se félicitant du crédit que certaines institutions chrétiennes continuent d’avoir. Ou encore en se payant de mots : nouveauté, tous responsables, se déplacer, etc.
Mieux vaut le confesser honnêtement : nous sommes, pour l’instant, en période de basses eaux. Il y a une étrange distance entre certaines préoccupations communes aux chrétiens et les soucis du grand nombre de gens. Les germinations sont discrètes, frêles. On n’ose guère parler de « mission », d’apostolat. Ou, du moins, ces mots semblent souvent aujourd’hui sans contenu réel. L’essoufflement nous rend prudents et parfois fatigués.
Pourtant, dans cette période de jachère, il se passe probablement une mutation profonde ; Qu’on ne voit pas. Qui ne fait pas grand bruit. Qu’on ne peut analyser encore.
Le printemps reviendra-t-il ? Et quelle sera alors la couleur des fleurs, des feuilles et des fruits ? Toujours est-il que nous pouvons déjà prendre rendez-vous avec demain. Car demain a déjà quelques indices dans l’actualité. Demain les prêtres seront peu nombreux et les groupes chrétiens devront vivre par eux-mêmes, comme certains le font déjà. Demain, bien des jeunes ne seront pas baptisés et seront de plus en plus loin de la « mentalité chrétienne » encore diffuse actuellement. Demain, des manières de faire que nous avons encore dans l’Eglise et qui font vaille que vaille l’affaire seront impensables. Demain, le monde aura fait du chemin.
Il ne sert à rien d’imaginer. Nous n’avons que faire d’une Eglise rêvée et d’un monde de prospective hallucinante. Il nous faut aujourd’hui une Eglise du possible. Nous avons à prendre les moyens de ce que, probablement, quoi qu’il arrive, nous aurons à faire et à être demain.
L’un de ces moyens, pas très glorieux peut-être mais efficace, s’il est bien utilisé, c’est la formation. À condition que nous nous formions aujourd’hui pour comprendre, non ce qui n’est plus mais ce qui commence à être.
C’est pour cela que nous lançons un appel à la formation au milieu d’autres soucis et d’autres témoignages de nos tâches. Qu’en penserez-vous ? Voudrez-vous examiner avec nous comment prendre rendez-vous avec le temps qui vient ?
Accueil et Liberté,Bulletin du catéchuménat de Lyon, N° 3, Mai 1974.
1. Quel bon vent ?
Merveilleuse formule, imagée et colorée, qui, jadis, souhaitait la bienvenue à qui arrivait dans une maison, une famille, un magasin.
Notre conventionnel « bonjour » ou notre banal « comment ça va ? » n’ont pas le charme et le souffle de la question sur le vent. Quel bon vent te mène ? Cela voulait dire que le nouveau venu était reconnu comme un être inspiré et orienté. Il venait du vent. Il était porté et transporté par un souffle.
Souvent, en écoutant de nouveaux venus à la foi, j’ai eu envie de leur dire : « quel bon vent t’amène ? » "Ne me dis pas seulement ton état civil ou ton sentiment, mais fais-moi le cadeau de m’indiquer le souffle qui te pousse. Dis-moi ce qui t’inspire. Laisse passer en tes mots l’élan qui soulève ta vie ».
Quel bon vent me conduit ? Quel vent pousse le monde actuel et l’Église qui y vit ? Les articles qui suivent nous disent les vents variables et parfois qui sont ceux de notre temps. Les pages que voici disent l’espérance et aussi le drame, les contentieux avec le passé et la joie du neuf, les contraintes d’une époque difficile et les audaces qui ont du souffle… Quel bon vent nous mène ? Il n’est pas si simple de répondre. Et d’ailleurs la question n’est pas faite pour avoir une réponse. Elle vaut pour la joie du vent que l’on évoque et pour le plaisir du mouvement qui fait lever nos vies.
Quel vent ? Question de Pentecôte. Questions pour un été. La foi chrétienne nous pousse à nommer l’Esprit quand nous expérimentons le vent. Parmi tous les souffles qui portent notre existence, il en est un qui est le vent venant de Dieu. Rien de plus risqué que de vouloir l’isoler. Mais rien de plus sûr que sa force, quand bien même elle est discrète.
Quel Esprit nous mène ? L’interrogation peut, un jour, céder la place à l’exclamation. Nous ne prétendons pas savoir le vent, nous ne voulons pas passer tout notre temps à le dire, mais nous avons bien du plaisir à le sentir de temps en temps.
Accueil et Liberté, Lyon, n°28, juin 1981
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