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Au commencement

Pour une mémoire des débuts de la foi

Au commencement…

Un nouveau souffle, celui que l’année nouvelle cherche et attend, ne naît pas de rien… En un sens, on se souvient toujours d’un commencement, et en même temps on va vers lui…. Mais il y a dans la vie de chacun, de chacune, ou dans la vie d’un groupe, ou dans la vie d’une église et d’une société humaine, des moments où il faut se résoudre à commencer, c’est-à-dire, de quelque manière, à recommencer. C’est la méditation proposée par Henri Bourgeois, en janvier 1983, alors responsable du catéchuménat depuis dix ans. Sans doute pouvons-nous la faire nôtre, vingt ans après (ou presque)… (MLG)


Quand, après la crise de l’Exil, au 6e siècle avant Jésus-Christ, le peuple hébreu réalisa que rien ne serait plus comme avant, il chercha un second souffle. Il n’y avait plus de prophètes comme jadis. Les cieux étaient fermés. Alors, nous disent les exégètes, on chercha en deux directions : celle d’une espérance à très long terme (ce qu’on appelle l’apocalytique) et celle d’une mémoire radicale (ce qu’on appelle la Torah).

Et c’est à l’entrecroisement de ces deux attitudes de sens apparemment contraires que se produisit l’imprévisible, la venue du Christ.

Peut-être sommes-nous, toutes proportions gardées bien sûr, dans une situation analogue à celle de l’ancien Israël. L’année 83 qui lorgne du côté de la fin du siècle a, c’est trop clair, des allures de difficulté et d’incertitude. Nos prospectives politiques comme nos projections chrétiennes sont prises de court. On ne peut plus prolonger le passé pour aller vers demain.

Restent alors l’espérance et la mémoire, pour qu’un jour, au temps de l’inattendu, naisse et renaisse ce qui peut donner sens à nos vies.

Espérance et mémoire : mais l’une et l’autre portées au plus fort de leurs possibilités !

Laquelle privilégier de ces deux sœurs qui habitent les moments sombres et instables ? Je ne sais trop. Peut-être la nouvelle année nous invite-t-elle à faire large place à l’espérance. Les vœux que nous formons vont en ce sens. Mais peut-être aussi avons-nous besoin de mémoire pour ne pas perdre le Nord quand l’horizon est incertain.

Je voudrais donc faire le vœu que nous soyions plus et mieux capables de nous souvenir. Je vous souhaite, amis engagés dans la pastorale catéchuménale, d’avoir de la mémoire. Mais pas n’importe laquelle ! Il est aujourd’hui des mémoires grasses qui alourdissent et encombrent… Il est aussi une mémoire plus légère, celle qu’apprend le catéchuménat : la mémoire des débuts, le goût de venir et de revenir aux premiers pas de la foi alors que beaucoup s’occupent plutôt des itinéraires de grande randonnée. Bref, une mémoire du commencement.

Au commencement : c’est la formule qui inaugure la Torah juive et c’est l’expression qui ouvre intentionnellement l’évangile de Jean. C’est l’expression des débuts fondamentaux, ceux dont on se souvient.

Puissions-nous préserver ce sens des commencements catéchuménaux, malgré les multiples pressions des habitués. Puissions-nous aider quelques-uns autour de nous à retrouver leurs racines et à inaugurer leur vie.

Notre espérance de 1983 a besoin de cette mémoire-là.

Henri Bourgeois, Accueil et Liberté, n° 34, janvier 1983


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