CÉLÉBRATION
en mémoire d’Henri Bourgeois
27 octobre 2011 à 18 heures 30
au Sanctuaire Saint-Bonaventure (Lyon)
Eucharistie pour et avec Henri Bourgeois à l’occasion du 10e anniversaire de son décès
Présidée par Mgr Jean-Pierre Batut,
Prédication : fr. Christophe Boureux o.p.
« Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? »
Rm 8, 31
Le jeudi 27 octobre 2011, à 18h30, célébration eucharistique en mémoire d’Henri Bourgeois, au dixième anniversaire de sa mort, à l’initiative de l’association des Amis d’Henri Bourgeois, présidée par Mgr Batut, évêque auxiliaire, assisté par le recteur du sanctuaire, Luc Forestier, oratorien.
Accueil au nom de l’association initiatrice de cette célébration, par Marie-Louise Gondal et André Baffert, compagnon d’ordination et ami d’Henri, puis Thierry Magnin, recteur de l’UCLy, ancien étudiant d’Henri Bourgeois. Ils évoquent la vie et les ministères du pasteur et théologien. Homélie par Christophe Boureux, dominicain. Plusieurs autres prêtres amis ou collaborateurs d’Henri étaient présent. Par ordre alphabétique : Bernard Colombe, Christian Delorme, Michel Demaison, op., Michel Dujarrier, patrologue, Jean Goutterault un temps chargé des sectes, Claude Maréchal, assomptionniste, Jean Peycelon, ancien responsable national des AEP, Louis Tronchon, Médiathec et conseil de l’association.
Dans l’assemblée évaluée à 70 personnes, présence de Monsieur Xavier Lacroix, doyen honoraire de la Faculté, de la famille d’Henri Bourgeois, et d’anciens de l’Espace Ste Marie. Les chants étaient choisis et animés par Martine Mertzweiller, qui sut, l’orgue aidant, unir la prière de l’assemblée. Les lectures furent faites par Michel Barlow, Louis Tronchon, et la prière universelle lue par André Bourgeois.
Nous donnons ici les textes essentiels de cette célébration : mot des témoins, textes, homélie, et une page d’H. Bourgeois sur l’eucharistie.
Le mot d’André Baffert, prêtre ami d’H. Bourgeois
Il est à la fois facile et difficile pour moi d’évoquer Henri Bourgeois. Facile, parce qu’il fut mon compagnon de séminaire et dans le presbyterium de l’Eglise à Lyon, un ami et un frère très proche, qui me reste très présent et continue à accompagner mon ministère. Difficile parce que, si cette époque est déjà lointaine, si le monde et l’église ont bien changé, même dans les dix dernières années, le ministère d’Henri Bourgeois, sa parole et son action évangélisatrice et souvent prophétique, ont parfois été recouverts et sont aujourd’hui trop ignorés, du moins parmi nous.
Il fut ordonné prêtre en juin 1962. Il avait 28 ans. Le siècle disait adieu aux guerres dont les deux dernières, celle de 1940, et le drame algérien, avaient marqué plusieurs d’entre nous, et Henri en particulier, indirectement ou directement. C’était aussi l’époque de l’extraordinaire espérance que fut, pour l’Eglise et le monde, l’ouverture du Concile Vatican II. Dans l’Eglise lyonnaise, Henri fut, avec quelques autres, Henri Denis, Georges Duperray, Charles Paliard, leurs confrères lyonnais les appelaient parfois, avec affection, « la bande des quatre », l’un des artisans les plus visionnaires et courageux de la mise en œuvre du Concile et, si l’on peut dire, de ses suites ou de ses prolongements.
Après ses années de formation, à la fois au Séminaire et en Université, où il mena de front des études philosophiques, psychologiques et théologiques, il fut d’abord vicaire à St Martin d’Ainay, en même temps qu’enseignant au Séminaire St Irénée, puis bientôt, en 1970, à la Faculté de Théologie. Ce double versant de son ministère, qu’il assuma durant trente ans, marqua certainement sa vie et sa pensée, non seulement par l’exigence de veiller à la gestion du temps, mais aussi par le lien permanent entre l’action et la réflexion dont ce double investissement était le lieu. A cela il faut ajouter un troisième versant, si l’on peut dire, celui de la solitude pour l’étude et l’écriture, d’où son ministère et son enseignement tiraient certainement leur qualité. C’est à ce travail permanent et caché, dans des conditions matérielles parfois précaires, que nous devons une œuvre considérable, encore trop peu connue.
Le Concile avait répondu à une aspiration profonde de l’Eglise à se renouveler dans la fidélité à la tradition vivante et dans un nouveau rapport au monde. Il fallait prendre en compte les attentes d’une société qui n’était plus celle où tout un chacun était baptisé et supposé croyant. Il fallait, comme disait Henri Bourgeois, « apprendre la non croyance ». Il fallait sortir d’un certain juridisme ou cléricalisme et apprendre à communiquer simplement et humainement. La liturgie avait adopté le français (une réforme considérable), des laïcs cherchaient à mieux croire et comprendre et il fallait leur ouvrir une formation. On ne pouvait plus se contenter de catéchiser des enfants. Des adultes non baptisés disaient leur recherche et sollicitaient l’Eglise, parfois vivement. D’autres, baptisés mais parfaitement ignorants de la foi, faute d’initiation, cherchaient comment ils pourraient donner sens à leur baptême et vivre un nouveau commencement dans leur vie. Nommé, en 1972, délégué diocésain du Catéchuménat des adultes, un chantier d’église redécouvert à Lyon et restauré par le cardinal Gerlier vingt ans auparavant, en 1953, Henri donna à ce service un nouveau souffle d’évangélisation et la proposition de la foi à des adultes. « On ne naît pas chrétien, on le devient », disait un père de l’Eglise (Tertullien), et répétait Henri Bourgeois.
Nourri de tradition vivante, constamment entretenue par sa lecture des Pères de l’Eglise, attentif aux cultures, celles du monde qui affluaient à Lyon, d’Afrique, d’Asie, avec les déplacements et les drames de populations de divers pays, en ces années 70, et aussi celles de France qui se modifiaient de façon accélérée, avec ce qu’on appelait les « nouvelles cultures », il fit du catéchuménat un laboratoire de la mutation en cours dans l’Eglise. Les demandes se mirent à affluer, à se diversifier. Et ce fut pour les chrétiens déjà rassemblées, comme un vent de pentecôte, à la fois un appel à se faire accueillant à des nouveaux et à retrouver les racines de leur foi, à se laisser surprendre par la nouveauté de la foi que leur apportaient les nouveaux chrétiens. Le travail pastoral nourrissait la recherche catéchétique, à laquelle Henri sut associer des laïcs à mesure que ceux-ci se formaient à la réflexion théologique et à la pratique catéchuménale. Il en sortit des ouvrages pratiques et théologiques qui contribuèrent certainement à l’essor de la proposition de la foi à des adultes en France et en Europe. Et à travers ce qui se faisait pour et par les catéchumènes, il veillait aussi au retentissement de cette nouveauté dans l’Eglise, ce qui n’était pas le plus aisé. Eveiller la conscience chrétienne commune à cette nouveauté, en de multiples initiatives pour aider les paroisses à se sensibiliser à l’accueil, mettre en place la formation à l’accompagnement et à la réflexion théologique, il consacra à ce travail, seul ou avec diverses équipes, d’innombrables sessions et travaux, en France, ou en divers pays du monde.
Il avait le don d’accueillir et d’enseigner, et avec lui la question de Dieu affleurait aussitôt dans la conversation. La cordialité, le sourire franc, la gravité et la délicatesse infinie aussi, lorsqu’il touchait à quelque drame humain et familial, l’art d’argumenter simplement pour faire tomber les préjugés et les idées fausses, et de rendre vie à l’expression de la foi commune, une extrême discrétion et pudeur sur lui-même, un dévouement sans bornes, ces qualités faisaient de lui un communicateur-né, à la fois simple et véritablement artiste. Il allait et passait faisant le bien, réconfortant, appelant, éclairant, riches ou pauvres, et souvent très pauvres, sans craindre de démasquer tout ce qui ternissait ou travestissait l’évangile. On le vit parfois silencieux, attristé ou accablé, mais jamais découragé ni amer. Confronté à certaines pesanteurs ou rigidités, il s’efforçait de les éclairer, et en portait parfois patiemment les effets et les petitesses, appelant toujours à l’accueil et à la liberté. C’est le titre du bulletin par lequel, durant 18 ans, il accompagna la pastorale catéchuménale dans le diocèse et bien au-delà. « Si nous vivions assez librement dans l’ensemble de notre vie, écrivait-il en 1973, dans ce bulletin, ne saurions-nous pas, peu à peu, être moins autoritaires tout en étant honnêtes vis-à-vis des sacrements et des hommes ? » A chacun de répondre, pour sa part.
En 1990, alors qu’après dix-huit ans de responsabilité au catéchuménat, il passait à une nouvelle étape, avec la charge de développer à Lyon, un Espace urbain pour l’accueil d’un public nouveau qui se manifestait, répondant aux orientations qu’il développait, de baptisés désirant « recommencer », Henri Bourgeois livrait ainsi le dernier mot de son ministère : le témoignage à la fois de la fragilité et de la force du catéchuménat, si facile à critiquer, et si fort dans la détermination des démarches accueillies, et aussi le témoignage du rejaillissement sur l’Eglise de cette pastorale, somme toute encore très nouvelle, quoique venue des débuts du christianisme. En somme un témoignage de joie, comme il aimait à le redire à ceux et celles qu’il formait à l’accompagnement. « Il nous faut trouver de la joie à rendre les services auxquels nous sommes appelés ». C’est peut-être cela l’eucharistie au quotidien. Merci Henri…
Tu avais écrit dans un de tes carnets de séminaire, avant une ordination aux premiers ordres : « Un prêtre est un égaré sans l’amitié du Christ ». Puissions-nous garder mémoire de l’amitié du Christ dont tu vivais toi-même et qui rayonnait de toi. Et puisse ta voix continuer à rejoindre ceux à qui le Christ cherche à se révéler.
Le mot de Thierry Magnin, recteur de l’UCLy
C’est comme nouveau recteur de l’université catholique de Lyon où Henri Bourgeois fut professeur de théologie mais aussi comme ancien étudiant d’Henri Bourgeois (il fut ainsi membre de mon jury de thèse de théologie), que j’ai la joie de m’associer à vous pour cette célébration.
A la suite de André Baffert, je voudrais d’abord souligner combien Henri a su vivre de manière féconde ce double ministère pastorale et théologique. Ces deux aspects sont distincts certes, ils demandent des qualités différentes mais ils sont trop souvent séparés. Pour Henri, le pastoral et le théologique sont en fait inséparables. Et il est bon d’évoquer ici les nombreuses personnes qui ont pu bénéficier de cette alliance entre l’intelligence de la foi que donne l’enseignement et la recherche en théologie et l’intelligence de la foi que donne le cheminement concret avec des personnes dans la vie et la pastorale du quotidien. La finesse de la théologie alliée à la finesse de la relation pastorale, depuis l’approfondissement de l’identité chrétienne jusqu’à l’approche catéchuménale. Quel horizon ainsi ouvert !
Henri Bourgeois a été doyen de la faculté de théologie de la Catho entre 1979 et 1985. Il a publié de nombreux livres depuis son « Dieu selon les chrétiens », en 1970 jusqu’à « A l’appel des recommençants », en 2001, en passant notamment par « L’espérance, maintenant et toujours », en 1985, « Foi et cultures », en 1991 et « Théologie catéchuménale » en 1991 également, sans oublier « Identité chrétienne » en 1992. Mais il a aussi publié de nombreux articles aussi bien dans des revues de théologie que dans celles de pastorale. Il a surtout su entraîner d’autres dans ses passionnantes recherches pour articuler « foi chrétienne et cultures modernes ». Je pense ainsi à la création du collectif d’édition : Pascal Thomas (pascal comme la joie pascale, Thomas comme la difficulté de croire).
Sa réflexion sur la temporalité, dont j’ai moi-même bénéficié comme étudiant est d’une grande actualité, avec les mots qu’il a su mettre sur les mutations du temps dans la société moderne et ses conséquences.
C’est un beau témoin de l’intelligence de la foi chrétienne pour notre temps que nous évoquons ce soir. Ce témoignage nous invite à renouveler notre audace pour continuer d’actualiser les magnifiques ouvertures du Concile Vatican II qui ont tant marqué Henri, et proposer plus que jamais l’Evangile aux mondes auxquels nous appartenons.
Textes de l’Ecriture
(Extraits)
Epitre : Paul aux Romains 8, 31b-39 :
« …Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? La détresse ? L’angoisse ? La persécution ? La faim ? Le dénuement ? Le danger ? Le supplice ? L’Écriture dit en effet : C’est pour toi qu’on nous massacre sans arrêt, on nous prend pour des moutons d’abattoir. Oui, en tout, cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous aimés. J’en ai la certitude : ni la mort, ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent, ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus-Christ notre Seigneur. »
Psaume :
Dieu qui nous aimes, sauve-nous
Seigneur Dieu, agis pour moi à cause de ton nom.
Ton amour est fidèle délivre-moi.
Vois, je suis pauvre et malheureux ; au fond de moi, mon cœur est blessé.
Aide-moi, Seigneur mon Dieu : sauve-moi par ton amour !
Ils connaîtront que là est ta main, que toi, Seigneur, tu agis.
À pleine voix, je rendrai grâce au Seigneur, je le louerai parmi la multitude, car il se tient à la droite du pauvre pour le sauver de ceux qui le condamnent.
Evangile : Luc 13, 31-35
« Allez dire à ce renard : Aujourd’hui et demain, je chasse les démons et je fais des guérisons ; le troisième jour, je suis au but. Mais il faut que je continue ma route aujourd’hui, demain et le jour suivant, car il n’est pas possible qu’un prophète meure en dehors de Jérusalem. Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes, toi qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n’avez pas voulu ! Maintenant, Dieu abandonne votre temple entre vos mains. Je vous le déclare vous ne me verrez plus jusqu’au jour où vous direz : ‘Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur’ »
Homélie du frère Christophe Boureux, op.
Un contraste, une opposition même, que reprenait la prière du psaume et que l’homélie éclaira comme paradoxe de la foi et de la condition des disciples, même théologiens.
Frères et Sœurs, vous le savez, tout ce que nous faisons et tout ce que nous sommes, ne prends sens qu’à la lumière de la Parole de Dieu et de notre compréhension vécue des Écritures.
« Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ notre Seigneur », venons-nous d’entendre dans ce passage de l’épître aux Romains.
La liturgie de ce jour nous offre cette belle exclamation de saint Paul, alors que nous faisons mémoire de notre ami et collègue disparu il y a dix ans, Henri Bourgeois.
Belle exclamation en forme de programme pour un théologien mettant son intelligence à lire les signes des temps au service de sa passion de la foi !
Belle exclamation pour un messager de l’Évangile transmis à tous ceux et celles qui découvrent ou redécouvrent la joie de croire !
Belle exclamation pour un témoin de l’action pastorale de l’Église auprès de tous ceux et celles qui en dépit des difficultés de l’existence s’appuient et se réenracinent dans la certitude d’être aimés de Dieu.
Mais la liturgie de ce jour nous offre aussi comme en contrepoint, cette exclamation plus sombre de Jésus dans notre évangile : « Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés…elle va vous être abandonnée votre maison ».
Dure exclamation en forme de défi pour un théologien mobilisant son courage d’enseignant et de chercheur pour dire aux responsables ecclésiaux et au chrétiens habitués que les temps changent !
Difficile constatation pour un rassembleur d’initiatives cherchant à expliquer que la maison Église se vide parce que son message n’est plus compris !
Douloureuse interpellation pour un écrivain et un homme de communication voulant toujours atteindre un public plus large !
Ces deux exclamations si contrastées comme l’ombre et la lumière résonnent à nos oreilles comme le message toujours dynamique de l’Évangile qui ne se satisfait jamais des traditions figées et des statu quo arrêtés.
L’Évangile nous annonce un Royaume qui vient, un peuple de croyants à rassembler dans une unité toujours plus large, avec la certitude non pas de posséder la vérité, mais de trouver notre joie à la chercher.
« Qui accusera les élus de Dieu ? Dieu justifie ! » Saint Paul veut-il nous dire que nous sommes élus de Dieu ? Oui et non !
Oui, car Dieu nous a transmis en son Fils la bonne nouvelle de la justification par grâce par le moyen de la foi, c’est la foi qui rend juste et non la justice qui mène à la foi.
Non, nous ne sommes pas élus de Dieu si nous nous justifions nous-mêmes de nous réserver cette élection, si nous n’entrons pas dans cette agapè, cet amour de Dieu que Dieu offre aux bons comme aux méchants, si mettons des barrières à l’amour de Dieu répandu dans le cœur de tout homme et de toute femme par son Esprit, amour qui ne demande qu’à se lever, à s’actualiser pourvu qu’il trouve sur sa route l’éveilleur, le révélateur qui lui en donnera la possibilité.
« Rien ne pourra nous séparer de l’amour », aucune puissance de mort ne pourra, pour reprendre la formule de notre évangile, briser le désir d’unité que Dieu met en nos cœurs, comme une poule rassemble sa couvée sous ses ailes. Bien des renards, comme cet Hérode Antipas, sont toujours prêts à dévorer les faiseurs d’unité et de communion, les médiateurs de communications et les annonciateurs d’appartenance chrétienne nouvelle. Le goût du pouvoir, la fausse certitude de l’orthodoxie, la peur de l’avenir sont toujours tapis en secret pour venir briser les initiatives originales que l’Esprit saint inspire à ceux et celles qui acceptent comme saint Paul de partir sur des chemins escarpés loin de la tranquille assurance d’être au cœur de la vraie religion, la Jérusalem fantasmée construite de main d’hommes, et non la Jérusalem céleste descendant du Ciel. Dans la vie de notre ami et collègue Henri Bourgeois nous avons eu le témoignage d’un fidèle serviteur de la vigne du Seigneur toujours menacés par les renards venant la ravager.
C’est l’Esprit Saint qui nous inspire de la gratitude quand la joie de croire l’emporte sur la tristesse du péché, quand la passion de l’intelligence de l’Évangile l’emporte sur la corruption de la méchanceté.
Que l’Esprit Saint ne cesse de nous initier à la joie de l’Évangile, au bonheur de croire, à l’espérance des commencements.
Communion
Lecture méditative Texte d’Henri Bourgeois, tiré de son livre Plus loin que demain, éd. Salvator, 1982
« Ce soir-là, ils étaient réunis. A l’écart des foules, mais pourtant pas très loin d’elles car on se trouvait dans une ville de pèlerinage où se pressaient des milliers de gens pour la fête qui approchait. Ils n’étaient pas très glorieux. Car on était allé de déconvenue en déconvenue ou plutôt d’échec en échec. Après des succès superficiels et sans lendemain, c’était la fin qui s’annonçait. On ne pouvait éviter d’en passer par là.
Qu’allait-il se passer exactement ? Personne ne le savait. Pas même lui, probablement. Il avait bien annoncé que son départ approchait, comme un nouvel Exode. Tout faisait d’ailleurs pressentir cette issue. Il avait dit aussi sa confiance totale en Dieu, ce Dieu au nom duquel il vivait. Mais les événements à venir demeuraient obscurs. La menace se faisait à la fois précise et sombre. L’espérance, elle aussi, mêlait la lumière de la certitude et la nuit de l’épreuve incertaine.
Alors il prit du pain et du vin. Et il parla. Il dit l’Alliance qui demeure quoi qu’il arrive. Il dit aussi que son propre destin était un signe de cette Alliance éternelle entre Dieu et les hommes. Il affirma que le Royaume sur lequel il avait tant insisté était proche, que le Jugement et la fin des temps étaient à l’horizon, que le pardon des péchés allait s’opérer dans la bienveillance de Dieu.
Le soir du Jeudi Saint, l’eucharistie prenait ainsi valeur de geste prophétique… » (p. 8-9)
« Ce soir-là, il prit le pain et le vin. Deux réalités distinctes, séparées, mais unies dans l’expérience humaine. Il les tint ensemble, les rapprochant sans les confondre. Il manifestait ainsi ce qu’était son espérance et, indirectement, il en montrait le mouvement interne. Espérer, aussi bien, n’est-ce pas tenir ensemble dans leur distinction et dans leurs liens réciproques plusieurs dimensions de l’existence humaine ?
…. Entre ces deux pôles, s’établissent conjointement les deux possibilités de toute vie humaine : le conflit qui tend à soumettre l’avenir au futur, l’action de grâce qui ouvre les rigidités ou les crispations du futur à la grâce de l’avenir…. (Jésus) va mourir par la main de ses adversaires, parce que ceux-ci gèrent le temps qui vient au nom de leur prudence ou de leurs conformismes et n’ont pu accueillir l’avenir dont Jésus était le témoin. Il va mourir également dans la main de Dieu, en son Esprit, car l’avenir que Dieu lui donne sera plus décisif que le futur qui va lui être infligé. » (p. 19-20)
« Finalement, l’urgence actuelle de l’eucharistie et de l’évangile, c’est la redécouverte de l’avenir.. .. Comment peut se développer cette sensibilité chrétienne ?
D’abord en prenant acte de ce signe des temps qu’est en Occident la redécouverte en cours de l’avenir. Comme il est arrivé bien des fois au cours de l’histoire chrétienne, c’est à partir du monde que l’Eglise redécouvre elle-même les ressources du message dont elle est servante. Récemment, cela s’est produit pour la liberté religieuse, reconnue par Vatican II après avoir été promue, en principe sinon en fait, par bien des courants de pensée et d’action contemporains. Ou encore, cela s’est vu à propos du corps. Il reprend sa place dans la foi après l’avoir un peu retrouvée dans le monde actuel.
Ensuite, la contribution de l’évangile et du sacrement à l’avenir passe par l’affirmation que cet avenir est don. Même pour un monde largement étranger à la foi chrétienne, cette conviction peut prendre sens. Car, même si le Christ n’est pas nommé et si la référence au Jeudi Saint n’est pas significative, il demeure possible de comprendre l’avenir comme ce qui dépasse nos forces tout en faisant appel à nos énergies et à nos actes. Ce paradoxe vital est fortement mis en relief par la foi, mais il a du sens dans l’expérience commune.
Troisième insistance évangélique : l’avenir est pour tous ou il n’est pour personne. On ne peut le détailler sans le détruire. Cela rejoint le problème du partage du pain et des biens avec les pays pauvres. Cela croise le souci de faire l’unité dans la reconnaissance des différences et des oppositions entre les groupes sociaux. Cela met enfin l’accent sur le pardon. Car l’échec, la faute et l’injustifiable ne sont pas, en christianisme, sans rapport avec l’avenir. Ils ne sont pas sans signification. Heureuse faute chantait jadis la liturgie romaine pascale en parlant du péché d’Adam. Heureux sommes-nous aujourd’hui d’être invités avec nos fautes et nos cicatrices au repas du Seigneur. » (p. 113-114).
Après la table eucharistique, , les amis d’Henri Bourgeois qui le purent prolongèrent la célébration par le verre de l’amitié et le pain des ouvriers. (distribution d’un DVD : Textes et Interview. Les paroles des chants si souvent reprises par Henri Bourgeois accompagnaient l’action de grâce des cœurs.
Peuple de lumière, baptisé pour témoigner, Peuple d’Évangile, appelé pour annoncer Les merveilles de Dieu pour tous les vivants.
Bonne Nouvelle pour la terre !
L’appréciation d’André Baffert résume le sentiment commun, « ce soir-là » :
« Je crois que cette eucharistie était digne de ce qu’Henri en aurait attendu. Les amis étaient là. Même cette église sombre et trop vaste convenait à l’atmosphère que l’on souhaitait. Merci d’avoir initié cette rencontre essentielle. »
M-L. Gondal