La foi et la culture : quels rapports ?
FOI ET CULTURES
Quelques épis glanés dans le livre d’Henri Bourgeois : Foi et Cultures, paru aux éd. du Centurion, en 1991.
« Il y a culture, quand l’existence que l’on mène permet de s’identifier soi-même et d’identifier les autres. »
« Etre cultivé, c’est tout à la fois être comme beaucoup, être semblable à certains et être unique en fin de compte. »
« Culture et foi…. La relation est toujours à double sens : si la foi a un rôle à jouer vis-à-vis de la culture, il est non moins vrai que celle-ci a une tâche à l’égard de la foi et qu’elle ne se borne pas à en être le support passif ou le contexte critique. Elle en est éventuellement la chance. »
« Curieusement, il y a entre ces deux cultures (la culture populaire et la culture médiatique), pourtant très différentes, une affinité : dans les deux cas, l’ambiance est première, la sensibilité compte plus que le raisonnement, le global importe plus que le détail.
Rien d’étonnant si, dans le monde populaire la télévision fait partie de la famille : elle est branchée très souvent, on ne l’entend pas, on fait autre chose que de regarder, mais elle crée une ambiance. Cela se manifeste jusque dans les émissions religieuses du dimanche matin. »
« Si les religions cherchent à influencer les cultures, on peut dire également que les cultures provoquent les religions, parfois les déstabilisent, souvent les conduisent à se reformuler ou à se réformer. C’est bien ce qui se passe avec la culture populaire. Celle-ci a quelque chose à dire à la foi qui vit sous son régime… Elle plaide pour que l’expérience religieuse, quelle que soit la religion considérée, ne soit pas identifiée à celle du clergé ou à celle des croyants ayant une culture scolaire et professionnelle assez importante… Ne pourrait-on pas considérer que nombre de personnalités religieuses ou prophétiques ont une sensibilité très accordée au monde populaire ?… Enfin la foi religieuse, quand elle est vécue de manière populaire, a un certain sens du relatif… »
« Les croyants qui sont structurés par l’humanisme ont habituellement un attachement passionné et presque viscéral pour la vérité... Au commencement était la révélation : tel semble être le premier principe qui oriente cette sensibilité religieuse (…). Voilà qui vaut pour bien des croyants, humanistes ou autres. Ce qui, toutefois, est ici caractéristique de l’humanisme, c’est le sentiment que la vérité initiale est tout à la fois précieuse et fragile. C’est un trésor dans un vase d’argile. Il faut donc la servir, la protéger, et très souvent la défendre. »
« Le goût de l’unité (de la conscience religieuse humaniste) se porte simultanément vers le vrai et vers autrui. L’unité est donc double, celle de la vérité et celle du social et de l’ecclésial. »
« L’humanisme a tendance à parler noblement, mais sans toujours prendre les moyens pratiques d’analyser la réalité telle qu’elle est et d’y inscrire ses convictions. La foi l’appelle donc au réalisme. »
« Vatican II, un concile de culture humaniste. C’est un concile rénovateur, mais il reste très marqué par l’humanisme qu’il cherche à christianiser :
* Des valeurs typiques : la révélation et la vérité, l’unité (oecuménisme, consensus recherché entre les tendances du catholicisme), le peuple de Dieu, le témoignage, le pouvoir ministériel pensé comme service, etc.
* Une volonté de renouveau ou de réforme par retour à l’essentiel biblique et en raison de l’évolution du monde présent.
* Une non-prise en compte des fonctionnements ecclésiaux réels : à propos de l’opinion publique et de l’expression du peuple de Dieu, à propos des ministères, à propos du rapport entre les Eglises locales et Rome, etc.
* Une application chaotique : les ambiguïtés apparaissent à l’usage (intégrisme, centralisme romain, réaffirmation de l’identité catholique, difficulté des réformes institutionnelles).
« Savoir. Un des axes de la culture qui donne la priorité à la rationalité. (…) Ce qui se dit, se fait ou se voit « ne va pas de soi ». Comme on le dit et redit, « ce n’est pas évident ». On voudrait avancer dans la lucidité, sans se laisser dominer par les vérités reçues, surtout si ces vérités semblent plus fragiles qu’elles ne l’avouent. »
« Elle (la culture rationnelle) a des traits généraux communs : un recul par rapport à l’immédiat, la construction d’objets définis, enfin le souci de la démonstration ou de la preuve. »
« Cette relation, parfois pacifique et souvent conflictuelle, entre la rationalité et la foi varie selon les religions.
* Elle est souvent le fait du christianisme et singulièrement du christianisme occidental (catholicisme et protestantisme).
* Le judaïsme est toutefois, lui aussi, très sensible à ce débat et ce n’est sans doute pas par hasard si bien des juifs ont contribué aux sciences humaines (par ex. Freud).
* L’islam demeure plus réservé, notamment pour ce qui serait une exégèse « scientifique » du Coran. Mais il est attentif aux difficultés que la foi connaît dans une culture marquée par la science. Quant au bouddhisme, il tient à ce que l’adhésion croyante ne soit pas confondue avec la réflexion rationnelle : mais, dès lors qu’elle ne tombe pas dans l’illusion d’un savoir prétentieux, la rationalité a valeur de moyen utile, quoique sans portée spirituelle. »
« La foi n’est crédible quand elle critique la culture rationnelle que si elle aime cette culture et le manifeste. La foi n’est jamais pure critique. Elle est aussi contribution à la recherche commune de cette culture. »
« La nouvelle culture actuelle, plus nietzschéenne que romantique ou surréaliste, n’est pas une culture du refus et de la contestation. C’est plutôt une culture de l’écart ou de l’allergie. »
Retour du « religieux » ? - « Il faut préciser les équivoques d’une telle formule. Dans bien des cas, les personnes qui se réclament de la nouvelle culture ne se disent pas sans religion, mais elles ne se laissent pas facilement intégrer dans les religions établies. Leur foi est autre. Elle est ailleurs. Elle prend dans les religions existantes un minimum d’ancrage ou de mémoire mais elle explore d’autres possibles… On peut alors se dire, à la limite, incroyant. Mais cette incroyance-là est tout à fait spécifique. Elle est, en fait, autrement religieuse. »
Pour plus d’informations, voir : les références complètes Foi et cultures. ; les recensions : R. Foi et cultures ; des pages choisies : Foi et cultures ; un dialogue avec : Yves Le Gal.