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Colloque du catéchuménat. 1993

COLLOQUE CATECHUMENAT

Lyon-Francheville 1993

Premier colloque intercontinental de Théologie catéchuménale

La tenue d’Assises internationales du catéchuménat organisées à Paris, les 6-9 juillet prochains, à l’initiative de l’ISPC, constitue pour les amis d’Henri Bourgeois une invitation à faire mémoire de la première initiative du genre : le colloque (ou symposium) de « Théologie catéchuménale » qui eut lieu Lyon-Francheville, les 9-13 juillet 1993, à l’initiative d’Henri Bourgeois et de quelques théologiens, en lien avec le service national du catéchuménat, alors dirigé par Guy Cordonnier.

Le Concile Vatican II avait fait du catéchuménat un chemin universel pour le devenir chrétien, et la mise en œuvre se fit avec la publication d’un rituel de l’initiation chrétienne pour adultes par étapes. Unité à la source et catholicité à l’horizon. 40 ans après la restauration officielle du catéchuménat en Europe (1953) et alors qu’il existait depuis plusieurs siècles en Afrique, le besoin se faisait sentir de se rencontrer. 80 participants se retrouvèrent à Lyon, en juillet 1993 : responsables ou acteurs de catéchuménat catholique, dont cinq évêques, plusieurs théologiens, un prêtre anglican ami. En majorité des clercs mais déjà un nombre significatif de laïcs en responsabilité, femmes surtout. Il peut être bon de raviver cette mémoire. Car, en Eglise, rien ne commence jamais à zéro.

Les travaux

Les archives de cette manifestation sont abondantes (Fonds Henri Bourgeois, Univ. Catholique de Lyon). Mais les Actes de cette manifestation sont restreints. La revue Spiritus accepta d’y consacrer son n°134 : Catéchuménat intercontinental : Situations, enjeux, perspectives. Intercontinental : ce n’était pas un lapsus. Il ne s’agissait pas pour H. Bourgeois de relations entre nations, mais d’un rendez-vous significatif d’évangélisateurs de cinq continents. Une vision de l’évangile pour le monde, au seuil de la « mondialisation » .

Des questions invitaient à la réflexion. Les adresses des participants offraient la possibilité d’un « échange permanent », et de la « recherche plus approfondie » souhaitée, tant en histoire du catéchuménat, qu’en pastorale et théologie. Une équipe était constituée « pour susciter et coordonner de telles recherches dans toutes les régions du monde ». Le Rev. James B. Dunning, responsable du Forum du catéchuménat Nord-Américain, acceptait de piloter cette équipe, et songeait dès ce moment à un nouveau colloque qu’il souhaitait organiser en Afrique. Malheureusement il mourut subitement peu après (en septembre 1995) et la coordination s’évanouit. Des contacts se poursuivirent avec certains des participants. Des portes s’ouvrirent en quelques pays (Tchécoslovaquie, Pologne, Italie, Espagne). Et les voyages d’Henri se répétèrent les années suivantes.

Quelques visages

On ne m’en voudra pas d’évoquer quelques visages, moments, écarts ou parfois tensions. L’histoire passe aussi par là.

- Heureuse présence d’amis africains du Gabon, du Congo, du Sénégal, de Côte d’Ivoire, du Rwanda : leur intelligence des cultures africaines et de la mission d’évangile (l’analyse de Nazaire Diatta de la conversion d’une prêtresse du vaudou… ) ; la douleur d’un prêtre rwandais évoquant l’horrible « guerre » qui s’était déclanchée alors dans son pays ; leur résistance parfois à des propos occidentaux où ils croyaient détecter un relent de domination…

- Enthousiasme chaleureux des australiennes qui ouvrait les cœurs, ardeur évangélisatrice autant que tendresse pour la mascotte nationale : le « koala ».

- Simplicité et élégance des amis anglais catholiques et du Rev. Peter Ball, prêtre anglican, plus frère que des frères.

- Savoureux récits des responsables du catéchuménat canadien, où transparaissait la forte densité d’un tissu humain chaleureux et fervent.

- Cadeaux-miniatures brodés dont nous comblaient les Roumaines, à peine sorties de l’enfer de Ceaucescu, mais parlant admirablement le français et si désireuses de connaître l’Occident.

- Réserve des amis polonais un peu sourcilleux, certains, à notre égard, mais si lucides et généreux.

- Zèle du responsable catéchuménal de Séoul, fier d’un peuple qui « ne plie pas », et habité par la proximité des mondes non évangélisés de la Corée du Nord et de la Chine.

- Liberté d’un évêque indien de l’Assam (Inde), confronté à l’immensité et aux multitudes, son amour des parias et sa confiance réaliste.

- Zèle fraternel et pastoral de celui du Ouagadougou (Burkina-Faso), témoignant d’une église en pleine vitalité ;

- Et haute stature de celui de Pala (Tchad) célébrant, sans missel aucun, dans la splendeur d’une eucharistie intégralement orale, chantante, et fidèle…

- Caractère un peu distant d’un missionnaire du Japon, ou zèle tragique et lucide d’un prêtre colombien.

Sans oublier les divers européens, latins ou anglo-saxons, méridionaux ou nordiques, chacun dans sa langue, chantante ou aérienne, son histoire, ses allergies et ses élans.

Ni la contribution d’une artiste coréenne, néophyte lyonnaise, Sun Ran, dont le tableau d’un soleil levant, peint tout exprès pour le colloque sur panneau mural, orientait les regards.

Les photos de la rencontre témoignent de la joie des visages et des agapes. Et l’on se demande aujourd’hui, 17 ans après, non sans quelque serrement de cœur : que sont-ils devenus, tous ?

Le feuilleté de l’histoire

Quand tout aura été oublié, et que l’idée viendra de comprendre certaines évolutions en divers pays – au prochain Concile ? - l’historien pourra trouver dans les archives de ce colloque matière à réflexion : détails et aléas de cette première rencontre, ou véritables monographies sur les contextes culturels et ecclésiaux, les histoires et les pratiques de l’initiation des adultes. De l’Eglise sans catéchumènes, ou violentée ou persécutée, à l’Eglise ployant sous le nombre de catéchumènes à accueillir, des catéchuménats très (trop ?) structurés aux préparations hâtives faute d’ouvriers… Ces matériaux constituent vingt-et-un volumineux dossiers du Fonds Bourgeois (UCLy). Un enregistrement intégral sur cassettes existe aussi, conservé pour le moment à l’association. L’histoire des « arts de faire » est souvent faite de détails significatifs et d’un ton. C’est pourquoi on a aussi gardé les correspondances préparatoires. Il ne s’agit pas de collectionner, mais de fraterniser entre peuples et générations. Il y a là des témoignages d’une évangélisation effective où les distances culturelles sont aussi sensibles que les convergences profondes. Un témoignage du dégel des relations humaines que peut opèrer le sens de la proposition baptismale.

On pourra s’étonner d’une telle opération, au vu des investissements financiers et personnels qu’elle exigerait aujourd’hui… Ils étaient alors finalement très modestes, et James B. Dunning avait peine à nous croire. Henri Bourgeois était attelé depuis deux ans à la création de l’Espace Sainte-Marie pour intellectuels et recommençants, qui n’était pas un « service diocésain », mais un « espace urbain de recherche »… L’équipe était mince et il ne devait pas avoir de secrétariat. C’est le rayonnement d’Henri Bourgeois et sa capacité à mobiliser des collaborations qui opéra le miracle : l’accueil du service national et du diocèse, la collaboration de la Propagation de la foi, avec Mgr. Delorme, les réponses positives de participants, les nombreuses communications, la gratuité des services d’accueil, l’intérêt manifesté par des particuliers et divers organismes, grâce à quoi purent se trouver au colloque des amis d’Afrique ou d’Europe centrale, qui ne l’auraient pas pu autrement, et être assurés les moyens techniques d’une traduction simultanée. Cette simplicité de moyens donnait à la rencontre un caractère bien catéchuménal et universel.

La qualité de l’espérance vécue y était palpable. Ainsi Henri mettait-il la dernière main à l’héritage à transmettre, mêlant celui de son service à celui de la renaissance catéchuménale en France et en Europe.

Le colloque recueillait un passé rendu possible par Vatican II : perspectives ouvertes par l’évangélisation baptismale des adultes, des pauvres … et des « redevenant » pauvres. L’intelligence des signes des temps et la convergence des cœurs dans la prière et la recherche en étaient le signe. Quarante ans de catéchuménat avaient réussi à former non seulement des générations de nouveaux chrétiens mais, dans l’Eglise, une meilleure capacité à initier.

Le signe de la confirmation demeurait signe de contradiction, certes, mais de nouvelles perspectives évangélisatrices apparaissaient, y compris œcuméniques. On parlait de la proposition à faire à des chrétiens éloignés désireux de « recommencer » dans la foi. Les Roumains et Polonais parlaient d’un « catéchuménat post-baptismal », les Américains du Nord : de « remembering church », les Canadiens : de « distants », les Indiens : d’imprégnation chrétienne. Et la nécessité de « rafraîchir » la vie chrétienne par des « communautés de foi avec les nouveaux venus » prenait corps. Des enjeux majeurs aujourd’hui.

Extraits d’un article de M.-L. Gondal, paru dans le COURRIER des Amis d’Henri Bourgeois, n° 16, avril 2010.


Mots-clé : Informations & Nouvelles ; Pratiques ; Colloques et Congrès ; Théologie catéchuménale. À propos de la « nouvelle évangélisation ».


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