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Dieu saint...

Pour Jésus Dieu est autre que les hommes


DIEU est SAINT :

POUR JÉSUS, DIEU EST AUTRE QUE LES HOMMES

La fête de Toussaint tourne nos pensées vers tous ceux qui sont entrés en Dieu. Mais elle les tourne surtout vers le Dieu saint. Mais que disons-nous en affirmant cela, et que demandons-nous en demandant « que son nom soit sanctifié » ? Henri Bourgeois tente d’exprimer en d’autres mots ce que peut être cette « sainteté » à la fois autre et proche - approchante- des humains que nous sommes. (AHB)


« Que ton nom soit sanctifié. » Ces mots que Jésus conseille de dire à Dieu sont en meme temps révélateurs de sa pensée sur la réalité divine. Pour lui, Dieu n’est pas seulement un mot c’est un nom désignant une réalité. Cette réalité est active. Jésus demande à Dieu de manifester son nom saint parmi nous. Et ce nom est saint, c’est-à-dire tout autre que nous, selon le sens que la Bible donne au mot sainteté.

Arrêtons-nous un instant sur cette sainteté de Dieu. Pour Jésus comme d’ailleurs pour Israël, connaître Dieu, c’est reconnaître qu’il est autre que nous. Manifestement, cette différence entre nous et Dieu tient à la gratuité. Notre relation avec lui ne peut être que gratuite. Sinon, ce serait la fusion imaginaire ou la rivalité phantasmatique entre nous et lui. Seule la gratuité permet une véritable relation. Mais, pour que cette gratuité apparaisse, il faut qu’il y ait une différence entre Dieu et les hommes. Si donc Dieu sanctifie son nom et ainsi fait la différence entre nous et lui, c’est bien parce qu’il s’approche et se communique.

« Que ton nom soit sanctifié » suppose l’autre demande : « Que ton règne vienne ». La différence est la condition du don. Trop souvent, cependant, cette différence demeure pour nous obscure. Nous la ramenons à une distance morale, celle des pécheurs que nous sommes au Dieu trois fois saint qu’évoque Isaïe. En fait, le péché n’est pas le seul lieu symbolique de la sainteté divine. En témoigne également ce que la Bible et Jésus appellent l’action de grâce. Que nous manquions de gratuité ou que nous en expérimentions un peu, en toute hypothèse la différence entre nous et Dieu est, pour nous, bonne nouvelle. C’est le signe de ce qu’est Dieu.

- Elle veut dire que Dieu n’est pas identique à ce que nous sommes. Sa réalité ne se confond pas avec la nôtre. Ce n’est même pas exactement un être comme nous. Nous n’avons pas le même genre d’existence que lui. Par conséquent, il est irréductible à tout ce dont nous pouvons le rapprocher. Nous ne pouvons le confondre avec l’idée que nous nous faisons de lui, avec l’habitude culturelle qui nous fait employer son nom comme un mot convenu. Nous ne pouvons l’identifier à notre expérience personnelle : Dieu est le Dieu de tous. Nous ne sommes pas en droit de l’assimiler à notre groupe, à notre Église par exemple : ce serait judaïser. Impossible de l’enfermer dans un ordre, que ce soit celui de la morale comme ce fut pendant longtemps la tendance occidentale, ou que ce soit celui de la politique, comme c’est la tentation actuelle. Dieu n’est pas la nature, il n’est pas la vie, il n’est pas confondu avec nous. il est lui-même. Unique et sans équivalence.

- Par conséquent, rien dans notre vie n’est Dieu. Sauf Dieu lui-même dont précisément nous ne pouvons disposer à notre guise. Aucune réalité de notre existence, si noble soit-elle, n’est à prendre pour Dieu. Sauf Jésus lui-même. Il y a ainsi, dans le « Que ton nom soit sanctifié » de Jésus, une profession de foi anti-idolâtrique. Nous ne pouvons adorer le non-pouvoir du Crucifié et le pouvoir des puissants. Il faut se décider. Dieu n’est pas un nom d’homme. Ou plutôt, s’il l’est, c’est en Jésus. Mais le prophétisme de Jésus affirme expressément que Dieu est saint et que sa gratuité est tout autre que ce dont nous avons par nous-mêmes l’idée ou la possibilité.

- Il est clair que la différence entre Dieu et les hommes, ainsi comprise, n’est pas une extériorité. Si Dieu était étranger à nous, sa sainteté serait aliénante. Mais il est en nous, gratuité de notre gratuité. Il est assez proche de nous pour que nous puissions réellement percevoir qu’il est autre que nous.

- Aussi Jésus n’a-t-il pas les scrupules verbaux du judaïsme. Ses contemporains n’osaient pas prononcer le nom de Dieu. Lui, il n’a pas cette réserve. Il emploie même pour s’adresser à Dieu le mot familier des enfants à l’égard de leur père : Abba. Voilà bien le langage réaliste de la sainteté ! Et, quand il veut s’exprimer d’autres manières, Jésus a recours au paradoxe. A travers les tensions des phrases, il pense pouvoir faire saisir comment Dieu se présente comme tout proche et comme tout autre. En particulier, il souligne que Dieu est à la fois celui que l’on cherche et celui qui nous cherche. Le Royaume s’approche. Si nous sommes en quête de Dieu, n’est-ce pas parce que d’abord Dieu est en quête de nous ?

Il y a ici un renversement de l’attitude religieuse spontanée, qui insiste sur la recherche humaine de Dieu sans reconnaître la recherche divine de l’homme. Ce pourrait bien être une heureuse façon d’affirmer la sainteté du Dieu vivant.
Henri Bourgeois Dieu selon les chrétiens, p. 62-64


Découvrez aussi le livre d’où ce texte est tiré : Dieu selon les chrétiens


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