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Au recommencement.

Au re-commencement.

C. Charlemagne

Catherine Charlemagne, de Toulouse, propose une piste de réflexion à partir d’un recommencement, tout aussi mystérieux et dérangeant qu’un commencement.

1/ Un fait

A la journée « Portes ouvertes », offerte par la Pastorale des Recommençants de Toulouse, A. , 50 ans, est « juste venu accompagner son épouse ». Le mot « Recommençant » ne lui plaît pas, car, comme dit H. Bourgeois, il résonne « comme si la vie parcourue jusqu’alors devait être mise entre parenthèses ». A. ne sait pas s’il est croyant. « Résurrection », c’est pour lui « incroyable ». « Réincarnation » plus acceptable. L’Eglise, c’est le Pape, les prêtres, de décorum, les discours moralisateurs, un langage incompréhensible. Il m’évoque son passage par le spiritisme, le New Age, des groupes de Yoga, le bouddhisme. Il laisse transparaître une attente mêlée d’une crainte de s’aventurer encore. Je ne le reverrai pas avant 2 ans.

Deux ans plus tard, nous créons l’atelier : « Sur un chemin d’intériorité, redécouvrir la source ». C’est un parcours à partir de la méditation et la contemplation, l’écoute d’une Parole, la prière du cœur, du corps, animé par Bernard Ugeux, prêtre et anthropologue. La démarche est proposée en référence aux traditions catholique et orthodoxe, à la rencontre du christianisme et des traditions d’Orient. C’est un lieu pour s’approprier une voie vers la prière. Cette proposition correspondait à ce qu’André attendait : pouvoir entrer « en douceur » dans l’intériorité de manière ouverte, démarche déjà amorcée dans les expériences passées mais rencontrant ici un appel intérieur. Il a suivi tous les ateliers, il est aujourd’hui dans l’équipe d’animation, il a suivi une formation théologique et une formation à l’accompagnement. En juin, il a vécu, avec son épouse et d’autres recommençants, une célébration de fin de parcours. Dans son secteur paroissial, il vient de créer une communauté de foi.

2/ La question posée :

Dans le passage de la conversion au recommencement, il est important de comprendre ce qui se passe pour pouvoir accueillir sans récupérer, ni faire obstacle à l’Esprit, ni brûler les étapes. Comment éviter l’intégration ecclésiale « subtilement autoritaire » ? (H.B.,Théologie catéchuménale, p. 189) : par exemple, ne pas étiqueter rapidement ces baptisés qui sont au seuil, guidés par un appel intérieur dont nous n’avons encore pas beaucoup d’idée. Ma préoccupation : que chacun se sente libre, puisse à tout moment trouver le temps, le lieu et la personne à qui confier ses questions, ses doutes. ".. Il s’agit de vivre une nouvelle initiation, soit pour assimiler une conversion déjà opérée, soit pour s’y disposer autant que possible, sans pouvoir en prescrire d’avance le moment ou la forme » (id., p.188)

3/ Comment Théologie Catéchuménale m’aide à le réfléchir.

a. Pour moi—même :

Le « recommencement, c’est la « forme pratique que prend le désir de vivre » (id. p. 195). Je me suis moi-même questionnée sur ma capacité à discerner la conversion de tel ou tel, repérer ce désir ouvrant la possibilité de recommencement. Accompagner de tels chemins nous confronte aux éloignements, joies et difficultés inscrits dans notre propre vie croyante. Le recommencement appelle une implication personnelle par rapport à la Parole :

« Quelqu’un qui veut recommencer doit pouvoir dire son désir … Quant à la parole du chrétien, …elle ne peut être pur écho ni simple cordialité. … il s’agit en fait de manifester que la demande formulée importe, et pour l’intéressé(e) et pour l’Église, et qu’elle peut compter sur l’humble mais vive expérience ecclésiale en la matière. » (id. p. 196).

Il s’agit de mettre en pratique cette tension entre « confiance et vigilance » qu’H. Bourgeois développe dans un autre ouvrage : Quel rapport avec l’Eglise ? (coll. Pascal Thomas, Pratiques chrétiennes, DDB, 2000). Il s’agit aussi « d’intégrer la différence » dans mes attitudes. Cela est valable au niveau ecclésial :

« On est initié chrétiennement pour devenir capable de communiquer avec des baptisés très différents de soi, en percevant sa propre identité comme la leur et en attestant qu’un seul baptême et une unique foi fondent la commune identité des disciples du Christ. » (Chapitre V, partie inédite)

b. Pour l’Eglise :

« … La réinitiation se constitue toujours à l’intersection d’une demande et d’un réalisme ecclésial »(p. 203).

Il importe donc de :

  • Proposer des parcours cohérents et adaptés, comportant par exemple la reprise des croyances, la rencontre des Ecritures, de redécouvrir à nouveaux frais des célébrations rythmant le chemin parcouru (il y a encore beaucoup à imaginer pour des recommençants).
  • Convertir nos attitudes face aux recommençants : il y a des figures qui dérangent : divorcés remariés, personnes en désaccord avec l’Eglise, personnes mal à l’aise dans les groupes tout constitués. L’Eglise est-elle disposée à les regarder comme déjà accueillis dans le salut dont elle est sacrement, signe ?

« C’est le mystère de Dieu qui donne le goût pour le mystère ecclésial. Réinitier, ce n’est donc pas intégrer plus ou moins astucieusement quelqu’un qui s’est écarté, c’est déployer ou redéployer l’Evangile pour que la foi évangélique se fasse peu à peu ecclésiale. » (id. p. 210).

c. Pour la culture actuelle :

Un certain nombre de nos contemporains considèrent qu’une initiation de base doit être régulièrement remise à jour. H. Bourgeois développe largement la valeur culturelle de l’initiation et de la reinitiation. Il prend acte de ce fait en faisant deux remarques :

- D’une part, ce fait appelle une vigilance nécessaire :

« … la réinitiation évangélique que le christianisme propose touche à l’Alliance baptismale avec Dieu et ne peut donc être simplement une opération de confort spirituel ou de rajeunissement mental… » (p. 215).

- D’autre part, l’accent de la réinitiation sur la restructuration personnelle et la liberté personnelle au service de la conversion, rejoint bien la sensibilité de nos contemporains :

« … si la réinitiation cherche bien à aller jusqu’à l’Eglise, elle le fait dans le respect des libertés, sans céder à la violence du tout ou rien et en considérant l’Eglise comme une expression de la foi évangélique et non comme sa condition préalable » (id. p. 220).

C’est du moins tout ce qu’on doit attendre de la réinitiation, loin des tendances contraignantes, dans un contexte où la conversion risque d’être aujourd’hui englobée dans une catéchèse de masse.


Ces échanges passionnants et finalement très pratiques, mais où la pensée théologique continuait à jouer son rôle pour aide à se distancer, à discerner, à élargir et approfondir les perspectives, s’acheva par l’écoute de la voix d’Henri Bourgeois, qui, en juillet 1993, à la fin du colloque de théologie catéchuménale devant 80 participants venus de 17 pays, encourageait comme aujourd’hui, à oser… Oser dire, oser parler des catéchumènes, oser parler pour eux, « sinon, qui le fera ? »…

Deux participants-surprise dont l’un se disait, « peut-être », « recommençant » dirent à leur tour leur joie de s’être trouvés dans cet échange, tant il est vrai qu’un langage de l’Eglise en mouvement de conversion est compréhensible pour tous.

Décembre 2005.

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